S19... Ou Pire
S19... Ou Pire
Ou Pire
Le savoir du psychanalyste
1971-72
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Les rfrences bibliographiques privilgient les ditions les plus rcentes.
Les schmas sont refaits.
N.B. Ce qui sinscrit entre crochets droits [ ] nest pas de Jacques LACAN
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LE SAVOIR DU PSYCHANALYSTE
08 dcembre
15 dcembre
12 janvier
19 janvier
09 fvrier
08 mars
15 mars
19 avril
10 mai
17 mai
14 juin
21 juin
1971
1971
1972
1972
1972
1972
1972
1972
1972
1972
1972
1972
04 Novembre 1971
02 Dcembre 1971
06 Janvier 1972
03 Fvrier 1972
03 Mars 1972
04 Mai 1972
01 Juin 1972
Entretiens de Sainte-Anne
En revenant parler Ste-Anne, ce que j'aurai espr c'est qu'il y et l des internes quon appelle a, qui s'appelaient
de mon temps les internes des asiles , ce sont maintenant des hpitaux psychiatriques , sans compter le reste.
C'est ce public-l qu'en revenant Ste-Anne je visais. J'avais l'espoir que certains d'entre eux se drangeraient.
Est-ce que s'il y en a ici - je parle d'internes en exercice - ils me feraient le plaisir de lever la main ?
C'est une crasante minorit, mais enfin ils me suffisent tout fait.
partir de l - et pour autant que je pourrais soutenir ce souffle - je vais essayer de vous dire quelques mots.
Il est vident que ces mots, comme toujours, je les fais improviss, ce qui ne veut pas dire que je n'aie pas l
quelques petites notes, mais ils sont improviss depuis ce matin, parce que je travaille beaucoup
Mais faut pas vous croire obligs d'en faire autant.
Un point sur lequel j'ai insist, c'est sur la distance qu'il y a entre le travail et le savoir, car n'oublions pas que ce soir,
c'est du savoir que je vous promets, donc pas tellement besoin de vous fatiguer. Vous allez voir pourquoi,
certains le souponnent dj, pour avoir assist ce qu'on appelle mon sminaire.
Pour en venir au savoir, j'ai fait remarquer dans un temps dj lointain ceci : que l'ignorance puisse tre considre
- dans le bouddhisme - comme une passion. C'est un fait qui se justifie avec un peu de mditation,
mais comme c'est pas notre fort - la mditation - il n'y a pour le faire connatre qu'une exprience.
C'est une exprience que j'ai eue - marquante ! - il y a longtemps, justement, au niveau de la salle de garde.
Parce que a fait une paye que je frquente ces murailles - pas spcialement celles-l cette poque - et a devrait
tre c'est inscrit quelque part, du ct de 25-26, et les internes cette poque - je ne parle pas de ce qu'ils sont
maintenant - les internes aussi bien des hpitaux que de ce qu'on appelait les asiles , c'tait sans doute
un effet de groupe, mais pour ce qui est d'en tenir l'ignorance, ben ils taient un peu l, semble-t-il ! On peut considrer
que c'est li un moment de la mdecine, ce moment devait forcment tre suivi de la vacillation prsente.
cette poque, aprs tout cette ignorance
n'oubliez pas que quand je parle d'ignorance, je viens de dire que c'est une passion, c'est pas pour moi
une moins value, c'est pas non plus un dficit, c'est autre chose
l'ignorance est lie au savoir. C'est une faon de l'tablir, d'en faire un savoir tabli.
Par exemple, quand on voulait tre mdecin dans une poque, qui bien sr tait la fin d'une poque,
eh bien, c'est normal qu'on ait voulu
enfin cette poque on avait un peu encore dorientation
qu'on ait voulu bnficier, montrer, manifester, une ignorance - si je puis dire - consolide.
Ceci dit, aprs ce que je viens de vous dire de l'ignorance, vous ne vous tonnerez pas que je fasse remarquer que l'
ignorance docte , comme s'exprimait un certain cardinal
au temps o ce titre n'tait pas un certificat d'ignorance
un certain cardinal appelait ignorance docte le savoir le plus lev. C'tait Nicolas DE CUES, pour le rappeler en passant.
De sorte que la corrlation de l'ignorance et du savoir est quelque chose dont il nous faut partir essentiellement,
et voir qu'aprs tout que l'ignorance
comme a, partir d'un certain moment, dans une certaine zone
porte le savoir son niveau le plus bas, ce n'est pas la faute l'ignorance, c'est mme le contraire.
Depuis quelques temps, dans la mdecine, l'ignorance n'est plus assez docte pour que la mdecine survive
d'autre chose que de superstitions. Sur le sens de ce mot, et prcisment concernant l'occasion la mdecine,
je reviendrai peut-tre tout l'heure, si j'ai le temps.
Mais enfin, pour pointer quelque chose qui est de cette exprience avec laquelle je tiens beaucoup nouer le fil
aprs ces - mon Dieu ! - ces quelques 45 ans de frquentation de ces murailles
c'est pas pour m'en vanter, mais depuis que j'ai livr quelques uns de mes crits la poubellication,
tout le monde sait mon ge, c'est un des inconvnients !
ce moment, je dois dire que le degr d'ignorance passionne qui rgnait la salle de garde de Ste Anne,
je dois dire que c'est irrvocable.
C'est vrai que c'taient des gens qui avaient la vocation, et ce moment-l avoir la vocation des asiles,
c'tait quelque chose d'assez particulier.
Dans cette mme salle de garde arrivrent en mme temps quatre personnes dont je ne trouve pas
ddaigner de rvoquer les noms, puisque je suis l'un d'entre eux. L'autre que je me plairai faire resurgir ce soir,
c'tait Henri EY. On peut bien dire, n'est-ce pas, avec l'espace de temps parcouru, que cette ignorance,
EY en fut le civilisateur. Et je dois dire que je salue son travail. La civilisation, enfin a ne dbarrasse d'aucun malaise,
comme l'a fait remarquer FREUD, bien au contraire, Unbehagen, le pas-bon aise, mais enfin, a a un ct prcieux.
Si vous croyiez qu'il devait y avoir le moindre degr d'ironie dans ce que je viens de dire, vous vous tromperiez
lourdement, mais vous ne pouvez que vous tromper, parce que vous ne pouvez pas imaginer ce que c'tait
dans le milieu des asiles, avant que EY y ait eu mis la main. C'tait quelque chose d'absolument fabuleux !
Maintenant l'histoire a avanc et je viens de recevoir une circulaire marquant l'alarme qu'on a dans une certaine zone
du dit milieu, eu gard ce mouvement prometteur de toutes sortes de flammches qu'on appelle l'anti-psychiatrie .
On voudrait bien quon prenne position l-dessus, comme si on pouvait prendre position sur quelque chose
qui est dj une opposition. Alors je dois dire, je ne sais pas s'il conviendrait de faire l-dessus quelques remarques,
quelques remarques inspires de ma vieille exprience, celle que je viens d'voquer prcisment, et de distinguer,
cette occasion entre la Psychiatrie et la psychiatrerie.
La question des malades mentaux ou de ce qu'on appelle, pour mieux dire les psychoses, c'est une question pas du tout rsolue
par l'anti-psychiatrie, quelles que puissent tre l-dessus les illusions qu'entretiennent quelques entreprises locales.
L'anti-psychiatrie est un mouvement dont le sens est la libration du psychiatre, si j'ose m'exprimer ainsi.
Et il est bien certain que a n'en prend pas le chemin.
a n'en prend pas le chemin parce que il y a une caractristique qu'il ne faudrait quand mme pas oublier dans ce
qu'on appelle les rvolutions, c'est que ce mot est admirablement choisi de vouloir dire : retour au point de dpart.
Le cercle de tout ceci tait dj connu, mais est amplement dmontr dans le livre qui s'appelle Naissance de la Folie,
de Michel FOUCAULT : le psychiatre a en effet un service social. Il est la cration d'un certain tournant historique.
Celui que nous traversons n'est pas prs d'allger cette charge, ni de rduire sa place, c'est le moins qu'on en puisse dire.
De sorte que a laisse les questions de l'antipsychiatrie un peu en porte faux.
Enfin, ceci est une indication introductive, mais je voudrais faire remarquer que, pour ce qui est des salles de garde,
il y a quelque chose tout de mme de frappant qui fait mes yeux leur continuit avec les plus rcentes,
c'est quel point la psychanalyse n'a - au regard des biais qu'y prennent les savoirs - la psychanalyse n'a rien amlior.
Le psychanalyste
au sens o j'en ai pos la question, dans l'anne 67-68, o j'avais introduit la notion du psychanalyste ,
prcd de l'article dfini, au temps o j'essayais devant un auditoire - ce moment-l assez large
de rappeler la valeur logique, celle de l'article dfini. Enfin passons
le psychanalyste ne semble pas avoir rien chang une certaine assiette du savoir.
Aprs tout, tout cela est rgulier. C'est pas des choses qui arrivent d'un jour l'autre, qu'on change l'assiette du savoir.
L'avenir est Dieu, comme on dit, c'est--dire la bonne chance, la bonne chance de ceux qui ont eu
la bonne inspiration de me suivre. Quelque chose sortira d'eux si les petits cochons ne les mangent pas .
C'est ce que j'appelle la bonne chance. Pour les autres il n'est pas question de bonne chance.
Leur affaire sera rgle par l'automatisme, qui est tout fait le contraire de la chance, bonne ou mauvaise 1.
Ce que je voudrais ce soir, c'est ceci : c'est que ceux-l
ceux que je voue ce quoi ils se trouvent bons,
pour ce que la psychanalyse dont ils usent ne leur laisse aucune chance
je voudrais viter que pour ceux l s'tablisse un malentendu, au nom, comme a, de quelque chose
qui est l'effet de la bonne volont de certains de ceux qui me suivent. Ils ont assez bien entendu - enfin comme
ils peuvent - ce que j'ai dit du savoir comme fait de ce corrlat d'ignorance, et alors a les a, comme a un peu
un peu tourments. II y en a parmi eux, je ne sais pas quelle mouche a piqu, une mouche littraire comme a,
des trucs qui tranent dans les crits de Georges BATAILLE, par exemple, parce qu'autrement, je pense que a leur
serait venu il y a le non-savoir . Je dois dire que Georges BATAILLE a fait un jour une confrence sur le non-savoir ,
et que a trane peut-tre dans deux ou trois coins de ses crits.
Enfin, Dieu sait qu'il n'en faisait pas des gorges chaudes et que tout spcialement le jour de sa confrence, l
la salle de Gographie, St Germain des Prs, que vous connaissez bien parce que vous tes de culture
il n'a pas sorti un mot, ce qui n'tait pas une mauvaise faon de faire l'ostension du non-savoir.
On a rican On a tort, parce que maintenant a fait chic, le non savoir. a trane, n'est-ce pas, un peu partout
dans les mystiques, c'est mme d'eux que a vient, c'est mme chez eux que a a un sens.
Et puis alors enfin, on sait que j'ai insist sur la diffrence entre savoir et vrit. Alors si la vrit c'est pas le savoir,
c'est que c'est le non-savoir. Logique aristotlicienne : tout ce qui n'est pas noir, c'est le non-noir , comme je l'ai fait
remarquer quelque part. Je l'ai fait remarquer, c'est certain : j'ai articul que cette frontire sensible entre la vrit
et le savoir, c'est l prcisment que se tient le discours analytique.
Alors voil, la route est belle pour profrer, lever le drapeau du non-savoir . C'est pas un mauvais drapeau.
a peut servir justement de ralliement ce qu'est quand mme pas excessivement rare recruter comme clientle :
l'ignorance crasse, par exemple. a existe aussi, enfin, c'est de plus en plus rare.
Seulement il y a d'autres choses, il y a des versants la paresse par exemple, dont j'ai pas parl depuis trs longtemps.
Et puis il y a certaines formes d'institutionnalisation, de camps de concentration du Bon Dieu, comme on disait autrefois,
l'intrieur de l'universit, o ces choses-l sont bien accueillies, parce que a fait chic. Bref on se livre toute une mimique,
n'est ce pas, passez la premire Madame la Vrit , le trou est l, n'est-ce pas, c'est votre place.
Enfin, c'est une trouvaille, ce non-savoir.
Pour introduire une confusion dfinitive sur un sujet dlicat, celui qui est prcisment le point en question dans la
psychanalyse, ce que j'ai appel cette frontire sensible entre vrit et savoir , on ne fait pas mieux. Jai pas besoin de dater.
Enfin, 10 ans avant, on avait fait une autre trouvaille qui n'tait pas mauvaise non plus, l'endroit de ce qu'il faut bien
que j'appelle mon discours. Je l'avais commenc en disant que l'inconscient tait structur comme un langage .
On avait trouv un machin formidable :
les deux types les mieux qui auraient pu travailler dans cette trace, filer ce fil, on leur avait donn un trs joli travail :
Vocabulaire de la Philosophie [lapsus] Qu'est-ce que je dis ? Vocabulaire de la psychanalyse !
Vous voyez le lapsus, hein ? Enfin a vaut le Lalande 2.
Lalangue , comme je l'cris maintenant - j'ai pas de tableau noir ben crivez : Lalangue en un seul mot
c'est comme a que je l'crirai dsormais. Voyez comme ils sont cultivs ! [Rires]
Alors on n'entend rien ! C'est l'acoustique ? Vous voulez bien faire la correction ? C'est pas un d c'est un gu .
Je n'ai pas dit l'inconscient est structur comme Lalangue , mais est structur comme un langage ,
et j'y reviendrai tout l'heure.
Mais quand on a lanc les responsifs dont je parlais tout l'heure sur le Vocabulaire de la Psychanalyse,
c'est videmment parce que j'avais mis l'ordre du jour ce terme saussurien : Lalangue que - je le rpte
j'crirai dsormais en un seul mot. Et je justifierai pourquoi.
Eh bien, Lalangue n'a rien faire avec le dictionnaire, quel qu'il soit. Le dictionnaire
comme dj il suffirait dentendre le mot pour le comprendre
Le dictionnaire a affaire avec la diction, c'est--dire avec la posie et avec la rhtorique par exemple.
C'est pas rien, hein ? a va de l'invention la persuasion, enfin, c'est trs important.
Seulement, c'est justement pas ce ct-l qui a affaire avec l'inconscient.
Contrairement ce que - je pense - la masse des candidats pense, mais quune part importante sait dj,
sait dj s'il a cout les termes dans lesquels j'ai essay de faire passage ce que je dis de l'inconscient :
l'inconscient a faire d'abord avec la grammaire. Il a aussi un peu faire avec - beaucoup faire, tout faire
avec la rptition, c'est--dire le versant tout contraire ce quoi sert un dictionnaire.
De sorte que c'tait une assez bonne faon de faire comme ceux qui auraient pu m'aider ce moment-l
faire ma trace, de les driver. La grammaire et la rptition, c'est un tout autre versant que celui que j'pinglais
tout l'heure de l'invention, qui n'est pas rien sans doute, ni la persuasion non plus.
Contrairement ce qui est - je ne sais pourquoi - encore trs rpandu, le versant utile dans la fonction de Lalangue
le versant utile pour nous psychanalystes, pour ceux qui ont affaire l'inconscient
c'est la logique. Ceci est une petite parenthse qui se raccorde ce qu'il y a de risque de perte dans cette promotion
absolument improvise et mythique, laquelle je n'ai vraiment prt nulle nulle occasion qu'on fasse erreur,
celle qui se propulse du non-savoir. Est-ce qu'il y a besoin de dmontrer qu'il y a dans la psychanalyse - fondamental
et premier - le savoir. C'est ce qu'il va me falloir vous dmontrer.
Approchons-le par un bout, ce caractre premier massif, la primaut de ce savoir dans la psychanalyse. Faut-il vous rappeler
que quand FREUD essaie de rendre compte des difficults qu'il y a dans le frayage de la psychanalyse
un article de 1917 dans Imago, si mon souvenir est bon, et en tout cas qui a t traduit, il est paru
dans le premier numro de l'International journal of Psychoanalysis :
Une difficult sur la voie de la Psychanalyse , comme cela que a s'intitule
c'est que le savoir dont il s'agit, ben il passe pas aisment comme a.
FREUD l'explique comme il peut, et c'est mme comme a qu'il prte malentendu - c'est pas de hasard
ce fameux terme de rsistance
dont je crois tre arriv au moins dans une certaine zone, qu'on ne nous en rebatte plus
les oreilles, mais il est certain qu'il y en a une o, je n'en doute pas, il fleurit toujours
ce fameux terme de rsistance qui est videmment pour lui d'une apprhension permanente.
Et alors, je dois dire, pourquoi ne pas oser le dire que nous avons tous nos glissements, c'est surtout les rsistances qui
favorisent les glissements. On en dcouvrira dans quelques temps dans ce que j'ai dit, mais aprs tout, c'est pas si sr.
Enfin bref, il tombe dans un travers, FREUD. Il pense que contre la rsistance il n'y a qu'une chose faire, c'est la rvolution.
Et alors, il se trouve masquer compltement ce dont il s'agit, savoir la difficult trs spcifique qu'il y a faire entrer
en jeu une certaine fonction du savoir. Il le confond avec le faire , ce qui est pingl de rvolution dans le savoir .
C'est l dans ce petit article - il le reprendra ensuite dans Malaise dans la civilisation - qu'il y a le premier grand morceau
sur la rvolution copernicienne.
C'tait un bateau du savoir universitaire de l'poque. COPERNIC - pauvre COPERNIC ! - avait fait la rvolution.
C'tait lui - qu'on dit dans les manuels - qu'avait remis le soleil au centre et la Terre tourner autour.
Il est tout fait clair que malgr le schma qui montre bien a en effet dans De revolutionnibus etc.
COPERNIC l-dessus n'avait strictement aucun parti pris et personne n'et song lui l-dessus chercher noise.
Mais enfin, c'est un fait en effet, que nous sommes passs du go l'hliocentrisme et que ceci est cens avoir port
un coup, un blow comme on s'exprime dans le texte anglais, je ne sais quel prtendu narcissisme cosmologique.
Le deuxime blow - qui lui, est biologique - FREUD nous l'voque au niveau de DARWIN sous prtexte que,
comme pour ce qui est de la terre, les gens ont mis un certain temps se remettre de la nouvelle annonce :
celle qui mettait l'homme en relation de cousinage avec les primates modernes.
Et FREUD explique rsistance la psychanalyse par ceci : c'est que ce qui est atteint, c'est proprement parler
cette consistance du savoir qui fait que quand on sait quelque chose, le minimum qu'on en puisse dire, c'est qu'on sait qu'on le sait.
Laissons ce qu'il voque ce propos, car c'est l l'os, ce qu'il ajoute, savoir la peinturlure en forme de moi
qui est faite l autour, c'est savoir que celui qui sait qu'il sait, ben c'est moi .
Il est clair que cette rfrence au moi est seconde par rapport ceci :
- qu'un savoir se sait,
- et que la nouveaut c'est que ce que la psychanalyse rvle c'est un savoir insu lui-mme.
Mais je vous le demande, qu'est-ce qu'il y aurait l de nouveau, voire de nature provoquer la rsistance, si ce savoir
tait de nature de tout un monde - animal prcisment - o personne ne songe s'tonner qu'en gros l'animal sache
ce qu'il lui faut, savoir que si c'est un animal vie terrestre, il ne s'en va pas plonger dans l'eau plus d'un temps limit :
il sait que a ne lui vaut rien.
Si l'inconscient est quelque chose de surprenant, c'est que ce savoir, c'est autre chose : c'est ce savoir dont nous avons
l'ide, combien d'ailleurs peu fonde depuis toujours, puisque c'est pas pour rien qu'on a voqu l'inspiration, l'enthousiasme,
ceci depuis toujours, c'est savoir que le savoir insu dont il s'agit dans la psychanalyse, c'est un savoir qui bel et bien
s'articule, est structur comme un langage. En sorte qu'ici, la rvolution si je puis dire, mise en avant par FREUD,
tend masquer ce dont il s'agit : c'est que ce quelque chose qui ne passe pas, rvolution ou pas, c'est une subversion
qui se produit - o ? - dans la fonction, dans la structure du savoir.
Et c'est a qui ne passe pas, parce qu' la vrit la rvolution cosmologique, on peut vraiment pas-dire, mis part
le drangement que a donnait quelques Docteurs de l'glise, que ce soit quelque chose qui d'aucune faon
soit de nature ce que l'homme, comme on dit, s'en sente d'aucune faon humili.
C'est pourquoi l'emploi du terme de rvolution est aussi peu convainquant, car le fait mme qu'il y ait eu sur ce point
rvolution, est plutt exaltant, pour ce qui est du narcissisme. Il en est tout fait de mme pour ce qui est du darwinisme :
il n'y a pas de doctrine qui mette plus haut la production humaine que l'volutionnisme, il faut bien le dire.
Dans un cas comme dans l'autre, cosmologique ou biologique, toutes ces rvolutions n'en laissent pas moins
l'homme la place de la fleur de la cration.
C'est pourquoi on peut dire que cette rfrence est vritablement mal inspire.
C'est peut-tre elle qui est faite justement pour masquer, pour faire passer ce dont il s'agit, savoir que ce savoir,
ce nouveau statut du savoir, c'est cela qui doit entraner un tout nouveau type de discours, lequel n'est pas facile tenir
et - jusqu' un certain point - n'a pas encore commenc.
L'inconscient - ai-je dit - est structur comme un langage, un langage lequel ? Et pourquoi ai-je dit un langage ?
Parce qu'en fait de langage, nous commenons d'en connatre un bout :
- on parle de langage-objet dans la logique, mathmatique ou pas,
- on parle de mtalangage,
- on parle mme de langage, depuis quelque temps au niveau de la biologie,
- on parle de langage tort et travers,
Pour commencer, je dis que si je parle de langage, c'est parce qu'il s'agit de traits communs se rencontrer dans
lalangue , lalangue tant elle-mme sujette une trs grande varit, il y a pourtant des constantes.
Le langage dont il s'agit, comme j'ai pris le temps, le soin, la peine et la patiente de l'articuler,
c'est le langage o l'on peut distinguer le code, du message, entre autres.
Sans cette distinction minimale, il n'y a pas de place pour la parole.
C'est pourquoi quand j'introduis ces termes, je les intitule de Fonction et champ de la parole - pour la parole,
c'est la fonction - et du langage - pour le langage, c'est le champ.
La parole, la parole dfinit la place de ce qu'on appelle la vrit.
Ce que je marque ds son entre, pour l'usage que j'en veux faire, c'est sa structure de fiction, c'est dire aussi bien de mensonge.
la vrit, c'est le cas de le dire, la vrit ne dit la vrit - pas moiti ! - que dans un cas : c'est quand elle dit je mens .
C'est le seul cas o l'on est sr qu'elle ne ment pas, parce qu'elle est suppose le savoir.
Mais Autrement, c'est dire Autrement avec un grand A, il est bien possible qu'elle dise tout de mme la vrit sans le savoir.
C'est ce que j'ai essay de marquer de mon grand S, parenthse du grand A prcisment, et barr [S(A)].
a au moins, a vous pouvez pas dire que c'est pas en tout cas un savoir - pour ceux qui me suivent qui ne soit pas ce qu'il faille en tenir compte pour se guider, ft-ce la petite semaine.
C'est le premier point de l'inconscient structur comme un langage.
Le deuxime, vous ne m'avez pas attendu - je parle aux psychanalystes - vous ne m'avez pas attendu pour le savoir
puisque c'est le principe mme de ce que vous faites ds que vous interprtez.
Il n'y a pas une interprtation qui ne concerne - quoi ? - le lien de ce qui, dans ce que vous entendez,
se manifeste de parole, le lien de ceci la jouissance.
Il se peut que vous le fassiez, en quelque sorte, innocemment, savoir sans vous tre jamais aperu que il n'y a pas
une interprtation qui veuille jamais dire autre chose, mais enfin une interprtation analytique, c'est toujours a.
Que le bnfice soit secondaire ou primaire, le bnfice est de jouissance.
Et a, il est tout fait clair que la chose a merg sous la plume de FREUD, pas tout de suite
car il y a une tape, il y a le principe du plaisir
mais enfin il est clair qu'un jour ce qui l'a frapp, c'est que quoi qu'on fasse, innocent ou pas, ce qui se formule
de ce jeu, une vrit snonce
ce qui se formule quoi qu'on y fasse, est quelque chose qui se rpte.
L'instance - ai-je dit - de la lettre , et si j'emploie instance c'est, comme pour tous les emplois que je fais des mots,
non sans raison, c'est qu' instance rsonne aussi bien :
- au niveau de la juridiction,
- il rsonne aussi au niveau de l'insistance, o il fait surgir ce module que j'ai dfini de l'instant,
au niveau d'une certaine logique.
La jouissance qui est vraiment, dans l'ordre de l'rotologie, la porte de n'importe qui
il est vrai qu' cette poque les publications du marquis de SADE taient moins rpandues
c'est bien pourquoi j'ai cru devoir, histoire de prendre date, marquer quelque part dans mes crits
la relation de KANT avec SADE. Si procder ainsi pourtant, je pense tout de mme qu'il y a une rponse,
il n'est pas forc que pour lui, plus que pour aucun d'entre nous, il ait su tout ce qu'il disait.
Mais, au lieu de raconter des bagatelles autour de l'instinct de mort primitif
venu de l'extrieur ou venu de l'intrieur ou se retournant de l'extrieur sur l'intrieur
et engendrant sur le tard, enfin se rejetant sur l'agressivit et la bagarre
on aurait peut-tre pu lire ceci, dans l'instinct de mort de FREUD, qui porte peut-tre dire que le seul acte,
somme toute - s'il y en a un - qui serait un acte achev
entendez bien que je parle, comme l'anne dernire je parlais d'Un discours qui ne serait pas du semblant
dans un cas comme dans l'autre il n'y en a pas, ni de discours, ni d'acte tel
cela donc serait, s'il pouvait tre, le suicide.
C'est ce que FREUD nous dit. Il nous le dit pas comme a, en cru, en clair, comme on peut le dire maintenant,
maintenant que
la doctrine a un tout petit peu fray sa voie et qu'on sait qu'il n'y a d'acte que rat et que c'est mme la seule condition
d'un semblant de russir. C'est bien en quoi le suicide mrite objection. C'est qu'on n'a pas besoin que a reste
une tentative pour que ce soit de toute faon rat, compltement rat du point de vue de la jouissance. Peut-tre
que les bouddhistes, avec leurs bidons d'essence - car ils sont la page - on n'en sait rien, car ils ne reviennent pas porter tmoignage.
C'est un joli texte, le texte de FREUD. C'est pas pour rien s'il nous ramne le soma et le germen. Il sent, il flaire que c'est
l qu'il y a quelque chose approfondir. Oui, ce qu'il y a approfondir, c'est le cinquime point que j'ai nonc cette
anne dans mon sminaire et qui s'nonce ainsi : il n'y a pas de rapport sexuel . Bien entendu, a parat comme a
un peu zinzin, un peu ffloupi. Suffirait de baiser un bon coup pour me dmontrer le contraire.
Malheureusement, c'est la seule chose qui ne dmontre absolument rien de pareil, parce que la notion de rapport
ne concide pas tout fait avec l'usage mtaphorique que l'on fait de ce mot tout court rapport : ils ont eu des rapports,
c'est pas tout fait a. On peut srieusement parler de rapport, non seulement quand l'tablit un discours,
mais quand on l'nonce, le rapport. Parce que c'est vrai que le rel est l avant que nous le pensions,
mais le rapport c'est beaucoup plus douteux : non seulement il faut le penser, mais il faut l'crire.
Si vous tes pas foutus de l'crire, il n'y a pas de rapport. Ce serait peut-tre trs remarquable s'il s'avrait, assez longtemps
pour que a commence s'lucider un peu, qu'il est impossible de l'crire, ce qu'il en serait du rapport sexuel.
La chose a de l'importance, parce que justement, nous sommes, par le progrs de ce qu'on appelle la science ,
en train de pousser trs loin un tas de menues affaires qui se situent au niveau du gamte, au niveau du gne, au niveau
d'un certain nombre de choix, de tris, qu'on appelle comme on veut, miose ou autre, et qui semblent bien lucider
quelque chose, quelque chose qui se passe au niveau du fait que la reproduction, au moins dans une certaine zone de
la vie, est sexue.
Seulement a n'a pas absolument rien faire avec ce qu'il en est du rapport sexuel, pour autant qu'il est trs certain
que, chez l'tre parlant, il y a autour de ce rapport, en tant que fond sur la jouissance, un ventail tout fait
admirable en son talement et que deux choses en ont t, par FREUD - par FREUD et le discours analytique mises en vidence, c'est toute la gamme de la jouissance, je veux dire tout ce qu'on peut faire convenablement traiter
un corps, voire son corps, tout cela, quelque degr, participe de la jouissance sexuelle.
Seulement, la jouissance sexuelle elle-mme, quand vous voulez mettre la main dessus, si je puis m'exprimer ainsi,
elle n'est plus sexuelle du tout, elle se perd. Et c'est l qu'entre en jeu tout ce qui s'difie du terme de Phallus qui est
bien l ce qui dsigne un certain signifi, un signifi d'un certain signifiant parfaitement vanouissant, car pour ce qui est
de dfinir ce qu'il en est de l'homme ou de la femme, ce que la psychanalyse nous montre, c'est trs prcisment que
c'est impossible et que jusqu' un certain degr, rien n'indique spcialement que ce soit vers le partenaire de l'autre
sexe que doive se diriger la jouissance, si la jouissance est considre, mme un instant, comme le guide
de ce qu'il en est de la fonction de reproduction.
Nous nous trouvons l devant l'clatement de la, disons, notion de sexualit. La sexualit est au centre, sans aucun
doute, de tout ce qui se passe dans l'inconscient. Mais elle est au centre en ceci qu'elle est un manque, c'est--dire qu'
la place de quoi que ce soit qui pourrait s'crire du rapport sexuel comme tel, se substituent les impasses qui sont
celles qu'engendre la fonction de la jouissance prcisment sexuelle, en tant qu'elle apparat comme cette sorte de
point de mirage dont quelque part FREUD lui-mme donne la note comme de la jouissance absolue.
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Et c'est si prs que prcisment elle ne l'est pas, absolue. Elle ne l'est dans aucun sens, d'abord parce que, comme
telle, elle est voue ces diffrentes formes d'chec que constituent la castration, pour la jouissance masculine, la
division pour ce qu'il en est de la jouissance fminine et que, d'autre part, ce quoi la jouissance mne n'a strictement
rien faire avec la copulation, pour autant que celle-ci est, disons le mode usuel - a changera - par o se fait, dans
l'espce de l'tre parlant, la reproduction.
En d'autres termes :
-
il y a une thse : il n'y a pas de rapport sexuel c'est de l'tre parlant que je parle.
Il y a une antithse qui est la reproduction de la vie. C'est un thme bien connu. C'est l'actuel drapeau de l'glise
catholique, en quoi il faut saluer son courage. L'glise catholique affirme qu'il y a un rapport sexuel : c'est celui
qui aboutit faire de petits enfants. C'est une affirmation qui est tout fait tenable, simplement elle est
indmontrable. Aucun discours ne peut la soutenir, sauf le discours religieux, en tant qu'il dfinit la stricte
sparation qu'il y a entre la vrit et le savoir.
Et troisimement, il n'y a pas de synthse, moins que vous n'appeliez synthse cette remarque
qu'il n'y a de jouissance que de mourir.
Tels sont les points de vrit et de savoir dont il importe de scander ce qu'il en est du savoir du psychanalyste,
ceci prs qu'il n'y a pas un seul psychanalyste pour qui ce ne soit lettre morte. Pour la synthse, on peut se fier eux
pour en soutenir les termes et les voir tout fait ailleurs que dans l'instinct de mort.
Chassez le naturel, comme on dit, n'est ce pas, il revient au galop.
Il conviendrait tout de mme de donner son vrai sens cette vieille formule proverbiale.
Le naturel, parlons-en, c'est bien de a qu'il s'agit. Le naturel, c'est tout ce qui s'habille de la livre du savoir
et Dieu sait que a ne manque pas !
et un discours qui est fait uniquement pour que le savoir fasse livre , c'est le discours universitaire. Il est tout fait
clair que l'habillement dont il s'agit, c'est l'ide de la nature. Elle n'est pas prte de disparatre du devant de la scne.
Non pas que j'essaie de lui en substituer une autre. Ne vous imaginez pas que je suis de ceux qui opposent la culture
la nature. D'abord ne serait-ce que parce que la nature, c'est prcisment un fruit de la culture.
Mais enfin ce rapport : le savoir / la vrit, ou comme vous voudrez : la vrit / le savoir, c'est quelque chose quoi
nous n'avons mme pas commenc d'avoir le plus petit commencement d'adhsion, comme de ce qu'il en est
de la mdecine, de la psychiatrie et d'un tas d'autres problmes.
Nous allons tre submergs avant pas longtemps, avant 4, 5 ans, de tous les problmes sgrgatifs qu'on intitulera
ou qu'on fustigera du terme de racisme , tous les problmes qui sont prcisment ceux qui vont consister
ce qu'on appelle simplement le contrle de ce qui se passe au niveau de la reproduction de la vie,
chez des tres qui se trouvent - en raison de ce qu'ils parlent - avoir toutes sortes de problmes de conscience.
Ce qu'il y a d'absolument inou, c'est qu'on ne se soit pas encore aperu que les problmes de conscience sont des problmes de jouissance.
Mais enfin, on commence seulement pouvoir les dire. Il n'est pas sr du tout que a ait la moindre consquence,
puisque nous savons en effet que l'interprtation, a demande pour tre reue, ce que j'appelais, en commenant,
du travail. Le savoir, lui, est de l'ordre de la jouissance. On ne voit absolument pas pourquoi il changerait de lit.
Ce que les gens attendent, dnoncent du titre d'intellectualisation, a veut simplement dire ceci qu'ils sont habitus
par exprience s'apercevoir qu'il n'est nullement ncessaire, il n'est nullement suffisant, de comprendre quelque
chose pour que quoi que ce soit change.
La question du savoir du psychanalyste n'est pas du tout que a s'articule ou pas, la question est de savoir
quelle place il faut tre pour le soutenir. C'est videmment l-dessus que j'essaierai d'indiquer quelque chose
dont je ne sais pas si j'arriverai lui donner une formulation qui soit transmissible. J'essaierai pourtant.
La question est de savoir dans quelle mesure ce que la science
la science laquelle la psychanalyse, actuellement tout autant qu'au temps de FREUD,
ne peut rien faire de plus que faire cortge
ce que la science peut atteindre qui relve du terme de rel.
Le symbolique, l'Imaginaire et le Rel.
Il est trs clair que la puissance du Symbolique n'a pas tre dmontre. C'est la puissance mme.
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Entretiens de Sainte-Anne
Vous voyez que je ne me drobe pas, je l'appelle mon. Nous verrons tout l'heure si ce mon mrite d'tre maintenu.
Qu'importe. L'essentiel de cette question tait dans ce sur quoi elle porte, savoir si l'incomprhension de ce dont
il s'agit, que vous l'appeliez d'une faon ou d'une autre, est un symptme.
Je ne le pense pas. Je ne le pense pas, d'abord parce que, en un sens, on ne peut pas dire que quelque chose qui a
quand mme un certain rapport avec mon discours, qui ne se confond pas, qui est ce qu'on pourrait appeler ma parole,
on ne peut pas dire quelle soit absolument incomprise on peut dire, un niveau prcis, que votre nombre en est la preuve.
Si ma parole tait incomprhensible, je ne vois pas bien ce que, en nombre, vous feriez l.
D'autant plus qu'aprs tout ce nombre est fait en grande partie de gens qui reviennent et puis que, comme a,
au niveau d'un chantillonnage qui me parvient quand mme, il arrive que des personnes qui s'expriment de cette
faon qu'elles ne comprennent pas toujours bien ou tout au moins qu'elles n'ont pas le sentiment de comprendre,
pour reprendre enfin un des derniers tmoignages que j'en ai reus, de la faon dont chacun exprime a, eh bien,
malgr ce sentiment un peu de ne pas y tre , il n'empche - me disait-on dans le dernier tmoignage - que a l'aidait,
la personne en question se retrouver dans ses propres ides, s'claircir, s'claircir elle-mme sur un certain
nombre de points.
On ne peut pas dire qu'au moins pour ce qui en est de ma parole
qui est bien videmment distinguer du discours nous allons tcher de voir en quoi
il n'y a pas proprement parler ce qu'on appelle incomprhension. Je souligne tout de suite que cette parole
est une parole d'enseignement. L'enseignement donc, en l'occasion, je le distingue du discours.
Comme je parle ici Sainte-Anne - et peut-tre travers ce que j'ai dit la dernire fois on peut sentir ce que a signifie pour moi j'ai choisi de prendre les choses au niveau, disons, de ce qu'on appelle l'lmentaire. C'est compltement arbitraire,
mais c'est un choix. Quand j'ai t la Socit de Philosophie faire une communication sur ce que j'appelais l'poque
mon enseignement, j'ai pris le mme parti. J'ai parl comme en m'adressant des gens trs en retard :
ils ne le sont pas plus que vous, mais c'est plutt l'ide que j'ai de la philosophie qui veut a. Et je ne suis pas le seul.
Un de mes trs bons amis qui en a fait une rcente - la Socit de Philosophie - de communication, m'a pass un article
sur le fondement des mathmatiques o je lui ai fait observer que son article tait d'un niveau dix fois ou vingt fois
plus lev que ce qu'il avait dit la Socit de Philosophie.
Il m'a dit qu'il ne fallait pas que je m'en tonne, vu les rponses qu'il en avait obtenu.
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C'est bien ce qu'il m'a prouv aussi, parce que j'ai eu des rponses du mme ordre au mme endroit, c'est bien ce qui
m'a rassur d'avoir articul certaines choses que vous pouvez trouvez dans mes crits, au mme niveau.
Il y a donc dans certains contextes un choix moins arbitraire que celui que je soutiens ici.
Je le soutiens ici en fonction d'lments mmoriaux, qui sont lis ceci : c'est qu'en fin de compte, si un certain
niveau mon discours est encore incompris, c'est parce que - disons pendant longtemps - il a t, dans toute une zone,
interdit, non pas de l'entendre, ce qui aurait t, comme l'exprience l'a prouv, la porte de beaucoup,
mais interdit de venir l'entendre.
C'est ce qui va nous permettre de distinguer cette incomprhension d'un certain nombre d'autres :
il y avait de l'interdit. Et que, ma foi, cet interdit soit provenu d'une institution analytique est srement significatif.
Significatif veut dire quoi ? J'ai pas du tout dit signifiant.
Il y a une grande diffrence entre le rapport signifiant-signifi et la signification. La signification, a fait signe.
Un signe n'a rien faire avec un signifiant. Un signe est
j'expose a dans un coin quelque part dans le dernier numro de ce Scilicet
un signe est - quoi qu'on en pense - toujours le signe d'un sujet. Qui s'adresse quoi ?
