Quelque chose a été perdu…
Par Bruno Rossetto
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À propos de ce livre électronique
Jynn et Nynn, si jeunes, mais intrépides et malicieux, alliés de la nature, amis des animaux, armés de leur force exclusivement mentale, réussiront-ils à en finir avec les fantômes du passé ?
Pour un monde meilleur.
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Aperçu du livre
Quelque chose a été perdu… - Bruno Rossetto
Quelque chose
a été perdu…
Bruno Rossetto
Quelque chose
a été perdu…
Roman
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
Du même auteur
Analyse harmonique, cours et exercices, 192 p., éd. Ellipses (1997)
Stratégies pour la réussite de l’Université, 139 p., éd. Lévy-Laurens (2007)
Les mathématiques en fiches de travail, 474 p., éd. Ellipses (2014), en lien avec le site qui porte le même nom
Encore des maths ! Mais pour quoi faire ? – De la musique, bien sûr ! co-auteur : Pascal Reymond, 84 p., Éditions Universitaires Européennes (2019).
Relativité restreinte, mécanique quantique et relativité générale, 216 p., Les éditions du Net (2023).
© Les Éditions du Net, 2023
ISBN : 978-2-312-13647-9
Qui va croire
Cette histoire ?
Les évènements
Sont ultra-déments,
Le paysage
Est si sauvage,
Et l’époque
Équivoque,
Les protagonistes
Sont surréalistes !
On en douterait
Pourtant elle est vraie !
Avant-propos
ATTENDS D’AVOIR L’ÂGE POUR PARLER
On attend d’avoir l’âge
Pour poser des questions.
Personne n’y répond
Et l’on tourne la page.
– Attends d’avoir l’âge pour parler…
Alors, j’ai attendu.
Longtemps.
– Attends d’avoir l’âge pour parler…
– Pourquoi, père ?
– Pour que s’estompent les strates des années successives, les apparences, les convenances, les préjugés, les haines mesquines, les grandes idées, les buîtreries intellectuelles, tu comprends, pour que la pollution soit dissoute et les alluvions décantées et que jaillisse enfin l’eau claire, limpide, transparente et lumineuse des faits…
Ainsi parlait mon père.
Je n’ai pas tout compris.
Mais avez-vous remarqué à quel point les belles histoires de notre enfance ont tendance à devenir de plus en plus authentiques au fur et à mesure où les années passent, je veux dire plus vraisemblables que celles qui paraissent vraies ? Seuls les romans vieillissent mal.
– Alors pourquoi n’attendez-vous pas dix ans de plus pour les raconter ? me direz-vous.
– Parce que soixante-dix ans, ce serait trop…
Voici donc l’histoire d’un garçon Nynn, et d’une fille Jynn, deux jeunes adolescents qui vécurent ensemble quelques aventures et qui en furent marqués à jamais.
Le petit chemin
Nos deux gamins
Sont pleins d’entrain
Dans la nature,
Sur le chemin
De l’aventure
Où la verdure,
Fait un écrin,
Pourvu qu’ça dure !
Luse d’Arques, quelque part, dans le Sud-Ouest de la France, est une vieille cité, riche des différentes cultures qui s’y sont succédées. Durant les premiers siècles de notre ère, le site fut occupé par un relais sur la Via Aquitania, une importante voie romaine. Des fouilles ont mis au jour des thermes et une basilique du Ve siècle. Plus tard, durant le Moyen Age, la cité connut une période florissante grâce à la culture du pastel, comme en témoignent l’église surmontée de son immense clocher, le château, les remparts et les rues médiévales aux demeures anciennes. Elle fut ensuite le théâtre de batailles lors de la croisade contre les Albigeois et des guerres de conquête qui s’ensuivirent. C’est aujourd’hui une petite ville de Province, dans une région agricole prospère grâce notamment à la culture de céréales.
Ce village, comme tous les autres, est organisé autour d’une Grand’ Place, qui ouvre sur l’église, la mairie – école, l’innévitable grand café, une salle des fêtes, l’entrée d’un espace vert et une immense aire pavée destinée à recevoir le marché hebdomadaire, la fête annuelle et bien d’autres manifestations. Cette configuration architecturale est intimement liée au mode de vie des villageois, la Grand’ Place jouant le rôle de l’antique agora, pour tous, adultes et enfants.
Sous l’Empire Romain
Tout comme au Moyen-Age
Il y eut des gamins
Et des gens de tout âge
Pour se donner la main
Dans les rues du village !
Refrain Jouez, riez, les mômes,
Courez après le temps
Qui s’envole au loin comme
Un tourbillon de vent…
On peut dir’ sans ambages
Que tous nos chers anciens
Figurant sur les pages
De ce vieux parchemin
Eur’t un jour le visage
De ces jeunes bambins !
Refrain
Nous les êtres humains
Nous sommes de passage
Sur le même chemin…
Nous faisons un voyage
Qui prend fin dès demain
Par l’ultime naufrage…
Refrain
C’est la première fois que Nynn et Jynn se retrouvent à la sortie du collège. Pas entièrement par hasard. Jynn a toujours été intriguée par ce garçon sauvage aux traits fins et réguliers qui parle peu et qui peut passer de longs moments debout, immobile, impassible, la tête ailleurs, le regard perdu dans le lointain, à observer on ne sait quoi. Elle profite de la sortie des classes pour lui emboîter le pas.
– Tu prends le petit chemin, s’étonne-t-elle ?
– Oui, c’est plus court, et il y a le château.
Pourquoi le château ? se demande-t-elle. Décidément, ce garçon est bien énigmatique. Tout comme son nom, d’ailleurs… Elle le dévisage.
– Nynn (elle prononce nain), quel drôle de nom…
– Nynn, n – y – n, pas nain, dit-il, un peu agacé, en continuant à regarder devant lui. Il faut prononcer le y et le n, Nynn.
– Je t’assure, y – n ça se dit ain, comme dans Jocelyn.
– Oui, mais Monsieur Costes{1} disait que les noms propres n’ont pas d’orthographe.
– …
– En fait, Nynn, c’est le diminutif de Giovanni, qui veut dire petit Jean en italien.
– Ça s’rait pas plutôt le diminutif de Jeanine, dit Jynn avec un petit sourire ?
– Mais non, mon nom est Nynn, pas Nynne, il n’y a pas de e…
Nynn la regarde avec un petit air ironique et enchaîne.
– Et toi, tu t’appelles bien Jean, j – e – a – n, j’ai vu ton nom sur la liste.
– Oui, en américain, ça correspond à Jeanne et ça se dit Jynn, on doit entendre le y et le n, comme toi. Voilà.
Jynn, fine, blonde, gaie, pétillante et Nynn, brun au teint mat, plutôt calme, sont bien différents l’un de l’autre, mais ils commencent à découvrir qu’ils pourraient bien avoir des points communs. Cet échange les rapproche un peu et ils marchent désormais côte à côte avec une certaine complicité.
C’était très bien, l’école !
Mais nous somm’s en été
Et vivre en liberté
C’est encore plus drôle !