C'est galement crit dans ce Scilicet , je ne peux pas maintenant m'y tendre, mais ce signe,
ce signe d'interdiction venait assurment de vrais sujets, dans tous les sens du mot, de sujets qui obissent en tout cas.
Que ce soit un signe venu d'une institution analytique est bien fait pour nous faire faire le pas suivant.
Si la question a pu m'tre pose sous cette forme, c'est en fonction de ceci : que l'incomprhension en psychanalyse
est considre comme un symptme. C'est reu dans la psychanalyse, c'est - si on peut dire - gnralement admis.
La chose en est au point que c'tait pass dans la conscience commune.
Quand je dis que c'est gnralement admis, c'est au-del de la psychanalyse, je veux dire de l'acte psychanalytique.
Les choses dans une certaine conscience - il y a quelque chose qui donne le mode de la conscience commune
en sont au point o on se dit, o on s'entend dire : Va te faire psychanalyser quand quand quoi ? Quand la personne
qui le dit, considre que votre conduite, vos propos sont - comme dirait M. de LAPALISSE - symptme.
Je vous ferai remarquer que tout de mme, ce niveau, par ce biais, symptme a le sens de valeur de vrit.
C'est en quoi ce qui est pass dans la conscience commune est plus prcis que l'ide qu'arrivent avoir - hlas ! beaucoup de psychanalystes. Disons qu'il y en a trop peu savoir l'quivalence de symptme avec valeur de vrit.
C'est assez curieux, mais d'ailleurs a a ce rpondant historique que a dmontre que ce sens du mot symptme
a t dcouvert, nonc, avant que la psychanalyse entre en jeu. Comme je le souligne souvent,
c'est trs proprement parler le pas essentiel fait par la pense marxiste que cette quivalence.
Valeur de vrit : pour traduire le symptme en une Valeur de vrit nous devons ici toucher du doigt, une fois de plus,
ce que suppose de savoir chez l'analyste le fait qu'il faille bien que ce soit son su qu'il interprte.
Et pour faire ici une parenthse, simplement en passant
a n'est pas dans le fil de ce que j'essaie de vous faire suivre
je dois marquer, je marque pourtant que ce savoir est l'analyste, si je puis dire, prsuppos.
Ce que j'ai accentu du sujet suppos savoir comme fondant les phnomnes du transfert, j'ai toujours soulign
que a n'emporte aucune certitude chez le sujet analysant que son analyste en sache long. Bien loin de l.
Mais c'est parfaitement compatible avec le fait que soit par l'analysant envisag comme fort douteux le savoir de l'analyste,
ce qui d'ailleurs, il faut l'ajouter, est frquemment le cas pour des raisons fort objectives : les analystes somme toute
n'en savent pas toujours autant qu'ils devraient pour cette simple raison que souvent ils ne foutent pas grand chose.
a ne change absolument rien au fait que le savoir est prsuppos la fonction de l'analyste et que c'est l-dessus
que reposent les phnomnes de transfert. La parenthse est close.
Voici donc le symptme avec sa traduction comme valeur de vrit. Le symptme est valeur de vrit et - je vous le fais
remarquer au passage - la rciproque n'est pas vraie : la valeur de vrit n'est pas symptme. Il est bon de le remarquer
en ce point pour la raison que la vrit n'est rien dont je prtende que la fonction soit isolable. Sa fonction
et nommment l o elle prend place : dans la parole - est relative. Elle n'est pas sparable d'autres fonctions de la parole.
Raison de plus pour que j'insiste sur ceci :
que mme la rduire la valeur, elle ne se confond en aucun cas avec le symptme.
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C'est autour de ce point de ce qu'est le symptme qu'ont pivot les premiers temps de mon enseignement.
Car les analystes sur ce point taient dans un brouillard tel que le symptme
et aprs tout peut tre doit-on mon enseignement que a ne s'tale plus si aisment
que le symptme s'articule - j'entends : dans la bouche des analystes - comme le refus de la dite valeur de vrit.
a n'a aucun rapport. a n'a aucun rapport avec cette quivalence un seul sens - je viens d'y insister - du symptme une
valeur de vrit. a fait entrer en jeu ce que j'appellerai
ce que j'appellerai comme a parce qu'on est entre soi et que j'ai dit que c'tait un entretien
ce que j'appellerai sans plus de forme, sans me soucier que les termes que je vais pousser en avant en soient dj
usits la pointe la plus avance de la philosophie, a fait entrer en jeu l'tre d'un tant. Je dis l'tre
parce queil me semble clair, il semble acquis depuis le temps
que la philosophie tourne en rond, sur un certain nombre de points
je dis l'tre parce qu'il s'agit de l'tre parlant.
C'est d'tre parlant - excusez-moi du premier tre - qu'il vient l'tre, enfin qu'il en a le sentiment.
Naturellement il n'y vient pas, il rate. Mais cette dimension ouverte tout d'un coup de l'tre,
on peut dire que pendant un bon bout de temps, elle a port sur le systme des philosophes tout au moins.
Et on aurait bien tort d'ironiser, parce que si elle a port sur le systme des philosophes, c'est qu'ils portent
sur le systme de tout le monde et que ce qui se dsigne dans cette dnonciation par les analystes
de ce qu'ils appellent la rsistance, ce autour de quoi j'ai fait
pendant toute une tape de cet enseignement dont mes crits portent la trace
j'ai fait pendant tout une tape bagarre, c'est bien pour les interroger sur ce qu'ils savaient ce qu'ils faisaient
en faisant entrer dans l'occasion ce qu'on pourrait donc appeler ceci que l'tre de ce sacr tant dont ils parlent
pas tout fait tort et travers, ils appellent a l'homme de temps en temps, en tout cas on l'appelle
de moins en moins [ainsi] depuis que je suis de ceux qui font l-dessus quelques rserves
cet tre n'a pas l'endroit de la vrit de tropisme spcial. N'en disons pas plus.
Donc il y a deux sens du symptme : le symptme est valeur de vrit, c'est la fonction qui rsulte de l'introduction,
un certain temps historique que j'ai dat suffisamment, de la notion de symptme.
Il ne se gurit pas - le symptme - de la mme faon dans la dialectique marxiste et dans la psychanalyse.
Dans la psychanalyse, il a affaire quelque chose qui est la traduction en paroles de sa valeur de vrit.
Que ceci suscite ce qui est, par l'analyste, ressenti comme un tre de refus, ne permet nullement de trancher
si ce sentiment mrite d'aucune faon d'tre retenu, puisque aussi bien, dans d'autres registres,
celui prcisment que j'ai voqu tout l'heure, c'est de tout autres procds que doit cder le symptme.
Je ne suis pas en train de donner aucun de ces procds la prfrence et ceci d'autant moins que ce que je veux
vous faire entendre, c'est qu'il y a une autre dialectique que celle qu'on impute l'histoire.
Entre les questions :
- l'incomprhension psychanalytique est-elle un symptme ? ,
- et l'incomprhension de Lacan est-elle un symptme ? ,
j'en placerai une troisime :
- L'incomprhension mathmatique
c'est quelque chose qui se dsigne, il y a des gens - et mme des jeunes gens, parce que a n'a d'intrt qu'auprs des
jeunes gens - pour qui cette dimension de l'incomprhension mathmatique, a existe
est-elle un symptme ? .
Il est certain que quand on s'intresse ces sujets qui manifestent l'incomprhension mathmatique
assez rpandue encore notre temps
on a le sentiment
j'ai employ le mot sentiment tout fait comme tout l'heure, pour ce dont les analystes ont fait la rsistance
on a le sentiment quelle provient, chez le sujet en proie l'incomprhension mathmatique, de quelque chose qui est
comme une insatisfaction, un dcalage, quelque chose d'prouv dans le maniement prcisment de la valeur de vrit.
Les sujets en proie l'incomprhension mathmatique attendent plus de la vrit que la rduction ces valeurs qu'on appelle
au moins dans les premiers pas de la mathmatique
des valeurs dductives. Les articulations dites dmonstratives leur paraissent manquer de quelque chose qui est
prcisment au niveau d'une exigence de vrit.
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Cette bivalence : vrai ou faux - srement et disons-le : non sans raisons - les laisse en droute, et jusqu' un certain
point on peut dire qu'il y a une certaine distance de la vrit ce que nous pouvons appeler dans l'occasion le chiffre.
Le chiffre, ce n'est rien d'autre que l'crit, l'crit de sa valeur. Que la bivalence s'exprime selon les cas par 0 et 1
ou par V et F, le rsultat est le mme, le rsultat est le mme en raison de quelque chose qui est exig ou parat
exigible chez certains sujets, dont vous avez pu voir ou entendre que tout l'heure je n'ai pas parl,
que ce soit d'aucune faon un contenu.
Au nom de quoi l'appellerait-on de ce terme, puisque contenu ne veut rien dire, tant qu'on ne peut pas dire de quoi il s'agit ?
Une vrit n'a pas de contenu, une vrit qu'on dit une : elle est vrit ou bien elle est semblant, distinction qui n'a rien
faire avec l'opposition du vrai et du faux, car si elle est semblant, elle est semblant de vrit prcisment,
et ce dont procde l'incomprhension mathmatique, c'est que justement la question se pose de savoir si vrit ou semblant,
ce n'est pas - permettez moi de le dire, je le reprendrai plus savamment dans un autre contexte - ce n'est pas tout un.
En tout cas sur ce point, ce n'est certainement pas l'laboration logicienne qui s'est faite des mathmatiques qui ici
viendra s'opposer, car si vous lisez en n'importe quel point de ses textes M. Bertrand RUSSELL, qui d'ailleurs
a pris soin de le dire en propres termes : La mathmatique c'est trs prcisment ce qui s'occupe d'noncs dont il est impossible
de dire s'ils ont une vrit, ni mme s'ils signifient quoi que ce soit .
C'est bien une faon un peu pousse de dire que tout le soin prcisment qu'il a prodigu la rigueur de la mise en
forme de la dduction mathmatique, est quelque chose qui assurment s'adresse tout autre chose que la vrit,
mais a une face qui n'est tout de mme pas sans rapport avec elle, sans a il n'y aurait pas besoin de l'en sparer
d'une faon si appuye !
Il est certain que
non identique ce qu'il en est de la mathmatique
la logique, qui s'efforce prcisment de justifier l'articulation mathmatique au regard de la vrit, aboutit ou plus
exactement s'affirme, s'affirme notre poque dans cette logique propositionnelle, dont le moins qu'on puisse dire est
qu'il parat trange que la vrit tant pose comme valeur, comme valeur qui fait la dnotation d'une proposition donne,
de cette proposition, il est pos dans la mme logique qu'elle ne saurait engendrer qu'une autre proposition vraie.
Que l'implication pour tout dire y est dfinie de cette trange gnalogie d'o rsulterait que le vrai une fois atteint
ne saurait d'aucune faon par rien de ce qu'il implique retourner au faux.
Il est tout fait clair que, si minces que soient les chances de ce qu'une proposition fausse - ce qui par contre est tout
fait admis - engendre une proposition vraie, depuis le temps qu'on propose dans cette aller qu'on nous dit tre
sans retour, il ne devrait plus depuis longtemps y avoir que des propositions vraies !
la vrit, il est singulier, il est trange, il n'est supportable qu'en raison de l'existence des mathmatiques
de leur existence indpendamment de la logique
que pareil nonc puisse - mme un instant - tenir.
Il y a quelque part ici une embrouille, celle qui fait qu'assurment les mathmaticiens eux-mmes sont l-dessus si peu
en repos, que tout ce qui a effectivement stimul cette recherche logicienne concernant les mathmatiques, tout,
en tous ses points, cette recherche a procd du sentiment que la non contradiction ne saurait d'aucune faon suffire fonder
la vrit, ce qui ne veut pas dire qu'elle ne soit souhaitable, voir exigible. Mais qu'elle soit suffisante, assurment pas.
Mais ne nous avanons pas l-dessus - ce soir - plus loin puisqu'il ne s'agit que d'un entretien introductif
un maniement qui est prcisment celui dont je me propose cette anne de vous faire suivre le chemin.
Cette embrouille autour de l'incomprhension mathmatique est de nature nous mener cette ide qu'ici le symptme
l'incomprhension mathmatique
c'est en somme l'amour de la vrit, si je puis dire, pour elle-mme qui le conditionne.
C'est autre chose que ce refus dont je parlais tout l'heure, c'est mme le contraire, en un point o si lon peut dire,
on aurait russi en escamoter tout fait le pathtique. Seulement a se passe pas comme a au niveau d'une certaine faon
d'exposer les mathmatiques, qui pour illustrer que je l'ai faite de l'effort dit logicien, n'en est pas moins prsente
d'une faon maniable, courante, et sans autre introduction logique, d'une faon simple et lmentaire o l'vidence,
comme on dit, permet d'escamoter beaucoup de pas.
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La vrit en question dans la psychanalyse, c'est ce qui au moyen du langage - j'entends par la fonction de la parole approche, mais dans un abord qui n'est nullement de connaissance, mais je dirai de quelque chose comme d'induction
- au sens que ce terme a dans la constitution d'un champ - d'induction de quelque chose qui est tout fait rel, encore que
nous n'en puissions parler que comme de signifiant. Je veux dire qui n'ont pas d'autre existence que celle de signifiant.
De quoi est-ce que je parle ? Eh bien, de rien d'autre que ce qu'on appelle en langage courant des hommes et des femmes.
Nous ne savons rien de rel sur ces hommes et ces femmes comme tels, car c'est de a qu'il s'agit : il ne s'agit pas des chiens et des
chiennes. Il s'agit de ce que c'est rellement ceux qui appartiennent chacun des sexes partir de l'tre parlant.
Il n'y a pas l lombre de psychologie. Des hommes et des femmes, c'est rel, mais nous ne sommes pas,
leurs propos, capables d'articuler la moindre chose dans lalangue qui ait le moindre rapport avec ce Rel.
Si la psychanalyse ne nous apprend pas a, mais qu'est-ce qu'elle dit ? Parce qu'elle ne fait que ressasser !
C'est a que j'nonce quand je dis qu'il n'y a pas de rapport sexuel pour les tres qui parlent.
Parce que leur parole telle qu'elle fonctionne, dpend, est conditionne comme parole par ceci : que ce rapport sexuel,
il lui est trs prcisment, comme parole, interdit d'y fonctionner d'aucune faon qui permette d'en rendre compte.
Je ne suis pas en train de donner rien, dans cette corrlation, la primaut :
- je ne dis pas que la parole existe parce qu'il n'y a pas de rapport sexuel, ce serait tout fait absurde,
- je ne dis pas non plus qu'il n'y a pas de rapport sexuel parce que la parole est l.
Mais il n'y a certainement pas de rapport sexuel parce que la parole fonctionne ce niveau qui se trouve,
de par le discours psychanalytique, tre dcouvert comme spcifiant l'tre parlant, savoir l'importance, la prminence,
dans tout ce qui va faire - son niveau - du sexe le semblant, semblant de bonshommes et de bonnes femmes,
comme a se disait aprs la dernire guerre. On ne les appelait pas autrement : les bonnes-femmes.
C'est pas tout fait comme a que j'en parlerai parce que je ne suis pas existentialiste.
Quoi qu'il en soit, la constitution de par le fait que l'tant, dont nous parlions tout l'heure,
que cet tant parle, le fait que ce n'est que de la parole que procde ce point essentiel, est tout fait - dans l'occasion distinguer du rapport sexuel, qui s'appelle la jouissance, la jouissance qu'on appelle sexuelle et qui seule dtermine
chez l'tant dont je parle ce qu'il s'agit d'obtenir, savoir l'accouplement.
La psychanalyse nous confronte ceci : que tout dpend de ce point pivot qui s'appelle la jouissance sexuelle et qui se trouve
c'est seulement les propos que nous recueillons dans l'exprience psychanalytique qui nous permettent de l'affirmer
qui se trouve ne pouvoir s'articuler dans un accouplement un peu suivi, voire mme fugace,
qu' exiger de rencontrer ceci, qui n'a dimension que de lalangue et qui s'appelle la castration.
L'opacit de ce noyau qui s'appelle jouissance sexuelle
et dont je vous ferai remarquer que l'articulation dans ce registre explorer qui s'appelle la castration
ne date que de l'mergence historiquement rcente du discours psychanalytique
voil, me semble-t-il, ce qui mrite bien qu'on s'emploie en formuler le mathme, c'est--dire ce que quelque chose
se dmontre autrement que de subi, subi dans une sorte de secret honteux, qui pour avoir t par la psychanalyse publi,
n'en demeure pas moins aussi honteux, aussi dpourvu d'issue.
C'est savoir que la dimension entire de la jouissance, savoir le rapport de cet tre parlant avec son corps
car il n'y a pas d'autre dfinition possible de la jouissance
personne ne semble s'tre aperu que c'est ce niveau-l qu'est la question.
Qu'est ce qui, dans l'espce animale, jouit de son corps et comment ? Certainement nous en avons des traces
chez nos cousins les chimpanzs qui se dparasitent l'un l'autre avec tous les signes du plus vif intrt. Et aprs ?
quoi est-ce que tient que chez l'tre parlant ce soit beaucoup plus labor, ce rapport de la jouissance qu'on appelle
au nom de ceci qui est la dcouverte de la psychanalyse
que la jouissance sexuelle merge plus tt que la maturit du mme nom.
a semble suffire faire infantile tout ce qu'il en est de cet ventail - court sans doute - mais non sans varit,
des jouissances que l'on qualifie de perverses. Que ceci soit en relation troite avec cette curieuse nigme qui fait :
- qu'on ne saurait en agir avec ce qui semble directement li l'opration quoi est suppose viser la
jouissance sexuelle,
- qu'on ne saurait d'aucune faon s'engager dans cette voie dont la parole tient les chemins, sans qu'elle
s'articule en castration il est curieux, il est curieux que jamais, jamais avant
je ne veux pas dire un essai, parce que comme disait Picasso : Je ne cherche pas, je trouve, je n'essaie pas, je tranche
avant que j'aie tranch que le point-cl, que le point-nud, c'tait lalangue, et dans le champ de lalangue : l'opration de la parole.
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Il n'y a pas une interprtation analytique qui ne soit pour donner quelque proposition qu'on rencontre,
sa relation une jouissance. quoi qu'est-ce que veut dire la psychanalyse ?
Que cette relation la jouissance c'est la parole qui assure la dimension de vrit.
Et encore n'en reste-t-il pas moins assur qu'elle ne peut d'aucune faon la dire compltement, elle ne peut
- comme je m'exprime - que la mi-dire cette relation, et en forger du semblant, trs prcisment ce qu'on appelle
sans pouvoir en dire grand-chose, justement on en fait quelque chose mais on ne peut pas en dire long sur le type
le semblant de ce qui s'appelle un homme ou une femme.
Si, il y a quelques deux ans, je suis arriv dans la voie que j'essaie de tracer, articuler ce qu'il en est de quatre discours,
pas des discours historiques, pas de la mythologie
la nostalgie de ROUSSEAU, voire du nolithique, c'est des choses qui n'intressent que le discours universitaire.
Il n'est jamais si bien, ce discours, qu'au niveau des savoirs qui ne veulent plus rien dire pour personne,
puisque le discours universitaire se constitue de faire du savoir un semblant
il s'agit de discours qui constituent l, d'une faon tangible, quelque chose de rel.
Ce rapport de frontire entre le Symbolique et le Rel, nous y vivons, c'est le cas de le dire.
Le discours du Matre, a tient, toujours et encore !
Vous pouvez le toucher - je pense - suffisamment du doigt pour que je n'aie pas besoin de vous indiquer
ce que j'aurais pu faire si a m'avait amus, c'est--dire si je cherchais la popularit : vous montrer le tout petit
tournant quelque part qui en fait le discours du capitaliste. C'est exactement le mme truc, simplement c'est mieux foutu,
a fonctionne mieux, vous tes plus couillonns ! De toute faon, vous n'y songez mme pas.
De mme que pour le discours universitaire vous y tes plein tube, en croyant faire l'moi, lmoi de Mai !
Ne parlons pas du discours hystrique, c'est le discours scientifique lui-mme. C'est trs important connatre
pour avoir des petits pronostics. a ne diminue en rien les mrites du discours scientifique.
S'il y a une chose qui est certaine, c'est que je n'ai pu, ces trois discours [M,U,H], les articuler en une sorte de mathme
que parce que le discours analytique [A]est surgi. Et quand je parle du discours analytique, je ne suis pas en train
de vous parler de quelque chose de l'ordre de la connaissance, il y a longtemps qu'on aurait pu s'apercevoir
que le discours de la connaissance est une mtaphore sexuelle et lui donner sa consquence,
savoir que puisqu'il n'y a pas de rapport sexuel, il n'y a pas non plus de connaissance.
On a vcu pendant des sicles avec une mythologie sexuelle, et bien entendu, une grande part des analystes ne demande pas
mieux que de se dlecter ces chers souvenirs d'une poque inconsistante. Mais il ne s'agit pas de a. Ce qui est dit
cris-je la premire ligne de quelque chose que je suis en train de cogiter pour vous le laisser dans quelques temps
ce qui est dit est de fait : du fait de le dire. Seulement il y a l'achoppement, l'achoppement : tout est l, tout en sort.
Ce que j'appelle l'Hachose - j'ai mis un H devant pour que vous voyez qu'il y a une apostrophe, mais justement je ne
devrais pas en mettre, a devrait s'appeler la Hachose - bref l'objet(a). L'objet(a), c'est un objet certes,
seulement en ce sens qu'il se substitue dfinitivement toute notion de l'objet comme support par un sujet.
a n'est pas le rapport dit de la connaissance.
Il est assez curieux, quand on l'tudie en dtail, de voir que ce rapport de la connaissance, on avait fini par faire
que l'un des termes, le sujet en question, n'tait plus que l'ombre d'une ombre, un reflet parfaitement vanoui.
L'objet(a) n'est un objet qu'en ce sens qu'il est l pour affirmer que rien - de l'ordre du savoir - n'est sans le produire.
C'est tout fait autre chose que de le connatre. Que le discours psychanalytique ne puisse s'articuler qu' montrer que
cet objet(a) : pour qu'il y ait chance d'analyste, il faut qu'une certaine opration - qu'on appelle l'exprience psychanalytique ait fait venir l'objet(a) la place du semblant.
Bien entendu, il ne pourrait absolument pas occuper cette place si les autres lments, rductibles dans une chane
signifiante, n'occupaient pas les autres [places], si le sujet [S],et ce que j'appelle signifiant-matre [S 1 ],
et ce que je dsigne du corps du savoir [S 2 ], n'taient pas rpartis aux quatre points d'un ttradre qui est
ce que pour votre repos je vous ai dessin au tableau sous la forme de petites choses qui se croisent comme a,
l'intrieur d'un carr dont il manque un ct : il est vident qu'il n'y aurait absolument pas de discours.
19
Et ce qui dfinit un discours, ce qui l'oppose la parole, je dis - parce que c'est cela qui est le mathme - je dis que c'est
ce que dtermine - pour l'approche parlante - ce que dtermine le Rel. Et le Rel dont je parle est absolument
inapprochable, sauf par une voie mathmatique, c'est savoir en reprant
pour cela, il n'y a pas d'autre voie que ce discours - dernier venu des quatre - celui que je dfinis comme
le discours analytique et qui permet d'une faon dont il serait excessif de dire qu'elle est consistante,
tout au contraire, d'une bance, et proprement celle qui s'exprime de la thmatique de la castration
qu'on peut voir d'o s'assure le Rel dont tient tout ce discours.
Le Rel dont je parle, et ceci conformment tout ce qui est reu
mais comme si c'tait par des sourds !
reu dans l'analyse, savoir que rien n'est assur de ce qui semble la fin, la finalit de la jouissance sexuelle
- savoir la copulation - sans ces pas trs confusment aperus, mais jamais dgags dans une structure comparable
celle d'une logique et qui s'appelle la castration.
C'est trs prcisment en cela que l'effort logicien doit nous tre un modle, voire un guide.
Et ne me faites pas parler d'isomorphisme, hein. Et qu'il y ait quelque part un brave petit coquin de l'universit qui
trouve mes noncs sur la vrit, le semblant, la jouissance et le plus-de jouir, seraient formalistes, voire hermneutiques pourquoi pas ?
Il s'agit de ce qu'on appelle en mathmatique plutt - chose curieuse, c'est une rencontre - une opration de gnrateur.
Nous essaierons cette anne, et ailleurs qu'ici, d'approcher comme a prudemment, de loin et pas pas,
parce qu'il ne faut pas trop attendre, en cette occasion, de ce qu'il pourrait se produire d'tincelles, mais a viendra.
L'objet(a) dont je vous ai parl tout l'heure, c'est pas un objet, c'est ce qui permet de ttradrer ces quatre discours,
chacun de ces discours sa faon.
Et c'est bien entendu ce que ne peuvent pas voirque ne peuvent pas voir qui ? Chose curieuse : les analystes.
C'est que l'objet(a), c'est pas un point qui se localise quelque part dans les quatre autres ou les quatre qu'ils forment
ensemble, c'est la construction, c'est le mathme ttradrique de ces discours.
La question est donc celle-ci : d'o les tres achosiques , les (a) incarns que nous sommes tous des titres divers,
sont-ils le plus en proie l'incomprhension de mon discours ? a, c'est vrai que la question peut tre pose.
Qu'elle soit un symptme ou qu'elle ne le soit pas, la chose est secondaire. Mais ce qui est trs certain,
c'est que thoriquement c'est au niveau du psychanalyste que doit dominer l'incomprhension de mon discours.
Et justement parce que c'est le discours analytique. Peut-tre n'est-ce pas le privilge du discours analytique.
Aprs tout, mme ceux qui ont fait, celui qui a fait, qui a pouss le plus loin, qui a videmment loup parce qu'il ne
connaissait pas l'objet(a), mais qui a pouss le plus loin le discours du Matre avant que j'amne l'objet(a) au monde,
HEGEL, pour le nommer. Il nous a toujours dit que s'il y avait quelqu'un qui ne comprenait rien au discours du Matre,
c'tait le Matre lui-mme.
En quoi, bien sr, il reste dans la psychologie, parce qu'il n'y a pas de Matre, il y a le signifiant-Matre
et que le Matre suit comme il peut. a ne favorise pas du tout la comprhension du discours du Matre chez le Matre.
C'est en ce sens que la psychologie de HEGEL est exacte.
Il serait galement, bien sr, trs difficile de soutenir que l'hystrique, au point o elle est place, c'est--dire au niveau
du semblant, c'est l qu'elle soit le mieux pour comprendre son discours. Il n'y aurait pas besoin du virage de l'analyse sans a.
Ne parlons pas, bien sur, des universitaires ! Personne n'a jamais cru qu'ils avaient le front de soutenir un alibi aussi
prodigieusement manifeste que l'est tout le discours universitaire.
Alors pourquoi les analystes auraient-ils le privilge d'tre accessibles ce qui, de leur discours, est le mathme ?
Il y a toutes les raisons au contraire pour qu'ils s'installent dans une sorte de statut dont justement l'intrt
mais ce ne sont pas des choses qui peuvent se faire en un jour
dont l'intrt en effet pourrait tre de dmontrer ce qu'il en rsulte dans ces inconcevables lucubrations thoriques
qui sont celles qui remplissent les revues du monde psychanalytique. L'important n'est pas l.
L'important est de s'intresser, et j'essaierai sans doute de vous dire en quoi peut consister cet intrt.
Il faut absolument l'puiser sous toutes ses faces.
Je viens de donner l'indication de ce qu'il peut en tre du statut de l'analyste au niveau du semblant,
et il n'est, bien sr, pas moins important de l'articuler dans son rapport la vrit.
20
Et le plus intressant
c'est le cas de le dire, c'est un des seuls sens qu'on puisse donner au mot d'intrt
c'est le rapport qu'a ce discours la jouissance. La jouissance, en fin de compte, qui le soutient,
qui le conditionne, qui le justifie, le justifie trs prcisment de ceci que la jouissance sexuelle
Je voudrais pas terminer en vous donnant l'ide que je sais ce que c'est que l'homme.
Il y a srement des gens qui ont besoin que je leur jette ce petit poisson.
Je peux le leur jeter aprs tout, parce que a ne connote aucune espce de promesse de progrs ou pire .
Je peux leur dire que c'est trs probablement a, en effet, qui spcifie cette espce animale :
c'est un rapport tout fait anomalique et bizarre avec sa jouissance.
a peut avoir quelques petits prolongements du ct de la biologie, pourquoi pas ?
Ce que je constate simplement, c'est que les analystes n'ont pas fait faire le moindre progrs
la rfrence biologisante de l'analyse, je le souligne trs souvent.
Ils n'y ont pas fait faire le moindre progrs, pour la simple raison que c'est trs prcisment le point anomalique
o une jouissance, dont, chose incroyable, il s'est trouv des biologistes pour
au nom de ceci, de cette jouissance boiteuse et combien ampute, la castration elle-mme qui a l'air
chez l'homme d'avoir un certain rapport la copulation, la conjonction donc, de ce qui biologiquement,
mais sans, bien sr, que a ne conditionne absolument rien dans le semblant,
ce qui chez l'homme donc aboutit la conjonction des sexes
il y a eu donc des biologistes pour tendre ce rapport parfaitement problmatique aux espces animales et nous taler
on a fait tout un gros bouquin l-dessus, qui a reu tout de suite l'heureux patronage de mon cher camarade
Henry EY, dont je vous ai parl avec la sympathie que vous avez pu toucher la dernire fois
la perversion chez les espces animales.
Au nom de quoi ? Que les espces animales copulent, mais qu'est-ce qui nous prouve que ce soit au nom d'une
jouissance quelconque, perverse ou pas ? Il faut vraiment tre un homme pour croire que copuler, a fait jouir !
Alors il y a des volumes entiers l-dessus pour expliquer qu'il y en a qui font a avec des crochets, avec leurs pa-pattes,
et puis il y en a qui s'envoient les machins, les trucs, les spermatos l'intrieur de la cavit centrale comme chez la
punaise, je crois. Et alors, on s'merveille : qu'est-ce qu'ils doivent jouir des trucs pareils ! Si nous, on se faisait a avec une
seringue dans le pritoine a serait voluptueux ! C'est avec a qu'on croit qu'on construit des choses correctes.
Alors que la premire chose toucher du doigt, c'est trs prcisment la dissociation, et quil est vident que
la question, la seule question, la question enfin, trs intressante, c'est de savoir comment quelque chose que nous
pouvons - momentanment - dire corrlatif de cette disjonction de la jouissance sexuelle, quelque chose que j'appelle
lalangue , videmment que a a un rapport avec quelque chose du rel, mais de l que a puisse conduire
des mathmes qui nous permettent d'difier la science, alors a, c'est bien videmment la question.
Si nous regardions d'un peu plus prs comment c'est foutu la science
Jai essay de faire a une toute petite fois, une toute petite approche : La Science et la vrit
Il y avait un pauvre type une fois, dont j'tais l'hte ce moment l, qui en a t malade de m'avoir entendu l-dessus,
et aprs tout c'est bien l que l'on voit que mon discours est compris, c'est le seul qui en ait t malade !
C'est un homme qui s'est dmontr de mille faons pour tre quelqu'un de pas trs fort.
Enfin moi, je n'ai aucune espce de passion pour les dbiles mentaux
je me distingue en cela de ma chre amie Maud MANNONI
mais comme les dbiles mentaux on les rencontre aussi l'Institut, je ne vois pas pourquoi je m'mouvrais.
Enfin La Science et la vrit a essayait d'approcher un petit quelque chose comme a.
Aprs tout, c'est peut tre fait avec presque rien du tout, cette fameuse science. Auquel cas on s'expliquerait mieux
comment les choses, l'apparence aussi conditionne par un dficit que lalangue , peut y mener tout droit.
Voil, ce sont des questions que peut-tre j'aborderai cette anne.
Enfin, je ferai de mon mieux, Ou pire !
21
08 Dcembre 1971
Sminaire : Panthon-Sorbonne
Je pourrais commencer tout de suite en passant sur mon titre dont aprs tout dans un bout de temps,
vous verriez bien ce quil veut dire. Nanmoins, par gentillesse, puisquaussi bien il est fait pour retenir,
je vais lintroduire par un commentaire portant sur lui : Ou pire .
Peut-tre tout de mme certains dentre vous lont compris, Ou pire en somme cest ce que je peux toujours faire.
Il suffit que je le montre pour entrer dans le vif du sujet. Je le montre en somme chaque instant. Pour ne pas rester
dans ce sens qui, comme tout sens - vous le touchez du doigt, je pense - est une opacit, je vais donc le commenter
textuellement.
Ou pire , il est arriv que certains lisent mal, ils ont cru que ctait : ou le pire. Cest pas du tout pareil.
Pire, cest tangible, cest ce quon appelle un adverbe, comme bien, ou mieux. On dit : je fais bien, on dit : je fais pire.
Cest un adverbe, mais disjoint, disjoint de quelque chose qui est appel, quelque place, justement le verbe,
le verbe qui est ici remplac par les trois points.
Ces trois points se rfrent lusage, lusage ordinaire pour marquer - cest curieux, mais a se voit, a se voit
dans tous les textes imprims - pour faire une place vide. a souligne limportance de cette place vide. Et a dmontre
aussi bien que cest la seule faon de dire quelque chose avec laide du langage. Et cette remarque que le vide cest la seule
faon dattraper quelque chose avec le langage cest justement ce qui nous permet de pntrer dans sa nature, au langage.
Aussi bien - vous le savez ! - ds que la logique est arrive saffronter quelque chose, quelque chose qui supporte
une rfrence de vrit, cest quand elle a produit la notion de variable. Cest une variable apparente.
La variante apparente : x, est toujours constitue par ceci que lx, dans ce dont il sagit, marque une place vide.
La condition que a marche, cest quon y mette exactement le mme signifiant toutes les places rserves vides.
Cest la seule faon dont le langage arrive quelque chose et cest pourquoi je me suis exprim dans cette formule
quil ny a pas de mtalangage . Quest-ce que a veut dire ?
II semblerait que ce disant, je ne formule quun paradoxe, car do est-ce que je le dirais ?
Puisque je le dis dans le langage, a serait dj suffisamment affirmer quil y en a un do je peux le dire.
Il nen est videmment rien pourtant.
Le mtalangage, comme bien sr il est ncessaire quon llabore comme une fiction chaque fois quil sagit de logique,
cest savoir quon forge lintrieur du discours ce quon appelle langage-objet, moyennant quoi cest le langage
qui devient mta , jentends le discours commun sans lequel il ny a pas moyen mme dtablir cette division.
Il ny a pas de mtalangage, nie que cette division soit tenable. La formule forclot dans le langage quil y ait discordance.
Quest-ce qui occupe donc cette place vide, dans le titre que jai produit pour vous retenir ?
Jai dit : forcment un verbe, puisquun adverbe il y a. Seulement, cest un verbe lid par les trois points.
Et a, dans le langage partir du moment o on linterroge en logique, cest la seule chose quon ne puisse pas faire.
Le verbe en loccasion il nest pas difficile trouver, il suffit de faire basculer la lettre qui commence le mot p ire , a fait : d ire.
Seulement, comme en logique le verbe cest prcisment le seul terme dont vous ne puissiez pas faire place vide,
dont vous ne puissiez pas faire place vide parce que, quand une proposition vous essayez den faire fonction,
cest le verbe qui fait fonction et cest de ce qui lentoure que vous pouvez faire argument.
vider ce verbe donc, jen fait argument, cest--dire quelque substance, ce nest pas dire , cest un dire .
Ce dire, celui que je reprends de mon sminaire de lanne dernire, sexprime, comme tout dire,
dans une proposition complte : il ny a pas de rapport sexuel. Ce que mon titre avance, cest quil ny a pas dambigut :
cest qu sortir de l, vous nnoncerez, vous ne direz, que pire.
Il ny a pas de rapport sexuel se propose donc comme vrit. Mais jai dj dit de la Vrit quelle ne peut que se mi-dire.
Donc ce que je dis, cest quil sagit somme toute, que lautre moiti dise pire. Sil ny avait pas pire,
quest-ce que a simplifierait les choses ! Cest le cas de le dire.
La question est : est-ce que a ne les simplifie pas dj, puisque si ce dont je suis parti, cest de ce que je peux faire et
que ce soit justement ce que je ne fasse pas, est-ce que a ne suffit pas les simplifier ?
Seulement voil, il ne peut pas se faire que je ne puisse pas le faire, ce pire. Exactement, comme tout le monde.
22
Quand je dis quil ny a pas de rapport sexuel, javance, trs prcisment cette vrit chez ltre parlant,
que le sexe ny dfinit nul rapport. Ce nest pas que je nie la diffrence quil y a, ds le plus jeune ge,
entre ce quon appelle une petite fille et un petit garon. Cest mme de l que je pars.
Attrapez tout de suite, comme a, que vous ne savez pas, quand je pars de l, de quoi je parle.
Je ne parle pas de la fameuse petite diffrence qui est celle pour laquelle, lun des deux il paratra
quand il sera sexuellement mr
il paratra tout fait de lordre dun bon mot, du mot desprit, de pousser : Hourra ! Hourra pour la petite diffrence !
Rien que a soit drle suffit nous indiquer, dnote, fait rfrence, au rapport complexuel
cest--dire au fait tout inscrit dans lexprience analytique, et qui est ce quoi nous a men lexprience
de linconscient, sans lequel il ny aurait pas de mot desprit
au rapport complexuel avec cet organe, la petite diffrence, dj dtach trs tt comme organe,
ce qui est dj tout dire : [organon], instrument.
Est-ce quun animal a lide quil a des organes ? Depuis quand a-t-on vu a ? Et pourquoi faire ?
Suffira-t-il dnoncer : Tout animal
cest une faon de reprendre ce que jai nonc rcemment propos de la supposition de la jouissance
dite sexuelle comme instrumentale chez lanimal, jai racont a ailleurs, ici je le dirai autrement
Tout animal qui a des pinces ne se masturbe pas . [Rires] Cest la diffrence entre lhomme et le homard ! [Rires]
Voil, a fait toujours son petit effet. Moyennant quoi, vous chappe ce que cette phrase a dhistorique.
Ce nest pas du tout cause de ce quelle asserte - je ne dis rien de plus : elle asserte - mais de la question
quelle introduit au niveau de la logique.
a y est cach - mais cest la seule chose que vous ny ayez pas vue - cest quelle contient le pas-tout
qui est trs prcisment - et trs curieusement - ce qulude la logique aristotlicienne pour autant quelle a produit,
quelle a produit et dtach la fonction des prosdiorismes qui ne sont rien dautre que ce que vous savez,
savoir lusage de tout , pas , de quelques , autour de quoi ARISTOTE fait les premiers pas de la logique formelle.
Ces pas sont lourds de consquences, cest eux qui ont permis dlaborer ce quon appelle la fonction des
quantificateurs. Cest avec le Tout , que stablit la place vide dont je parlais tout lheure.