Le petit chemin de terre se faufile entre un talus ocre jaune et rouge et un ruisseau, sous une voûte de saules, de peupliers, de cerisiers, de pruniers, de pommiers en fleurs et toutes sortes de grands arbres. Par endroits, ce n’est qu’un sentier. Mais il vous amène vers d’autres horizons, des collines en friche, des prés bien verts entourés de noisetiers, des champs de blé ondulant sous une brise légère, des fermes que l’on aperçoit au loin à travers les feuillages, dispersées dans la vallée ou à flanc de coteau, suspendues à leur panache de fumée. Les roues des charrettes ont creusé de part et d’autre d’un liseré d’herbe deux sillons argileux qui, par endroits, versent dans le ruisseau. Le murmure de l’eau s’intensifie lorsque l’on approche des retenues d’eau claire aménagées çà et là pour arroser des jardins. Et, dans chaque petit bassin, un rayon de soleil, des grenouilles, des libellules et, en s’approchant un peu, des salamandres noires et jaunes, un jeune triton encore tout blanc, puis un autre…
On aperçoit au loin, à travers les feuillages, une chaumière de plein pied, blanche immaculée, inondée de soleil, aux volets neufs, aux vieilles tuiles recouvertes de mousse. Cette maison échappée d’un livre d’école est là depuis toujours, c’est une évidence. Elle y était vraisemblablement déjà lorsque Renard, Ysengrin et les autres animaux de la forêt erraient, affamés, sur l’étang gelé, ou parcouraient les prés couverts de givre en cherchant leur maigre pitance sous la neige. Elle est encore là, toujours la même et toujours différente, toute pimpante et fleurie au printemps, resplendissante sous le grand soleil d’été et embrasée de lueurs rougeoyantes en automne. Elle sert d’abri aux jardiniers, de havre de fraîcheur aux moissonneurs, de refuge aux vendangeurs le temps d’une averse. La lumière vacillante de sa fidèle lanterne veille sur nous toute la nuit. Elle sera encore là lorsque l’on aura coupé les arbres et supprimé les haies, lorsque l’on aura tout rasé, uniformisé, égalisé, aplannihilisé, standardisé, rationalisé, aseptisé, crétinisé, larbinisé. Elle évoquera éternellement à elle seule la veillée au coin du feu, le calme, l’équilibre, l’harmonie, la confiance, les joies et, par-dessus tout, les certitudes de l’enfance.
– C’est chez toi ? demande Jynn.
– Oui.
C’est un gosse, il y tient
À sa p’tit’ maison blanche
Parce qu’il y est bien
En famill’, le dimanche.
– Eh bien, au revoir, dit Jynn avec un pointe de regret, à bientôt.
– Non, reste, j’ai le temps aujourd’hui, mon père ne m’a pas demandé de rentrer tôt.
Jynn sourit.
Deux enfants au paradis…
Soudain, au détour du chemin, de l’autre côté du ruisseau, une silhouette se détache à contre-jour, en ombre chinoise, celle d’un grand bonhomme maigre, dégingandé, vêtu d’un long cache-poussière sombre ondoyant sous le vent, coiffé d’un feutre déchiqueté. Il se tient debout, immobile, appuyé sur le manche d’un outil que l’on éprouve quelque difficulté à identifier. Si c’est une fourche, cet étrange personnage est le diable lui-même, si c’est une faux, c’est la Mort qui vient à votre rencontre ! Quel profil, quelle dégaine, quel galure, quelle allure !
C’est la réincarnation d’un modèle de Francis Bacon !
C’est la figure filiforme de l’homme qui marche, évadé de l’atelier de Giacometti, pour venir mourir en ce jardin…
Ah ! Mes enfants ! Si le Prince des Ténèbres vous angoisse, si vous craignez la Mort et sa faux mal aiguisée, passez votre chemin ! Ames sensibles, abstenez-vous !
Ou plutôt, commençons à nous y faire, à nous accoutumer, c’est bientôt notre tour.
Jynn ralentit, surprise, presque inquiète. Elle n’est guère plus rassurée lorsqu’elle arrive à hauteur de l’individu et qu’elle peut voir son visage mal rasé, son faciès livide, labouré par une cicatrice et ses yeux d’un bleu intense qu’il maintient fixés sur elle.
Immobile, saisie d’effroi, Jynn aperçoit alors un berger allemand, les oreilles dressées, tout aussi maigre que son maître, tout aussi inquiétant…
Voilà aut’chose !
Et le chien devient d’autant plus menaçant qu’il franchit le cours d’eau et bondit vers les enfants. Deux ou trois geais bleus effrayés s’envolent en poussant des cris aigus.