Quelquun comme FREGE ne manque pas quand il commente la fonction de lassertion, devant laquelle il place
lassertion en rapport une fonction - vraie ou fausse - de x, il lui faut
pour que x ait existence dargument, ici plac dans ce petit creux, image de la place vide
quil y ait quelque chose qui sappelle tout x , qui convienne la fonction.
Lintroduction du Pas-Tout est ici essentielle. Le Pas-Tout nest pas cette universelle ngative,
le Pas-Tout , a nest pas : nul , a nest pas nommment : Nul animal qui ait des pinces se masturbe .
Cest : Non pas tout animal qui a des pinces est par l ncessit ce qui suit.
Il y a organe et organe, comme il y a fagot et fagot, celui qui porte les coups et celui qui les reoit.
Et ceci nous porte au cur de notre problme, car vous voyez qu simplement en baucher le premier pas,
nous glissons ainsi au centre - sans avoir mme eu le temps de nous retourner - au centre de quelque chose
o il y a bien une machine qui nous porte. Cest la machine que je dmonte.
Mais - jen fais la remarque lusage de certains - ce nest pas pour dmontrer que cest une machine,
encore bien moins pour quun discours soit pris pour une machine, comme le font certains justement vouloir
sembrayer sur le mien, de discours. En quoi, ce quils dmontrent, cest quils nembrayent pas sur
ce qui fait un discours, savoir le Rel qui y passe.
Dmontrer la machine nest pas du tout la mme chose que ce que nous venons de faire, cest--dire daller
sans plus de faons au trou du systme, cest--dire lendroit o le Rel passe par vous.
Et comment quil passe, puisquil vous aplatit !
23
Naturellement, moi jaimerais, jaimerais bien, jaimerais beaucoup mieux, jaimerais sauver votre canaillerie naturelle
qui est bien ce quil y a de plus sympathique, mais qui hlas, hlas toujours recommenant comme dit lautre,
en vient se rduire la btise par leffet mme de ce discours qui est celui que je dmontre.
En quoi vous devez sentir, sur linstant, quil y a au moins deux faons de le dmontrer ce discours.
Restant ouvert que la mienne - de faon - a soit encore une troisime.
Il faut pas me forcer insister, bien sr, sur cette nergtique de la canaillerie et de la btise, auxquelles je ne fais jamais
allusion que lointaine. Du point de vue de lnergtique, bien sr, a ne tient pas. Elle est purement mtaphorique. Mais elle
est de cette veine, cette veine de mtaphore dont ltre parlant subsiste, je veux dire quelle fait pour lui le pain et le levain.
Je vous ai donc demand grce, sur le point de linsistance. Cest dans lespoir que la thorie y supple
vous entendez laccent du subjonctif, je lai isol parce que parce que a en aurait pu tre recouvert par
laccent interrogatif, pensez tout a, comme a, au moment o a passe, et spcialement pour ne pas
manquer ce qui vient l, savoir le rapport de linconscient la vrit
la bonne thorie, et cest elle qui fraye la voie, la voie mme ou linconscient en tait rduit insister. Il naurait
plus le faire si la voie tait bien fraye. Mais a ne veut pas dire que tout serait rsolu pour a, bien au contraire.
La thorie, puisquelle donnerait cette aise, devrait elle-mme tre lgre, lgre au point de ne pas avoir lair
dy toucher, elle devrait avoir le naturel que - jusqu ce jour - nont que les erreurs Pas toutes ! Une fois de plus :
bien sr ! Mais a rend-il plus sr quil y en ait certaines soutenir ce naturel dont tant dautres font semblant.
Voil, javance que pour que celles-ci - les autres - puissent faire semblant, il faut que de ces erreurs,
soutenir le naturel, il y en ait au moins une, homoinzune. Reconnaissez ce que jai dj crit lanne dernire,
avec une terminaison diffrente, trs prcisment propos de lhystrique et de l homoinzun quelle exige.
Cette homoinzune , le rle, cest vident, ne saurait en tre mieux soutenu que par le naturel lui-mme.
Cest en quoi je niais au dpart - cest en quoi au contraire - cest en quoi je ne niais pas au dpart la diffrence quil y a
parfaitement notable et ds le premier ge
entre une petite fille et un petit garon, et que cette diffrence qui simpose comme native est bien en effet naturelle,
cest--dire rpond ceci que ce quil y a de rel dans le fait que dans lespce qui se dnomme elle-mme
comme a fille de ses oeuvres, en a comme en beaucoup dautres choses
qui se dnomme homo sapiens , les sexes paraissent se rpartir en deux nombres peu prs gaux dindividus et
quassez tt - plus tt quon ne lattend - ces individus se distinguent. Ils se distinguent, cest certain.
Seulement - je vous le fais remarquer en passant, a ne fait pas partie dune logique - seulement ils ne se reconnaissent,
ils ne se reconnaissent comme tres parlants qu rejeter cette distinction par toutes sortes didentifications dont cest
la monnaie courante de la psychanalyse que de sapercevoir que cest le ressort majeur des phases de chaque enfance.
Mais a cest une simple parenthse.
Limportant logiquement est ceci : cest que ce que je ne niais pas - cest justement l le glissement - cest quils se distinguent.
Cest un glissement. Ce que je ne niais pas ce nest justement pas cela, ce que je ne niais pas cest quon les distingue,
ce nest pas eux qui se distinguent.
Cest comme a quon dit : Oh ! le vrai petit bonhomme, comme on voit dj quil est tout fait diffrent dune petite fille, il est
inquiet, enquteur - hein ! - dj en mal de gloriole . Alors que la petite fille est loin de lui ressembler. Elle ne pense dj
qu jouer de cette sorte dventail qui consiste se fourrer sa figure dans un trou et refuser de dire bonjour.
Seulement voil, on ne smerveille de a que parce que cest comme a, cest--dire exactement comme a sera plus tard,
soit conforme aux types dhomme et de femme tels quils vont se constituer de tout autre chose, savoir de la consquence du prix
quaura pris dans la suite la petite diffrence. Inutile dajouter que la petite diffrence, hourra ! tait dj l pour les parents
depuis une paye et quelle a dj pu avoir des effets sur la faon dont a t trait petit bonhomme et petite bonne femme.
Cest pas sr, cest pas toujours comme a. Mais il ny a pas besoin de a pour que le jugement de reconnaissance
des adultes circonvoisins repose donc sur une erreur, celle qui consiste les reconnatre, sans doute de ce dont
ils se distinguent, mais ne les reconnatre quen fonction des critres forms sous la dpendance du langage,
si tant est que comme je lavance, cest bien de ce que ltre soit parlant quil y a complexe de castration.
Je rajoute a pour insister, pour que vous compreniez bien ce que je veux dire.
Donc, cest en a que lhomoinzune - derreur - rend consistant le naturel dailleurs incontestable de cette vocation
prmature, si je puis dire, que chacun prouve pour son sexe.
24
Il faut dailleurs ajouter, bien sr, que dans le cas o cette vocation nest pas patente, a nbranle pas lerreur
puisque, elle peut se complter avec aisance de sattribuer la nature comme telle, ceci, bien sr, non moins
naturellement. Quand a ne colle pas, on dit : cest un garon manqu - nest-ce pas ? Et dans ce cas l, le manque a
toute facilit pour tre considr comme russite dans la mesure o rien nempche quon lui impute, ce manque,
un supplment de fminit. La femme, la vraie, la petite bonne femme, se cache derrire ce manque mme,
cest un raffinement tout fait dailleurs pleinement conforme ce que nous enseigne linconscient,
de ne russir jamais mieux qu rater.
Dans ces conditions, pour accder lautre sexe, il faut rellement payer le prix, justement celui de la petite diffrence,
qui passe trompeusement au Rel par lintermdiaire de lorgane, justement ce quil cesse dtre pris pour tel,
et du mme coup rvle ce que veut dire dtre organe : un organe nest instrument que par le truchement
de ceci dont tout instrument se fonde, cest que cest un signifiant.
Eh bien, cest en tant que signifiant que le transexualiste nen veut plus et pas en tant quorgane. En quoi il ptit
dune erreur, qui est lerreur justement commune. Sa passion, au transexualiste, est l folie de vouloir se librer
de cette erreur, lerreur commune qui ne voit pas que : le signifiant, cest la jouissance et que le phallus nen est que le signifi.
Le transexualiste ne veut plus tre signifi phallus par le discours sexuel, qui - je lnonce - est impossible.
Il na quun tort, cest de vouloir le forcer - le discours sexuel qui, en tant quimpossible, est le passage du Rel
vouloir le forcer par la chirurgie.
Voil, cest la mme chose que ce que jai nonc dans un certain programme pour un certain Congrs sur la sexualit
fminine . Seule, disais-je - pour ceux qui savent lire, bien sr - Seule, disais-je, lhomosexuelle - crire l au fminin soutient le discours sexuel en toute scurit. Ce pourquoi jinvoquais le tmoignage des Prcieuses - qui vous le savez,
restent pour moi un modle - les Prcieuses qui, si je puis dire, dfinissent si admirablement lEcce Homo
permettez-moi darrter l le mot : lexcs au mot
lEcce homo de lamour, parce que - elles - elles ne risquent pas de prendre le phallus pour un signifiant.
donc ! signi donc : ce nest qu briser le signifiant dans sa lettre quon en vient bout au dernier terme.
Il est fcheux pourtant que cela ampute pour elle - lhomosexuelle - le discours psychanalytique, car ce discours
- cest un fait - les remet, les trs chres, dans un aveuglement total sur ce quil en est de la jouissance fminine.
Contrairement ce quon peut lire dans un clbre drame dAPOLLINAIRE 3
celui qui introduit le mot surraliste
Thrse revient Tirsias - je viens de parler daveuglement, noubliez pas - non en lchant, mais en rcuprant les
deux oiseaux dits sa faiblesse - je cite APOLLINAIRE pour ceux qui ne lauraient pas lu - soit les petits et gros
ballons qui, sur le thtre, les reprsentent et qui sont peut-tre
je dis peut-tre, parce que je ne veux pas dtourner votre attention, je me contente dun peut-tre
qui sont peut-tre ce grce quoi la femme ne sait jouir que dans une absence.
Lhomosexuelle nest pas du tout absente dans ce quil lui reste de jouissance. Je le rpte, cela lui rend ais
le discours de lamour, mais il est clair que a lexclut du discours psychanalytique quelle ne peut gure que balbutier.
Alors, essayons davancer. Vu lheure, je ne pourrai quindiquer rapidement ceci : que pour ce quil en est de tout
ce qui se pose comme ce rapport sexuel, lincitant, linstituant par une sorte de fiction qui sappelle le mariage,
la rgle serait bonne que le psychanalyste se dise, sur ce point : quils se dbrouillent comme ils pourront .
Cest a quil suit dans la pratique. Il ne le dit pas, ni mme ne se le dit par une sorte de fausse honte,
car il se croit en devoir de pallier tous les drames. Cest un hritage de pure superstition : il fait le mdecin.
Jamais le mdecin ne stait ml dassurer le bonheur conjugal et, comme le psychanalyste ne sest pas encore aperu
quil ny a pas de rapport sexuel, naturellement le rle de providence des mnages le hante.
Tout a, nest-ce pas
la fausse honte, la superstition et lincapacit de formuler une rgle prcise sur ce point, celle que je viens
dnoncer l : quils se dbrouillent
relve de la mconnaissance de ceci - que son exprience lui rpte, mais je pourrais mme dire : lui serine quil ny a pas de rapport sexuel. Il faut dire que ltymologie de seriner nous conduit tout droit sirne .
Cest textuel, cest dans le dictionnaire tymologique 4, cest pas moi qui me livre ici tout dun coup un chant analogue.
3 Guillaume Apollinaire : Les mammelles de Tirsias in Lenchanteur pourrissant , Posie Gallimard, 1972.
4 Dictionnaire tymologique de la langue franaise par Oscar Bloch et Walther Von Wartburg, PUF.
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Cest sans doute pour a que le psychanalyste - comme ULYSSE le fait en telle conjoncture - reste attach
un mt Oui, naturellement pour que a dure, ce quil entend comme le chant des sirnes, cest--dire en restant
enchant, cest--dire en lentendant tout de travers. Eh bien, le mt - ce fameux mt dans lequel naturellement
vous ne pouvez pas ne pas reconnatre le phallus, cest--dire le signifi majeur, global
eh bien, il y reste attach et a arrange tout le monde.
a narrange quand mme tout le monde quen ceci que a na aucune consquence fcheuse, puisque cest fait pour
a, pour le navire psychanalytique lui-mme, cest--dire pour tous ceux qui sont dans le mme bateau.
Il nen reste pas moins quil lentend de travers ce serinage de lexprience, et que cest pour a que jusqu maintenant,
a reste un domaine priv, un domaine priv, jentends pour ceux qui sont sur le mme bateau.
Ce qui se passe sur ce bateau, o il y a aussi des tres des deux sexes, est pourtant remarquable :
ce quil arrive que jen entende par la bouche de gens qui parfois viennent me visiter, de ces bateaux
moi qui suis - mon Dieu ! - sur un autre, que ne rgissent pas les mmes rgles
serait pourtant assez exemplaire, si la faon dont jen ai vent ntait pas si particulire.
tudier ce quil ressort dun mode de mconnaissance de ce qui fait le discours psychanalytique,
savoir les consquences que a en a sur ce que jappellerai le style de ce qui se rapporte la liaison.
Puisque, enfin labsence du rapport sexuel est trs manifestement ce qui nempche pas, bien loin de l, la liaison,
mais ce qui lui donne ses conditions.
Ceci permettrait peut-tre dentrevoir ce qui pourrait rsulter du fait que le discours psychanalytique reste log sur ces
bateaux o actuellement il vogue et dont quelque chose laisse craindre quil reste le privilge.
Il se pourrait que quelque chose de ce style vienne dominer le registre des liaisons dans ce quon appelle
improprement le vaste champ du monde, et la vrit a nest pas rassurant.
a serait srement encore plus fcheux que ltat prsent qui est tel que cest cette mconnaissance que je viens
de pointer, que cest delle que ressortit, ce qui aprs tout nest pas injustifi, savoir ce quon voit souvent lentre
de la psychanalyse : les craintes manifestes, ma foi, par les sujets, qui ne savent que cest en somme den croire le
silence psychanalytique institutionnalis sur le point de ce qu il ny a pas de rapport sexuel qui voque, chez ces sujets,
ces craintes, savoir - mon Dieu ! - de tout ce qui peut rtrcir, affecter les relations intressantes, les actes passionnants,
voire les perturbations cratrices que ncessite cette absence de rapport.
Je voudrais donc avant de vous quitter amorcer ici quelque chose. Puisquil sagit dune exploration de ce que
jai appel une nouvelle logique, celle qui est construire de ce qui se passe, de ceci poser en premier :
quen aucun cas rien de ce qui se passe, du fait de linstance du langage, ne peut dboucher sur la formulation
daucune faon satisfaisante du rapport.
Est-ce quil ny a pas quelque chose prendre de ce qui
dans lexploration logique, cest--dire dans le questionnement
de ce qui, au langage, non pas seulement impose limite dans son apprhension du Rel, mais dmontre
dans la structure mme de cet effort de lapprocher, cest--dire de reprer dans son propre maniement
ce quil peut y avoir de Rel avoir dtermin le langage ?
Est-ce quil nest pas convenable, probable, propre tre induit, que si cest au point dune certaine faille du Rel
proprement parler indicible, puisque a serait elle qui dterminerait tout discours
que gt, que gisent les lignes de ces champs qui sont celles que nous dcouvrons dans lexprience psychanalytique ?
Est-ce que tout ce que la logique a dessin - rapporter le langage ce qui est pos de Rel - ne nous permettrait pas
de reprer dans certaines lignes inventer
et cest l leffort thorique que je dsigne de cette aisance qui trouverait une insistance
est-ce quil nest possible ici de trouver orientation ?
Je ne ferai avant de vous quitter aujourdhui que pointer quil y a trois registres
proprement parler dj mergs de llaboration logique
trois registres autour desquels tournera cette anne mon effort de dvelopper ce quil en est des consquences de
ceci, pos comme premier, quil ny a pas de rapport sexuel.
Premirement, ce que vous avez vu dj dans mon discours pointer : les prosdiorismes.
Je nai aujourdhui, au cours de ce premier abord, rencontr que lnonc du pas-tous .
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Celui-l, dj lanne dernire jai cru vous lisoler - trs prcisment : . x - auprs de la fonction
elle-mme que je laisse ici totalement nigmatique
de la fonction, non pas du rapport sexuel, mais de la fonction qui proprement en rend laccs impossible.
Cest celle-l - dfinir - en somme dfinir cette anne, imaginez-la : jouissance. Pourquoi ne serait-il pas possible
dcrire une fonction de la jouissance ? Cest lpreuve que nous en verrons la soutenabilit, si je puis dire, ou non.
La fonction du pas-tous , dj lanne dernire je nai pu avancer
et certainement dun point beaucoup plus proche quant ce dont il sagissait, je ne fais
aujourdhui quaborder notre terrain
je lai, lanne dernire, avance dune barre ngative . x mise au-dessus du terme qui, dans la thorie des
quanteurs, dsigne lquivalent.
Cen est seulement lquivalent, je dirai mme plus : la purification au regard de lusage naf fait dans ARISTOTE
du prosdiorisme tout . Limportant, cest que jai aujourdhui avanc devant vous la fonction du pas-tout .
Chacun sait qu propos de ce quil en est de la proposition dite - dans ARISTOTE - particulire , ce qui en surgit,
si je puis dire navement, cest : il existe quelque chose qui y rpondrait.
Quand vous employez quelque , en effet a semble aller de soi. a semble aller de soi et a va pas de soi.
Parce quil est tout fait clair quil ne suffit pas de nier le pas tout pour que de chacun des deux morceaux
- si je puis mexprimer ainsi - lexistence soit affirme. Bien sr, si lexistence est affirme, le pas-tout se produit.
Cest autour de cet il existe que doit porter notre avance. Depuis si longtemps l-dessus les ambiguts
se perptuent quon est arriv confondre lessence et lexistence, et dune faon encore plus tonnante,
croire que cest plus, dexister que dtre. Cest peut-tre justement qu il existe assurment des hommes
et des femmes - et pour tout dire qui ne font rien de plus que dexister - quest tout le problme.
Parce quaprs tout, dans lusage correct qui est faire partir du moment o la logique se permet de dcoller un peu
du Rel, seule faon vrai dire quelle ait par rapport lui de pouvoir se reprer, cest partir du moment o
elle ne sassure que de cette part du Rel o il y ait possible une vrit, cest--dire une mathmatique,
cest partir de ce moment que ce quon voit bien que dsigne un Il existe quelconque, ce nest rien dautre,
par exemple, quun nombre satisfaire une quation.
Je ne tranche pas de savoir si le nombre est considrer ou non comme du Rel.
Pour ne pas vous laisser dans lambigut, je peux vous dire que je tranche : que le nombre fait partie du Rel.
Mais cest ce Rel privilgi propos de quoi le maniement de la vrit fait progresser la logique. Quoi quil en soit,
le mode dexistence dun nombre nest pas proprement parler ce qui peut pour nous assurer ce quil en est
de lexistence chaque fois que le prosdiorisme quelque est avanc.
Il y a un deuxime plan sur lequel ce que je ne fais ici qupingler comme repre, du champ dans lequel nous aurons
nous avancer, dune logique qui nous serait propice, cest celui de la modalit.
La modalit, comme chacun sait aussi, ouvrir ARISTOTE, cest ce quil en est du possible, de ce qui se peut.
Je ne ferai ici quen indiquer aussi lentre, le frontispice.
ARISTOTE joue des quatre catgories :
-
Nous verrons quil nest rien de tenable dans ces oppositions, et aujourdhui je vous pointe simplement
ce quil en est dune formulation du ncessaire qui est proprement ceci : ne pas pouvoir ne pas .
Ne pas pouvoir ne pas , cest l proprement ce qui, pour nous, dfinit la ncessit. a va o ?
De limpossible : ne pas pouvoir pouvoir ne pas . Est-ce le possible ou le contingent ?
Mais ce quil y a de certain, cest que si vous voulez faire la route contraire, ce que vous trouvez
cest pouvoir ne pas pouvoir , cest--dire que a conjoint limprobable, le caduc, de ceci qui peut arriver,
savoir, non pas que cet impossible auquel on retournerait en bouclant la boucle, mais tout simplement limpuissance.
Ceci simplement pour indiquer, en frontispice, le deuxime champ des questions ouvrir.
Le troisime terme, cest la ngation.
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Est-ce que dj il ne vous semble pas - bien que ce que jai ici crit de ce qui le complte dans les formules, lanne
dernire, dj notes au tableau : : x - cest savoir quil y a deux formes tout fait diffrentes de ngation
possibles, pressenties dj par les grammairiens.
Mais la vrit, comme ctait dans une grammaire qui prtendait aller des mots la pense 5 cest tout dire :
lembarquement dans la smantique, cest le naufrage assur !
La distinction pourtant faite de la forclusion et de la discordance est rappeler lentre de ce que nous ferons cette anne.
Encore faut-il que je prcise - et ce sera lobjet des entretiens qui suivront, de donner chacun de ces chapitres
le dveloppement qui convient - la forclusion ne saurait
comme le disent DAMOURETTE et PICHON
tre lie en soi-mme au pas , au point , au goutte , au mie ou quelques-uns des autres de ces accessoires
qui paraissent le supporter dans le Franais.
Nanmoins, il est remarquer que ce qui va contre, cest notre - prcisment - pas tous .
Notre pas tous , cest la discordance. Mais quest-ce que cest que la forclusion ?
Assurment, elle est placer dans un registre diffrent de celui de la discordance.
Elle est placer au point o nous avons crit le terme dit de la fonction .
Ici se formule limportance du dire : Il nest de forclusion que du dire.
Que de ce quelque chose qui existe, lexistence tant dj promue ce quassurment il nous faut lui donner
de statut : que quelque chose puisse tre dit ou non, cest de cela quil sagit dans la forclusion.
Et de ce que quelque chose nen puisse tre dit, assurment, il ne saurait tre conclu quune question sur le Rel.
Pour linstant la fonction x, telle que je lai crite, ne veut dire que ceci : que pour tout ce quil en est de ltre parlant,
le rapport sexuel fait question. Cest bien l toute notre exprience, je veux dire le minimum que nous puissions en tirer.
Qu cette question, comme toute question - il ny aurait pas de question sil ny avait de rponse - que les modes
sous lesquels cette question se pose - cest--dire les rponses - ce soit prcisment ce quil sagit dcrire
dans cette fonction, cest l ce qui va nous permettre sans aucun doute de faire jonction entre ce qui sest labor
de la logique et ce qui peut, sur le principe - considr comme effet du rel - sur le principe quil nest pas possible dcrire le
rapport sexuel, sur ce principe mme de fonder ce quil en est de la fonction, de la fonction qui rgle tout ce quil en est
de notre exprience, en ceci qu faire question, le rapport sexuel
qui nest pas, en ce sens quon ne peut lcrire
ce rapport sexuel dtermine tout ce qui slabore dun discours dont la nature est dtre un discours rompu.
5 Jacques Damourette et douard Pichon : Des mots la pense, Essai de grammaire de la langue franaise , 1911-1946, Vrin 2001.
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15 Dcembre 1971
Sminaire : Panthon-Sorbonne
On ma donn ce matin, on ma apport ce matin, on ma fait cadeau ce matin de a, dun petit stylo.
Si vous saviez ce que cest difficile pour moi de trouver un stylo qui me plaise, eh bien, vous sentiriez
combien a ma fait plaisir, et la personne qui me la apport - qui est peut-tre l - je la remercie.
Cest une personne qui madmire, comme on dit ! Moi, je men fous quon madmire. [Rires]
Ce que jaime, cest quon me traite bien ! Seulement, mme parmi celles-l, a arrive rarement.
Bon, quoi quil en soit, je men suis tout de suite servi pour crire et cest de l que partent mes rflexions.
Cest un fait que - au moins pour moi - cest quand jcris que je trouve quelque chose.
a veut pas dire que si jcrivais pas, je trouverais rien, mais enfin je men apercevrais peut-tre pas.
En fin de compte, lide que je me fais de cette fonction de lcrit
qui comme a, grce quelques petits malins, est lordre du jour et sur quoi enfin je nai peut-tre pas trop voulu prendre
parti, mais on me force la main pourquoi pas ?
lide que je men fais, en somme
et cest a qui peut-tre dans certains cas a prt confusion
je vais le dire comme a, tout cru, tout massif, parce que, aujourdhui justement, je me suis dit que lcrit a peut
tre trs utile pour que je trouve quelque chose.
Mais crire quelque chose pour mpargner ici la disons, la fatigue ou le risque, ou bien dautres choses encore,
que je veux vous parler, a ne donne pas finalement de trs bons rsultats. Il vaut mieux que je naie rien vous lire.
Dailleurs, ce nest pas la mme sorte dcrit qui est lcrit o je fais quelques trouvailles de temps en temps ou lcrit
o je peux prparer ce que jai dire ici.
Puis alors il y a aussi lcrit pour limpression, qui est encore tout fait autre chose, qui na aucun rapport,
ou plus exactement dont il serait fcheux de croire que ce que je peux avoir crit une fois pour vous parler,
a constitue un crit tout fait recevable et que je recueillerais.
Donc je me risque dire quelque chose comme a, qui saute le pas. Lide que je me fais de lcrit, pour le situer, pour
partir de l, on pourrait discuter aprs, bon enfin, disons-le, deux points : cest le retour du refoul.
Je veux dire que cest, cest sous cette forme
et cest a qui peut-tre a pu prter confusion dans certains de mes crits prcisment
cest que si jai pu parfois paratre prter ce quon croie que jidentifie le signifiant et la lettre, cest justement
parce que cest en tant que lettre quil me touche le plus - moi comme analyste - cest en tant que lettre
que le plus souvent je le vois revenir le signifiant, le signifiant refoul.
Alors, que je limage dans Linstance de la Lettre, enfin, avec une lettre, ce signifiant - et dailleurs je dois dire que
cest dautant plus lgitime que tout le monde fait comme a, la premire fois quon entre proprement parler
dans la logique - il sagit dARISTOTE et des Analytiques - ben, on se sert de la lettre aussi, pas tout fait de la mme
faon que celle dont la lettre revient la place du signifiant qui fait retour.
Elle vient l pour marquer une place, la place dun signifiant qui, lui, est un signifiant qui trane, qui peut
tout au moins traner partout. Bon. Mais on voit que la lettre, elle est faite en quelque sorte pour a et on saperoit
quelle est dautant plus faite pour a que cest comme a quelle se manifeste dabord.
Je sais pas si vous vous rendez bien compte, mais enfin jespre que vous y penserez, parce que a suppose
quand mme quelque chose qui nest pas dit dans ce que javance. Il faut quil y ait une espce de transmutation
qui sopre du signifiant la lettre
quand le signifiant nest pas l, est la drive, nest-ce pas, a foutu le camp
dont il faudrait se demander comment a peut se produire.
Mais ce nest pas l que jai lintention de mengager aujourdhui. Jirai peut-tre un autre jour.
Oui ! Tout de mme on ne peut pas faire que, sur le sujet de cette lettre, on nait affaire, dans un champ qui sappelle
mathmatique, un endroit o on ne peut pas crire nimporte quoi.
Bien sr, ce nest pas je ne vais pas non plus mengager l-dedans.
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Je vous fais simplement remarquer que cest en a que ce domaine se distingue et cest mme probablement a
qui constitue ce quoi je nai pas encore fait allusion ici, cest--dire ici au sminaire, mais enfin que jai amen
dans quelques propos o sans doute certains de ceux qui sont ici ont assist, savoir Sainte-Anne, quand je posais
la question de ce quon pourrait appeler un mathme, en posant dj que cest le point pivot de tout enseignement,
autrement dit quil ny a denseignement que mathmatique, le reste est plaisanterie.
a tient bien sr un autre statut de lcrit que celui que jai donn dabord. Et la jonction enfin, en cours de cette
anne de ce que jai vous dire, cest ce que jessaierai de faire. En attendant, ma difficult
celle en somme o malgr tout je tiens, je sais pas si a vient de moi ou si cest pas plutt par votre concours
ma difficult cest que mon mathme moi, vu le champ du discours que jai tablir, eh ben, il confine toujours la connerie.
a va de soi, avec ce que je vous ai dit puisquen somme, ce dont il sagit, cest que le rapport sexuel, il y en a pas.
Il faudrait lcrire h-i-h-a-n et appt, avec deux p, un accent circonflexe et un t la fin : hi-han appt .
Il ne faut pas confondre naturellement : des relations sexuelles, il ny a que a mais des rencontres sexuelles,
cest toujours rat, mme et surtout quand cest un acte. Bon, enfin, passons [Rires]
Cest a qui ma tout de mme attir une remarque comme a. Jaimerais, pendant quil en est encore temps que
parce quon aura le voir, on aura tout au moins voir des choses autour cest une trs bonne
introduction, cest quelque chose dessentiel, et cest la Mtaphysique dARISTOTE
je voudrais vraiment que vous layez lu, pour faire - enfin que quand jy viendrai, je sais pas, au dbut du mois de mars pour y voir le rapport avec notre affaire nous, il faudrait que vous ayez bien lu a.
Naturellement cest pas de a que je vous parlerai. Cest pas que je nadmire pas la connerie,
je dirai plus : je me prosterne. Vous, vous ne vous prosternez pas, vous tes des lecteurs conscients et organiss,
vous votez pas pour des cons, cest ce qui vous perd ! [Rires] Un heureux systme politique devrait permettre la connerie
davoir sa place et dailleurs les choses ne vont bien que quand cest la connerie qui domine.
Ceci dit, ce nest pas une raison pour se prosterner.
Donc, le texte que je prendrai, cest quelque chose qui est un exploit, et un exploit comme il y en a beaucoup qui
sont, si je puis dire, inexploits : cest le Parmnide de PLATON qui nous rendra service.Mais pour bien le comprendre,
pour comprendre enfin le relief quil y a ce texte pas con, il faut avoir lu la Mtaphysique dARISTOTE.
Et enfin jespre jespre parce que, quand je conseille quon lise la Critique de la raison pure comme un roman
de la raison pratique, cest quelque chose de plein dhumour, je ne sais pas si personne, enfin, a jamais suivi ce conseil
et a russi le lire comme moi. On men a pas fait part, cest quelque part dans le Kant avec SADE dont je sais jamais
si personne la lu. Alors je vais faire pareil, je vais vous dire : lisez la Mtaphysique dARISTOTE , et jespre que,
comme moi, vous sentirez que cest vachement con. [Rires]
Enfin, je ne voudrais pas mtendre longtemps l-dessus, cest comme a des petites remarques latrales, bien sr,
qui me viennent, a ne peut que frapper tout le monde quand on le lit, quand on lit le texte bien sr.
Il sagit pas de la Mtaphysique dARISTOTE, comme a, dans son essence, dans le signifi, dans tout ce quon vous a
expliqu partir de ce magnifique texte, cest--dire tout ce qui a fait la mtaphysique pour cette partie du monde
o nous sommes, car tout est sorti de l, cest absolument fabuleux.
On parle de la fin de la mtaphysique , au nom de quoi ? Tant quil y aura ce bouquin, on pourra toujours en faire !
Ce bouquin, cest un bouquin - cest trs diffrent de la mtaphysique - cest un bouquin crit dont je parlais tout lheure.
On lui a donn un sens quon appelle la mtaphysique, mais il faut quand mme distinguer le sens et le bouquin.
Naturellement une fois quon lui a donn tout ce sens, cest pas facile de retrouver le bouquin.
Si vous le retrouvez vraiment, vous verrez ce que tout de mme des gens
qui ont une discipline, et qui existe, et qui sappelle la mthode, la mthode historique, critique, exgtique, tout ce que vous voudrez
qui sont capables de lire le texte avec videmment une certaine faon de se barrer du sens, et quand on regarde le texte,
eh bien, videmment il vous vient des doutes.
Je dirai que comme bien entendu, parce que cet obstacle de tout ce quon en a compris, a ne peut exister quau
niveau universitaire et que lUniversit nexiste pas depuis toujours enfin dans lAntiquit trois ou quatre sicles
aprs ARISTOTE, on a commenc mettre des doutes, naturellement les plus srieux sur ce texte, parce que on
savait encore lire, on a mis des doutes, on a dit de a que cest des sries de notes ou bien que cest un lve qui a fait a,
qui a rassembl des trucs.
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Je dois dire que je ne suis pas convaincu du tout, cest peut-tre parce que je viens de lire un bouquin dun nomm
MICHELET
pas le ntre, pas notre pote, quand je dis notre pote, je veux dire par l que je le place trs haut, le ntre
cest un type comme a qui tait lUniversit de Berlin, qui sappelait MICHELET lui aussi, qui a fait un livre
sur la Mtaphysique dARISTOTE 6, prcisment l-dessus.
Parce que la mthode historique qui florissait alors lavait un peu taquin avec les doutes mis, non sans fondement
puisque ils remontent la plus haute Antiquit. Je dois dire que MICHELET nest pas de cet avis et moi non plus.
Parce que vraiment, comment dirais-je, la connerie fait preuve pour ce qui est de lauthenticit.
Ce qui domine, cest lauthenticit, si je puis dire, de la connerie. Peut-tre que ce terme authentique qui est toujours
un petit peu compliqu chez nous, comme a, avec des rsonances tymologiques grecques, il y a des langues o
il est mieux reprsent, cest echt , je sais pas comment avec a on fait un nom, a doit tre lEchtigkeit
ou quelque chose comme a, quimporte. Il y a tout de mme rien dauthentique que la connerie.
Alors cette authenticit, cest peut-tre pas lauthenticit dARISTOTE, mais la Mtaphysique - je parle du texte cest authentique, a ne peut pas tre fait de pices ou de morceaux, cest toujours la hauteur
de ce quil faut bien maintenant que jappelle, que je justifie de lappeler : la connerie.
La connerie, cest a, cest ce dans quoi on entre quand on pose les questions un certain niveau, qui est celui-l
prcisment, dtermin par le fait du langage, quand on approche de sa fonction essentielle qui est de remplir tout
ce que laisse de bant quil ne puisse y avoir de rapport sexuel, ce qui veut dire quaucun crit ne puisse en rendre compte
en quelque sorte dune faon satisfaisante, qui soit crit en tant que produit du langage.
Parce que, bien entendu, depuis que nous avons vu les gamtes, nous pouvons crire au tableau :
homme = porteur de spermatozodes . Ce qui serait une dfinition un peu drle parce quil ny a pas que lui qui en porte,
il y a des tas danimaux ! De ces spermatozodes-l, des spermatozodes dhommes alors, commenons parler de biologie!
Pourquoi les spermatozodes dhommes sont-ils justement ceux que porte lhomme ? Parce que, comme cest des spermatozodes
dhomme qui font lhomme, nous sommes dans un cercle qui tourne l ! Mais quimporte, on peut crire a. Seulement
a na aucun rapport avec quoi que ce soit qui puisse scrire, si je puis dire, de sens, cest--dire qui ait un rapport
au Rel. Ce nest pas parce que cest biologique que cest plus rel : cest le fruit de la science qui sappelle biologique.
Le Rel cest autre chose :
-
Eh bien, vous ne pouvez les attraper, tous en mme temps, les signifiants, hein ! Cest interdit par leur structure
mme : quand vous en avez certains, un paquet, vous navez plus les autres, ils sont refouls.
a ne veut pas dire que vous les dites pas quand mme : justement, vous les dites inter , ils sont inter-dits.
a vous empche pas de les dire, mais vous les dites censurs :
- ou bien tout ce quest la psychanalyse na aucun sens, est foutre au panier
- ou bien ce que je vous dis l doit tre votre vrit premire.
Alors cest a cest a dont il va sagir cette anne : du fait quen se plaant un certain niveau
ARISTOTE ou pas, mais en tout cas le texte est l, authentique
quand on se place un certain niveau, a va pas tout seul. Cest passionnant de voir quelquun daussi aigu, daussi savant,
daussi alerte, daussi lucide, se mettre patauger l de cette faon. Parce que quoi ? Parce quil sinterroge sur le principe.
Naturellement il na pas la moindre ide que le principe cest a, cest quil ny a pas de rapport sexuel.
Il nen a pas ide, mais on voit que cest uniquement ce niveau-l quil se pose toutes les questions.
Et alors ce quil lui sort comme vol doiseau sortir du chapeau o simplement il a mis une question dont il ne connat
pas la nature - vous comprenez, cest comme le prestidigitateur qui croit avoir mis enfin, il faut bien quon
lintroduise le lapin, naturellement, qui doit sortir - et puis aprs il en sort un rhinocros !
cest tout fait comme a pour ARISTOTE.
6 Carl Ludwig Michelet : Examen Critique de l'Ouvrage d'Aristote Intitul Mtaphysique , Vrin, 2002.
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Car o est le principe ? Si cest le genre Mais alors - si cest le genre - il devient enrag parce que :
est-ce que cest le genre gnral ou le genre le plus spcifi ? Il est vident que le plus gnral est le plus essentiel,
mais que tout de mme le plus spcifi, cest bien ce qui donne ce quil y a dunique en chacun.
Alors, sans mme se rendre compte
Dieu merci, parce que grce a il ne les confond pas
parce que cette histoire dessentialit et cette histoire dunicit, cest la mme chose, ou plus exactement cest homonyme
ce quil interroge - Dieu merci, il ne les confond pas - cest pas de l quil les fait sortir. Il se dit :
- est-ce que le principe cest lUn ?
- ou bien est-ce que le principe cest ltre ?
Alors ce moment-l, a sembrouille vachement ! Comme il faut tout prix que ce lUn soit, et que ltre soit Un,
l nous perdons les pdales. Car justement, le moyen de ne pas dconner, cest de les sparer svrement,
cest ce que nous essaierons de faire par la suite. Assez pour ARISTOTE.
Je vous ai annonc, jai dj franchi le pas lanne dernire, que ce non-rapport, si je puis mexprimer ainsi, il faut lcrire,
il faut lcrire tout prix, je veux dire crire lautre rapport, celui qui fait bouchon la possibilit dcrire celui-ci. Et dj
lanne dernire, jai mis sur le tableau quelques choses dont aprs tout je ne trouve pas mauvais de les poser dabord.
Naturellement, il y a l quelque chose darbitraire. Je ne vais pas mexcuser en me mettant labri des mathmaticiens,
les mathmaticiens font ce quils veulent et puis moi aussi. Tout de mme, simplement pour ceux qui ont besoin
de me donner des excuses, je peux faire remarquer que dans les lments de BOURBAKI 7 on commence
par foutre les lettres sans dire absolument rien de ce quoi elles peuvent servir.
Je parle appelons a symboles crits, car a ne ressemble mme pas aucune lettre, et ces symboles reprsentent
quelque chose quon peut appeler des oprations, on ne dit absolument pas desquelles il sagit, a ne sera que
vingt pages plus loin quon commencera pouvoir le dduire rtroactivement daprs la faon dont on sen sert.
Je nirai pas du tout jusque-l. Jessaierai tout de suite dinterroger ce que veulent dire les lettres que jaurais crites.
Mais comme aprs tout je pense que pour vous, a serait beaucoup plus compliqu que je les amne une par une,
mesure quelles sanimeront, quelles prendront valeur de fonction, je prfre poser ces lettres
comme ce autour de quoi jaurais tourner ensuite.
Dj lanne dernire jai cru pouvoir poser ce dont il sagit : x, et que je crois - pour des raisons qui sont de
tentatives - pouvoir crire comme en mathmatiques, cest savoir : la fonction qui se constitue de ce quil existe
cette jouissance appele jouissance sexuelle et qui est proprement ce qui fait barrage au rapport.
Que la jouissance sexuelle ouvre pour ltre parlant la porte la jouissance, et l ayez un peu doreille :
apercevez-vous que la jouissance, quand nous lappelons comme a tout court, cest peut-tre la jouissance pour certains
- je llimine pas - mais vraiment cest pas la jouissance sexuelle.
Cest le mrite quon peut donner au texte de SADE que davoir appel les choses par leur nom : jouir, cest jouir dun corps,
jouir cest lembrasser, cest lteindre, cest le mettre en morceaux. En droit, avoir la jouissance de quelque chose,
cest justement a : cest pouvoir traiter quelque chose comme un corps, cest--dire le dmolir, nest-ce pas.
Cest le mode de jouissance le plus rgulier, cest pour a que ces noncs ont toujours une rsonance sadienne.
Il ne faut pas confondre sadienne avec sadique, parce quon a dit tellement de conneries prcisment sur le sadisme
que le terme est dvaloris ! Je ne mavance pas plus sur ce point.
Ce que produit cette relation du signifiant la jouissance, cest ce que jexprime par cette notation x. a veut dire que
x lui ne dsigne quun signifiant. Un signifiant, a peut tre chacun de vous, chacun de vous prcisment au niveau,
au niveau mince o vous existez comme sexus. Il est trs mince en paisseur si je puis dire, mais il est beaucoup plus
large en surface que chez les animaux, chez qui, quand ils ne sont pas en rut, vous ne les distinguez pas ce que
jappelais dans le dernier sminaire, le petit garon et la petite fille, les lionceaux par exemple, ils se ressemblent tout fait
dans leur comportement.
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Pas vous, cause que justement cest comme signifiant que vous vous sexuez.
Alors il ne sagit pas l de faire la distinction, de marquer le signifiant homme comme distinct du signifiant femme ,
dappeler lun X et lautre Y, parce que cest justement l la question : cest comment on se distingue.
Cest pour a que je mets ce x la place du trou que je fais dans le signifiant, cest--dire que je ly mets
- ce x - comme variable apparente. Ce qui veut dire que chaque fois que je vais avoir affaire ce signifiant sexuel
cest--dire ce quelque chose qui tient la jouissance
je vais avoir faire x, et il y a certains, quelques uns, spcifis parmi ces x qui sont tels quon peut crire :
pour tout x quel quil soit : x. Cest dire que fonctionne ce qui sappelle en mathmatiques une fonction ,
cest--dire que a, a peut scrire : x. x
Alors je vais vous dire tout de suite, je vais clairer enfin clairer il y a que vous qui serez clairs bien sr,
enfin vous serez clairs un petit moment. Comme disaient les stociens, nest-ce pas : quand il fait jour, il fait clair .
Moi, je suis videmment - comme je lai mis au dos de mes crits - du parti des lumires : jclaire dans lespoir
du Jour J , bien sr. Seulement, cest justement lui qui est en question, le jour J , il est pas pour demain.
Le premier pas faire quant la philosophie des Lumires, cest de savoir que le jour nest pas lev, que le jour
dont il sagit est celui de quelque petite lumire dans un champ parfaitement obscur. Moyennant quoi vous allez
croire quil fait clair quand je vous dirai que x, a veut dire la fonction qui sappelle la castration. Comme vous croyez
savoir ce que cest que la castration, alors je pense que vous tes contents, au moins pour un moment ! [Rires]
Bon, figurez-vous que moi si jcris tout a au tableau, et que je vais continuer, cest parce que moi, je sais pas du tout
ce que cest que la castration ! Et que jespre, laide de ce jeu de lettres venir ce quenfin, justement le jour se lve ,
savoir quon sache que la castration, il faut bien en passer par l et quil ny aura pas de discours sain
savoir qui ne laisse dans lombre la moiti de son statut et de son conditionnement
tant quon ne le saura pas, et on ne le saura qu avoir fait jouer diffrents niveaux de relations topologiques,
une certaine faon de changer les lettres et de voir comment a se rpartit. Jusque-l vous en tes rduits de petites histoires,
savoir que Papa a dit : on va te la couper, enfin, comme si ctait pas la connerie type !
Alors, il y a quelque part un endroit o on peut dire que tout ce qui sarticule de signifiant tombe sous le coup de x,
de cette fonction de castration. a a un petit avantage, de formuler les choses comme a.
Il peut vous venir lide justement que, si tout lheure jai
non sans intention : je suis plus rus que je nen ai lair
je vous ai amen comme remarque sur le sujet de linterdit, savoir que tous les signifiants ne peuvent pas tre l
tous ensemble : jamais ! - a a peut tre rapport :
- je nai pas dit que linconscient = la castration,
- jai dit que a a beaucoup de rapport.
videmment, crire comme a x, cest crire une fonction dune porte, comme dirait ARISTOTE, incroyablement
gnrale.Que a veuille dire que le rapport un certain signifiant
vous voyez que je lai pas encore dit, mais enfin disons-le
un signifiant qui est par exemple un homme
tout a est tuant parce quil y a beaucoup remuer, et puis personne ne layant fait
jamais avant moi, a risque tout instant de me dgringoler sur la tte
un homme , jai pas dit lhomme : cest assez rigolo tout de mme que dans lusage comme a, du signifiant,
on dise au gars : sois un homme , on ne lui dit pas sois lhomme , non ! On lui dit sois un homme , pourquoi ?
Ce quil y a de curieux, cest que a ne se dit pas beaucoup, sois une femme , mais on parle par contre de la femme ,
article dfini. On a beaucoup spcul sur larticle dfini. Mais enfin, nous retrouverons a quand il faudra.
Ce que je veux simplement vous dire, cest que ce qucrit x, a veut dire, je ne dis mme pas ces deux signifiants-l
prcisment, mais eux et un certain nombre dautres qui sarticulent avec, donc ont pour effet quon ne peut plus
disposer de lensemble des signifiants et que cest peut-tre bien l une premire approche de ce quil en est
de la castration du point de vue, bien sr, de cette fonction mathmatique, que mon crit imite.
Dans un premier temps je vous demande je vous demande pas plus que de reconnatre que cest imit.
a ne veut pas dire que pour moi qui y ait dj rflchi, a naille pas beaucoup plus loin.
Enfin, il y a moyen dcrire que x, a fonctionne. Cest le propre dune faon dcriture qui est issue
du premier traage logicien dont ARISTOTE est le responsable, ce qui lui a donn ce prestige qui tient du fait que
cest formidablement jouissif la logique justement parce que a tient ce champ de la castration.
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Enfin, jadresse a en passant aux mathmaticiens qui vont peut-tre me lancer des pommes cuites, mais quimporte,
ils le feront dans le priv parce quici je les intimide. Revenons ce que nous avons dire, il existe .
Cette rfrence que je viens de faire nest pas simplement une discrtion plutt une digression, plutt vous dire
que il existe cest l que a a un sens. a a un sens prcaire : cest bien en tant que signifiant que vous existez, tous.
Vous existez, vous existez srement, mais a ne va pas loin. Vous existez en tant que signifiant.
Essayez bien de vous imaginer, comme a, nettoys de toute cette affaire, vous men direz des nouvelles.
Aprs la guerre, comme a, on nous a incits exister de faon fortement contemporaine.
Eh ben, regardez ce quil en reste. Vous comprenez, joserai dire que les gens avaient quand mme un tout petit peu
plus dides dans la tte quand ils dmontraient lexistence de Dieu. Cest vident que Dieu existe, mais pas plus que vous !
a va pas loin. Enfin ceci pour mettre au point ce quil en est de lexistence.
Quest-ce qui peut bien nous intresser concernant cet il existe en matire de signifiant ?
a serait quil en existe au moins un pour qui a ne fonctionne pas cette affaire de castration
et cest bien pour a quon la invent
cest ce qui sappelle le Pre. Cest pourquoi le Pre existe au moins autant que Dieu, cest--dire pas beaucoup.
Alors naturellement il y a quelques petits malins
je suis entour de petits malins, ceux qui transforment ce que javance en pollution intellectuelle [Rires], comme
sexprimait une de mes patientes que je remercie de mavoir fourni a, elle a trouv a toute seule parce que
cest une sensible - hein ? - dailleurs en gnral il ny a que les femmes qui comprennent ce que je dis
alors il y en a qui ont dcouvert que je disais que le Pre, ctait un mythe parce que il saute aux yeux en effet
que x ne marche pas au niveau du mythe ddipe.
Le Pre nest pas chtr, sans a comment est-ce quil pourrait les avoir toutes ?
Vous vous rendez compte ! Elles nexistent mme que l en tant que toutes, car cest aux femmes que a convient
le pas-tous, mais enfin je commenterai a plus loin prochainement.
Donc partir de ce qu il existe un cest partir de l que tous les autres peuvent fonctionner,
cest en rfrence cette exception, cet il existe . Seulement voil, trs bien comprendre quon peut crire
le rejet de la fonction : x ni [], il nest pas vrai que a se castre, a cest le mythe.
Seulement, ce dont il ne se sont pas aperus les petits malins, cest que cest corrlatif de lexistence
et que a pose l il existe de cet il nest pas vrai de la castration.
Bon, il est deux heures ! Alors je vais simplement vous marquer la quatrime faon de faire usage de ce quil en est
de la ngation fonde sur les quanteurs qui est dcrire / : il nen existe pas . Il nen existe pas qui, quoi ?
Pour quoi il ne soit pas vrai que la fonction x soit ce qui domine ce quil en est de lusage du signifiant.
Seulement est-ce que cest a que a veut dire ? Car tout lheure lexistence je vous lai distingue de lexception,
et si la ngation, l, voulait dire : / sans lexception de cette position signifiante, elle peut sinscrire dans
la ngation de la castration, dans le rejet, dans le il nest pas vrai que la castration domine tout.
Cest sur cette petite nigme que je vous laisserai aujourdhui parce que, la vrit, cest trs clairant pour le sujet.
savoir que la ngation, cest pas une chose dont on peut user comme a dune faon aussi simplement univoque
quon le fait dans la logique des propositions, o tout ce qui nest pas vrai est faux, et o - chose norme tout ce qui nest pas faux devient vrai.
Bon, je laisse les choses au moment o cest lheure qui me coupe comme il convient,
et je reprendrai les choses le deuxime mercredi de Janvier au point prcis o je les ai laisses aujourdhui.
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Entretiens de Sainte-Anne
9 La cration du monde , exposition : Le XVIe sicle europen, Tapisseries. Paris, Mobilier National, d'Octobre 1965 Janvier 1966.
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De notre point de vue de sujets, qu'est-ce qui peut bien commencer 3 pour Dieu lui-mme ?
C'est une vieille question que j'ai pose trs vite du temps que j'ai commenc mon enseignement.
Je l'ai pose trs vite et puis je ne l'ai pas renouvele, je vous dirai tout de suite pourquoi :
c'est que a n'est videmment qu' partir de trois qu'il peut croire en lui-mme.
Parce que c'est assez curieux, c'est une question qui n'a jamais t pose, ma connaissance : Est-ce que Dieu croit en lui ?
a serait pourtant un bon exemple pour nous.
C'est tout fait frappant que cette question que j'ai pose assez tt et que je ne crois pas vaine, n'ait soulev
apparemment au moins
aucun remou, au moins parmi mes corrligionnaires, je veux dire ceux qui se sont instruits l'ombre de la Trinit.
Je comprends que pour les autres, a ne les ait pas frapps, mais pour ceux-l, vraiment, ils sont incorreligionigibles
Il n'y a rien en faire. Pourtant j'avais l quelques personnes notoires de la hirarchie qu'on appelle chrtienne.
La question se pose de savoir si c'est parce qu'ils y sont ci-dedans - ce que j'ai peine croire - qu'ils n'entendent rien
ou - ce qui est de beaucoup plus probable - qu'ils sont d'un athisme assez intgral pour que cette question ne leur
fasse aucun effet. C'est la solution pour laquelle je penche.
On ne peut pas dire que ce soit ce que j'appelais tout l'heure une garantie de srieux puisque a ne peut tre qu'un
athisme, en quelque sorte une somnolence, ce qui est assez rpandu. En d'autres termes, ils n'ont pas la moindre
ide, la moindre ide de la dimension du milieu dans lequel il y a nager : ils surnagent - ce qui n'est pas tout fait
pareil - ils surnagent grce au fait qu'ils se tiennent la main.
Alors comme a, a finit par faire ce quon appelle un rseau, et se tenir tous comme a par la main,
il y a un pome de Paul FORT dans ce genre l 10 :
Si toutes les filles du monde
a commence comme a
se tenaient par la main elles pourraient faire le tour du monde .
C'est une ide folle ! C'est une ide folle parce qu'en ralit les filles du monde n'ont jamais song a,
les garons par contre - il en parle aussi - les garons pour a s'y entendent : ils se tiennent tous par la main.
Ils se tiennent tous par la main, d'autant plus que s'ils ne se tenaient pas par la main, il faudrait que chacun
affronte la fille tout seul, et a ils aiment pas. Il faut qu'ils se tiennent par la main.
Si
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Les filles, c'est une autre affaire. Elles y sont entranes dans le contexte de certains rites sociaux,
confrez Les danses et lgendes de la Chine ancienne a c'est chic, c'est mme Chou King - pas schoking Chou King.
Ce Chou King a t crit par un nomm GRANET, qui avait une espce de gnie qui n'a absolument rien faire
ni avec l'ethnologie - il tait incontestablement ethnologue - ni avec la sinologie - il tait incontestablement sinologue
alors le nomm GRANET donc avanait que dans la chine antique, les filles et les garons s'affrontaient nombre gal :
pourquoi ne pas le croire ?
Dans la pratique, dans ce que nous connaissons de nos jours, les garons se mettent toujours un certain nombre,
au del de la dizaine, pour la raison que je vous ai expose tout l'heure [Rires], parce que, tre tout seul,
chacun chacun en face de sa chacune, je vous l'ai expliqu : c'est trop plein de risques.
Pour les filles, c'est tout autre chose. Comme nous ne sommes plus au temps du Chou King,
elles se groupent deux par deux, elles font amie-amie avec une amie jusqu' ce qu'elles aient,
bien entendu, arrach un gars son rgiment. Oui, monsieur ! [Rires]
Quoi que vous en pensiez et mme si superficiels que vous paraissent ces propos, ils sont fonds, fonds sur mon
exprience d'analyste. Quand elles ont dtourn un gars de son rgiment, naturellement elles laissent tomber l'amie,
qui d'ailleurs ne s'en dbrouille pas plus mal pour autant.
Oui ! Enfin tout a, je me suis laiss un peu entraner. O est-ce que je me crois ! [Rires] C'est venu comme a
de fil en aiguille, cause de cause de GRANET, cause de GRANET et de cette histoire tonnante de ce qui
alterne dans les pomes du Chou King, ce chur de garons oppos au chur des filles. Je me suis laiss entraner comme a
parler de mon exprience analytique, sur laquelle j'ai fait un flash, a n'est pas le fond des choses.
C'est pas ici que j'expose le fond des choses. Mais o est-ce que je suis, que je me crois, pour parler en somme,
pour parler du fond des choses. Je me croirais presque avec des tres humains ou cousus main, mme !
C'est comme a, c'est pourtant comme a que je m'adresse eux.
Mais c'est a, c'est de parler de mon sminaire qui m'a entran Comme aprs tout, vous tes peut-tre les mmes,
j'ai parl comme si je parlais eux, ce qui m'a entran parler comme si je parlais de vous et - qui sait ?
a entrane parler comme si je parlais vous. Ce qui n'tait quand mme pas dans mes intentions. [Rires]
C'tait pas du tout dans mes intentions parce que, si je suis venu parler Sainte-Anne, c'tait pour parler aux psychiatres,
et trs videmment vous n'tes pas tous psychiatres. Alors enfin, ce qu'il y a de certain, c'est que c'est un acte manqu.
C'est un acte manqu qui donc tout instant risque de russir, c'est--dire qu'il se pourrait bien que je parle
quand mme quelqu'un. Comment savoir qui je parle ? Surtout qu'en fin de compte, vous comptez dans l'affaire
- quoique je m'efforce - vous comptez au moins pour ceci que je ne parle pas de l o je comptais parler
puisque je comptais parler l'amphithtre MAGNAN et que je parle la chapelle.
Quelle histoire ! Vous avez entendu ? Vous avez entendu ? Je parle a la chapelle ! C'est la rponse.
Je parle la chapelle, c'est dire aux murs ! [Rires] De plus en plus russi, l'acte manqu !
Je sais maintenant qui je suis venu parler : ce quoi j'ai toujours parl Sainte-Anne, aux murs !
J'ai pas besoin d'y revenir, a fait une paye. De temps en temps, je suis revenu avec un petit titre de confrence
sur ce que j'enseigne, par exemple, et puis quelques autres, je vais pas faire la liste. J'y ai toujours parl aux murs.
X-
LACAN
[Rires]
X - Les murs.
LACAN
C'est maintenant que je vais pouvoir faire commentaire de ceci qu' parler aux murs, a intresse quelques personnes.
C'est pourquoi je demandais l'instant qui parlait. Il est certain que les murs dans ce qu'on appelle
dans ce qu'on appelait au temps o on tait honnte, un asile, l'asile clinique comme on disait
les murs tout de mme, c'est pas rien.
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Mais je dirais plus : cette chapelle, a me parat bien un lieu extrmement bien fait pour que nous touchions de quoi
il s'agit quand je parle des murs. Cette sorte de concession de la lacit aux interns, une chapelle avec sa garniture
d'aumniers, bien sr. C'est pas qu'elle soit formidable - hein ? - du point de vue architectural,
mais enfin c'est une chapelle, une chapelle avec la disposition qu'on en attend.
On omet trop que l'architecte, quelque effort qu'il fasse pour en sortir, il est fait pour a, pour faire des murs.
Et que les murs, ma foi
c'est quand mme trs frappant que depuis ce dont je parlais tout l'heure,
savoir le christianisme, penche peut-tre par l un peu trop vers l'hglianisme
mais c'est fait pour entourer un vide. Comment imaginer qu'est-ce qui remplissait les murs du Parthnon
et de quelques autres babioles de cette espce dont il nous reste quelques murs crouls, c'est trs difficiles savoir.
Ce qu'il y a de certain, c'est que nous n'en avons absolument aucun tmoignage.
Nous avons le sentiment que pendant toute cette priode que nous pinglons de cette tiquette moderne
du paganisme, il y avait des choses qui se passaient dans diverses ftes qu'on appelle [paennes]
on a conserv les noms de ce que c'tait parce qu'il y a des Annales, qui dataient les choses comme a :
C'est aux grandes Panathnes qu'Adymante et Glaucon
vous savez la suite
ont rencontr le nomm Cphale .
Qu'est-ce qui s'y passait ? C'est absolument incroyable que nous n'en n'ayons pas la moindre espce d'ide !
Par contre pour ce qui est du vide, nous en avons une grande, parce que tout ce qui nous est rest lgu,
lgu par une tradition qu'on appelle philosophique, a fait une grande place au vide.
Il y a mme un nomm PLATON qui a fait pivoter autour de l toute son ide du monde, c'est le cas de le dire,
c'est lui qui a invent la caverne. Il en a fait une chambre noire.
Il y avait quelque chose qui se passait l'extrieur, et tout a en passant par un petit trou faisait toutes les ombres.
C'est curieux, c'est l que peut-tre on aurait un petit fil, un petit bout de trace
C'est manifestement une thorie qui nous fait toucher du doigt ce qu'il en est de l'objet(a).
Supposez que la caverne de PLATON, a soit ces murs o se fait entendre ma voix. Il est manifeste que
les murs, a me fait jouir ! Et c'est en a que vous jouissez tous, et tout un chacun, par participation.
Me voir parler aux murs est quelque chose qui ne peut pas vous laisser indiffrents.
Et rflchissez : supposez que PLATON ait t structuraliste, il se serait aperu de ce qu'il en est de la caverne vraiment,
savoir que c'est sans doute l qu'est n le langage. Il faut retourner l'affaire, parce que bien sr, il y a longtemps
que l'homme vagit, comme n'importe lequel des petits animaux, enfin ils piaillent pour avoir le lait maternel.
Mais pour s'apercevoir qu'il est capable de faire quelque chose, que bien entendu, il entend depuis longtemps
dans le babillage, le bafouillage, tout se produit
mais pour choisir, il a d s'apercevoir que les K a rsonne mieux du fond, le fond de la caverne, du dernier mur,
et que les B et les P a jaillit mieux l'entre, c'est l qu'il en a entendu la rsonance.
Je me laisse entraner ce soir, puisque je parle aux murs.
Il ne faut pas croire que ce que je vous dis, a veut dire que j'ai rien tir d'autre de Sainte-Anne.
Sainte-Anne, je suis arriv parler que trs tard, je veux dire que a ne m'tait pas venu l'ide
sauf accomplir quelques devoirs de broutille.
Quand j'tais chef de clinique, je racontais quelques petites histoires aux stagiaires, c'est mme l que j'ai appris me
tenir carreau sur les histoires que je raconte. Je racontais un jour l'histoire d'une mre de patient
un charmant homosexuel que j'analysais
et n'ayant pas pu faire autrement que de la voir arriver - la tordue en question - elle avait eu ce cri :
Et moi qui croyait qu'il tait impuissant ! . Je raconte l'histoire, dix personnes parmi les - il n'y avait pas que des
stagiaires ils la reconnaissent tout de suite ! a ne pouvait tre qu'elle.
Vous vous rendez compte de ce que c'est qu'une personne mondaine !
a a fait une histoire naturellement, parce qu'on me l'a reproch, alors que je n'avais absolument rien dit d'autre
que ce cri sensationnel. a m'inspire depuis beaucoup de prudence pour la communication des cas.
Mais enfin, c'est encore une petite digression, reprenons le fil.
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Avant de parler Sainte-Anne, enfin, j'y ai fait bien d'autres choses, ne serait-ce que d'y venir et d'y remplir ma
fonction et bien entendu, pour moi, pour mon discours, tout part de l. Parce qu'il est vident que, si je parle aux murs,
je m'y suis mis tard, savoir que, avant d'entendre ce qu'ils me renvoient, c'est--dire ma propre voix prchant dans
le dsert - c'est une rponse la personne - bien avant a, j'ai entendu, j'ai entendu des choses tout fait dcisives,
enfin qui l'on t pour moi. Mais a c'est mon affaire personnelle. Je veux dire que les gens qui sont ici au titre
d'tre entre les murs, sont tout fait capables de se faire entendre, condition qu'on ait les esgourdes appropries !
Pour tout dire
et lui rendre hommage de quelque chose o en somme elle n'est personnellement pour rien
c'est - comme chacun sait - autour de cette malade que j'ai pingle du nom d'Aime - qui n'tait pas le sien, bien sr que j'ai t aspir vers la psychanalyse. Il n'y a pas qu'elle, bien sr. Il y en a eu quelque autres avant et puis il y en a
encore pas mal qui je laisse la parole. C'est en a que consiste ce qu'on appelle mes prsentations de malades .
Il m'arrive aprs d'en parler avec quelques personnes qui ont assist cette sorte d'exercice, enfin cette prsentation
qui consiste les couter, ce qui videmment ne leur arrive pas tous les coins de rue. Il arrive qu'en en parlant aprs
avec quelques personnes qui taient l pour m'accompagner, pour en attraper ce qu'elles pouvaient
il m'arrive en en parlant aprs d'en apprendre, parce que c'est pas tout de suite, il faut videmment qu'on accorde
sa voix la renvoyer sur les murs.
C'est bien autour de a que va tourner ce que je vais essayer peut-tre cette anne, de mettre en question,
c'est le rapport de quelque chose quoi je donne beaucoup d'importance, c'est savoir la logique.
J'ai appris trs tt ce que la logique pouvait rendre odieux au monde . C'tait dans un temps o je pratiquais
un certain ABLARD 11, Dieu sait attir par je ne sais quelle odeur de mouche !
Moi, la logique, je peux pas dire qu'elle m'ait rendu absolument odieux quiconque sauf quelques psychanalystes,
parce que malgr tout c'est peut-tre parce que j'arrive srieusement en tamponner le sens.
J'y arrive d'autant plus facilement, que je ne crois absolument pas au sens commun.
Il y a du sens, mais il n'y en a pas de commun. Il n'y a probablement pas un seul d'entre vous qui m'entendiez
dans le mme sens. D'ailleurs, je m'efforce que de ce sens, l'accs ne soit pas trop ais, de sorte que vous deviez
en mettre du vtre, ce qui est une secrtion salubre, et mme thrapeutique : secrtez le sens avec vigueur
et vous verrez combien la vie devient plus aise !
C'est bien pour a que je me suis aperu de l'existence de l'objet(a) dont chacun de vous a le germe en puissance.
Ce qui fait sa force et du mme coup la force de chacun de vous en particulier, c'est que l'objet(a) est tout fait
tranger la question du sens. Le sens est une petite peinturlure rajoute sur cet objet(a) avec lequel vous avez chacun
votre attache particulire.a n'a rien faire, ni avec le sens ni avec la raison.
La question l'ordre du jour, c'est ce que la raison a faire avec ce quoi, enfin je dois dire que beaucoup penchent
la rduire : la rson . crivez : r..s.o.n. crivez, faites moi plaisir.
C'est une orthographe de Francis PONGE qui, tant pote et tant ce qu'il est, un grand pote, n'est pas tout fait
sans qu'on doive, en cette question, tenir compte de ce qu'il nous raconte. Il n'est pas le seul.
C'est une trs grave question, que je n'ai vu srieusement formule que - outre ce pote - au niveau des mathmaticiens,
c'est savoir ce que la raison
dont nous nous contenterons pour l'instant de saisir qu'elle part de l'appareil grammatical
a faire avec quelque chose qui s'imposerait
je veux pas dire d'intuitif, car ce serait retomber sur la pente de l'intuition, c'est--dire de quelque chose de visuel
mais avec quelque chose justement de rsonnant.
Est-ce que ce qui rsonne, c'est l'origine de la res , de ce qu'on fait la ralit ? C'est une question, une question qui
touche trs proprement parler tout ce qu'il en est qu'on puisse extraire du langage, au titre, au titre de la logique.
Chacun sait qu'elle ne suffit pas et qu'il lui a fallu depuis quelques temps
on aurait pu le voir venir depuis un bout de temps, depuis PLATON prcisment
mettre en jeu la mathmatique.
Et c'est l, c'est l que la question se pose :
d'o centrer ce rel quoi l'interrogation logique nous fait recourir et qui se trouve tre au niveau mathmatique.
11 Ablard : Odium mundo me fecit logica : la logique m'a valu la haine du monde, Cf. Pierre Ablard, Correspondance , par R. Oberson, Hermann, 2007.
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Il y a des mathmaticiens pour dire qu'on ne peut point s'axer sur cette jonction dite formaliste,
ce point de jonction mathtico-logique, qu'il y a quelque chose au-del, auquel aprs tout ne fait que rendre
hommage toutes les rfrences intuitives dont on a cru pouvoir - cette mathmatique - la purifier,
et qui cherche au-del quelle rson - r..s.o.n - recourir pour ce dont il s'agit, savoir du Rel.
Ce n'est pas ce soir bien sr, que je vais pouvoir aborder la chose.
Ce que je peux dire, c'est que par un certain biais qui est celui d'une logique, que j'ai pu
dans un parcours qui pour partir de ma malade Aime, a abouti - lavant-dernire anne de sminaire noncer sous le titre de quatre discours , vers quoi converge le crible d'une certaine actualit
que j'ai pu, par cette voie - quoi faire ? - donner au moins la raison des murs.
Car quiconque y habite dans ces murs, ces murs-ci, les murs de l'asile clinique, il convient de savoir que ce qui situe
et dfinit le psychiatre en tant que tel, c'est sa situation par rapport ces murs, ces murs par quoi la lacit a fait en elle
exclusion de la folie et de ce que a veut dire. Ce qui ne s'aborde que par la voie d'une analyse du discours.
vrai dire, l'analyse a t si peu faite avant moi, qu'il est vrai de dire qu'il n'y a jamais eu de la part des psychanalystes
la moindre discordance qui s'levt l'endroit de la position du psychiatre.
Et que pourtant, dans mes crits, on voit recueilli quelque chose que j'ai fait entendre, ds avant 1950, sous le titre de
Propos sur la causalit psychique, je m'y levais contre toute dfinition de la maladie mentale qui s'abritt de cette
construction faite d'un semblant qui, pour s'pingler de l'organodynamisme, ne laissait pas moins entirement ct
ce dont il s'agit dans la sgrgation de la maladie mentale, savoir quelque chose qui est Autre,
qui est li un certain discours, celui que j'pingle du discours du Matre.
Encore l'histoire montre-t-elle qu'il a vcu pendant des sicles - ce discours - d'une faon profitable pour tout le monde,
jusqu' un certain dtour, o il est devenu, en raison d'un infime glissement qui est pass inaperu des intresss
eux-mmes, ce qui le spcifie ds lors comme le discours du capitaliste, dont nous n'aurions aucune espce d'ide si
MARX ne s'tait pas employ le complter, lui donner son sujet : le proltaire. Grce quoi le discours du
capitalisme, s'panouit partout o rgne la forme d'tat marxiste.
Ce qui distingue le discours du capitalisme est ceci : la Verwerfung, le rejet, le rejet en dehors de tous les champs du symbolique
avec ce que j'ai dj dit que a a comme consquence. Le rejet de quoi ? De la castration. Tout ordre, tout discours,
qui s'apparente du capitalisme laisse de ct ce que nous appellerons simplement les choses de l'amour, mes bons amis.
Vous voyez a, hein, c'est un rien ! C'est bien pour a que deux sicles aprs ce glissement
appelons-le calviniste aprs tout, pourquoi pas
la castration a fait enfin son entre irruptive sous la forme du discours analytique.
Naturellement, le discours analytique n'a pas encore t foutu d'en donner mme une bauche d'articulation,
mais enfin, il en a multipli la mtaphore et il s'est aperu que toutes les mtonymies en sortaient.Voil ! Voil au nom
de quoi, port par une sorte, une espce de brouhaha qui s'tait produit quelque part du ct des psychanalystes,
j'ai t amen introduire ce qu'il y avait d'vident dans la nouveaut psychanalytique,
savoir qu'il s'agissait de langage et que c'tait un nouveau discours.
Comme je vous l'ai dit, enfin l'objet(a) en personne, c'est--dire cette position dans laquelle on ne peut mme pas dire
que se porte le psychanalyste : il y est port, il y est port par son analysant la question que je pose c'est :
comment est-ce qu'un analysant peut jamais avoir envie de devenir psychanalyste. C'est impensable !
Ils y arrivent
comme les billes de certains jeux de tric-trac, comme a, que vous connaissez bien,
qui finissent par tomber dans le machin.
ils y arrivent sans avoir la moindre ide de ce qui leur arrive. Enfin, une fois qu'ils sont l, ils y sont et il y a,
ce moment-l tout de mme quelque chose qui s'veille, c'est pour a que j'en ai propos l'tude.
Quoi qu'il en soit, l'poque o s'est produit ce tourbillon parmi les billes, on peut pas dire dans quelle gat
j'ai crit ce Fonction et champ de la parole et du langage. Comment se fait-il que j'ai accueilli comme a
parmi toutes sortes d'autres choses senses
une sorte d'exergue du genre ritournelle, que vous trouverez dans vous n'avez qu' regarder au niveau de
la partie IV, pour autant que je me souvienne, un truc que j'avais trouv dans un almanach - hein - a s'appelait :
Paris en l'an 2000.
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C'est pas sans talent ! C'est pas sans talent encore qu'on ait jamais plus entendu parler du nom du type dont je cite le
nom - je suis honnte - et qui raconte cette chose qui n'a enfin qui vient l dans cette histoire de Fonction et champ
comme des cheveux sur la soupe, a commence comme a :
Entre l'homme et la femme, il y a l'amour,
Entre l'homme et l'amour,
Vous l'avez jamais remarqu, hein, ce truc-l, dans son machin !
il y a un monde.
Entre l'homme et le monde, il y a un mur. [Antoine Tudal]
Vous voyez, j'avais prvu ce que je vous dirai ce soir : je parle aux murs ! .
Vous verrez, a n'a aucun rapport avec le chapitre qui suit [Rires], mais j'ai pas pu y rsister. Comme ici je parle
aux murs, je fais pas de cours, alors je vais pas vous dire ce qui, dans JAKOBSON, suffit justifier
que ces six vers de mirliton soient quand mme de la posie, de la posie proverbiale, parce que a ronronne :
Entre l'homme et la femme, il y a l'amour
- Mais bien sr ! Il n'y a que a, mme, !
Entre l'homme et l'amour, il y a un monde,
C'est toujours ce qu'on dit, il y a un monde comme a, il y a un monde , a veut dire : Vous ! vous y arriverez jamais !
Mine de rien, au dbut : Entre l'homme et la femme, il y a l'amour , a veut dire que [Lacan frappe dans ses mains ] a colle,
un monde, a flotte, hein ! Mais avec il y a un mur alors l vous avez compris que entre veut dire interposition .
Parce que c'est trs ambigu, le entre . Ailleurs, mon sminaire, nous parlerons de la msologie, qu'est-ce qui a
fonction d' entre . Mais l nous sommes dans l'ambiguit potique et - il faut le dire - a vaut le coup.
Rson ! Effacez rson ! [du tableau] Amour
L'amour, il est l : l le petit rond. Bon ! Ce que je viens de vous tracer l au tableau, ce tableau qui tourne,
c'est une faon, une faon comme une autre, de reprsenter la bouteille de Klein. C'est une surface qui a certaines
proprits topologiques sur lesquelles ceux qui n'en sont pas informs se renseigneront, a ressemble beaucoup
une bande de Mbius, c'est--dire simplement ce qu'on fait en tordant une petite bande de papier
et en collant la chose aprs un demi-tour.
Seulement-l a fait tube, c'est un tube qui un certain endroit, se rebrousse. Je veux pas vous dire que ce soit
la dfinition topologique de la chose, c'est une faon de l'imager dont j'ai fait dj assez d'usage pour qu'une partie
des personnes qui sont ici sachent de quoi je parle.
Alors voyez-vous, comme tout de mme l'hypothse, c'est que, entre l'homme et la femme, a devrait faire l
- comme disait Paul FORT tout l'heure - un rond, alors j'ai mis l'homme gauche - pure convention la femme droite, j'aurais pu le faire inversement. Essayons de voir topologiquement ce qui m'a plu
dans ces six petits vers d'Antoine TUDAL pour le nommer.
Entre l'homme et la femme, il y a l'amour .
a communique plein tube. L, vous voyez, a circule ! C'est mis en commun, le flux, l'influx et tout ce qu'on y rajoute
quand on est obsessionnel, par exemple l'oblativit, cette sensationnelle invention d'obsessionnel. Bon ! Alors l'amour,
il est l : le petit rond, le petit rond qui est l partout, part qu'il y a un endroit o a va se rebrousser, et vachement !
Mais restons-en au premier temps : entre l'homme ( gauche), la femme ( droite), il y a l'amour, c'est le petit rond.
Ce personnage dont je vous ai dit qu'il s'appelait Antoine, ne croyez pas du tout que je dise jamais un mot de trop,
c'est pour vous dire qu'il tait du sexe masculin, de sorte qu'il voit les choses de son ct.
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Il s'agit de voir ce qu'il va y avoir maintenant - comment on peut l'crire - ce qu'il va y avoir entre l'homme,
c'est--dire lui - le poute , le poute de Pouasie , comme disait le cher Lon-Paul FARGUE - qu'est-ce qu'il y a
entre lui et l'amour ?
Est-ce que je vais tre forc de remonter au tableau ? Vous avez vu que c'tait un exercice un peu vacillant.
Bon ! eh ben, pas du tout, pas du tout parce que quand mme, gauche, il occupe toute la place. Donc ce qu'il y a
entre lui et l'amour, c'est justement ce qui est de l'autre ct, c'est--dire que c'est la partie droite du schma.
Entre l'homme et l'amour, il y a un monde
C'est--dire que a recouvre le territoire d'abord occup par la femme, l o j'ai crit F dans la partie droite.
C'est pour a que celui que nous appellerons l'homme dans l'occasion, il s'imagine qu'il connat le monde,
au sens biblique comme a, qu'il connat le monde, c'est--dire tout simplement cette sorte de rve de savoir
qui vient l la place de ce qui tait, l dans ce petit schma, marque de l'F de la femme.
Ce qui nous permet de voir topologiquement tout fait ce dont il s'agit, c'est que - ensuite - quand on nous dit :
entre l'homme et le monde ce monde substitu la volatilisation du partenaire sexuel
comment est-ce que c'est arriv, c'est ce que nous verrons aprs
ben, il y a un mur , c'est--dire l'endroit o se produit ce rebroussement, ce rebroussement que j'ai introduit
un jour comme signifiant
la jonction entre vrit et savoir. J'ai pas dit, moi, que c'tait coup, c'est un pote de Papouasie qui dit que c'est un mur.
C'est pas un mur : c'est simplement le lieu de la castration. Ce qui fait que le savoir laisse intact le champ de la vrit, et
rciproquement.
Seulement, ce qu'il faut voir, c'est que ce mur, il est partout, car c'est ce qui dfinit cette surface : c'est que le cercle ou
le point de rebroussement [en bleu sur la bouteille de Klein] - disons le cercle, puisque l je l'ai reprsent par un cercle
il est homogne sur toute la surface.
C'est mme ce qui fait que vous auriez tort de vous la reprsenter comme une surface intuitivement reprsentable.
Si je vous montrais tout de suite la sorte de coupure qui suffit la volatiliser cette surface
en tant que spcifique, topologiquement dfinie
la volatiliser instantanment, vous verriez que c'est pas une surface qu'on se reprsente, mais que c'est quelque
chose qui se dfinit par certaines coordonnes - appelons-les, si vous voulez, vectorielles - telles qu'en chacun des points
de la surface le rebroussement soit toujours l, en chacun de ses points.