Courez, courez les enfants
Fuyez ce lieu maléfique
Ou ce chien-loup famélique
Va vous mordre à pleines dents !
Et vous savez quoi ? Au lieu de fuir La Grande Faucheuse et Molosse, Nynn continue à avancer calmement. Plus surprenant encore, son visage s’éclaire d’un léger sourire.
– Bonjour Emile, dit-il au jardinier.
Jynn ouvre de grands yeux effarés, esquisse un pas en arrière en voyant arriver le berger allemand, mais n’oublie pas son excellente éducation.
– Bonjour Monsieur, dit-elle à son tour.
– Bonjour Toby, dit Nynn, en s’adressant au chien.
– Bonjour, les enfants. Mais… y a pas école ? dit l’homme, avec un sourire quelque peu féroce.
– Il y a école, on en sort dit Nynn.
Et il se met à caresser Toby qui bondit autour de lui, tout joyeux, la truffe pointée vers le haut, la langue pendante, le coin de la lèvre retroussé presque jusqu’aux oreilles, en mettant en évidence ses dents, comme pour sourire.
Ces deux-là sont visiblement très heureux de se revoir. Jynn, amusée, oublie ses appréhensions.
– Ah dis donc, déjà terminée, la journée ? dit l’homme en s’adressant à Nynn. C’est peinard, la vie de collégien. Viens ici, viens bosser un peu avec moi, j’ai du boulot pour toi.
– Pas aujourd’hui, dit Nynn tout en poursuivant son chemin et en jouant avec le chien.
Nynn attrape au vol un fruit que lui lance le jardinier, puis un autre, qu’il donne à Jynn. Les deux enfants continuent à marcher côte à côte sur le chemin, accompagné de Toby.
– Qui est-ce ? dit Jynn.
– Emile Lesguevaques, répond Jynn en jouant avec le chien.
– Quoi ?… C’est lui, Lesguevaques ?… L’Affreux ? Et tu n’as pas peur ?
– Pourquoi donc ?
– Mais… c’est un monstre ! Mon père dit qu’il a travaillé avec la Gestapo, qui a torturé et même tué je ne sais combien de personnes.
– Mon père, lui, dit que, si c’était vrai, il y aurait des témoignages et des preuves et qu’Emile ne serait pas là ; que ce ne sont que des mensonges et que, de toute façon, il en faut bien un qui porte toutes les fautes.
– Justement, on aurait dû l’exécuter.
Et, en effet, cette solution avait été non pas étudiée, ce serait beaucoup dire, mais sérieusement envisagée par le bon peuple de la région, durant l’intervalle de temps où l’occupant s’était retiré et où la loi républicaine ne s’exerçait pas encore, une période courte mais chargée. Solution simple et commode : on charge l’Affreux de toutes les fautes, puis on noie le tout.
– Je l’aime bien, Emile, dit Nynn.
– Mais… il devrait au moins être en prison, répond-elle…
– C’est tout comme, il vit seul, personne ne lui parle !
En réalité, on ne connaît pas grand-chose de lui, l’Affreux, alias l’Abominable (prononcez l’Abominaple), alias l’Indien, alias Le Clodo, alias Raspoutine. On peut l’apercevoir presque tous les jours, seul, dans son jardin. De temps en temps, il fait quelques courses dans la petite ville, mais à des heures impossibles. Il s’exprime avec un léger accent d’on ne sait où, et il n’est pas très bavard. Il est peut-être d’origine étrangère. Pas de famille, probablement pas d’amis.
C’est un dur, l’Affreux. Il a survécu à la guerre, à l’occupation.
L’a pas b’soin d’épouvantail
Tellement il est moche.
Debout devant son portail
Il faisait fuir les boches.
Il a même survécu à la libération et… à la paix ! Pour sûr, il survivra aux guerres coloniales, aux essais nucléaires et à la nourriture industrielle.