De sorte que, quant au rapport entre l'homme et la femme et tout ce qui en rsulte au regard de chacun des partenaires,
savoir sa position comme aussi bien son savoir, la castration elle est partout. L'amour, l'amour que a communique,
que a flue, que a fuse, que c'est l'amour, quoi ! L'amour, le bien que veut la mre pour son fils, l' (a)mur ,
il suffit de mettre entre parenthses le (a) pour retrouver ce que nous trouvons du doigt tous les jours :
c'est que mme entre la mre et le fils, le rapport que la mre a avec la castration, a compte pour un bout !
Peut-tre, pour se faire une saine ide de ce qu'il en est de l'amour, il faudrait peut-tre partir de ce que,
quand a se joue, mais srieusement entre un homme et une femme, c'est toujours avec l'enjeu de la castration.
C'est ce qui est chtrant. Et qu'est-ce qui passe par ce dfil de la castration, c'est quelque chose que nous essaierons
d'approcher par des voies qui soient un peu rigoureuses : elles ne peuvent l'tre que logiques, et mme topologiques.
Ici, je parle aux murs, voire aux (a)murs , et aux (a)murs-sements. Ailleurs, j'essaie d'en rendre compte.
Et quelque que puisse tre l'usage des murs pour le maintien en forme de la voix, il est clair que les murs
- pas plus que le reste - ne peuvent avoir de support intuitif, mme avec tout l'art de l'architecte la cl.
Chose curieuse, quand j'ai dfini ces quatre discours , dont je parlais tout l'heure et qui sont si essentiels pour reprer
ce dont, quoi que vous fassiez, vous tes toujours en quelque faon les sujets, et des sujets, je veux dire des supposs ,
supposs ce qui se passe d'un signifiant dont il est clair que c'est lui le matre du jeu et que vous n'en tes
au regard de quelque chose qui est autre, pour ne pas dire l'Autre
que vous n'en tes que le suppos. Vous ne lui donnez pas de sens. Vous n'en avez pas assez vous-mmes pour a.
Mais vous lui donnez un corps ce signifiant qui vous reprsente, le signifiant-Matre !
Eh bien ! Ce que vous tes l-dedans, ombres d'ombre, ne vous imaginez pas que la substance qu'il est du rve de toujours
de vous attribuer, soit autre chose que cette jouissance dont vous tes coups. Comment ne pas voir ce qu'il y a de
semblable dans cette invocation substantielle et cet incroyable mythe, dont FREUD lui-mme s'est fait le reflet,
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de la jouissance sexuelle qui est bien cet objet qui court, qui court, comme dans le jeu du furet, mais dont personne n'est
capable d'noncer le statut si ce n'est comme le statut suprme, prcisment. Il est le suprme d'une courbe laquelle
il donne son sens, et trs prcisment aussi : dont le suprme chappe.
Et c'est de pouvoir articuler l'ventail des jouissances entre guillemets sexuelles que la psychanalyse fait son pas dcisif.
Ce qu'elle dmontre, c'est justement que la jouissance qu'on pourrait dire sexuelle - qui ne serait pas du semblant du
sexuel - celle-l se marque de l'indice - rien de plus, jusqu' nouvel ordre - de ce qui ne s'nonce, de ce qui ne s'annonce,
que de l'indice de la castration. Les murs, avant de prendre statut, de prendre forme, c'est logiquement que je les reconstruits :
Ces S, S 1 , S 2 et ce a dont j'ai fait - pour vous, pendant quelques mois - joujou, c'est tout de mme a le mur
[cf. le mur du rel des 4 impossibles : inconsistance (H), incompltude (M), indmontrable (U), indcidable (A)] derrire lequel, bien sr,
vous pouvez mettre le sens de ce qui nous concerne, de ce dont nous croyons que nous savons ce que a veut dire :
la vrit et le semblant, la jouissance, le plus de jouir.
Mais tout de mme, par rapport ce qui aussi bien n'a pas besoin de murs pour s'crire, ces termes, comme quatre
points cardinaux par rapport auxquels vous avez situer ce que vous tes, il pourrait bien aprs tout - le psychiatre s'apercevoir que les murs, les murs auxquels il est li par une dfinition de discours car ce dont il a s'occuper
- c'est quoi ? - a n'est pas d'autre maladie que celle qui se dfinit par la loi du 30 Juin 1838, savoir :
quelqu'un de dangereux pour soi-mme et pour les autres .
C'est trs curieux, cette introduction du danger dans le discours dont s'assied l'ordre social. Qu'est-ce que ce danger ?
Dangereux pour eux-mmes , enfin, la socit ne vit que de a, et dangereux pour les autres Dieu sait que toute libert
est laisse chacun dans ce sens. Quand je vois s'lever de nos jours des protestations contre l'usage qu'on fait
pour appeler les choses par leur nom et aller vite, il est tard
en U.R.S.S. des asiles, ou de quelque chose qui doit avoir un nom plus prtentieux, pour y mettre l'abri,
disons les opposants, mais il est bien vident qu'ils sont dangereux pour l'ordre social o ils s'insrent.
Qu'est ce qui spare, quelle distance, entre la faon d'ouvrir les portes de l'hpital psychiatrique dans un endroit
o le discours capitaliste est parfaitement cohrent avec lui-mme, et dans un endroit comme le ntre,
o il en est encore aux balbutiements ?
La premire chose que peut tre les psychiatres - s'il en est quelques uns ici - pourraient recevoir, je ne dis pas de ma parole,
qui n'a rien voir en l'affaire, mais de la rflexion de ma voix sur ces murs, c'est de savoir d'abord ce qui les spcifie
comme psychiatres. a ne les empche pas, dans les limites de ces murs, d'entendre autre chose que ma voix.
La voix, par exemple, de ceux qui y sont interns, puisque aprs tout, a peut conduire quelque part,
jusqu' se faire une ide juste de ce qu'il en est de l'objet(a). Pourquoi pas ?
Je vous ai fait part, ce soir, en somme de quelques rflexions, et bien sr ce sont des rflexions auxquelles ma
personne comme telle ne peut pas tre trangre. C'est ce que je dteste le plus chez les autres. Parce qu'aprs tout,
parmi les gens qui m'coutent de temps en temps et qu'on appelle pour a - Dieu sait pourquoi ! - mes lves,
on peut pas dire qu'ils se privent de se rflchir. Le mur, a peut toujours faire muroir . C'est sans doute pour a
que je suis revenu comme a, raconter des trucs Saite-Anne. C'est pas proprement parler pour dlirer,
mais quand mme, que ces murs, j'en gardais quelque chose sur le cur.
Si je peux, avec le temps, avoir russi difier avec mon S barr [S], mon S indice 1 [S 1 ], mon S indice 2 [S 2 ] et l'objet(a)
[a], la rson d'tre - de quelque faon que vous l'criviez - peut-tre qu'aprs tout vous ne prendrez
pas la rflexion de ma voix sur ces murs pour une simple rflexion personnelle.
[ce qui cloche dans la raison]
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12 Janvier 1972
Sminaire : Panthon-Sorbonne
Si nous trouvions dans la logique, moyen darticuler ce que linconscient dmontre de valeur sexuelle,
nous nen serions pas surpris. Nous nen serions pas surpris, je veux dire ici mme, mon sminaire, cest--dire au ras
de cette exprience, lanalyse, institue par FREUD et dont sinstaure une structure de discours que jai dfinie.
Reprenons ce que jai dit dans la densit de ma premire phrase. Jai parl de valeur sexuelle . Je ferai remarquer que
ces valeurs sont des valeurs reues, reues dans tout langage, lhomme, la femme, cest a quon appelle valeur sexuelle .
Au dpart quil y ait lhomme et la femme - cest la thse dont aujourdhui je pars - cest dabord affaire de langage.
Le langage est tel que pour tout sujet parlant, ou bien cest lui ou bien cest elle.
a existe dans toutes les langues du monde. Cest le principe du fonctionnement du genre : fminin ou masculin.
Quil y ait lhermaphrodite, ce sera seulement une occasion de jouer avec plus ou moins desprit faire passer
dans la mme phrase le lui et lelle. On ne lappellera a , en aucun cas. Sauf manifester par l quelque horreur du
type sacre, on ne le mettra pas au neutre. Ceci dit, lhomme et la femme, nous ne savons pas ce que cest. Pendant un temps,
cette bipolarit de valeurs a t prise pour suffisamment supporter, suturer ce quil en est du sexe.
Cest de l-mme quest rsulte cette sourde mtaphore qui pendant des sicles a sous-tendu la thorie de la connaissance.
Comme je lai fait remarquer ailleurs, le monde tait ce qui tait peru, voire aperu comme la place
de lautre valeur sexuelle. Ce quil en tait du [nouss] 12 - du pouvoir de connatre - tant plac du ct positif,
du ct actif de ce que jinterrogerai aujourdhui en demandant quel est son rapport avec lUn.
Jai dit que si le pas que nous a fait faire lanalyse nous montre, nous rvle, en tout abord serr de lapproche
sexuelle, le dtour, la barrire, le cheminement, la chicane, le dfil, de la castration, cest l et proprement ce qui
ne peut se faire qu partir de larticulation telle que je lai donne du discours analytique.
Cest l ce qui nous conduit penser que la castration ne saurait en aucun cas tre rduite lanecdote,
laccident, lintervention maladroite dun propos de menace ni mme de censure.
La structure est logique. Quel est lobjet de la logique ?
Vous savez, vous savez dexprience, davoir ouvert seulement un livre qui sintitule Trait de Logique, combien fragile,
incertain, lud, peut tre le premier temps de tout trait qui sintitule de cet ordre : lart de bien conduire sa pense
la conduire o, et en la tenant par quel bout ?
ou bien encore, tel recours une normalit dont se dfinirait le rationnel indpendamment du rel. Il est clair que
aprs une telle tentative de le dfinir comme objet de la logique
ce qui se prsente est dun autre ordre et autrement consistant.
Je proposerais sil fallait
si je ne pouvais tout simplement laisser l un blanc, mais je ne le laisse pas
je propose : ce qui se produit de la ncessit dun discours . Cest ambigu sans doute, mais ce nest pas idiot
puisque cela comporte limplication que la logique peut compltement changer de sens, selon do prend son sens tout discours.
Alors, puisque cest l ce dont prend son sens tout discours, savoir partir dun autre, je propose assez clairement
depuis longtemps pour quil suffise de le rappeler ici, le Rel
la catgorie que dans la triade dont est parti mon enseignement : le Symbolique, lImaginaire et le Rel
le Rel saffirme, par un effet qui nest pas le moindre de saffirmer dans les impasses de la logique. Je mexplique.
Ce quau dpart, dans son ambition conqurante, la logique se proposait, ce ntait rien de moins que le rseau
du discours en tant quil sarticule et qu sarticuler, ce rseau devait se fermer en un univers suppos enserrer et recouvrir
comme dun filet ce quil pouvait en tre de ce qui tait, la connaissance, offert.
12 Aristote expose sa thorie de la connaissance dans la Mtaphysique et le De anima . Il distingue dans le deux fonctions distinctes :
la fonction rceptive, lie lactivit sensorielle, uvre du passif ( ) et la fonction active, celle du agent ( )
sur lequel se fonde la science. Cf Jeanne Croissant : Aristote et les mystres, Droz, Paris, 1932.
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Lexprience, lexprience logicienne, a montr quil en tait diffremment. Et sans avoir ici
aujourdhui o par accident je dois mpoumoner
entrer plus dans le dtail, ce public est tout de mme suffisamment averti do en notre temps a pu reprendre
leffort logique, pour savoir qu aborder quelque chose en principe daussi simplifi comme rel que larithmtique,
il a pu tre dmontr que dans larithmtique, quelque chose peut toujours snoncer, offert ou non offert la dduction
logique, qui sarticule comme en avance sur ce dont les prmisses, les axiomes, les termes fondateurs, dont peut
sasseoir ladite arithmtique, permet de prsumer comme dmontrable ou rfutable. [allusion aux thormes dincompltude de Gdel]
Nous touchons l du doigt, en un domaine en apparence le plus sr, ce qui soppose lentire prise du discours,
lexhaustion logique, ce qui y introduit une bance irrductible, cest l que nous dsignons le Rel.
Bien sr avant den venir ce terrain dpreuve
qui peut paratre lhorizon, voire incertain ceux qui nont pas serr de prs ses dernires preuves, il suffira de
rappeler ce quest le discours naf . Le discours naf propose demble, sinscrit comme tel, comme vrit.
Il est depuis toujours apparu facile de lui dmontrer, ce discours - discours naf quil ne sait pas ce quil dit , je ne
parle pas du sujet, je parle du discours.
Cest lore - pourquoi ne pas le dire - de la critique que le sophiste
quiconque nonce ce qui est toujours pos comme vrit
que le sophiste lui dmontre qu il ne sait pas ce quil dit . Cest mme l lorigine de toute dialectique.
Et puis cest toujours prt renatre : que quelquun vienne tmoigner la barre dun tribunal, cest lenfance de lart
de lavocat que de lui montrer quil ne sait pas ce quil dit. Mais l,
nous tombons au niveau du sujet, du tmoin,
quil sagit dembrouiller.
Ce que jai dit au niveau de laction sophistique, cest au discours lui-mme que le sophiste sen prend. Nous aurons peuttre cette anne, puisque jai annonc que jaurais faire tat du Parmnide,
montrer ce quil en est de laction sophistique.
Le remarquable
dans le dveloppement auquel tout lheure je me suis rfr, de lnonciation logicienne,
o peut-tre daucuns se seront aperu quil ne sagit de rien dautre que du thorme de Gdel
concernant larithmtique, cest que ce nest pas partir des valeurs de vrit que GDEL procde sa dmonstration
quil y aura toujours dans le champ de larithmtique quelque chose dnonable dans les termes propres quelle comporte,
qui ne sera pas la porte de ce quelle se pose elle-mme comme mode tenir pour reu de la dmonstration
ce nest pas partir de la vrit, cest partir de la notion de drivation.
Cest en laissant en suspens la valeur vrai ou faux comme telle, que le thorme est dmontrable.
Ce qui accentue ce que je dis de la bance logicienne sur ce point l, point vif
point vif en ce quil illustre ce que jentends avancer
cest que si le Rel - assurment dun accs facile - peut se dfinir comme limpossible
cet impossible en tant quil savre de la prise mme du discours, du discours logicien
cet impossible-l, ce Rel-l doit tre par nous privilgi. Par nous Par qui ? Par les analystes.
Car il donne dune faon exemplaire, quil est le paradigme de ce qui met en question ce qui peut sortir du langage.
Il en sort certains types - que jai dfinis - de discours, comme tant ce qui instaure un type de lien social dfini.
Mais le langage sinterroge sur ce quil fonde comme discours. II est frappant quil ne puisse le faire qu fomenter
lombre dun langage qui se dpasserait, qui serait mtalangage. Jai souvent fait remarquer quil ne peut le faire
qu se rduire dans sa fonction, cest--dire dj engendrer un discours particularis.
Je propose
en nous intressant ce Rel en tant quil saffirme de linterrogation logicienne du langage
je propose dy trouver le modle de ce qui nous importe, savoir de ce que livre lexploration
de linconscient qui, loin dtre
comme a pens pouvoir le reprendre un JUNG, revenir la plus vieille ornire
loin dtre un symbolisme sexuel universel, est trs prcisment ce que jai tout lheure rappel de la castration,
souligner seulement quil est exigible quelle ne se rduise pas lanecdote dune parole entendue.
Sans quoi, pourquoi lisoler, lui donner ce privilge de je ne sais quel traumatisme, voire efficace de bance ?
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Alors quil est trop clair quelle na rien danecdotique, quelle est rigoureusement fondamentale dans ce qui, non pas
instaure, mais rend impossible lnonc de la bipolarit sexuelle comme telle. savoir comme - chose curieuse
nous continuons de limaginer au niveau animal. Comme si chaque illustration de ce qui, dans chaque espce,
constitue le tropisme dun sexe pour lautre ntait pas aussi variable pour chaque espce quest leur constitution corporelle.
Comme si, de plus, nous navions pas appris - appris dj depuis un bout de temps - que le sexe
au niveau non pas de ce que je viens de dfinir comme le Rel,
mais au niveau de ce qui sarticule lintrieur de chaque science, son objet tant une fois dfini
que le sexe, il y a au moins deux ou trois tages de ce qui le constitue, du gnotype au phnotype, et quaprs tout, aprs
les derniers pas de la biologie - est-ce que jai besoin dvoquer lesquels ? - il est sr que le sexe ne fait que prendre
place comme un mode particulier dans ce qui permet la reproduction de ce quon appelle un corps vivant.
Loin que le sexe en soit linstrument type, il nen est quune des formes, et ce quon confond trop
encore que FREUD l-dessus ait donn lindication, mais approximative
ce quon confond trop, cest trs prcisment la fonction du sexe et celle de la reproduction.
Loin que les choses soient telles quil y ait :
- la filire de la gonade dun ct, ce que WEISSMANN appelait le germen,
- et le branchement du corps,
il est clair que le corps, que son gnotype vhicule quelque chose qui dtermine le sexe et que a ne suffit pas :
de sa production de corps, de sa statique corporelle, il dtache des hormones qui, dans cette dtermination,
peuvent interfrer. Il ny a donc pas dun ct le sexe
irrsistiblement associ - parce quil est dans le corps - la vie,
le sexe imagin comme limage de ce qui, dans la reproduction de la vie, serait lamour
il ny a pas cela dun ct et de lautre ct le corps, le corps en tant quil a se dfendre contre la mort.
La reproduction de la vie telle que nous arrivons linterroger, au niveau de lapparition de ses premires formes,
merge de quelque chose qui nest ni vie ni mort, qui est ceci : que trs indpendamment du sexe - et mme loccasion
de quelque chose de dj vivant - quelque chose intervient que nous appellerons le programme ou le codon encore,
comme ils disent propos de tel ou tel point repr des chromosomes. Et puis le dialogue vie et mort , a se produit
au niveau de ce qui est reproduit, et a ne prend, notre connaissance, un caractre de drame qu partir du moment
o dans lquilibre vie et mort , la jouissance intervient.
Le point vif, le point dmergence de quelque chose
qui est ce dont tous ici nous croyons plus ou moins faire partie
ltre parlant pour le dire, cest ce rapport drang son propre corps qui sappelle jouissance. Et cela, a a pour centre,
a a pour point de dpart - cest ce que nous dmontre le discours analytique - a a pour point de dpart un rapport
privilgi la jouissance sexuelle. Cest en quoi la valeur du partenaire autre
celle que jai commenc de dsigner respectivement par lhomme et par la femme
est inapprochable au langage, trs prcisment en ceci : que le langage fonctionne, dorigine, en supplance de la jouissance
sexuelle, que cest par l quil ordonne cette intrusion, dans la rptition corporelle, de la jouissance.
Cest en quoi je vais aujourdhui commencer de vous montrer comment, user de fonctions logiques, il est possible
de donner de ce quil en est de la castration une autre articulation quanecdotique. Dans la ligne de lexploration
logique du Rel, le logicien a commenc par les propositions. La logique na commenc qu avoir su, dans le langage,
isoler la fonction de ce quon appelle les prosdiorismes, qui ne sont rien dautre que :
le Un , le quelque , le tous et la ngation de ces propositions.
Vous le savez, ARISTOTE dfinit pour les opposer, les Universelles et les Particulires , lintrieur de chacune :
affirmative et ngative . Ce que je peux marquer, cest la diffrence quil y a de cet usage des prosdiorismes ce qui
pour des besoins logiques, savoir pour un abord qui ntait autre que de ce Rel qui sappelle le nombre
ce qui sest pass de compltement diffrent.
Lanalyse logique de ce quon appelle fonction propositionnelle sarticule de lisolement dans la proposition,
ou plus exactement du manque, du vide, du trou, du creux qui est fait, de ce qui doit fonctionner comme argument.
Nommment il sera dit que tout argument dun domaine
que nous appellerons comme vous le voulez x ou un A gothique
tout argument de ce domaine mis la place laisse vide dans une proposition, y satisfera, cest--dire lui donnera valeur
de vrit.
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savoir, mettant en question la fonction mme de lexistence par rapport ce quimpliquait lusage des
particulires dans ARISTOTE,
savoir que lusage du quelque semblait avec soi entraner lexistence de sorte, que comme le tous
tait cens comprendre ce quelque , le tous lui-mme prenait valeur de ce quil nest pas,
savoir dune affirmation dexistence.
Nous ne pourrons - vu lheure - le voir que la prochaine fois, il ny a de statut du tous , savoir de lUniversel,
quau niveau du possible. Il est possible de dire - entre autre - que tous les humains sont mortels . Mais bien loin
de trancher la question de lexistence de ltre humain, il faut dabord, chose curieuse, quil soit assur quil existe.
Ce que je veux indiquer, cest la voie o nous allons entrer la prochaine fois.
Je voudrais dire que de larticulation de ces quatre conjonctions argument-fonction sous le signe des quanteurs :
Cest de l, et de l seulement, que peut se dfinir le domaine dont chacun de ces x prend valeur.
Il est possible de proposer la fonction de vrit qui est celle-ci, savoir : que tout homme se dfinit
de la fonction phallique, et la fonction phallique est proprement ce qui obture le rapport sexuel.
Cest autrement que va se dfinir cette lettre : A renvers dite quanteur universel, munie, comme je le fais de la barre
qui la nie : .. Jai avanc le trait essentiel du pas tous : . x, comme tant ce dont peut sarticuler un nonc
fondamental quant la possibilit de dnotation que prend une variable en fonction dargument.
13 Platon dans le Politique dfinit l'homme comme un bipde sans plume . Diogne plume un poulet et lui lance, le contraignant ajouter
et aux ongles plats .
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La femme se situe de ceci que ce nest pas toutes qui peuvent tre dites avec vrit en fonction dargument
dans ce qui snonce de la fonction phallique. Quest-ce que ce pas toutes ? Cest trs prcisment ce qui mrite
dtre interrog comme structure car, contrairement - cest l le point trs important - la fonction de la particulire
ngative , savoir quil y en a quelques qui ne le sont pas, il est impossible dextraire du pas toutes cette affirmation.
Cest le pas toutes quoi il est rserv dindiquer que - quelque part, et rien de plus - elle a rapport la fonction phallique.
Or cest de l que partent les valeurs donner mes autres symboles. Cest savoir que rien ne peut approprier ce
tous ce pas toutes , quil reste
entre ce qui fonde symboliquement la fonction argumentaire des termes : lhomme et la femme
quil reste cette bance dune indtermination de leur rapport commun la jouissance.
Ce nest pas du mme ordre quils se dfinissent par rapport elle.
Ce quil faut
comme je lai dj dit dun terme qui jouera un grand rle dans ce que nous avons dire par la suite
ce quil faut cest que malgr ce tous de la fonction phallique en quoi tient la dnotation de lhomme,
malgr ce tous , il existe
et il existe l, veut dire il existe exactement comme dans la solution dune quation mathmatique
il existe au moins un , il existe au moins un pour qui la vrit de sa dnotation ne tient pas dans la fonction phallique.
Est-ce quil est besoin de vous mettre les points sur les i et de dire que le mythe ddipe, cest ce quon a pu faire
pour donner lide de cette condition logique qui est celle de lapproche, de lapproche indirecte que la femme
peut faire de lhomme ?
Si le mythe tait ncessaire, ce mythe dont on peut dire quil est dj soi tout seul extraordinaire que lnonc
ne paraisse pas bouffon, savoir celle de lhomme originel qui jouirait prcisment de ce qui nexiste pas, savoir
toutes les femmes , ce qui nest pas possible, pas simplement parce quil est clair que que lon a ses limites [Rires],
mais parce quil ny a pas de tout des femmes. Alors, ce dont il sagit, cest bien sr autre chose, savoir quau
niveau d au moins un il soit possible que soit subvertie, que ne soit plus vraie la prvalence de la fonction phallique.
Et ce nest pas parce que jai dit que la jouissance sexuelle est le pivot de toute jouissance que jai pour autant
suffisamment dfini ce quil en est de la fonction phallique. Provisoirement, admettons que ce soit la mme chose.
Ce qui sintroduit au niveau de l au moins un du pre, cest cet au moins un qui veut dire que a peut marcher sans.
a veut dire, comme le mythe le dmontre, car il est uniquement fait pour assurer a, cest savoir :
que la jouissance sexuelle sera possible mais quelle sera limite.
Ce qui suppose pour chaque homme, dans son rapport avec la femme, quelque matrise, pour le moins,
de cette jouissance. Il faut la femme au moins a : que a soit possible la castration, cest son abord de lhomme.
Pour ce qui est de la faire passer lacte, ladite castration, elle sen charge.
Et pour ne pas vous quitter avant davoir articul ce quil en est du quatrime terme, nous dirons ce que connaissent bien
tous les analystes, cest ce que veut dire le :.. Faudra que jy revienne bien sr, puisque aujourdhui nous avons
t un peu retards. Je comptais couvrir, comme chaque fois dailleurs, un champ beaucoup plus vaste,
mais comme vous tes patients, vous reviendrez la prochaine fois.
a veut dire quoi ? Le il existe nous lavons dit, est problmatique. Ce sera une occasion cette anne dinterroger
ce quil en est de lexistence. Quest-ce qui existe aprs tout ? Est-ce quon sest mme jamais aperu qu ct
du fragile, du futile, de linessentiel, que constitue l il existe , l il nexiste pas , lui, veut dire quelque chose ?
Quest-ce que veut dire daffirmer qu il nexiste pas dx qui soit tel quil puisse satisfaire la fonction x
pourvue de la barre qui linstitue comme ntant pas vraie : / ?Car cest trs prcisment ce que jai mis
en question tout lheure : si pas toutes les femmes nont affaire avec la fonction phallique, est-ce que a implique
quil y en a qui ont affaire avec la castration ? Ben, cest trs prcisment le point par o lhomme a accs la femme.
Je veux dire, je le dis pour tous les analystes, ceux qui tranent, ceux qui tournent, emptrs dans les rapports
dipiens du ct du pre. Quand ils nen sortent pas de ce qui se passe du ct du pre, a a une cause trs prcise,
cest quil faudrait que le sujet admette que lessence de la femme a ne soit pas la castration, et pour tout dire,
que ce soit partir du Rel, savoir : mis part un petit rien insignifiant - je ne dis pas a au hasard - ben, elles sont
pas castrables. Parce que le phallus
dont je souligne que je nai point encore dit ce que cest
eh bien, elles ne lont pas.
50
Cest partir du moment o cest de limpossible comme cause, que la femme nest pas lie essentiellement
la castration, que laccs la femme est possible dans son indtermination.
Est-ce que ceci ne vous suggre pas
je le sme pour que a puisse avoir ici la prochaine fois sa rsonance
que ce qui est en haut et gauche :
:, lau moins un en question, rsulte dune ncessit ? Et cest trs proprement en quoi cest une affaire de discours.
Il ny a de ncessit que dite, et cette ncessit est ce qui rend possible lexistence de lhomme comme valeur sexuelle.
Le possible - contrairement ce quavance ARISTOTE - cest le contraire du ncessaire.
Cest en cela que : soppose ; quest le ressort du possible. Je vous lai dit, le il nexiste pas [/] saffirme
dun dire, dun dire de lhomme, limpossible, cest savoir que cest du Rel que la femme prend son rapport la castration.
Et cest ce qui nous livre le sens du . cest--dire du pas toutes . Le pas toutes veut dire
comme il en tait tout lheure dans la colonne de gauche [ ce qui est en haut et gauche ]
veut dire le pas impossible : il nest pas impossible que la femme connaisse la fonction phallique.
Le pas impossible, quest-ce que cest ?
a a un nom que nous suggre la ttrade aristotlicienne, mais dispose autrement ici :
de mme que cest au ncessaire que sopposait le possible - limpossible, cest le contingent.
Cest en tant que la femme, la fonction phallique se prsente en manire dargument dans la contingence,
que peut sarticuler ce quil en est de la valeur sexuelle femme.
Il est 2 heures 16, je ne pousserai pas plus loin aujourdhui. La coupure est faite un endroit qui nest pas tout fait
spcialement souhaitable. Je pense avoir assez avanc avec cette introduction du fonctionnement de ces termes pour
vous avoir fait sentir que lusage de la logique nest pas sans rapport avec le contenu de linconscient.
Ce nest pas parce que FREUD a dit que linconscient ne connaissait pas la contradiction, pour quil ne soit pas
terre promise la conqute de la logique. Est-ce que nous sommes arrivs en ce sicle, sans savoir quune logique
peut parfaitement se passer du principe de contradiction ?
Quant dire que dans tout ce qua crit FREUD sur linconscient, la logique nexiste pas, il faudrait navoir jamais lu
lusage quil a fait de tel ou tel terme
je laime elle, je ne laime pas lui , toutes les faons quil y a de nier le je laime lui ,
par exemple, cest--dire par des voies grammaticales
pour dire que linconscient nest pas explorable par les voies dune logique.
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19 Janvier 1972
Sminaire : Panthon-Sorbonne
[Au tableau]
Lart, lart de produire une ncessit de discours , telle est - la dernire fois - la formule que jai glisse,
plutt que propose, de ce que cest que la logique. Je vous ai quitts dans le brouhaha de tout un chacun qui se levait,
pour vous faire remarquer quil ne suffisait pas que FREUD ait not comme caractre de linconscient :
quil nglige, quil fait bon march du principe de contradiction pour que
comme se limaginent quelques psychanalystes
la logique nait rien faire dans son lucidation. Sil y a discours, discours qui mrite de spingler de la nouvelle
institution analytique, il est plus que probable que comme pour tout autre discours, sa logique doive se dgager.
Je rappelle au passage que le discours, cest ce dont le moins quon puisse dire est que le sens reste voil. vrai dire,
ce qui le constitue est trs prcisment fait de labsence de sens. Aucun discours qui ne doive recevoir son sens dun autre.
Et sil est vrai que lapparition dune nouvelle structure de discours prend sens, ce nest pas seulement de le recevoir,
cest aussi bien sil apparat que ce discours analytique, tel que je vous lai situ lanne dernire, reprsente le dernier
glissement sur une structure ttradique, quadripode - comme je lai appel dans un texte publi ailleurs
par le dernier glissement de ce qui sarticule au nom de la signifiance, il devient sensible que quelque chose doriginal
se produit de ce cercle qui se ferme.
Lart de produire - ai-je dit - une ncessit de discours , cest autre chose que cette ncessit elle-mme.
La ncessit logique - rflchissez-y, il ne saurait y en avoir dautre - est le fruit de cette production.
La ncessit, [anank] ne commence qu ltre parlant, et aussi bien tout ce qui a pu en apparatre sen produire,
est toujours le fait dun discours. Si cest bien ce dont il sagit dans la tragdie, cest bien pour autant que la tragdie
se concrtise comme le fruit dune ncessit qui nest point autre
cest vident, car il ne sy agit que dtres parlants
dune ncessit, dis-je, que logique.
Rien - il me semble - napparat ailleurs que chez ltre parlant de ce qui est proprement de [anank].
Cest aussi bien pour cela que DESCARTES ne faisait des animaux que des automates.
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En quoi srement il sagit dune illusion, illusion dont nous montrerons lincidence au passage, propos de ce que
nous allons - de cet art de produire une ncessit de discours - de ce que nous allons - je vais lessayer - essayer de frayer.
Produire, au double sens :
- de dmontrer ce qui tait l avant, cest bien en cela dj quil nest point sr que quelque chose ne se
reflte, ne contienne lamorce de la ncessit dont il sagit dans le pralable, dans le pralable de lexistence
animale. Mais faute de dmonstration, ce qui est produire doit en effet tre tenu pour tre avant inexistant.
- Autre sens, sens de produire, celui sur lequel toute une recherche issue de llaboration dun discours dj
constitu - dit le discours du Matre - a dj avanc sous le terme de : raliser par un travail.
Cest bien en quoi consiste ce qui se fait de pour autant que je suis moi-mme le logicien en question, le produit
de lmergence de ce nouveau discours, que la production au sens de dmonstration peut tre devant vous ici annonce.
Ce qui doit tre suppos avoir t dj l, par la ncessit de la dmonstration, produit de la supposition de
la ncessit de toujours, mais aussi justement tmoignait de la - pas moindre - ncessit du travail, de lactualiser.
Mais dans ce moment dmergence, cette ncessit donne du mme coup la preuve quelle ne peut tre dabord
suppose quau titre de linexistant. Quest-ce donc la ncessit ? Non ! Ce quil faut dire, ce nest pas ce donc ,
mais quest , et directement. Ce ce donc comportant en soi trop dtre.
Cest directement Quest la ncessit ? telle que du fait mme de la produire elle ne puisse, avant dtre produite,
qutre suppose inexistante. Ce qui veut dire pose comme telle dans le discours.
Il y a rponse cette question comme toute, toute question, pour la raison quon ne la pose, comme toute
question, qu avoir dj la rponse. Vous lavez donc, mme si vous ne le savez pas.
Ce qui rpond cette question : Quest la ncessit etc. ? cest ce qu faire logiquement - mme si vous ne le savez pas dans votre bricolage de tous les jours, ce bricolage quun certain nombre ici
dtre avec moi en analyse - il y en a quelques uns, bien sr pas tous
viennent me confier sans pouvoir prendre dailleurs, avant un certain pas franchi, le sentiment de ce qu le faire de venir me voir - ils me supposent tre moi-mme - ce bricolage - le faire donc, cest--dire tous, mme ceux qui ne
me le confient pas, ils rpondent dj. Comment ?
le rpter tout simplement, ce bricolage, de faon inlassable. Cest ce quon appelle :
- le symptme un certain niveau,
- un autre : lautomatisme, terme peu propre mais dont lhistoire peut rendre compte.
Vous ralisez chaque instant - pour autant que linconscient existe - la dmonstration dont se fonde linexistence
comme pralable du ncessaire, cest linexistence de ce qui est au principe du symptme, cest sa consistance mme
au dit symptme, depuis que le terme, davoir merg avec MARX a pris sa valeur, ce qui est au principe du symptme,
cest savoir linexistence de la vrit quil suppose quoiquil en marque la place.
Voil pour le symptme en tant quil se rattache la vrit qui na plus cours. ce titre, lon peut dire que,
comme nimporte qui qui subsiste dans lge moderne, aucun de vous nest tranger ce mode de la rponse.
Dans le second cas, le dit automatisme, cest linexistence de la jouissance que lautomatisme dit de rptition
fait venir au jour, de linsistance de ce pitinement la porte qui se dsigne comme sortie vers lexistence.
Seulement, au-del, ce nest pas tout fait ce quon appelle une existence qui vous attend, cest la jouissance
telle quelle opre comme ncessit de discours et elle nopre, vous le voyez, que comme inexistence.
Seulement voil, vous rappeler ces ritournelles, ces rengaines que je fais bien sr dans le dessein de vous rassurer,
de vous donner le sentiment que je ne ferai l quapporter des speeches sur ce dans quoi au nom de ceci qui aurait
certaine substance, la jouissance, la vrit en loccasion, telle quelle serait prne dans FREUD, il nen reste pas
moins qu vous en tenir l, ce nest pas los de la structure que vous pouvez vous rfrer.
Quest la ncessit - ai-je dit - qui sinstaure dune supposition dinexistence ?
Dans cette question, ce nest pas ce qui est inexistant qui compte, cest justement la supposition dinexistence,
laquelle nest que consquence de la production de la ncessit. Linexistence ne fait question que davoir dj rponse
- double certes - de la jouissance et de la vrit, mais elle inexiste dj.
Ce nest pas par la jouissance ni par la vrit que linexistence prend statut, quelle peut inexister, cest--dire venir au symbole
qui la dsigne comme inexistence, non pas au sens de ne pas avoir dexistence, mais de ntre existence que du symbole
qui la ferait inexistante, et qui lui existe, cest un nombre, comme vous le savez, gnralement dsign par zro.
Ce qui montre bien que linexistence nest pas ce quon pourrait croire : le nant.
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Car quen pourrait-il sortir, hors la croyance, la croyance en soi ? il ny en a pas 36, de croyances ! Dieu a fait le monde du
nant, pas tonnant que ce soit un dogme. Cest la croyance en elle-mme, cest ce rejet de la logique qui sexprime
il y a un de mes lves qui a un jour trouv a tout seul
et qui sexprime selon la formule quil en a donne - je le remercie - Srement pas, mais tout de mme [Octave Manoni ?].
a ne peut aucunement nous suffire. Linexistence nest pas le nant. Cest, comme je viens de vous le dire,
un nombre qui fait partie de la srie des nombres entiers. Pas de thorie des nombres entiers si vous ne rendez pas compte
de ce quil en est du zro. Cest ce dont on sest aperu, dans un effort dont ce nest pas hasard quil est prcisment
contemporain, un peu antrieur certes, de la recherche de FREUD, cest celui qua inaugur, interroger
logiquement ce quil en est du statut du nombre, un nomm FREGE, n 8 ans avant lui et mort quelque 14 ans avant.
Ceci est grandement destin dans notre interrogation de ce quil en est de la ncessit logique du discours de lanalyse.
Cest trs prcisment ce que je pointais de ce qui risquait de vous chapper de la rfrence dont linstant
je lillustrais comme application - autrement dit usage fonctionnel - de linexistence. Cest--dire quelle ne se produise
que dans laprs-coup dont surgit dabord la ncessit, savoir dun discours o elle se manifeste avant que le logicien, je vous
lai dit, y advienne lui-mme comme consquence seconde, cest--dire du mme temps que linexistence elle-mme.
Cest sa fin que de se rduire o elle se manifeste davant lui, cette ncessit, je le rpte, la dmontrant cette fois en
mme temps que je lnonce. Cette ncessit, cest la rptition elle-mme, en elle-mme, par elle-mme, pour elle-mme,
cest--dire ce par quoi la vie se dmontre elle-mme ntre que ncessit de discours puisquelle ne trouve pas pour
rsister la mort - cest--dire son lot de jouissance - rien dautre quun truc, savoir le recours cette mme chose
que produit une opaque programmation
qui est bien autre chose, je lai soulign, que la puissance de la vie , lamour ou autre baliverne
qui est cette programmation radicale qui ne commence pour nous, un peu, se dsentnbrer qu ce que font
les biologistes au niveau de la bactrie et dont cest la consquence prcisment que la reproduction de la vie.
Ce que le discours fait
dmontrer ce niveau o rien dune ncessit logique ne se manifeste que dans la rptition
parat ici rejoindre comme un semblant ce qui seffectue au niveau dun message quil nest nullement facile de
rduire ce que de ce terme nous connaissons et qui est de lordre de ce qui se situe au niveau dune combinatoire
courte dont les modulations sont celles qui passent de lacide dsoxyribonuclique ce qui sen transmettra au niveau
des protines avec la bonne volont de quelques intermdiaires qualifis notamment denzymatiques, ou de catalyseurs.
Que ce soit l ce qui nous permet de rfrer ce quil en est de la rptition, ceci ne peut se faire qu laborer
prcisment ce quil en est de la fiction par quoi quelque chose nous parat soudain se rpercuter du fond mme
de ce qui a fait un jour ltre vivant capable de parler. Il y en a en effet un entre tous qui nchappe pas une jouissance
particulirement insense et que je dirai locale au sens daccidentelle, et qui est la forme organique qua prise pour lui
la jouissance sexuelle.
Il en colore de jouissance tous ses besoins lmentaires, qui ne sont, chez les autres tres vivants, que colmatages
au regard de la jouissance. Si lanimal bouffe rgulirement, il est bien clair que cest pour ne pas connatre la jouissance
de la faim. Il en colore donc, celui qui parle
et cest frappant, cest la dcouverte de FREUD
tous ses besoins cest--dire ce par quoi il se dfend contre la mort.
Faut pas croire du tout pourtant pour a que la jouissance sexuelle, cest la vie.
Comme je vous lai dit tout lheure, cest une production locale, accidentelle, organique, et trs exactement lie,
centre, sur ce quil en est de lorgane mle. Ce qui est videmment particulirement grotesque.
La dtumescence chez le mle a engendr cet appel de type spcial qui est le langage articul grce quoi sintroduit,
dans ses dimensions, la ncessit de parler. Cest de l que rejaillit la ncessit logique comme grammaire du discours.
Vous voyez si cest mince ! Il a fallu, pour sen apercevoir, rien de moins que lmergence du discours analytique.
La signification du phallus, dans mes crits quelque part, jai pris soin de loger cette nonciation que javais faite,
trs prcisment Munich, quelque part avant 1960, il y a une paye ! Jai crit dessous die Bedeutung des Phallus.
Cest pas pour le plaisir de vous faire croire que je sais lallemand
encore, encore que ce soit en allemand - puisque ctait Munich
que jai cru devoir articuler ce dont jai donn l le texte retraduit.
Il mavait sembl opportun dintroduire sous le terme de Bedeutung ce quen franais, vu le degr de culture o nous
tions lpoque parvenus, je ne pouvais dcemment traduire que par la signification.
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Die Bedeutung des Phallus ctait dj, mais les Allemands eux-mmes, tant donn quils taient analystes
jen marque la distance par une petite note qui est, au dbut de ce texte, reproduite
les Allemands navaient
bien entendu je parle des analystes, on tait au sortir de la guerre et on ne peut pas dire
que lanalyse avait fait pendant - beaucoup de progrs
les Allemands ny ont entrav que pouic .
Tout a leur a sembl, comme je le souligne au dernier terme de cette note, proprement parler inou.
Cest curieux dailleurs que les choses ont chang au point que ce que je raconte aujourdhui peut tre devenu
pour un certain nombre dentre vous dj, juste titre, monnaie courante.
Die Bedeutung, pourtant, tait bien rfr lusage, lusage que FREGE 14 fait de ce mot pour lopposer
au terme de Sinn, lequel rpond trs exactement ce que jai cru devoir vous rappeler au niveau de mon nonc
daujourdhui, savoir le sens, le sens dune proposition. On pourrait exprimer autrement
et vous verrez que ce nest pas incompatible
ce quil en est de la ncessit qui conduit cet art de la produire comme ncessit de discours.
On pourrait lexprimer autrement, que faut-il pour quune parole dnote quelque chose ?
Tel est le sens
faites attention, les menus changes commencent
tel est le sens que FREGE donne Bedeutung : la dnotation.
Il vous apparatra clair, si vous voulez bien ouvrir ce livre qui sappelle Les fondements de larithmtique 15
et quune certaine Claude IMBERT, qui autrefois, si mon souvenir est bon, frquenta mon sminaire,
a traduit, ce qui le laisse l pour vous la porte de votre main entirement accessible
il vous apparatra clair, comme ctait prvisible, que pour quil y ait coup sr dnotation, ce ne soit pas mal
de sadresser dabord, timidement, au champ de larithmtique tel quil est dfini par les nombres entiers.
Il y a un nomm KRONECKER qui na pas pu sempcher, tellement est grand le besoin de la croyance, de dire que
les nombres entiers, cest Dieu qui les avait crs . Moyennant quoi, ajoute-t-il, lhomme a faire tout le reste
et comme ctait un mathmaticien, le reste, ctait pour lui tout ce quil en est du reste du nombre. Cest justement pour
autant que rien nest sr qui soit de cette espce, savoir quun effort logique peut au moins tenter de rendre compte
des nombres entiers, que jamne dans le champ de votre considration le travail de FREGE.
Nanmoins, je voudrais marrter un instant, ne serait-ce que pour vous inciter le relire, sur ceci que cette
nonciation que jai produite sous langle de La signification du phallus, dont vous verrez quau point o jen suis
enfin cest un petit mrite dont je me targue
il ny a rien reprendre, bien qu cette poque, personne vraiment ny entendt rien : jai pu le constater sur place.
Quest-ce que veut dire La signification du phallus ?
Ceci mrite quon sy arrte, car aprs tout, une liaison ainsi dterminative, il faut toujours se demander
si cest un gnitif dit objectif ou subjectif, tel que jen illustre la diffrence par le rapprochement des deux sens.
Ici le sens marqu par deux petites flches :
-
14 Gottlob Frege : Sens et dnotation (Sinn und Bedeutung), in crits logiques et philosophiques , Seuil 1971, ou Points Seuil 1994.
15 Gottlob Frege : Les fondements de larithmtique : Recherche logico-mathmatique sur le concept de nombre , Seuil 1970.
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Ce nest donc pas - ce x - une fonction du type ordinaire, cest ce qui fait qu condition de se servir,
pour ly placer comme argument, de quelque chose qui na besoin davoir dabord aucun sens, cette seule condition
de larticuler dun prosdiorisme : il existe ou bien tout , cette condition
selon seulement le prosdiorisme, produit lui-mme de la recherche de la ncessit logique et rien dautre
ce qui spinglera de ce prosdiorisme prendra signification dhomme ou de femme selon le prosdiorisme choisi, c'est--dire :
- soit l il existe , soit l il nexiste pas ,
- soit le tout , soit le pas tout .
Nanmoins il est clair que nous ne pouvons pas ne pas tenir compte de ce qui sest produit dune ncessit logique,
laffronter aux nombres entiers, pour la raison qui est celle dont je suis parti, que cette ncessit daprs-coup
implique la supposition de ce qui inexiste comme tel. Or, il est remarquable que ce soit interroger le nombre entier,
en avoir tent la gense logique, que FREGE nait t conduit rien dautre qu fonder le nombre 1 sur le concept
de linexistence. Il faut dire que, pour avoir t conduit l, il faut bien croire que ce qui jusque l courait sur ce qui
le fonde, le 1, ne lui donnait pas satisfaction, satisfaction de logicien.
Il est certain que pendant un bout de temps on sest content de peu. On croyait que ce ntait pas difficile :
il y en a plusieurs, il y en a beaucoup ben, on les compte. a pose bien sr, pour lavnement du nombre entier,
dinsolubles problmes. Car sil ne sagit que de ce quil est convenu de faire, dun signe pour les compter - a existe,
on vient de mapporter comme a un petit bouquin pour me montrer comment le il y a un pome arabe l-dessus,
un pome qui indique comme a, en vers, ce quil faut faire avec le petit doigt, puis avec lindex, et avec lannulaire
et quelques autres pour faire passer le signe du nombre.
Mais justement, puisquil faut faire signe, cest que le nombre doit avoir une autre espce dexistence que simplement
de dsigner - ft-ce chaque fois avec un aboiement - chacune par exemple des personnes ici prsentes : pour
quelles aient valeur de 1 il faut - comme on la remarqu depuis toujours - quon les dpouille de toutes leurs qualits
sans exception. Alors quest-ce qui reste ?
Bien sr, il y a eu quelques philosophes dits empiristes pour articuler a en se servant de menus objets
comme de petites boules : un chapelet bien sr, cest ce quil y a de meilleur.Mais a ne rsout pas du tout la question
de lmergence comme telle du 1. Cest ce quavait bien vu un nomm LEIBNIZ qui a cru devoir partir - comme il
simposait - de lidentit, savoir de poser dabord :
2 =1+1
3 =2+1
4 =3+1
et de croire avoir rsolu le problme en montrant qu rduire chacune de ces dfinitions la prcdente on pouvait
dmontrer que 2 et 2 font 4.
Il y a malheureusement un petit obstacle dont les logiciens du XIXme sicle se sont rapidement aperus,
cest que sa dmonstration nest valable qu condition de ngliger la parenthse tout fait ncessaire mettre
sur 2 = 1+1, savoir la parenthse enserrant le (1+1), et quil est ncessaire - ce quil nglige - quil est ncessaire
de poser laxiome que : (a+b)+c = a+(b+c). Il est certain que cette ngligence de la part dun logicien aussi vraiment
logicien qutait LEIBNIZ, mrite srement dtre explique et que par quelque ct, quelque chose la justifie.
Quoiquil en soit, quelle soit omise suffit - du point de vue du logicien - faire rejeter la gense leibnizienne,
outre quelle nglige tout fondement de ce quil en est du 0.
Je ne fais ici que vous indiquer partir de quelle notion du concept, du concept suppos dnoter quelque chose,
il faut les choisir pour que a colle. Mais aprs tout, on ne peut pas dire que les concepts, ceux quils choisissent :
satellites de Mars voire de Jupiter, naient pas cette porte de dnotation suffisante pour quon ne puisse dire
quun nombre soit chacun deux associ.
Nanmoins, la subsistance du nombre ne peut sassurer qu partir de lquinumricit des objets que subsume un
concept. Lordre des nombres ne peut ds lors tre donn que par cette astuce qui consiste procder exactement en
sens contraire de ce qua fait LEIBNIZ, retirer 1 de chaque nombre, de dire que le prdcesseur, cest celui
le concept de nombre, issu du concept
le nombre prdcesseur cest celui qui
mis part tel objet qui servait dappui dans le concept dun certain nombre
cest le concept qui - mis part cet objet - se trouve identique un nombre qui est trs prcisment caractris
de ne pas tre identique au prcdent, disons, 1 prs.
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Cest ainsi que FREGE 16 rgresse jusqu la conception du concept en tant que vide, qui ne comporte aucun objet,
qui est celui, non du nant puisquil est concept, mais de linexistant et que cest justement considrer
ce quil croit tre le nant, savoir le concept dont le nombre serait gal 0 quil croit pouvoir dfinir
de la formulation dargument : x diffrent de x, x x, cest--dire diffrent de lui-mme.
Cest--dire, ce qui est une dnotation assurment extrmement problmatique car, quatteignons-nous ?
Sil est vrai que le symbolique soit ce que jen dis, savoir tout entier dans la parole, quil ny ait pas de mtalangage,
do peut-on dsigner, dans le langage, un objet dont il soit assur quil ne soit pas diffrent de lui-mme ?
Nanmoins, cest sur cette hypothse que FREGE constitue la notion que le concept gal 0 ,
donne un nombre diffrent
selon la formule quil a donne dabord pour celle qui est du nombre prdcesseur
donne un nombre diffrent de ce quil en est du 0 dfini, tenu - et bel et bien - pour le nant,
cest--dire de celui auquel convient non pas lgalit 0, mais le nombre 0. Ds lors, cest en rfrence avec ceci que
le concept auquel convient le nombre 0 repose sur ceci quil sagit de lidentique 0, mais non identique 0.
Que celui qui est tout simplement identique 0 est tenu pour son successeur et comme tel gal 1.
La chose se fonde, se fonde sur ceci qui est le dpart dit de lquinumricit, il est clair que lquinumricit du concept
sous lequel ne tombe aucun objet au titre de linexistence est toujours gal lui-mme. Entre 0 et 0, pas de diffrence.
Cest le pas de diffrence dont - par ce biais - FREGE entend fonder le 1.
Et ceci de toute faon, cette conqute nous reste prcieuse pour autant quelle nous donne le 1 pour tre
essentiellement - entendez bien ce que je dis - le signifiant de linexistence. Nanmoins est-il sr que le 1
puisse sen fonder ? Assurment la discussion pourrait se poursuivre par les voies purement fregeiennes.
Nanmoins, pour votre claircissement, jai cru devoir reproduire ce qui peut tre dit navoir pas de rapport avec le
nombre entier, savoir le triangle arithmtique.
Le triangle arithmtique sorganise de la faon suivante : il part, comme donne, de la suite des nombres entiers.
Chaque terme sinscrire est constitu sans autre commentaire - il sagit de ce qui est au-dessous de la barre - par laddition
vous remarquerez que je nai parl encore, jamais, daddition, non plus que FREGE
par laddition des deux chiffres : celui qui est immdiatement sa gauche, et celui qui est sa gauche et au-dessus.
Vous vrifierez aisment quil sagit ici de quelque chose qui nous donne
par exemple, quand nous avons un nombre entier de points que nous appellerons monades
qui nous donne automatiquement ce quil en est
tant donn un nombre de ces points
du nombre de sous-ensemble qui peuvent
dans lensemble qui comprend tous ces points
se former dun nombre quelconque, choisi comme tant au-dessous du nombre entier dont il sagit.
Cest ainsi par exemple que si vous prenez ici la ligne qui est celle de la dyade : 0,1,3,6,10,15,21
rencontrer une dyade, vous obtenez immdiatement quil y aura dans la dyade deux monades.
Une dyade, cest pas difficile imaginer : cest un trait avec deux termes, un commencement et une fin.
16 Sur tout ce qui suit propos de Frege cf. Jacques-Alain Miller : La suture in Cahiers pour lanalyse 1- 2, p. 37,
ou lexpos originel de Jacques-Alain Miller, lors de la sance du 24-02-65 du Sminaire 1964-65 : Lobjet de la psychanalyse .
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Entretiens de Sainte-Anne
Je vais donc continuer un peu sur le thme du Savoir du Psychanalyste. Je ne le fais ici que dans la parenthse que j'ai dj
- les deux premires fois - ouverte. Je vous ai dit que c'est ici que j'avais accept, la prire d'un de mes lves,
de reparler cette anne pour la premire fois depuis 63. Je vous ai dit, la dernire fois, quelque chose qui s'articulait
en harmonie avec ce qui nous enserre : je parle aux murs ! .
Il est vrai que de ce propos, j'ai donn un commentaire : un certain petit schma, celui repris de la bouteille de Klein, qui
devait rassurer ceux qui - de par cette formule [ je parle aux murs ] - pouvaient se sentir exclus.
Comme je l'ai longtemps expliqu, ce qu'on adresse aux murs a pour proprit de se rpercuter.
Que je vous parle ainsi indirectement n'tait fait certes pour offenser personne, puisque aprs tout,
on peut dire que ce n'est pas l un privilge de mon discours !
Je voudrais aujourd'hui clairer propos de ce mur, qui n'est pas du tout une mtaphore, clairer ce que je peux dire
ailleurs. Car videmment, a se justifiera, pour parler de Savoir, que a ne soit pas mon sminaire que je le fasse.
Il ne s'agit pas en effet de n'importe lequel, mais du Savoir du psychanalyste. Voil !
Pour introduire un peu les choses, suggrer une dimension certains - j'espre ! - je dirai :
qu'on ne puisse pas parler d'amour , comme on dit, sinon de manire imbcile ou abjecte
ce qui est une aggravation : abjecte, c'est comme on en parle dans la psychanalyse
qu'on ne puisse donc parler d'amour , mais qu'on puisse en crire, a devrait frapper.
La lettre, la lettre d'(a)mur
pour donner suite cette petite ballade en six vers que j'ai commente ici la dernire fois
il est clair qu'il faudrait que a se morde la queue, et que si a commence :
Entre l'homme
dont personne ne sait ce que c'est
Entre l'homme et l'amour, il y a la femme
et puis comme vous le savez, a continue - je ne vais pas recommencer aujourd'hui - et a devrait
se terminer la fin, la fin il y a le mur : entre l'homme et le mur, il y a justement l'(a)mur, la lettre d'amour.
Ce qu'il y a de mieux dans ce qui scrase quelque part, ce curieux lan qu'on appelle l'amour, c'est la lettre.
C'est la lettre qui peut prendre d'tranges formes. Il y a un type, comme a, il y a trois mille ans, qui tait certainement
l'acm de ses succs - de ses succs d'amour - qui a vu apparatre sur le mur quelque chose que j'ai dj comment
- je m'en vais pas reprendre - Men Men - que a se disait - Tqel, et parsn , ce que d'habitude - je ne sais pas
pourquoi - on articule : Man,Thcel,Phars . 17
Quand la lettre d'amour nous parvient Car, comme je l'ai expliqu quelquefois, les lettres viennent toujours destination,
heureusement elles arrivent trop tard, outre qu'elles sont rares. Il arrive aussi qu'elles arrivent temps :
c'est les cas rares o les rendez-vous ne sont pas rats. Il n'y a pas beaucoup de cas dans l'histoire o a soit arriv,
comme ce NABUCHODONOSOR quelconque.
Comme entre en matire, je ne pousserai pas la chose plus loin, quitte la reprendre. Car cet (a)mur , tel que je
vous le prsente, a n'a rien de trs amusant. Or, moi je ne peux pas me soutenir autrement que d'amuser, amusement
srieux ou comique : ce que j'avais expliqu la dernire fois, c'est que les amusements srieux a se passerait ailleurs,
dans un endroit o l'on m'abrite, et que pour ici je rservais les amusements comiques. Je ne sais si je serai ce soir
tout fait la hauteur, en raison peut-tre de cette entre sur la lettre d'(a)mur. Nanmoins, j'essaierai.
J'ai expliqu il y a deux ans quelque chose qui - une fois pass, comme a, dans la grande voie poubellique a pris le nom de quadripode . C'est moi qui avait choisi ce nom et vous ne pourrez que vous demander pourquoi je lui ai
donn un nom aussi trange : pourquoi pas quadripde ou ttrapode , a aurait eu l'avantage de ne pas tre btard .
17 Sur le mur de son palais, Balthazar, le dernier roi de Babylone vit s'inscrire, en lettres de feu, trois avertissements Man - Thcel Phars ,
Men, Teqel et Parsn en hbreux, soit : pes, jug et condamn . Le prophte Daniel traduisit : Tes jours sont compts ; tu as t trouv trop lger dans
la balance ; ton royaume sera partag . Cf. La Bible : Le Livre de Daniel, V, 25 28.
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Mais, en vrit, je me le suis demand moi-mme en l'crivant, je l'ai maintenu, je ne sais pas pourquoi, puis je me suis
demand ensuite comment on appelait dans mon enfance ces termes btard comme a : mi-latins, mi-grecs.
Je suis sr d'avoir su comment les puristes appellent a, et puis je l'ai oubli 18. Est-ce qu'il y a ici une personne qui sait
comment on dsigne les termes faits par exemple comme le mot sociologie ou quadripode , d'un lment latin
et d'un lment grec ? Je l'en supplie, que celui qui le sait l'mette ! Eh bien ! c'est pas encourageant !
Parce que depuis hier - hier, c'est--dire que c'tait avant-hier - que j'ai commenc le chercher et comme je ne
trouvais pas toujours, depuis hier j'ai tlphon une dizaine de personnes qui me paraissaient les plus
propices me donner cette rponse. Bon, eh bien tant pis !
Mes quadripode en question, je les appels ainsi pour vous donner l'ide qu'on peut s'asseoir dessus
histoire, puisque j'tais dans les mass-mdia 19, de rassurer un peu les personnes
mais en ralit, j'explique l'intrieur ceci, propos de ce que j'ai isol des quatre discours :
ces quatre discours rsultent de l'mergence du dernier venu, du discours de l'analyste.
Le discours de l'analyste apporte en effet - dans un certain tat actuel des penses - un ordre dont s'clairent d'autres discours,
qui ont merg bien plus tt. Je les ai disposs selon ce qu'on appelle une topologie. Une topologie des plus simples
- mais qui n'en est pas moins une topologie - topologie en ce sens qu'elle est mathmatisable. Et elle l'est de la faon la plus
rudimentaire, savoir qu'elle repose sur le groupement de pas plus de quatre points que nous appellerons monades .
a n'a l'air de rien, nanmoins c'est si fortement inscrit dans la structure de notre monde qu'il n'y a pas d'autre fondement
au fait de l'espace que nous vivons. Remarquez bien ceci : que mettre quatre points gale distance lun de lautre c'est
le maximum de ce que vous pouvez faire dans notre espace. Vous ne mettrez jamais cinq points gale distance l'un de l'autre.
Cette menue forme, que je viens de rappeler l, est l pour faire sentir de quoi il s'agit : si les quadripodes sont,
non pas ttradre, mais ttrade, que le nombre des sommets soit gal celui des surfaces est li ce mme triangle arithmtique
que j'ai trac mon dernier sminaire [Cf. sance du 19-01-1972].
Comme vous le voyez, pour s'asseoir a n'est pas de tout repos : ni l'un, ni l'autre.
La position de gauche vous y tes habitus, de sorte que vous ne la sentez mme plus, mais celle de droite
n'est pas plus confortable : imaginez-vous assis sur un ttradre pos sur la pointe. C'est pourtant de l qu'il faut partir
pour tout ce qu'il en est de ce qui constitue ce type d'assiette sociale qui repose sur ce qu'on appelle un discours.
Et c'est cela que j'ai proprement avanc dans mon avant-avant-dernier sminaire.
Le ttradre - pour l'appeler par son aspect prsent - a de curieuses proprits : c'est que s'il n'est pas comme celui-l,
rgulier - l'gale distance n'est l que pour vous rappeler les proprits du nombre quatre, eu gard l'espace - s'il est
quelconque, il vous est proprement impossible d'y dfinir une symtrie.
18 Isidore nomme les hybrides grco-latins notha , dun terme grec qui signifiait : btard par la mre . Mais ici il sagit dun hybride
latino-grec Cf. Bilinguisme et terminologie grammaticale grco-latine par Louis Basset, d. Peeters, 2007.
19 Cf. Radiophonie , in Scilicet N2-3, pp. 55-99, Seuil 1970.
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Selon ceci :
qui a une proprit, d'un des sommets : la divergence, mais sans aucun vecteur qui arrive pour le nourrir,
mais qu'inversement, l'oppos, vous avez ce trajet triangulaire. Ceci suffit permettre de distinguer en tous les cas
par un caractre qui est absolument spcial
ces quatre ples que j'nonce des termes de la Vrit, du Semblant, de la jouissance et du Plus-de-jouir.
Ceci est la topologie fondamentale d'o ressort toute fonction de la parole et mrite d'tre comment.C'est en effet
une question que le discours de l'analyste est bien fait pour faire surgir, que de savoir : quelle est la fonction de la parole ?
Fonction et champ de la parole et du langage, c'est ainsi que j'ai introduit ce qui devait nous mener jusqu' ce point
prsent de la dfinition d'un nouveau discours. Non pas certes que ce discours soit le mien :
l'heure o je vous parle, ce discours est bel et bien, depuis prs de trois quarts de sicle, install.
Ce n'est pas une raison parce que l'analyste lui-mme est capable - dans certaines zones - de se refuser ce que j'en dis,
qu'il n'est pas support de ce discours. Et la vrit, tre support a veut dire seulement dans l'occasion tre suppos .
Mais que ce discours puisse prendre sens de la voix mme de quelqu'un qui y est - c'est mon cas - tout autant sujet
qu'un autre, c'est justement ce qui mrite qu'on s'y arrte, afin de savoir d'o se prend ce sens.
entendre ce que je viens d'avancer, la question du sens, bien sr peut vous sembler ne pas poser de problmes,
je veux dire qu'il semble que le discours de l'analyste fait assez appel l'interprtation pour que la question ne se pose pas.
Effectivement, sur un certain gribouillage analytique, il semble qu'on peut lire
et ce n'est pas surprenant, vous allez voir pourquoi
tous les sens que l'on veut jusqu'au plus archaque, je veux dire y avoir comme l'cho, la sempiternelle rptition
de ce qui, du fond des ges nous est venu sous ce terme, ce terme de sens , sous des formes dont il faut bien dire
qu'il n'y a que leur superposition qui fasse sens.
Car quoi doit-on que nous comprenons quoi que ce soit du symbolisme usit dans l'criture, Sainte par exemple ?
Le rapprocher d'une mythologie, quelle qu'elle soit, chacun sait que c'est l une sorte de glissement des plus trompeurs.
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Personne, depuis un temps, ne s'y arrte. Que quand on tudie d'une faon srieuse ce qu'il en est des mythologies,
ce n'est pas leur sens qu'on se rfre, c'est la combinatoire des mythmes. Rfrez vous l-dessus des travaux
dont je n'ai pas, je pense, vous voquer une fois de plus l'auteur.
La question est donc bien de savoir d'o a vient, le sens .
Je me suis servi
parce que c'tait bien ncessaire
je me suis servi
pour introduire ce qu'il en est du discours analytique
je me suis servi sans scrupule du frayage dit linguistique.
Et pour temprer des ardeurs qui autour de moi auraient pu s'veiller trop tt, vous faire retourner dans la fange
ordinaire, j'ai rappel que ne s'est soutenu quelque chose
digne de ce titre linguistique comme science
que ne s'est soutenu quelque chose
qui semble avoir la langue comme telle, voire la parole, pour objet
que a ne s'est soutenu qu' condition de se jurer entre soi, entre linguistes, de ne jamais, plus jamais
parce qu'on n'avait fait que a pendant des sicles
plus jamais - mme de loin - faire allusion l'origine du langage. C'tait, entre autres, un des mots d'ordre que j'avais
donn cette forme d'introduction qui s'est articule de ma formule : L'inconscient est structur comme un langage .
Quand je dis que c'tait pour viter mon audience le retour une certaine quivoque fangeuse
ce nest pas moi qui me sers de ce terme, c'est FREUD lui-mme,
et nommment justement propos des archtypes dits jungiens
a n'est certainement pas pour lever maintenant cet interdit. Il n'est nullement question de spculer sur quelque
origine du langage, j'ai dit qu'il est question de formuler la fonction de la parole.
La fonction de la parole - il y a trs longtemps que j'ai avanc a - c'est d'tre la seule forme d'action qui se pose comme vrit.
Qu'est-ce que c'est
non pas que la parole, c'est une question superflue :
non seulement je parle, vous parlez et mme a parle , comme je l'ai dit a va tout seul
c'est un fait, je dirai mme que c'est l'origine de tous les faits, parce que quoi que ce soit ne prend rang de fait
que quand c'est dit. Il faut dire que je n'ai pas dit quand c'est parl . il y a quelque chose de distinct entre parler et dire.
Une parole qui fonde le fait, a c'est un dire, mais la parole fonctionne mme quand elle ne fonde aucun fait :
quand elle commande, quand elle prie, quand elle injurie, quand elle met un vu elle ne fonde aucun fait.
Nous pouvons aujourd'hui ici
c'est pas des choses que j'irais produire l-bas, l'autre place o heureusement je dis des choses plus srieuses
ici, parce que c'est impliqu dans ce srieux je dveloppe toujours plus en pointe
et en restant toujours la-dite pointe
comme mon dernier sminaire
j'espre qu'il se fera qu'au prochain, il y aura moins de monde : ce n'tait pas rigolo
mais enfin ici on peut rigoler un peu, c'est des amusements comiques.
Dans l'ordre de l'amusement comique, la parole, c'est pas pour rien que dans les dessins anims on vous la chiffre
sur des banderoles : la parole c'est comme l o a bande rle ou pas !
C'est pas pour rien que a instaure la dimension de la vrit, parce que la vrit
la vraie, la vraie vrit, la vrit telle qu'il se fait qu'on a commenc l'entrevoir seulement avec le discours analytique
c'est que, ce que rvle ce discours tout un chacun, qui simplement s'y engage d'une faon axante comme
analysant, c'est que
excusez-moi de reprendre ce terme, mais puisque j'ai commenc, je ne l'abandonne pas
c'est que de bander
c'est ce que l-bas, place du Panthon, j'appelle !
c'est que de bander, a n'a aucun rapport avec le sexe, pas avec l'autre en tout cas ! Bander
on est ici entre des murs
bander pour une femme
il faut tout de mme appeler a par son nom
a veut dire lui donner la fonction !, a veut dire : la prendre comme phallus. C'est pas rien le phallus !
Je vous ai dj expliqu
l-bas o c'est srieux
je vous ai expliqu ce que a fait.
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Je vous ai dit que la signification du phallus c'est le seul cas de gnitif pleinement quilibr, a veut dire que le phallus
c'est que ce que vous expliquait ce matin - je dis a pour ceux qui sont un peu avertis - c'est que ce que vous expliquait
ce matin JAKOBSON
le phallus c'est la signification, c'est ce par quoi le langage signifie. Il n'y a qu'une seule Bedeutung, c'est le phallus.
Partons de cette hypothse, a nous expliquera trs largement l'ensemble de la fonction de la parole.
Car elle n'est pas toujours applique dnoter des faits
c'est tout ce qu'elle peut faire, on ne dnote pas des choses, on dnote des faits
mais c'est tout fait par hasard, de temps en temps. La plupart du temps elle supple ceci que la fonction phallique
est justement ce qui fait qu'il n'y a chez l'homme que les relations que vous savez - mauvaises - entre les sexes.
Alors que partout ailleurs, au moins pour nous, a semble aller la coule .
Alors c'est pour a que dans mon petit quadripode :
dans mon petit quadripode, vous voyez - au niveau de la vrit - deux choses, deux vecteurs qui divergent :
- ce qui exprime que la jouissance, qui est tout au bout de la branche de droite, c'est une jouissance certes
phallique, mais qu'on ne peut dire jouissance sexuelle,
- et que pour que se maintienne quiconque de ces drles d'animaux - ceux qui sont proie de la parole il faut qu'il y ait ce ple l, qui est corrlatif du ple de la jouissance en tant qu'obstacle au rapport sexuel :
c'est ce ple que je dsigne du semblant.
C'est aussi clair pour un partenaire, enfin si nous osons - comme a se fait tous les jours - les pingler de leur sexe,
il est clatant que l'homme comme la femme, ils font semblant, chacun, dans ce rle. Mais enfin, cest des histoires quils se donnent
Mais l'important au moins quand il s'agit de la fonction de la parole, c'est que les ples soient dfinis :
- celui du semblant,
- et celui de la jouissance.
S'il y avait chez l'homme - ce que nous imaginons de faon purement gratuite - qu'il y ait une jouissance spcifie de
la polarit sexuelle, a se saurait !
a s'est peut tre su, des ges entiers s'en sont vants et aprs tout nous avons de nombreux tmoignages,
malheureusement purement sotriques, qu'il y a eu des temps o on croyait vraiment savoir comment tenir a.
Un nomm VAN GULIK 20 dont le livre m'a paru excellent, qui pique par-ci par-l
bien sr il fait comme tout le monde, il pique plus prs de ce qu'il y a de la tradition crite chinoise
dont le sujet est le savoir sexuel , ce qui n'est pas trs tendu, je vous assure, ni non plus trs clair !
Mais enfin, regardez a si a vous amuse : La vie sexuelle dans la Chine ancienne. Je vous dfie d'en tirer rien qui puisse
vous servir [Rires] dans ce que j'appelais tout l'heure l'tat actuel des penses !
L'intrt de ce que je pointe, ce n'est pas de dire que depuis toujours les choses en sont de mme que le point
o nous en sommes venus. Il y a peut-tre eu il y a peut-tre encore mme quelque part
mais c'est curieux, c'est toujours dans des endroits o il faut vraiment srieusement montrer patte blanche pour entrer
des endroits o il se passe entre l'homme et la femme cette conjonction harmonieuse qui les ferait tre au septime ciel,
mais c'est tout de mme trs curieux qu'on n'en entende jamais parler que du dehors.
Par contre, il est bien clair qu' travers une des faons que j'ai de dfinir que c'est plutt avec grand que chacun
a rapport qu'avec l'autre, a devient pleinement confirm ds qu'on regarde ce qu'on appelle
d'un terme qui tombe si bien, comme a, grce l'ambigut du latin ou du grec
ce qu'on appelle des homos - ecce homo comme je disais [Rires] - il est tout fait certain que les homos,
a bande bien mieux et plus souvent, et plus ferme.
Cest curieux, mais enfin c'est tout de mme un fait auquel personne qui depuis un certain temps, a un peu entendu
parler, a ne fait pas de doute. Ne vous y trompez pas quand mme : il y a homo et homo, hein ! [Rires]
Je ne parle pas d'Andr GIDE ! Faut pas croire qu'Andr GIDE tait un homo !
20 Robert Hans Van Gulik : La Vie sexuelle dans la Chine ancienne , Gallimard 1971.
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a nous introduit la suite. Ne perdons pas la corde, il s'agit du sens . Pour que quelque chose ait du sens dans l'tat
actuel des penses, c'est triste dire mais il faut que a se pose comme normal.
C'est bien pour a qu'Andr GIDE voulait que l'homosexualit ft normale. Et, comme vous pouvez peut-tre en avoir
des chos, dans ce sens, il y a foule : en moins de deux, a va tomber comme a sous la cloche du normal,
tel point qu'on aura de nouveaux clients en psychanalyse qui viendront nous dire :
je viens vous trouver parce que je ne pdale pas normalement ! [Rires]
a va devenir un embouteillage ! [Rires]
Et l'analyse est partie de l ! Si la notion de normal n'avait pas pris - la suite des accidents de l'histoire - une pareille
extension, elle n'aurait jamais vu le jour. Tous les patients, non seulement qu'a pris FREUD mais c'est trs clair le lire
que c'est une condition : pour entrer en analyse, au dbut le minimum c'tait d'avoir une bonne formation universitaire.
C'est dit dans FREUD en clair. Je dois le souligner, parce que le discours universitaire dont j'ai dit beaucoup de mal,
et pour les meilleures raisons, mais quand mme c'est lui qui abreuve le discours analytique.
Vous comprenez, vous ne pouvez plus vous imaginer
c'est pour vous faire imaginer quelque chose, si vous en tes capables,
mais qui sait l'entranement de ma voix ?
vous pouvez mme pas imaginer ce que c'tait une zone du temps qu'on appelle - cause de a - antique, o la [doxa]
vous savez la clbre dont on parle dans le Menon : mais non, mais non [Rires]
il y avait de la qui n'tait pas universitaire.
Actuellement, mais il n'y a pas une - si futile, si boiteuse, cahin-caha, voire conne, soit-elle - qui ne soit range
quelque part dans un enseignement universitaire ! Il n'y a pas d'exemple d'une opinion, aussi stupide soit-elle, qui ne soit
repre, voire - l'occasion de ce qu'elle est repre - enseigne. Ben a fausse tout !
Parce que quand PLATON parle de [doxa] comme de quelque chose dont il ne sait littralement que faire,
lui, philosophe qui cherche fonder une science, il s'aperoit que la - la quil rencontre tous les coins de rue
il y en a de vraies. Naturellement, il n'est pas foutu de dire pourquoi, non plus qu'aucun philosophe, mais personne
ne doute qu'elles soient vraies, parce que la vrit a s'impose. Cela faisait un contexte, mais compltement diffrent,
quoi que ce soit qui s'appelle philosophie, que la ne soit pas norme. Il n'y a pas trace du mot norme nulle part dans
le discours antique. C'est nous qui avons invent a, et naturellement en allant chercher un nom grec dusage rarissime !
Il faut quand mme partir de l pour voir que le discours de l'analyste, c'est pas apparu par hasard ! Il fallait qu'on soit
au dernier tat d'extrme urgence pour que a sorte. Bien entendu puisque c'est un discours de l'analyste, a prend
- comme tous mes discours, les quatre que j'ai nomms - le sens du gnitif objectif :
- le discours du Matre, c'est le discours sur le Matre, on l'a bien vu l'acm de l'pope philosophique dans HEGEL.
- Le discours de l'analyste, c'est la mme chose : on parle de l'analyste, c'est lui l'objet(a), comme je l'ai souvent
soulign. a ne lui rend pas facile, naturellement, de bien saisir qu'elle est sa position,
mais d'un autre ct, elle est de tout repos puisque c'est celle du semblant.
Alors notre GIDE
pour continuer la tresse : je prends le GIDE, puis je le relaisserai, puis on le reprendra ensemble, et ainsi de suite
notre GIDE l - parce qu'il est quand mme exemplaire - il ne nous sort pas de notre petite affaire, bien loin de l !
Son affaire c'est une affaire d'tre dsir, comme nous trouvons a couramment dans l'exploration analytique.
Il y a des gens qui a a manqu dans leur petite enfance, d'tre dsir. a les pousse faire des trucs pour que
a leur arrive sur le tard. C'est mme trs rpandu.
Mais il faut tout de mme bien cliver les choses. C'est pas sans rapport, pas du tout, avec le discours. C'est pas de ces paroles
comme il en sort un peu partout quand on est au Carnaval. Le discours et le dsir, l a a le plus troit rapport.
C'est mme pour a que je suis arriv isoler - enfin, du moins je le pense - la fonction de l'objet(a). C'est un point-cl
dont on n'a pas encore beaucoup tir parti je dois dire, a viendra tout doucement. L'objet(a), c'est ce par quoi l'tre
parlant, quand il est pris dans un discours se dtermine. Il ne sait pas du tout que ce qui le dtermine. C'est l'objet(a).
En quoi il est dtermin ? Il est dtermin comme sujet, c'est--dire qu'il est divis comme sujet : il est la proie du dsir.
a a l'air de se passer au mme endroit que les paroles subvertissantes, mais c'est pas du tout pareil,
c'est tout fait rgulier, a produit - c'est une production ! - a produit mathmatiquement, c'est le cas de le dire,
cet objet(a) en tant que cause du dsir. C'est encore celui que j'ai appel, comme vous le savez, l'objet mtonymique :
ce qui court tout au long de ce qui se droule comme discours, discours plus ou moins cohrent,
jusqu' ce que a bute et que toute l'affaire se termine en eau de boudin.
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Il n'en reste pas moins que c'est de l - et c'est a l'intrt - que nous prenons l'ide de la cause.
Nous croyons que dans la nature, il faut que tout ait une cause, sous prtexte que nous sommes causs par notre propre bla-bla-bla.
Ouais ! Il y a tous les traits chez Andr GIDE que les choses sont bien telle que je vous l'ai dit.
C'est d'abord sa relation avec l'Autre suprme : il ne faut pas croire du tout, du tout, comme a - malgr tout ce qu'il
a pu dire - que a n'avait pas d'incidence, le grand Autre.
L o a prend forme - le (a) - il en avait mme une notion tout fait spcifie :
c'est savoir que le plaisir de ce grand Autre, c'tait de dranger celui de tous les petits [autres] !
Moyennant quoi il pigeait trs bien qu'il y avait l un point de tracas qui le sauvait videmment du dlaissement
de son enfance. Toutes ses taquineries avec Dieu, c'tait quelque chose de fortement compensatoire pour quelqu'un
qui avait si mal commenc. C'est pas son privilge. Ouais
J'avais commenc autrefois
j'en ai fait qu'une leon, un sminaire ce qu'on appelle
quelque chose sur le Nom du Pre. Naturellement, j'ai commenc par le Pre mme.