Le chemin longe un mur de pierre derrière lequel se dressent de grands chênes multicentenaires. Nynn et Jynn atteignent un portail qui laisse entrevoir un parc entièrement envahi par la végétation, apparemment laissé à l’abandon, au milieu duquel s’élève un château dont les murs en pierre, les grandes fenêtres et le toit en ardoise datent du XVIIe siècle. Il est flanqué d’un donjon presque sans ouverture qui, lui, est donc de style médiéval. Avec ses volets fermés et ses murs envahis de lierre, cette vaste demeure paraît inhabitée depuis longtemps. Elle appartient, ainsi qu’un vaste domaine agricole, à une famille aristocratique dont l’actuel descendant, Sire Adrien Asselineau du Poix Chabrier, accusé de collaboration, s’est exilé à l’étranger en attendant que la fièvre libératrice retombe. Cette fièvre, en ce temps-là – heureusement révolu – avait ceci de particulier qu’elle était moins dangereuse pour ceux qui en étaient atteints que pour leur prochain. Elle provoquait chez les eux une fâcheuse tendance à laver leurs péchés dans le sang des autres et l’on pouvait périr d’une simple rumeur (maligne, bien entendu).
Va-t’en, Sire, va-t’en
Sauve-toi ! Et attends
Que les clameurs
Se taisent,
Que les rancœurs
S’apaisent !
C’est ainsi que Sire Asselineau du Poix Chabrier n’eut point le privilège, comme tant d’autres, de se trouver debout, au coin d’une rue sombre, en train de regarder le mauvais côté d’un fusil, le bout du canon. Une vision qu’on n’a qu’une fois dans sa vie. La dernière. Et qui vous marque à jamais.
Les résistants dépités du réseau dernièrheuriste purent malgré tout, et c’est bien là l’essentiel, libérer les meubles, l’argenterie et le linge de maison, ainsi que tous les objets de valeur, y compris les tableaux, qu’ils jugeaient trop à l’étroit dans le château. Seuls les livres, décidément trop vieux et rébarbatifs, bénéficièrent de leur clémence. Ah ! Les braves gens !
– C’est le château, dit Nynn, tu viens ?
– Bien sûr, dit Jynn avec enthousiasme.
Ils empruntent une sorte de tunnel végétal que les passages répétés ont creusé sous les buissons, suivis de près par Toby. Ils atteignent un puits, à l’abri des regards, à quelques dizaines de mètres de la construction. Nynn actionne une manivelle reliée à un engrenage à cliquet, se saisit d’une chaîne enroulée autour d’un tambour et la tend à Jynn.
– Tu descends jusqu’au fond du puits. Au niveau de l’eau, y a l’entrée d’un souterrain qui conduit aux caves du château.
– Et Toby ?
– T’en fais pas, il a son entrée secrète.
Jynn cherche à en savoir davantage, sans montrer son inquiétude.
– C’est profond ?
– Une dizaine de mètres, mais y a très peu d’eau.
Elle est très agile, Jynn, elle descend adroitement le long de la chaîne. Non sans appréhension, car elle y voit de moins en moins. Mais ce n’est pas l’obscurité qui lui fait écarquiller les yeux, c’est la peur. Elle regarde vers le bas. L’ouverture du puits se reflète dans l’eau en un petit cercle lumineux légèrement animé qui paraît la regarder. Elle ne peut s’empêcher d’y voir l’œil du cyclope de son livre d’histoire, ce qui n’est pas vraiment de nature à la rassurer, bien que le professeur ait bien insisté sur l’aspect mythologique de l’Odyssée. Mais allez donc raisonner lorsque votre esprit est paralysé par l’angoisse ! Arrivée tout près de l’eau, elle saute vers l’entrée du souterrain. Son rythme cardiaque s’accélère. Elle commence à trembler, elle a froid. Fort heureusement, Ulysse n’est pas loin. Il est là, Nynn, il la rejoint.