J'ai parl pendant une heure-une heure et demie, de la jouissance de Dieu. Si j'ai dit que c'tait un badinage mystique c'tait
pour ne plus jamais en parler. Il est certain que depuis qu'il y a un Dieu, seul et unique
enfin le Dieu qua fait merger une certaine re historique
c'est justement celui-l celui qui drange le plaisir des autres. Il n'y a mme que a qui compte.
-
Il y a bien les picuriens qui ont tout fait pour enseigner la mthode pour ne pas se laisser dranger dans le plaisir de
chacun : et ben a a foir.
Il y en avait d'autres qui s'appelaient les stociens et qui ont dit : Mais il faut au contraire se ruer dans le plaisir divin .
Mais a rate aussi vous savez, a ne joue qu'entre les deux.
C'est la tracasserie qui compte ! Avec a, vous tes tous dans votre aire naturelle. Vous jouissez pas bien sr
a serait exagr de le dire, d'autant plus que de toute faon c'est trop dangereux
mais enfin, on peut pas dire que vous n'avez pas du plaisir, hein ! C'est mme l-dessus qu'est fond le processus primaire.
Tout a nous remet au pied du mur : qu'est-ce que c'est que le sens ?
Eh ben, il vaut mieux repartir au niveau du plaisir, du plaisir que l'autre vous fait, c'est courant, on appelle a mme
- dans une zone plus noble - de l'art(l, apostrophe) [Rires]. C'est l qu'il faut attentivement considrer le mur,
parce qu'il y a une zone du sens bien claire. Bien claire par exemple par le nomm Lonard DE VINCI,
comme vous le savez, qui a laiss quelques manuscrits et menues babioles, pas tellement - il n'a pas peupl les muses mais il a dit de profondes vrits
il a dit de profondes vrits dont tout le monde devrait toujours se souvenir
il a dit : Regardez le mur - comme moi
Puis - depuis ce temps - il est devenu le Lonard des familles, on fait cadeau de ses manuscrits.
Il y a un ouvrage de luxe - mme moi, on m'en a donne une paire, vous vous rendez compte
Mais a ne veut pas dire que c'est pas lisible [Rires]
alors il vous explique : Regardez bien le mur
Comme ici c'est un peu sale Si c'tait mieux entretenu,
il y aurait des tches d'humidit et peut-tre mme des moisissures
Eh bien, si vous en croyez Lonard : s'il y a une tache de moisissure, c'est une belle occasion
pour la transformer en madone ou bien en athlte musculeux
a, a se prte encore mieux, parce que dans la moisissure, il y a toujours des ombres, des creux
c'est trs important a : s'apercevoir qu'il y a une classe de choses sur les murs, qui prte la figure,
la cration d'art, comme on dit. C'est le figuratif mme, la tache en question.
Il faut tout de mme savoir le rapport qu'il y a entre a et quelque chose d'autre qui peut venir sur le mur, c'est savoir
les ravinements, non pas seulement de la parole
encore que a arrive, c'est bien comme a que a commence toujours
mais du discours. Autrement dit, si c'est du mme ordre la moisissure sur le mur, ou l'criture.
a devrait intresser ici un certain nombre de personnes qui, je pense, il n'y a pas trs longtemps - a commence
vieillir - se sont beaucoup occups d'crire des choses, des lettres d'amour sur les murs. C'tait un vachement beau temps.
Il y en a qui ne s'en sont jamais consols du temps o on pouvait crire sur les murs et o d'un truc, dans Publicis
on dduisait que les murs avaient la parole . Comme si a pouvait arriver ! Je voudrais simplement faire remarquer
qu'il vaudrait mieux qu'il n'y ait jamais rien d'crit sur les murs. Ce qui y est dj crit, il faudrait mme l'en retirer.
Libert - galit - Fraternit par exemple, c'est indcent ! Dfense de fumer , c'est pas possible,
d'autant plus que tout le monde fume, il y a l une erreur de tactique.
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Je l'ai dj dit tout l'heure pour la lettre d'(a)mur : tout ce qui s'crit renforce le mur. C'est pas forcment une objection.
Mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne faut pas croire que ce soit absolument ncessaire. Mais a sert quand mme
parce que si on n'avait jamais rien crit sur un mur - quel qu'il soit, celui-l ou les autres - eh bien, c'est un fait :
on n'aurait pas fait un pas dans le sens de ce qui peut-tre est regarder au-del du mur.
Voyez-vous, il y a quelque chose o je serai amen un peu vous parler cette anne : c'est les rapports de la logique et
de la mathmatique. Au-del du mur - pour vous le dire tout de suite - il n'y a, notre connaissance, que ce Rel
qui se signale justement de l'impossible, de l'impossible de l'atteindre au-del du mur. Il n'en reste pas moins que c'est le Rel.
Comment est-ce qu'on a pu faire pour en avoir l'ide ? Il est certain que le langage y a servi pour un bout.
C'est mme pour a que j'essaie de faire ce petit pont dont vous avez pu voir - dans mes derniers sminaires l'amorce, savoir : comment est-ce que l'Un fait son entre ?
Cest ce que j'ai exprim dj depuis trois ans avec des symboles : S 1 et S 2 :
- le premier, je l'ai dsign comme a pour que vous y entendiez un petit quelque chose du signifiant-Matre
- et le second, du savoir.
Mais est-ce qu'il y aurait S 1 , s'il n'y avait pas S 2 ? C'est un problme, parce qu'il faut qu'ils soient deux d'abord pour qu'il y ait
S 1 . J'ai abord la chose, l au dernier sminaire, en vous montrant que de toutes faons ils sont au moins deux
mme pour qu'un seul surgisse : 0 et 1, comme on dit : a fait 2. Mais a c'est au sens o l'on dit que c'est infranchissable.
Nanmoins a se franchit quand on est logicien, comme je vous l'ai dj indiqu me rfrer FREGE.
Mais enfin, il vous en est jespre pas moins apparu que c'tait franchi d'un pied allgre, et que je vous indiquais ce
moment - j'y reviendrai - qu'il y avait peut-tre plus d'un petit pas. L'important n'est pas l.
Il est trs clair que quelqu'un, dont vous avez entendu - sans doute, certains - parler pour la premire fois ce matin :
Ren THOM qui est mathmaticien. Il n'est pas pour ceci : que la logique - c'est--dire le discours qui se tient sur le mur soit quelque chose qui suffise mme rendre compte du nombre, premier pas de la mathmatique.
Par contre il lui semble pouvoir rendre compte
non seulement de ce qui se trace sur le mur : a n'est rien d'autre que la vie mme,
a commence la moisissure, comme vous savez
rendre compte par le nombre, l'algbre, les fonctions, la topologie - rendre compte de ce qui se passe dans le champ de la vie.
J'y reviendrai ! Je vous expliquerai que le fait qu'il retrouve, dans telle fonction mathmatique, le trac mme
de ces courbes que fait la prime moisissure avant de s'lever jusqu' l'homme, que ce fait le pousse jusqu'
cette extrapolation de penser que la topologie peut fournir une typologie des langues naturelles. Je ne sais pas si
la question est actuellement tranchable. J'essaierai de vous donner une ide d'o est son incidence actuelle, rien de plus.
Ce que je peux dire c'est qu'en tout cas, le clivage du mur, le fait qu'il y ait quelque chose d'install devant - que j'ai appel
parole et langage - et que c'est d'un autre ct que a travaille, peut-tre mathmatiquement, il est certain que
nous ne pouvons pas en avoir d'autre ide. Que la science repose, non comme on le dit sur la quantit,
mais sur le nombre, la fonction et la topologie, c'est ce qui ne fait pas de doute.
Un discours qui s'appelle la Science , a trouv le moyen de se construire derrire le mur.
Seulement ce que je crois devoir nettement formuler
et ce en quoi je crois tre d'accord avec tout ce qu'il y a de plus srieux dans la construction scientifique
c'est qu'il est strictement impossible de donner quoi que ce soit qui s'articule en termes algbriques ou
topologiques, l'ombre de sens.
Il y a du sens pour ceux qui, devant le mur, se complaisent de taches de moisissures qui se trouvent si propices tre transformes
en madone ou en dos d'athlte. Mais, il est vident que nous ne pouvons pas nous contenter de ces sens confusionnels.
Cela ne sert, en fin de compte, qu' retentir sur la lyre du dsir, sur l'rotisme, pour appeler les choses par leur nom.
Mais devant le mur il se passe d'autres choses, et c'est ce que j'appelle des discours. Il y en a eu d'autres que ces miens quatre,
que j'ai numrs et qui ne se spcifient d'ailleurs qu' devoir vous faire apercevoir tout de suite qu'ils se spcifient
comme tels : comme n'tant que quatre. Il est bien sr qu'il y en a eu d'autres dont nous ne connaissons plus rien que
ce qui se converge dans ceux-l qui sont les quatre qui nous restent, ceux qui s'articulent de la ronde du a, du S 1 et du S 2 ,
et mme du sujet qui paye les pots casss, et qui, de cette ronde, se dplacer selon ces quatre sommets la suite,
nous ont permis de dtacher quelque chose pour nous reprer :
66
C'est quelque chose qui nous donne l'tat actuel de ce qui - de lien social - se fonde du discours, c'est--dire quelque chose o,
quelque place qu'on y occupe - du matre, de l'esclave, du produit, ou de ce qui supporte toute l'affaire quelque soit la place qu'on y occupe, on n'y entrave jamais que pouic. Le sens, d'o surgit-il ?
C'est en a qu'il est trs important d'avoir fait ce clivage - maladroit sans doute - qu'a fait SAUSSURE,
comme le rappelait ce matin JAKOBSON, du signifiant et du signifi. Chose d'ailleurs qu'il hritait - c'est pas pour rien des stociens dont tout l'heure, je vous ai dit la position bien particulire dans ces sortes de manipulations.
Ce qu'il y a d'important, bien sr, c'est pas que le signifiant et le signifi s'unissent et que ce soit le signifi qui nous
permette de distinguer ce qu'il y a de spcifique dans le signifiant, bien au contraire, c'est que le signifi d'un signifiant
- ce que j'articule des petites lettres que je vous ai dit tout l'heure - le signifi d'un signifiant
l o on accroche quelque chose qui peut ressembler un sens
a vient toujours de la place que le mme signifiant occupe dans un autre discours.
C'est bien a qui leur est, tous, mont la tte quand le discours analytique s'est introduit : il leur a sembl
qu'ils comprenaient tout Les pauvres ! Heureusement que grce mes soins, ce n'est pas votre cas.
Si vous compreniez ce que je raconte ailleurs - l o je suis srieux - vous n'en croiriez pas vos oreilles.
C'est mme pour a que vous n'en croyez pas vos oreilles. C'est parce qu'en ralit vous le comprenez, mais enfin vous
vous tenez distance. Et c'est bien comprhensible puisque, dans la grande majorit, le discours analytique
ne vous a pas encore attrap. a viendra malheureusement, car il a de plus en plus d'importance.
Je voudrais quand mme dire quelque chose sur le savoir de l'analyste, condition que vous ne vous en teniez pas l.
Si mon ami Ren THOM arrive si aisment trouver par des coupes de surfaces mathmatiques compliques,
quelque chose comme un dessin, une zbrure, enfin quelque chose qu'il appelle aussi bien une pointe, une caille,
une fronce, un pli, et en faire un usage vritablement captivant
- si, en d'autres termes, il y a entre telle tranche d'une chose qui n'existe qu' ce qu'on puisse crire :
il existe X , : qui satisfait la fonction F(X),
- s'il fait a avec tellement d'aisance,
il n'en reste pas moins, que tant que a n'aura pas rendu raison d'une faon exhaustive de ce avec quoi, malgr
tout, il est bien forc de vous l'expliquer, savoir le langage commun et la grammaire autour, il restera l une zone
que j'appelle zone du discours et qui est celle sur laquelle l'analytique des discours jette un vif jour.
Qu'est-ce qui l-dessus peut se transmettre d'un savoir ? Enfin, il faut choisir !
Ce sont les nombres qui savent, qui savent parce qu'ils ont fait s'mouvoir cette matire organise en un point,
bien sr immmorial, et qui continuent de savoir ce qu'ils font. Il y a une chose bien certaine, c'est que c'est de la faon
la plus abusive que nous mettons l-dedans un sens .
Que toute ide d'volution, de perfectionnement, alors que dans la chane animale suppose nous ne voyons absolument
rien qui atteste cette adaptation soi-disant continue, tel point qu'il a bien fallu tout de mme qu'on y renonce
et qu'on dise qu'aprs tout, ceux qui passent, alors l ce sont ceux qui ont pu passer. On appelle a la slection naturelle .
a veut strictement rien dire. a a comme a un petit sens emprunt un discours de pirate,
et puis pourquoi pas celui-l ou un autre ?
La chose la plus claire qui nous apparat, c'est qu'un tre vivant ne sait pas toujours trs bien quoi faire
d'un de ses organes. Et aprs tout, c'est peut-tre un cas particulier de la mise en vidence par le discours analytique,
du ct embarrassant du phallus. Qu'il y ait un corrlat entre a - comme je l'ai soulign au dbut de ce discours un corrlat entre a et ce qui se fomente de la parole, nous ne pouvons rien dire de plus.
Quau point o nous en sommes de l'tat actuel des penses
a fait la sixime fois que je viens d'employer cette formule, il est bien clair que a n'a pas l'air de tracasser
personne, c'est pourtant bien quelque chose qui vaudrait qu'on y revienne, parce que l'tat actuel des penses,
j'en fais un meuble, c'est pourtant vrai, hein ?
C'est pas de lidalisme de dire que les penses sont aussi strictement dtermines que le dernier gadget
enfin dans l'tat actuel des penses, on a le discours hystrique qui, quand on veut bien l'entendre pour ce qu'il est,
se montre li une curieuse adaption. Parce qu'enfin, si c'est vrai cette histoire de castration, a veut dire que chez
l'homme, la castration c'est le moyen d'adaptation la survie. C'est impensable, mais c'est vrai.
Tout cela n'est peut-tre qu'un artifice, un artefact de discours. Que ce discours - si savant complter les autres que ce discours se soutienne, c'est peut-tre seulement une phase historique.
67
La vie sexuelle de la Chine ancienne va peut-tre refleurir, elle aura un certain nombre de sales ruines engloutir
avant que a se passe Mais pour l'instant, qu'est-ce que a veut dire, ce sens que nous apportons ?
Ce sens, en fin de compte est nigme, et justement parce qu'il est sens.
Il y a quelque part
dans la seconde dition d'un volume de ce volume l que j'ai laiss dans un temps sortir, qui s'appelle crits
il y a un petit ajout qui s'appelle : La mtaphore du sujet. J'ai jou longtemps sur la formule dont se rgalait
mon cher ami PERELMAN : un ocan de fausse science
On n'est jamais bien sr - et je vous conseille de partir de l - de ce que j'ai derrire la tte, quand je m'amuse justement !
... un ocan de fausse science , c'est peut-tre le savoir de l'analyste, pourquoi pas ? Pourquoi pas, si justement c'est
seulement de sa perspective que se dcante ceci : que la science n'a pas de sens, mais qu'aucun sens de discours,
ne se soutenir que d'un autre, n'est que sens partiel.
Si la vrit ne peut jamais que se mi-dire, c'est l le noyau, c'est l l'essentiel du savoir de l'analyste :
c'est qu' cette place l - dans ce que j'ai appele ttrapode ou quadripde - la place de la vrit se tient S 2 .
Ce savoir, c'est un savoir lui-mme qui est donc toujours mettre en question. De l'analyse, il y a une chose par contre
prvaloir : c'est qu'il y a un savoir qui se tire du sujet lui-mme. la place, ple, de la jouissance, le discours analytique met S.
C'est dans le trbuchement, dans l'action rate, dans le rve, dans le travail de l'analysant que rsulte ce savoir.
Ce savoir qui - lui - n'est pas suppos, il est savoir, savoir caduque, rogaton de savoir, surrogaton de savoir : c'est cela l'inconscient.
Ce savoir-l c'est ce que j'assume, je dfinis pour ne pouvoir se poser - trait nouveau dans l'mergence - que de la jouissance du sujet.
68
09 Fvrier 1972
Sminaire : Panthon-Sorbonne
[ Au tableau ]
gi
fi
qng
shu
zng.
69
Comme vous le savez dj jespre, un certain nombre dentre vous, sans que jaie eu vous le dire,
le principe du sriel, cest cette suite des nombres entiers quon na pas trouv dautres moyens de dfinir qu dire :
quune proprit y est transfrable de n n+1, qui ne peut tre que celle qui se transfre de 0 1,
le raisonnement par rcurrence ou induction mathmatique, dit-on encore.
Seulement voil, cest bien le problme que jai essay dapprocher dans mes derniers amusements,
quest-ce qui peut bien se transfrer de 0 1 ? Cest l le coton ! Cest pourtant bien ce que je me suis donn comme vise
cette anne de serrer ou pire. Je navancerai pas aujourdhui dans cet intervalle - qui de prime abord est sans fond de ce qui se transfre de 0 1. Mais ce qui est sr et ce qui est clair, cest qu prendre les choses 1 par 1,
il faut en avoir le cur net. Car quelque effort quon ait fait pour logiciser la suite, la srie, des nombres entiers,
on na pas trouv mieux que den dsigner la proprit commun, - cest la seule ! - comme tant celle de ce qui
se transfre de 0 1.
Dans lintervalle, vous avez t - enfin ceux de mon cole - aviss de ne pas manquer ce que Roman JAKOBSON devait
vous apporter de lumire sur ce quil en est de lanalyse de la langue, ce qui la vrit est fort utile pour savoir o je porte
maintenant la question. Cest pas parce que jen suis parti, pour en venir mes amusements prsents, que je dois
my tenir pour li. Et ce qui assurment ma frapp - entre autre ! - dans ce que vous a apport Roman JAKOBSON,
cest quelque chose qui concerne ce point dhistoire que ce nest pas daujourdhui que la langue cest lordre du jour.
Il vous a parl entre autres, dun certain BOETIUS Daccus, fort important, a-t-il soulign, parce quil a articul
des Suppositiones. Je pense quau moins pour certains, a fait cho ce que je dis depuis longtemps de ce quil en est
du sujet, du sujet radicalement, ce que suppose le signifiant.
Puis il vous a dit que, il se trouvait que depuis un certain moment ce BOCE
ce BOCE qui nest pas celui que vous connaissez, celui-l il a extrait les images du pass, Daccus
quil sappelle, cest--dire danois, cest pas le bon, cest pas celui qui est dans le dictionnaire BOUILLET
il vous a dit quil avait disparu comme a pour une petite question de dviationnisme. En fait il a t accus
daverrosme, et dans ce temps-l on ne peut pas dire que a ne pardonnait pas, mais a pouvait ne pas pardonner quand on
avait lattention attire par quelque chose qui avait lair un peu solide, comme par exemple de parler des Suppositiones.
De sorte quil nest point tout fait exact que les deux choses soient sans rapport et cest ce qui me frappe.
Ce qui me frappe, cest que pendant des sicles, quand on touchait la langue, fallait faire attention.
Il y a une lettre qui napparat que tout fait en marge dans la composition phontique, cest celle-l : H,
qui se prononce hache en franais. Ne touchez pas la hache, cest ce qui tait prudent pendant des sicles
quand on touchait la langue. Parce quil sest trouv que pendant des sicles, quand on touchait la langue,
dans le public, a faisait de leffet, un autre effet que lamusement.
Une des questions quil ne serait pas mal que nous entrevoyions, comme a, tout fait la fin
encore que l o je mamuse dune faon plaisante, jen ai donn, sous la forme de ce fameux mur, lindication
il serait peut-tre pas mal que nous entrevoyions pourquoi, maintenant, lanalyse linguistique a fait partie
de la recherche scientifique . Quest-ce que a peut bien vouloir dire ? La dfinition - l je me laisse un peu entraner la dfinition de la recherche scientifique , cest trs exactement ceci - il ny a pas loin chercher
cest une recherche bien nomme en ceci que cest pas de trouver quil est question, en tout cas rien qui drange justement
ce dont je parlais tout lheure, savoir le public.
Jai reu rcemment dune contre lointaine
je voudrais faire quiconque aucun ennui, je vous dirai donc pas do
une question de recherche scientifique, ctait un Comit de recherche scientifique sur les armes . Textuel !
Quelquun, qui ne mest pas inconnu - cest bien pour a quon me consultait sur ce quil en tait de lui - se proposait
pour faire une recherche sur la peur. Il tait question pour a de lui donner un crdit, un crdit qui - traduit en francs
franais - devait tout doucement dpasser son petit million danciens francs, moyennant quoi il passerait
ctait crit dans le texte, le texte lui-mme, je peux pas vous le donner, mais je lai
il tait question quil passe Paris trois jours, [Rires] Antibes vingt-huit, Douarnenez dix-neuf, San Montano
qui je crois
Antonella, tu es l ? San Montano, a doit tre une plage assez agrable, non, ou je me trompe ?
Non, tu ne sais pas ? Bon Cest peut-tre ct de Florence, enfin on ne sait pas
San Montano quinze jours, et ensuite Paris trois jours.
Grce une de mes lves jai pu rsumer mon apprciation en ces termes I bowled over with admiration .
Puis jai mis une grande croix sur tout le dtail des apprciations quon me demandait sur la qualit scientifique
du programme, ses rsonances sociales et pratiques, la comptence de lintress et ce qui sensuit.
70
Cette histoire na quun intrt mdiocre, mais elle commente ce que jindiquais, a ne va pas au fond de la recherche
scientifique, mais il y a quelque chose quand mme que a dnote, et cest peut-tre le seul intrt de laffaire :
cest que javais dabord propos - comme a, au tlphone, la personne qui, Dieu merci, ma corrig - I bowled over .
Vous ne savez pas naturellement ce que a veut dire. Je ne le savais pas non plus [Rires]. Bowl, b.o.w.l., cest la boule.
Je suis donc boul. Je suis comme un jeu de quilles tout entier quand une bonne boule le bascule.
Eh ben, vous men croirez si vous voulez, ce que javais propos au tlphone, moi qui ne connaissais pas
lexpression I bowled over ctait : Im blowed over, Je suis souffl. Ctait naturellement compltement incorrect,
car blow - qui veut en effet dire souffler, cest ce que javais trouv - blow, a fait blown, a fait pas blowed.
Donc si jai dit blowed, est-ce que cest pas parce que sans le savoir je le savais que ctait bowled over ? [Rires]
L nous rentrons dans le lapsus, cest--dire dans les choses srieuses.
Mais en mme temps, cest fait pour nous indiquer que comme PLATON lavait dj entrevu dans le Cratyle,
Eh ben que le signifiant soit arbitraire, cest pas si sr que cela, puisque aprs tout, bowl et blow - hein ?
cest pas pour rien que cest si voisin, puisque cest justement comme a que je lai manqu dun poil, le bowl.
Enfin je sais pas comment vous qualifierez cet amusement, mais je le trouve srieux.
Moyennant quoi, nous revenons lanalyse linguistique, dont certainement, au nom de la recherche,
vous entendrez de plus en plus parler. Cest difficile dy mener son chemin l o le clivage en vaut la peine.
On apprend des choses : par exemple quil y a des parties du discours . Je men suis gard comme de la peste,
je veux dire de my appesantir, pour ne pas vous engluer. Mais enfin, comme certainement la recherche va se faire
entendre, comme elle se fait entendre ailleurs, je vais partir du verbe.
On vous nonce que le verbe exprime toutes sortes de choses et il est difficile de se dptrer entre laction et son
contraire. Il y a le verbe intransitif qui manifestement ici fait un obstacle, lintransitif devient alors trs difficile classer.
Pour nous en tenir ce quil y a de plus accentu dans cette dfinition, on vous parlera dune relation binaire pour ce quil en
est du verbe type o, il faut bien le dire, le mme sens du verbe ne se classe pas de la mme faon dans toutes les langues :
-
Est-ce que cest toujours aussi binaire, quand dans cette langue - car l, il y a des diffrences - on sexprime de la faon
suivante : lhomme aime au chien pour dire non pas quil le like , enfin quil aime a comme un bibelot, mais quil a
de lamour pour son chien ? Aimer quelquun , moi, a ma toujours ravi. Je veux dire que je regrette de parler une
langue o on dit jaime une femme , comme on dit je la bats . Aimer une femme a me semblerait plus congru.
Cest mme au point quun jour je me suis aperu
puisque nous sommes dans le lapsus, continuons
que jcrivais : tu ne sauras jamais combien je tai aim . Jai pas mis de e la fin, ce qui est un lapsus,
une faute dorthographe si vous voulez, incontestablement. Cest en y rflchissant justement que je me suis dit
que si jcrivais a comme a, cest parce que je devais sentir jaime toi . Mais enfin, cest personnel. [Rires]
Quoiquil en soit, on distingue avec soin, de ces premiers verbes, ceux qui se dfinissent par une relation ternaire :
je te donne quelque chose . a peut aller de la nasarde 21 au bibelot, mais enfin l il y a trois termes.
Vous avez pu remarquer que jai toujours employ le je te comme lment de la relation.
Cest dj vous entraner dans le sens qui est bien celui o je vous conduis, puisque l, vous le voyez,
il y a du je te demande de me refuser ce que je toffre .
a va pas de soi, parce quon peut dire : lhomme donne au chien une petite caresse sur le front . Cette distinction
de la relation ternaire avec la relation binaire est tout fait essentielle. Elle est essentielle en ceci : cest que quand
on vous schmatise la fonction de la parole, on vous parle - petit d , grand D - du d estinateur et du Destinataire.
quoi on ajoute la relation que, dans le schma courant, on identifie au message et certes on souligne que le destinataire
doit possder le code pour que a marche. Sil le possde pas, il aura le conqurir, il aura dchiffrer.
Est-ce que cette faon dcrire est satisfaisante ? Je prtends, je prtends que la relation
sil y en a une - mais vous savez que la chose peut tre mise en question - sil y en a une qui se passe par la parole
implique que soit inscrite la fonction ternaire, savoir que le message soit distingu l et quil nen reste pas moins que,
y ayant un destinateur, un Destinataire, un message, ce qui snonce dans un verbe est distinct.
21
71
Cest savoir que le fait quil sagisse dune demande - d qui est l - mrite dtre isol, pour grouper les trois
lments, cest justement en a que cest vident
et seulement vident quand jemploie je et te, quand jemploie tu et me
cest que ce je et ce te, ce tu, ce me, ils sont prcisment spcifis de lnonc de la parole. Il ne peut y avoir ici
aucune espce dambigut. Autrement dit, il ny a pas que ce quon appelle vaguement le code - comme sil ntait
l quen un point - la grammaire fait partie du code, savoir cette structure ttradique que je viens de marquer
comme tant essentielle ce qui se dit.
Quand vous tracez votre schma objectif de la communication : metteur, message et - lautre bout - le destinataire,
ce schma objectif est moins complet que la grammaire, laquelle fait partie du code. Cest bien en quoi il tait
important que JAKOBSON vous ait produit cette gnralit : que la grammaire elle aussi, fait partie de la signification,
et que ce nest pas pour rien quelle est employe dans la posie. Ceci est essentiel, je veux dire de prciser le statut du
verbe, parce que bientt on vous dcantera les substantifs selon quils ont plus ou moins de poids. Il y a des substantifs
lourds si je puis dire, quon appelle concrets, comme sil y avait autre chose comme substantifs que des substituts.
Mais enfin, il faut de la substance, alors que je crois urgent de marquer dabord que nous navons affaire qu des sujets.
Mais laissons l les choses pour linstant.
Une critique qui curieusement ne nous vient que rflchie, de la tentative de logiciser la mathmatique, se formule en ceci
en ceci o vous reconnatrez la porte de ce que javance
cest que, prendre la proposition comme fonction propositionnelle, nous aurons marquer la fonction du verbe
et non pas de ce quon en fait, savoir fonction de prdicat. La fonction du verbe, prenons ici le verbe demander :
- je te demande : F,
jouvre la parenthse, x, y cest je et te F(x, y, quest-ce que je te demande ?
de refuser autre verbe.
Ce qui veut dire qu la place de ce qui pourrait tre ici la petite caresse sur le tte du chien, cest--dire z, vous avez
par exemple f et de nouveau x, y : F (x, y, f(x, y)). Et l, est-ce que vous tes forcs de terminer cest--dire dy mettre ici z ?
a nest nullement ncessaire car vous pouvez avoir trs bien par exemple je mets un , ne le mettons pas parce
que tout lheure a fera des confusions, je mets un petit , et encore x, y : ce que je toffre
Moyennant quoi, nous avons fermer trois parenthses : F(x, y, f(x, y, (x, y))).
Ce quoi je vous conduis est ceci : cest de savoir non pas - vous allez le voir - comment surgit le sens,
mais comment cest dun nud de sens que surgit lobjet, lobjet lui-mme et pour le nommer, puisque je lai nomm
comme jai pu, lobjet petit( a).Je sais que il est trs captivant de lire WITTGENSTEIN.
WITTGENSTEIN, pendant toute sa vie, avec un asctisme admirable, a nonc ceci que je concentre :
ce qui ne peut pas se dire, eh bien, nen parlons pas . Moyennant quoi il pouvait dire presque rien. tout instant
il descendait du trottoir et il tait dans le ruisseau, cest--dire quil remontait sur le trottoir, le trottoir dfini par cette exigence.
Ce nest assurment pas parce quen somme mon ami KOJVE a expressment formul la mme rgle
Dieu sait que lui ne lobservait pas !
mais ce nest pas parce quil la formule que je me croirais oblig den rester la dmonstration,
la vivante dmonstration quen a donne WITTGENSTEIN.
Cest trs prcisment - me semble-t-il - de ce dont on ne peut pas parler quil sagit, quand je dsigne du cest pas a
ce qui seul motive une demande telle que de refuser ce que je toffre . Et pourtant sil y a quelque chose qui peut tre
sensible tout le monde, cest bien ce cest pas a . Nous y sommes chaque instant de notre existence.
Mais alors, tchons de voir ce que a veut dire. Car ce cest pas a , nous pouvons le laisser sa place,
sa place dominante, moyennant quoi videmment nous nen verrons jamais le bout.
Mais au lieu de le couper, tchons de le mettre dans lnonc lui-mme. Cest pas a - quoi ?
Mettons-le de la faon la plus simple, ici le je, ici le te, ici je te demande : D, de me refuser : R, ce que je toffre : O,
et puis l il y a de la perte : .
72
Mais si cest pas ce que je toffre, si cest parce que cest pas a que je te demande de refuser,
cest pas ce que je toffre que tu refuses, alors jai pas te le demander. Et voil quici aussi a se coupe [en R].
Moyennant quoi, si jai pas te demander de le refuser, pourquoi est-ce que je te le demande ? a se coupe aussi ici [en D].
o le je et le te sont ici, la Demande, ici, le R efuser, ici, et lOffre, ici. savoir une premire ttrade qui est celle-ci :
-
Je te demande de refuser.
Une seconde :
-
Peut-tre - ce qui ne nous tonnera pas - nous pouvons voir, dans la distance quil y a des deux ples distincts de la
demande et de loffre, que cest peut-tre l quest le cest pas a . Mais, comme je viens de vous lexpliquer,
si nous devons ici dire que cest lespace quil y a, - quil peut y avoir - entre ce que jai te demander et ce que je peux
toffrir, partir de ce moment-l, il est galement impossible de soutenir la relation de la demande au refuser, et du
refuser loffre. Est-ce que jai besoin de commenter dans le dtail ? a sera peut-tre quand mme pas inutile.
Pour la raison de ceci dabord, vous pouvez vous demander comment a se fait quaprs tout, de tout a,
je vous donne un schma spatial. Cest pas de lespace quil sagit. Cest de lespace pour autant que nous y projetons
nos schmas objectifs.
Mais a nous en indique dj assez. savoir que nos schmas objectifs commandent peut-tre quelque chose de
notre notion de lespace, je dirais, encore avant que a soit command par nos perceptions. Je sais bien, nous sommes
enclins croire que cest nos perceptions qui nous donnent les trois dimensions.
73
Il y a un nomm POINCAR 22 qui nest pas sans vous tre connu, qui a fait pour le dmontrer une trs jolie
tentative. Nanmoins ce rappel du pralable de nos schmas objectifs ne sera peut-tre pas inutile pour apprcier
plus exactement la porte de sa dmonstration.Ce que je veux, ce sur quoi je veux plutt insister
ce nest pas seulement ce rebondissement du cest pas a que je toffre
au cest pas a que tu peux refuser , ni mme au cest pas a que je te demande
cest ceci : cest que ce qui nest pas a , a nest peut-tre pas du tout ce que je toffre et que nous prenons mal
les choses partir de l, cest que je toffre .
Car quest-ce que a veut dire, que je toffre ? a veut pas dire du tout que je donne, comme il suffit dy rflchir.
a veut pas dire non plus que tu prennes, ce qui donnerait un sens refuser . Quand joffre quelque chose, cest dans
lespoir que tu me rendes. Et cest bien pour a que le potlatch existe. Le potlatch cest ce qui noie, cest ce qui dborde
limpossible quil y a dans loffrir, limpossible que ce soit un don. Cest bien pour a que le potlatch dans notre discours,
nous est devenu compltement tranger. Ce qui ne rend pas tonnant que dans notre nostalgie nous en faisions ce
que supporte limpossible, savoir le Rel. Mais justement : le Rel comme impossible.
Si ce nest plus dans le ce que de ce que je toffre que rside le cest pas a , alors observons ce qui procde de la
mise en question de loffrir comme tel.
Si cest, non ce que je toffre , mais que je toffre que je te demande de refuser, tons loffre
ce fameux substantif verbal qui serait un moindre substantif, cest pourtant bien quelque chose !
tons loffre et nous voyons que la demande et le refus perdent tout sens, parce que, quest-ce que a peut bien vouloir
dire de demander de refuser ?
Il vous suffira dun tout petit peu dexercice pour vous apercevoir quil en est strictement de mme si vous retirez
de ce nud : je te demande de me refuser ce que je toffre, nimporte lequel des autres verbes. Car si vous retirez le refus,
quest-ce que peut vouloir dire loffre dune demande, et comme je vous lai dit, il est de la nature de loffre
que si vous retirez la demande, refuser ne signifie plus rien. Cest bien pourquoi la question qui pour nous se pose
nest pas de savoir ce quil en est du cest pas a qui serait en jeu chacun de ces niveaux verbaux,
mais de nous apercevoir que cest dnouer chacun de ces verbes de son nud avec les deux autres
que nous pouvons trouver ce quil en est de cet effet de sens en tant que je lappelle lobjet (a).
Chose trange, tandis quavec ma gomtrie de la ttrade je minterrogeais hier soir sur la faon dont je vous prsenterai
cela aujourdhui, il mest arriv
dnant avec une charmante personne qui coute les cours de M. GUILBAUD
que - comme une bague au doigt - me soit donn quelque chose que je vais maintenant, que je veux vous montrer,
quelque chose qui nest rien de moins, parat-il, je lai appris hier soir, que les armoiries des BORROME.
Il y faut un peu de soins, cest pour a que je ly mets. Et voil !
Vous pouvez refaire la chose. Vous navez pas apport de ficelle ? Enfin, vous pouvez refaire la chose avec les ficelles.
Si vous copiez bien a soigneusement - jai pas fait de faute - vous vous apercevrez de ceci, cest que - faites bien
attention - celui-ci, le troisime, l vous le voyez plus - vous pouvez faire un effort comme a, cest accessible - vous le voyez plus.
Vous pouvez remarquer que les deux autres, vous voyez, celui-l passe au-dessus de celui de gauche et il passe
au-dessus aussi l. Donc ils sont spars. Seulement cause du troisime, ils tiennent ensemble.
a, vous pouvez faire lessai pour faire si vous avez pas dimagination faut faire lessai avec trois petits bouts de
ficelle. Vous verrez quils tiennent.
22 Henri Poincar, La science et l'hypothse, Paris, Flammarion, 1968, 2e partie, chap.III, La gomtrie de Riemann :
Imaginons un monde uniquement peupl d'tres dnus d'paisseur ; et supposons que ces animaux infiniment plats soient tous dans un mme plan et n'en
puissent sortir. Admettons de plus que ce monde soit assez loign des autres pour tre soustrait leur influence. Pendant que nous sommes en train de faire des
hypothses, il ne nous en cote pas plus de douer ces tres de raisonnement et de les croire capables de faire de la gomtrie. Dans ce cas, ils n'attribueront certainement
l'espace que deux dimensions.
74
Mais, il y a rien faire - hein ? - Il suffit donc que vous en coupiez un, pour que les deux autres
encore quils aient lair nous tout fait comme dans le cas de ce que vous connaissez bien, savoir les trois
anneaux des Jeux Olympiques, nest-ce pas, et qui eux continuent de tenir quand il y en a un qui a foutu le camp
ben ceux-l, fini ! Cest quelque chose qui a tout de mme son intrt, puisquil faut se souvenir que quand jai
parl de chane signifiante, jai toujours impliqu cette concatnation.
Ce qui est trs curieux - cest ce qui va nous permettre aussi de retourner au verbe binaire - cest que les binaires,
on ne semble pas stre aperu quils ont un statut spcial trs trs en rapport avec lobjet petit(a).
Si au lieu de prendre lhomme et le chien, ces deux pauvres animaux, comme exemple, on avait pris le je et le te,
on se serait aperu que le plus typique dun verbe binaire, cest par exemple :
-
je temmerde ,
ou bien je te regarde ,
ou bien je te parle ,
ou bien je te bouffe .
Cest les quatre espces 23, comme a, les quatre espces qui nont prcisment dintrt que dans leur analogie grammaticale,
savoir dtre grammaticalement quivalents. Ds lors, est-ce que nous navons pas l, en rduit, en minuscule,
ce quelque chose qui nous permet dillustrer cette vrit fondamentale que tout discours ne tient son sens que
dun autre discours ? Assurment la demande ne suffit pas constituer un discours, mais elle en a la structure
fondamentale qui est dtre, comme je me suis exprim, un quadripode.
Jai soulign quune ttrade est essentielle la reprsenter, de mme quun quaternion de lettres : f, x, y, z, est indispensable.
Mais demande, refus et offre , il est clair que dans ce nud que jai avanc aujourdhui devant vous,
ils ne prennent leur sens que chacun lun de lautre, mais que ce qui rsulte de ce nud tel que jai essay
de le dnouer pour vous, ou plutt, prendre lpreuve de son dnouement, de vous dire, de vous montrer que
a ne tient jamais deux tout seul, que cest l le fondement, la racine, de ce quil en est de lobjet petit(a).
Quest-ce dire ? Cest que je vous en ai donn le nud minimum. Mais vous pourriez en ajouter dautres.
Parce que ce nest pas a - quoi ? - que je dsire. Et qui ne sait que le propre de la demande, cest trs prcisment de ne pouvoir
situer ce quil en est de lobjet du dsir ? Avec ce dsir, ce que je toffre qui nest pas ce que tu dsires, nous bouclerions
aisment la chose avec ce que tu dsires que je te demande. Et la lettre da-mur s'tendra ainsi indfiniment.
Mais qui ne voit le caractre fondamental, pour le discours analytique, d'une telle concatnation ?
J'ai dit autrefois - il y a trs longtemps, et il y a des gens encore qui s'en bercent - qu'une analyse ne finit
que quand quelqu'un peut dire, non pas je te parle ni je parle de moi mais c'est de moi que je te parle ,
c'tait une premire esquisse. Est-ce qu'il n'est pas clair que ce dont se fonde le discours de l'analysant, c'est justement a :
Je te demande de me refuser ce que je t'offre, parce que ce n'est pas a .
C'est l la demande fondamentale, et c'est celle qu' ngliger, l'analyste fait toujours plus prgnante.
J'ai ironis, en un temps : avec de l'offre, il fait de la demande .
Mais la demande qu'il satisfait, c'est la reconnaissance de ceci de fondamental : que ce qui se demande c'est pas a .
23 C'est--dire les quatre occurrences de lobjet (a) dans lordre de leur nonc ce jour l : les fces, le regard, la voix, le sein.
75
Entretiens de Sainte-Anne
Je m'excuse, c'est la premire fois que je suis en retard. Je vous avertis : je suis malade. Vous tes l, j'y suis aussi,
c'est bien pour vous. Je veux dire par l que je me sens anormalement bien sous l'influence d'une petite temprature
et de quelques drogues, de sorte que si jamais, tout d'un coup cette situation changeait j'espre que ceux qui
m'entendent depuis longtemps expliqueraient aux nouveaux que c'est la premire fois que a m'arrive.
Alors Je vais essayer ce soir, donc d'tre au niveau de ce que vous attendez, ce que vous attendez ici o j'ai dit que
je m'amuse. a n'est pas forc que a reste toujours du mme ton. Vous voudrez bien m'excuser, a ne sera
certainement pas d mon tat anormal. a sera bien selon la ligne de ce que j'ai, ce soir, l'intention de vous dire.
Ailleurs, videmment je ne mnage gure mon auditoire. Si quelques uns qui sont l - j'en aperois quelques uns se souviennent de ce dont j'ai parl la dernire fois : j'ai parl en somme de cette chose que j'ai rsume dans
le noeud borromen, je veux dire une chane de trois, et telle qu' dtacher un des anneaux de cette chane,
les deux autres ne peuvent plus un seul instant tenir ensemble. De quoi a relve ?
Je suis bien forc de vous l'expliquer, puisque aprs tout je suis pas sr que donn tout brut, tout simple, comme a,
a suffise pour tous.a veut dire une question concernant ce qui est la condition de l'inconscient.
a veut dire une question pose ce qu'est le langage. En effet, c'est l une question qui n'est pas tranche.
Le langage doit-il tre abord dans sa grammaire, auquel cas - c'est certain - il relve d'une topologie
X - Qu'est-ce que c'est une topologie ?
LACAN
Ah, qu'est-ce que c'est qu'une topologie ? Comme cette personne est gentille ! Une topologie c'est une chose qui a
une dfinition mathmatique. La topologie, c'est ceci qui s'aborde d'abord par des rapports non mtriques
X - Qu'est-ce que a veut dire ?
par des rapports dformables. C'est proprement parler le cas de ces sortes de cercles souples qui constituaient mon :
je te demande - de me refuser - ce que je t'offre
Chacun tait une chose ferme, souple et qui ne tient qu' tre enchane aux autres. Rien ne se soutient tout seul.
Cette topologie, du fait de son insertion mathmatique, est lie des rapports
justement c'est ce que servait dmontrer mon dernier sminaire
est lie des rapports de pure signifiance, c'est--dire que c'est en tant que ces trois termes sont trois, que nous voyons
que de la prsence du troisime s'tablit entre les deux autres une relation. C'est cela que veut dire le nud borromen.
Il y a une autre faon d'aborder le langage, et bien sr la chose est actuelle.
Elle est actuelle pour le fait que quelqu'un que j'ai nomm
il se trouve que je l'ai nomm aprs que l'ait fait JAKOBSON mais que - comme il arrive
je l'avais connu ds avant, c'est savoir un nomm Ren THOM
et ce quelqu'un tente en somme
certainement non sans en avoir dj fray certaines voies
daborder la question du langage sous le biais smantique, c'est--dire non pas de la combinaison signifiante
en tant que la mathmatique pure peut nous aider la concevoir comme telle
mais sous l'angle smantique, c'est--dire non pas sans recourir aussi la mathmatique, trouver dans certaines courbes,
dirais-je, certaines formes, ajouterais-je, qui se dduisent de ces courbes, quelque chose qui nous permettrait de concevoir
le langage comme - dirais-je - quelque chose comme l'cho des phnomnes physiques.
C'est partir - par exemple - dans ce qui est purement et simplement communication de phnomnes de rsonance
que seraient labores des courbes, qui pour valoir dans un certain nombre de relations fondamentales,
se trouveraient secondairement se rassembler, s'homogniser si l'on peut dire, tre prises dans une mme parenthse
d'o rsulteraient les diverses fonctions grammaticales. Il me semble qu'il y a dj un obstacle concevoir les choses
ainsi : c'est qu'on est forc de mettre sous le mme terme verbe des types d'action fort diffrentes.
Pourquoi le langage aurait-il - en quelque sorte - rassembl dans une mme catgorie des fonctions qui ne peuvent
se concevoir d'origine que sous les modes d'mergence trs diffrents ? Nanmoins la question reste en suspens.
76
Il est certain qu'il y aurait quelque chose d'infiniment satisfaisant considrer que le langage est en quelque sorte model
sur les fonctions supposes tre de la ralit physique, mme si cette ralit n'est abordable que par le biais
d'une fonctionnalisation mathmatique.
Ce que je suis - pour moi - en train pour vous d'avancer, c'est quelque chose qui foncirement s'attache l'origine
purement topologique du langage. Cette origine topologique, je crois pouvoir en rendre compte partir de ceci qu'elle est
lie essentiellement quelque chose qui arrive sous le biais - chez l'tre parlant - de la sexualit.
L'tre parlant est-il parlant cause de ce quelque chose qui est arriv la sexualit, ou ce quelque chose est-il arriv
la sexualit parce qu'il est tre parlant, c'est une affaire o je m'abstiens de trancher, vous en laissant le soin.
Le schme fondamental de ce dont il s'agit, et que ce soir je vais tenter de pousser devant vous un peu plus avant
est ceci : la fonctions dite sexualit est dfinie
pour autant que nous en sachions quelque chose,
nous en savons quand mme un bout, ne serait-ce que par exprience
de ceci que les sexes sont deux.
Quoi qu'en pense un auteur clbre, qui je dois dire, dans son temps - avant qu'elle et pondu ce livre qui s'appelle Le
deuxime sexe - avait cru, en raison de je ne sais quelle orientation, car la vrit, je n'avais encore commenc de rien
enseigner, avait cru devoir en rfrer moi avant de pondre Le deuxime sexe. Elle m'appela au tlphone pour me dire
qu'assurment elle avait besoin de mes conseils pour l'clairer sur ce qui devait tre l'affluent psychanalytique son ouvrage.
Comme je lui faisais remarquer qu'il faudrait bien au moins
c'est un minimum puisque jen parle depuis vingt ans et que ce n'est pas par hasard
qu'il faudrait bien cinq ou six mois pour que je lui dbrouille la question, elle me fit observer qu'il n'tait pas
question, bien sr, qu'un livre qui tait dj en cours d'excution, attendt si longtemps. Les lois de la production
littraire tant telles qu'il lui semblait exclu d'avoir avec moi plus de trois ou quatre entretiens. la suite de quoi,
je dclinais cet honneur.
Le fondement de ce que je suis, depuis un moment, en train de sortir pour vous - trs prcisment depuis l'anne
dernire - est trs prcisment ceci : qu'il n'y a pas de deuxime sexe ! Il n'y a pas de deuxime sexe partir du moment
o entre en fonction le langage. Ou pour dire les choses autrement concernant ce qu'on appelle l'htrosexualit,
c'est trs prcisment en ceci : c'est que le mot [eteros] - qui est le terme qui sert dire autre en grec,
est trs prcisment dans cette position pour le rapport que chez l'tre parlant on appelle sexuel,
de se vider en tant qu'tre et c'est prcisment de ce vide qu'il offre la parole ce que j'appelle le lieu de l'Autre ,
savoir ce lieu o s'inscrivent les effets de la dite parole.
Je ne vais pas nourrir ceci - parce qu'aprs tout a nous retarderait - de quelques rfrences tymologiques :
-
comment [eteros] se dit, dans certain dialecte grec que je vous pargnerais mme de vous nommer
[ateros],
comment cet [eteros] se rallie [deuteros] et trs prcisment marque que ce [deuteros],
dans l'occasion est si je puis dire, lid.
Il est clair que ceci peut paratre surprenant, comme il est vident que depuis des temps une telle formule
la vrit cest que je ne sache pas qu'il y ait un repre d'un temps o elle aurait t formule
une telle formule est trs prcisment ce qui est ignor. Je le prtends nanmoins, et je le soutiens de ce que vous voyez au tableau que
c'est l ce qu'apporte l'exprience psychanalytique :
Pour ceci, rappelons sur quoi repose ce que nous pouvons avoir de la conception, non pas de l'htrosexualit
puisqu'elle est en somme fort bien nomme, si vous suivez ce que je viens d'avancer l'instant
mais de la bisexualit. Au point o nous en sommes de nos noncs concernant ladite sexualit, qu'avons nous ?
Ce quoi nous nous rfrons - et ne croyez pas que a aille de soi - ce quoi nous nous rfrons, c'est au modle,
si je puis dire suppos animal. Il y a donc un rapport, entre les sexes et l'image animale de la copulation,
qui nous semble fournir un modle suffisant de ce qu'il en est du rapport, et du mme coup que ce qui est sexuel
est considr comme besoin. Ce n'est pas l - loin de l, croyez-le ! - ce qui a t de toujours.
Je n'ai pas besoin de rappeler ce que veut dire connatre au sens biblique du mot.
77
/yng :
Les chinois depuis longtemps font appel deux essences fondamentales qui sont respectivement l'essence fminine
qu'ils appellent le Yin pour l'opposer au Yang qu'il se trouve que j'ai crit - pas par hasard sans doute - au-dessous.
S'il y avait rapport articulable sur le plan sexuel, s'il y avait rapport articulable chez l'tre parlant, devrait-il - c'est l la question s'noncer de tous ceux d'un mme sexe tous ceux de l'autre. C'est videmment l'ide que nous suggre,
au point o nous en sommes, la rfrence ce que j'ai appel le modle animal :
aptitude - si je puis dire - de chacun, d'un ct, valoir pour tous les autres, de l'autre.
Vous voyez donc que l'nonc se promulgue selon la forme, la forme smantique significative de l'Universelle.
remplacer dans ce que j'ai dit, chacun par quiconque ou par n'importe qui - n'importe qui d'un de ces cts nous serions tout fait dans l'ordre de ce que suggre ce qui s'appellerait
reconnaissez dans ce conditionnel quelque chose quoi fait cho mon Discours qui ne serait pas du semblant
eh bien, remplacer chacun par quiconque , nous serions bien dans cette indtermination de ce qui est choisi dans
chaque tous pour rpondre tous les autres .
Le chacun que j'ai employ d'abord, a tout de mme cet effet de vous rappeler qu'aprs tout, si j'ose dire, le rapport
effectif n'est pas sans voquer l'horizon du un un , de l' chacun sa chacune . Ceci : correspondance biunivoque,
fait cho - ce que nous savons qui est essentiel - prsentifier le nombre.
Remarquons ceci, c'est que nous ne pouvons ds l'abord liminer l'existence de ces deux dimensions et que lon peut mme dire
que le modle animal est justement ce qui suggre le fantasme animique . Si nous n'avions pas ce modle animal
mme si le choix est de rencontre, l'accouplement bi-univoque est ce qui nous en apparat,
savoir qu'il y a que deux animaux qui copulent ensemble
eh bien, nous n'aurions pas cette dimension essentielle qui est trs prcisment que la rencontre est unique.
Ce n'est pas hasard si je dis que c'est de l - de l seulement - que se fomente le modle animique :
appelons a la rencontre d'me me ! Celui qui sait la condition de l'tre parlant n'a en tout cas pas s'tonner que
la rencontre, partir de ce fondement, sera justement rpter en tant qu'unique. Il n'y a l besoin de faire rentrer en jeu
aucune dimension de vertu. C'est la ncessit mme de ce qui, chez l'tre parlant se produit d' unique : c'est qu'il se rpte.
C'est bien en quoi ce n'est que du modle animal que se soutient et se fomente le fantasme que j'ai appel animique
- il y a des enfantesques l-dessous - qui est l pour dire : le langage n'existe pas . c'est videmment pas ce qui nous
intresse dans le champ analytique. Ce qui nous donne l'illusion du rapport sexuel chez l'tre parlant, c'est tout ce qui
matrialise l'Universel dans un comportement qui est effectivement de troupe dans les rapports entre les sexes.
J'ai dj soulign que dans la qute - ou la chasse, comme vous voudrez - sexuelle, les garons s'encouragent,
et que pour les filles, elles aiment se redoubler tant que cela les avantage, bien sr ! C'est une remarque thologique
que j'ai faite, loccasion, mais qui ne tranche rien, car il suffit dy rflchir pour y voir un miracle assez quivoque
pour qu'il ne puisse pas se soutenir longtemps.
Pour tre ici plus insistant et m'en tenir au niveau de l'exprience la plus rase - je veux dire ras de terre l'exprience analytique, je vous rappellerai que l'Imaginaire qui est ce que nous reconstituons dans le modle animal
que nous reconstituons notre ide, bien sr, car il est clair que nous ne pouvons le reconstruire que par l'observation
mais l'Imaginaire par contre, nous en avons une exprience, une exprience qui n'est pas aise mais que la psychanalyse nous a permis
d'tendre. Et pour dire les choses crment, il ne sera - me semble-t-il - pas difficile de me faire entendre si j'avance
jai appel a : crment , cest pas si cru , c'est cruel qu'il faut dire
eh bien - mon Dieu - qu'en toute rencontre sexuelle, s'il y a quelque chose que la psychanalyse permet d'avancer,
c'est bien je ne sais quel profil d'autre prsence pour lequel le terme vulgaire de partouze n'est pas absolument exclu.
Cette rfrence en elle-mme n'a rien de dcisif, puisqu'aprs tout, on pourrait prendre l'air srieux de dire
que c'est justement l le stigmate de l'anomalie , comme si la normale - en deux mots - tait situable quelque part.
78
Il est certain qu' avancer ce terme - celui que je viens d'pingler de ce nom vulgaire - je n'ai certainement pas
cherch faire vibrer chez vous la lyre rotique, et que si simplement a a une petite valeur d'veil, que a vous donne
au moins cette dimension, non pas celle qui peut ici faire cho d'ros, mais simplement la dimension pure du rveil.
Je ne suis certes pas l pour vous amuser dans cette corde !
Tchons maintenant de frayer ce qu'il en est de la parent de l'Universelle avec notre affaire, savoir l'nonc
par quoi les objets devraient se rpartir en deux tous d'quivalence oppose. Je viens de vous faire remarquer
qu'il n'y a nullement lieu d'exiger l'quinumricit des individus et je suis rest - comme j'ai pu - soutenir ce que j'avais
en avancer simplement de la bi-univocit de l'accouplement. Ce sont - ce serait, si c'tait possible - deux Universelles
dfinies donc par le seul tablissement de la possibilit d'un rapport de l'un l'autre ou de l'autre l'un .
Le dit rapport n'a absolument rien faire avec ce qu'on appelle couramment des rapports sexuels .
On a des tas de rapports ces rapports, et sur ces rapports, on a aussi quelques petits rapports : a occupe notre vie terrestre.
Mais au niveau o je le place, il s'agit de fonder ce rapport dans des Universels : comment l'Universel Homme
se rapporte l'Universel Femme ? C'est l la question. Et cest la question qui s'impose nous du fait que le langage
trs prcisment exige que ce soit par l qu'il soit fond. S'il n'y avait pas de le langage, eh ben il n'y aurait pas non plus
de question, nous n'aurions pas faire entrer en jeu l'Universel. Ouais !
Ce rapport
pour prciser : rendre l'Autre absolument tranger ce qui pourrait tre ici purement et simplement secondant
est ce qui peut-tre ce soir, me force d'accentuer le A dont je marque cet Autre comme vide,
de quelque chose de supplmentaire, un H , le Hautre , ce qui ne serait pas une si mauvaise manire de faire
entendre la dimension de Hun qui peut ici entrer en jeu, soit de nous apercevoir par exemple, que tout ce que nous
avons d'lucubrations philosophiques n'est peut-tre pas par hasard sorti d'un nomm SOCRATE
manifestement hystrique, je veux dire cliniquement : enfin, nous avons le rapport de ses manifestations cataleptiques
le nomm SOCRATE, s'il a pu soutenir un discours dont c'est pas pour rien qu'il est l'origine du discours de la science,
c'est trs prcisment pour avoir fait venir - comme je le dfinis - la place du semblant, le sujet.
Et ceci il l'a pu, trs prcisment en raison de cette dimension qui pour lui prsentifiait le Hautre comme tel,
savoir cette haine de sa femme, pour l'appeler par son nom [Xanthippe], cette personne qutait sa femme au point
qu'elle s'affemmait tel point que lui, il a fallu au moment de sa mort qu'il la prie poliment de se retirer
pour laisser la dite - la dite mort - toute sa signification politique. C'est simplement une dimension d'indication
concernant le point o gt la question que nous sommes en train de soulever.
J'ai dit que si nous pouvons dire qu'il n'y a pas de rapport sexuel, ce n'est assurment pas en toute innocence,
c'est parce que l'exprience
savoir un mode de discours qui n'est point absolument celui de l'Hystrique,
mais celui que j'ai inscrit sous une rpartition quadripodique comme tant le discours analytique
et que ce qui ressort de ce discours, c'est la dimension jamais - jusqu' prsent - voque de la fonction phallique,
c'est savoir ce quelque chose par quoi ce n'est pas du rapport sexuel que se caractrise au moins l'un des deux termes
et trs prcisment celui auquel s'attache ici ce mot : l'Hun, cest non pas de sa position d'Hun qui serait
rductible ce quelque chose qu'on appelle soit le mle , soit dans la terminologie chinoise l'essence du Yang
c'est trs prcisment au contraire en raison de ce qui aprs tout mrite d'tre rappel pour accentuer le sens,
le sens voil parce qu'il nous vient de loin, du terme d'organe, c'est justement ce qui n'est organe - pour accentuer les
choses - que comme un ustensile .
C'est autour de l' ustensile que l'exprience analytique nous incite voir tourner tout ce qui s'nonce du rapport sexuel.
Ceci est une nouveaut, je veux dire : rpond l'mergence d'un discours, qui assurment n'tait jamais venu encore
au jour, et qui ne saurait se concevoir sans la pralable mergence du discours de la science en tant qu'il est insertion
du langage sur le rel mathmatique.
J'ai dit que ce qui stigmatise ce rapport - d'tre dans le langage profondment subverti - est trs prcisment ceci
qu'il n'y a plus moyen, comme a s'est fait pourtant, mais dans une dimension qui me parat tre de mirage,
il ne peut plus s'crire en termes d'essences mle et femelle.
Que c'est de ne pouvoir s'crire , qu'est-ce que a veut dire, puisque aprs tout a s'est dj crit ?
79
Si je repousse cette ancienne criture au nom du discours analytique, vous pourriez m'objecter une objection
bien plus valable : que je l'cris moi aussi, puisque aussi bien
c'est ce que je viens de remettre une fois de plus au tableau
c'est quelque chose qui prtend supporter d'une criture - quoi ? - le rseau de l'affaire sexuelle.
Nanmoins cette criture ne s'autorise, ne prend sa forme que d'une criture trs spcifie, savoir ce qu'a permis d'introduire
dans la logique l'irruption prcisment de ce qu'on me demandait tout l'heure, savoir une topologie mathmatique.
Ce n'est qu' partir de l'existence de la formulation de cette topologie que nous avons pu, de toute proposition,
imaginer que nous fassions fonction propositionnelle, c'est--dire quelque chose qui se spcifie de la place vide
qu'on y laisse, et en fonction de laquelle se dtermine l'argument.
Ici, je veux vous faire remarquer que trs prcisment ce que j'emprunte - l'occasion - l'inscription mathmatique,
en tant qu'elle se substitue aux premires formes - je ne dis pas formalisations - aux formes bauches par ARISTOTE
dans sa syllogistique, que donc cette inscription sous le terme fonction argument pourrait, semble-t-il, nous offrir un terme
ais spcifier l'opposition sexuelle.
Qu'y faudrait-il ? Il y suffirait que les fonctions respectives du mle et de la femelle se distinguassent trs prcisment
comme le Yin et le Yang. C'est trs prcisment de ce que la fonction est unique, qu'il s'agit toujours de !,
que s'engendre, comme vous le savez
comme il n'est pas possible, du seul fait que vous soyez ici, que vous n'en n'ayez pas au moins une petite ide
que s'engendre la difficult et la complication.
! affirme qu'il est vrai - c'est le sens qu'a le terme de fonction - qu'il est vrai que ce qui se rapporte l'exercice,
au registre de l'acte sexuel, relve de la fonction phallique. C'est trs prcisment en tant qu'il s'agit de fonction phallique
de quelque ct que nous regardions, je veux dire : d'un ct ou de l'autre
que quelque chose nous sollicite de demander alors en quoi les deux partenaires diffrent.
Et c'est trs prcisment ce qu'inscrivent les formules que j'ai mises au tableau.
S'il s'avre que du fait de dominer galement les deux partenaires, la fonction phallique ne les fait pas diffrents,
il n'en reste pas moins que c'est d'abord ailleurs que nous devons en chercher la diffrence. C'est en quoi ces formules
- celles inscrites au tableau - mritent d'tre interroges sur les deux versants : le versant de gauche s'opposant
au versant de droite, le niveau suprieur s'opposant au niveau infrieur. Qu'est-ce que cela veut dire ?
Ce que cela veut dire mrite d'tre auscult, si je puis dire, c'est savoir d'tre interrog, je dirais d'abord
sur ce en quoi elles peuvent faire montre d'un certain abus. Il est clair que ce n'est pas parce que j'ai us
d'une formulation faite de l'irruption des mathmatiques dans la logique, que je m'en sers tout fait de la mme faon.
Et mes premires remarques vont consister montrer qu'en effet la faon dont j'en use est telle qu'elle n'est aucunement
traductible en termes de logique des propositions. Je veux dire que le mode sous lequel la variable - ce qu'on appelle la variable,
savoir ce qui fait place l'argument - est quelque chose qui est ici tout fait spcifi par la forme quadruple
sous laquelle la relation de l'argument la fonction est pose.
Pour simplement introduire ce dont il s'agit, je vous rappellerai qu'en logique des propositions, nous avons de premier plan
- il y en a d'autres - les 4 relations fondamentales qui en quelque sorte sont le fondement de la logique des propositions,
qui sont respectivement : la ngation, la conjonction, la disjonction et l'implication.
Il y en a d'autres, mais ce sont les premires, et toutes les autres s'y ramnent.
J'avance que la faon dont sont crites nos positions d'argument et de fonction est telle que la relation dite de ngation,
par quoi tout ce qui est pos comme vrit ne saurait nier que passer au faux , est trs prcisment
ce qui ici est insoutenable.
80
un Il existe [:
et un Il n'existe pas [/
et la diffrence de la position de l'argument dans la fonction phallique, c'est trs prcisment que ce n'est Pas
toute femme qui s'y inscrit [; ].
]
]
!]
Vous voyez bien que, loin que l'un s'oppose l'autre comme sa ngation, c'est tout au contraire de leur subsistance,
ici trs prcisment comme nie :
-
C'est un certain niveau, cest le niveau de ce qui justement nous est barr dans le rapport sexuel tandis qu'au niveau
de la fonction phallique, c'est trs prcisment en ce qu'au Tout s'oppose le Pas Toute qu'il y a chance
d'une rpartition de gauche droite de ce qui se fondera comme mle et comme femelle.
Loin donc, que la relation de ngation nous force choisir, c'est au contraire en tant que loin d'avoir choisir
nous avons rpartir, que les deux cts s'opposent lgitimement l'un l'autre.
J'ai parl - aprs la ngation - de la conjonction. La conjonction, je n'aurai besoin pour lui rgler son compte, dans l'occasion,
que de faire la remarque, la remarque dont j'espre qu'il y a ici assez de gens qui auront, comme a, vaguement broutill un livre de
logique pour que j'aie pas besoin d'insister, c'est savoir que la conjonction est fonde trs prcisment sur ceci qu'elle ne prend
valeur que du fait que deux propositions peuvent tre toutes deux vraies.
Et c'est justement ce que d'aucune faon ne nous permet ce qui est inscrit au tableau, puisque vous voyez bien que
de droite gauche, il n'y a aucune identit, et que trs prcisment l o il s'agit de ce qui est pos comme vrai -
savoir ! - c'est justement ce niveau que les Universelles ne peuvent se conjoindre : l'Universelle du ct gauche ne s'opposant,
de l'autre ct, du ct droit, qu'au fait qu'il n'y a pas d'Universelle articulable, c'est savoir que la femme, au regard de la fonction
phallique, ne se situe que de pas toute y tre sujette.
L'trange est que pour autant la disjonction ne tient pas plus. Si vous vous rappelez que la disjonction ne prend valeur
que du fait que deux propositions ne peuvent c'est impossible qu'elles soient fausses en mme temps.
C'est assurment la relation - dirons-nous la plus forte ou la plus faible ? - c'est assurment la plus forte en ceci
que c'est celle qui est la plus dure cuire, puisqu'il faut un minimum pour qu'il y ait disjonction
- que la disjonction rend valable qu'une proposition soit vraie, l'autre fausse,
- que bien sr toutes les deux soient vraies,
- ceci s'ajoutant ce que j'ai appel l'une vraie, l'autre fausse , a peut-tre l'une fausse, l'autre vraie .
Il y a donc au moins trois cas combinatoires o la disjonction se soutient.
La seule chose qu'elle ne puisse pas admettre, c'est que toutes les deux soient fausses.Or, nous avons ici deux
fonctions qui sont poses comme n'tant pas - je l'ai dit tout l'heure - la vraie vrit, savoir celles qui sont en haut.
Nous semblons ici tenir quelque chose qui donne espoir, savoir qu' tout le moins nous aurions articul une vritable
disjonction.
81
Or remarquez ce qui est crit, qui est quelque chose que j'aurai bien sr l'occasion d'articuler d'une faon qui le fasse vivre
c'est qu'il n'y a trs prcisment d'un ct de ce avec le signe de la ngation au-dessus,
savoir que c'est en tant que la fonction phallique ne fonctionne pas qu'il y a chance de rapport sexuel,
que nous avons pos qu'il faut qu'il existe un x pour cela. [: ]
Or de l'autre ct, qu'avons nous ? Qu'il n'en existe pas d'autre ! [/
De sorte qu'on peut dire que le sort de ce qui serait un mode sous lequel se soutiendrait la diffrenciation du mle
et de la femelle, de l'homme et de la femme, chez l'tre parlant, cette chance que nous avons qu'il y ait ceci,
c'est que si un niveau il y a discorde
et nous verrons ce que tout l'heure j'entends dire par l
je veux dire au niveau des Universels qui ne se soutiennent pas du fait de l'inconsistance d'un d'entre eux
que se passe-t-il l o nous cartons la fonction elle-mme, c'est que :
Ce que j'ai illustr, de dire que la femme - pour les meilleures raisons - ne saurait tre chtre, mais il n'y a justement
que l'nonc aucun x . C'est--dire qu'au niveau o la disjonction aurait chance de se produire, nous ne trouvons d'un ct :
-
Trs prcisment, au niveau o le rapport sexuel aurait chance, non pas du tout d'tre ralis, mais simplement
d'tre espr au-del de l'abolition par l'cart de la fonction phallique, nous ne trouvons plus comme prsence,
oserais-je dire, que l'un des deux sexes. C'est trs prcisment ceci qui est videmment ce qu'il nous faut rapprocher
de l'exprience telle que vous tes habitus la voir s'noncer sous cette forme que la femme suscite de ce que
l'Universel pour elle ne sache surgir de la fonction phallique, o elle ne participe, comme vous le savez
ceci est l'exprience - hlas - trop quotidienne pour ne pas voiler la structure
o elle ne participe qu' la vouloir, soit la ravir l'homme, soit - mon Dieu - qu'elle lui en impose le service,
pour le cas ou pire - c'est le cas de le dire - qu'elle le lui rende.
Mais trs prcisment ceci ne l'universalise pas, ne serait-ce que de ceci - qui est cette racine du pas toute qu'elle recle une autre jouissance que la jouissance phallique, la jouissance dite proprement fminine qui n'en dpend nullement.
Si la femme n'est pas toute , c'est que sa jouissance, elle, est duelle et c'est bien ce qu'a rvl TIRSIAS quand il est
revenu d'avoir t par la grce de ZEUS, THRSE pour un temps, avec naturellement la consquence que l'on sait,
et qui tait l enfin comme tale, si je puis dire visible - c'est le cas de le dire - pour DIPE, pour lui montrer
ce qui l'attendait comme d'avoir exist justement, lui, comme homme de cette possession suprme qui rsultait
de la duperie o sa partenaire le maintenait, de la vritable nature de ce qu'elle offrait sa jouissance,
ou bien disons-le autrement : faute que sa partenaire lui demandt de refuser ce qu'elle lui offrait.
Ceci videmment manifestant - mais au niveau du mythe - ceci : que pour exister comme homme un niveau qui
chappe la fonction phallique, il n'avait d'autre femme que celle-l qui pour lui n'aurait justement pas d exister. Voil !
Pourquoi ce n'aurait pas d , pourquoi la thorie de l'inceste, a rendrait ncessaire que je m'engage sur cette voie
des Noms du Pre o prcisment j'ai dit que je ne m'engagerai plus jamais ? C'est comme a !
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Parce que, il s'est trouv que j'ai relu - parce que quelqu'un m'en a pri - cette premire confrence de l'anne 1963 ici mme
- hein ! - Ste Anne C'est bien pour a que j'y suis revenu, parce que jaimais men rappeler, j'ai relu a, a se lit,
a se lit, a a mme une certaine dignit, de sorte que je la publierai si je publie encore, ce qui ne dpend pas de moi !
Il faudrait que d'autres publient un peu avec moi, a m'encouragerait.
Et si je le publie, on verra avec quel soin j'ai repr alors - mais je l'ai dj dit depuis cinq ans sur un certain nombre
de registre - la mtaphore paternelle notamment, le nom propre, il y avait tout ce qu'il fallait pour que, avec la Bible,
on donne un sens cette lucubration mythique de mes dires. Mais je ne le ferai plus jamais, je ne le ferai plus jamais
parce qu'aprs tout je peux me contenter de formuler les choses au niveau de la structure logique qui, aprs tout,
a bien ses droits. Voil !
Ce que je veux vous dire, c'est que cet /
savoir qu'il n'existe pas , rien d'autre qui un certain niveau, celui o il y aurait chance qu'il y ait le rapport sexuel
que cet [eteros] en tant qu'absent [/ ], c'est pas du tout forcment le privilge du sexe fminin.
C'est simplement l'indication de ce qui est dans mon graphe - je dis a parce que a a eu son petit sort - de ce que j'inscris
du signifiant de A barr [A], a veut dire : l'Autre - d'o qu'on le prenne - l'Autre est absent,
partir du moment o il s'agit du rapport sexuel.
Naturellement au niveau de ce qui fonctionne - c'est--dire la fonction phallique - il y a simplement cette discorde que je viens
de rappeler, savoir que d'un ct et de l'autre, l pour le coup on n'est pas dans la mme position, savoir que :
-
Je souligne donc qu'au niveau suprieur le rapport fond sur la disparition, l'vanouissement de l'existence de
l'un des partenaires qui laisse la place vide l'inscription de la parole, n'est pas ce niveau-l le privilge d'aucun ct.
Seulement pour qu'il y ait fondement du sexe, comme on dit, il faut qu'ils soient deux. 0 et 1 assurment a fait 2,
a fait deux sur le plan symbolique, savoir pour autant que nous accordons que l'existence s'enracine dans le symbole.
C'est ce qui dfinit l'tre parlant. Assurment il est quelque chose. Peut-tre bien Qui est-ce qui n'est pas ce qu'il est ?
Seulement cet tre , il est absolument insaisissable. Et il est d'autant plus insaisissable qu'il est forc, pour se supporter,
de passer par le symbole. Il est clair qu'un tre, qui en vient n'tre que du symbole, est justement cet tre sans tre,
auquel - du seul fait que vous parliez - vous participez tous.
Mais - par contre - il est bien certain que ce qui se supporte c'est l'existence, et pour autant qu'exister c'est pas tre, c'est--dire
c'est dpendre de l'Autre. Vous tes bien l, tous par quelque ct, exister, mais pour ce qui est de votre tre,
vous n'tes pas tellement tranquilles ! Autrement vous ne viendriez pas en chercher l'assurance dans tant d'efforts psychanalytiques.
C'est videmment l quelque chose qui est tout fait originel dans la premire mergence de la logique.
Dans la premire mergence de la logique il y a quelque chose qui est tout fait frappant, c'est la difficult
- la difficult et le flottement - qu'ARISTOTE manifeste propos du statut de la proposition particulire.
Ce sont des difficults qui ont t soulignes ailleurs, que je n'ai pas dcouvertes, et pour ceux qui voudront s'y reporter,
je leur conseille le cahier n 10 des Cahiers pour l'analyse o un premier article d'un nomm Jacques BRUNSWIG
est l-dessus excellent. Ils y verront parfaitement pointe la difficult qu'ARISTOTE a avec la Particulire.
C'est qu'assurment il peroit que l'existence - d'aucune faon - ne saurait s'tablir que hors l'Universel,
c'est bien en quoi il situe l'existence au niveau de la Particulire, laquelle Particulire n'est nullement suffisante
pour la soutenir, encore qu'il en donne l'illusion grce l'emploi du mot quelque .
Il est clair qu'au contraire ce qui rsulte de la formalisation dite des quanteurs
dite des quanteurs en raison d'une trace laisse dans l'histoire philosophique, par le fait qu'un nomm Apule
qui tait un romancier pas de trs bon got et un mystique certainement effrn et qui s'appelait - je vous l'ai dit - Apule.
Il a fait L'ne d'or
c'est cet APULE qui un jour, a introduit que dans ARISTOTE ce qui concernait le tous et le quelque
tait de l'ordre de la quantit.
Ce n'est rien de tel, c'est au contraire simplement deux modes diffrents de ce que je pourrais appeler
si vous me passez a qui est un peu improvis
l'incarnation du symbole, savoir que le passage dans la vie courante, qu'il y ait des tous et des quelque
dans toutes les langues, c'est bien l ce qui assurment nous force poser que le langage doit tout de mme avoir
une racine commune, et que
comme les langues sont trs profondment diffrentes dans leur structure
il faut bien que ce soit par rapport quelque chose qui n'est pas le langage.
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Bien sr, on comprend ici que les gens glissent, et que sous prtexte que ce qu'on pressent tre cet au-del du langage
ne peut-tre que mathmatique, on s'imagine, parce que c'est le nombre, qu'il s'agit de la quantit. Mais peut-tre justement
n'est-ce pas proprement parler le nombre dans toute sa ralit auquel le langage donne accs, mais seulement d'tre
capable d'accrocher le Zro et le Un. Ce serait par l que se serait faite l'entre de ce Rel, ce Rel seul pouvoir tre
l'au-del du langage, savoir le seul domaine o peut se formuler une impossibilit symbolique.
Ce fait que du rapport lui accessible au langage
accessible au langage s'il est fond trs justement du non-rapport sexuel, qu'il ne puisse donc affronter le 0 et le 1
ceci trouverait, assurerait aisment son reflet dans l'laboration par FREGE de sa gense logique des nombres.
Je vous ai dit - indiqu tout au moins - ce qui fait difficult dans cette gense logique, savoir justement la bance
que je vous ai souligne du triangle mathmatique
entre ce 0 et ce 1, bance que redouble leur opposition d'affrontement.
Que dj ce qui peut intervenir, ne soit l que du fait que ce soit l l'essence du premier couple, que ce ne puisse tre
qu'un troisime et que la bance comme telle soit toujours laisse du deux, c'est l quelque chose d'essentiel rappeler,
en raison de quelque chose de bien plus dangereux laisser subsister dans l'analyse que les aventures mythiques
d'DIPE, qui sont en elles-mmes sans aucun inconvnient pour autant qu'elles structurent admirablement
la ncessit qu'il y ait quelque part au moins Un qui transcende ce qu'il en est de la prise de la fonction phallique.
Le mythe du Pre primitif ne veut rien dire d'autre. Ceci y est trs suffisamment exprim pour que nous puissions
en faire aisment usage, outre que nous le trouvons confirm par la structuration logique qui est celle
que je vous rappelle de ce qui est inscrit au tableau.
Par contre, assurment rien de plus dangereux que les confusions sur ce qu'il en est de l'Un.
L'Un, comme vous le savez, est frquemment voqu par FREUD comme signifiant ce qu'il en est d'une essence
de l'ros qui serait celle justement de la fusion, savoir que la libido serait de cette sorte d'essence qui - des deux tendrait faire Un, et qui - mon Dieu - selon un vieux mythe - qui assurment n'est pas du tout de bonne mystique serait ce quoi tiendrait une des tensions fondamentales du monde, savoir de ne faire qu'un. Ce mythe qui est
vritablement quelque chose qui ne peut fonctionner qu' un horizon de dlire et qui n'a proprement parler rien faire
avec quoi que ce soit que nous rencontrions dans l'exprience.
S'il y a quelque chose qui est bien patent dans les rapports entre les sexes
et que l'analyse non seulement articule, mais est faite pour faire jouer dans tous les sens
s'il y a bien quelque chose qui dans les rapports fait difficult, c'est trs prcisment les rapports entre les femmes
et les hommes et que rien ne saurait y ressembler je ne sais quoi de spontan, hors prcisment cet horizon dont
je parlais tout l'heure comme tant la limite fond sur je ne sais quel mythe animal et que d'aucune faon l'ros,
soit une tendance l'Un. Bien loin de l!
C'est dans cette mesure, c'est dans cette fonction que toute articulation prcise de ce qu'il en est des deux niveaux
de ce o ce n'est que dans la discorde que se fonde l'opposition entre les sexes
en tant qu'ils ne pourraient d'aucune faon s'instituer d'un Universel
qu'au niveau de l'existence - au contraire - c'est trs prcisment dans une opposition qui consiste dans l'annulation,
le vidage d'une des fonctions comme tant celle de l'autre, que recle la possibilit de l'articulation du langage,
c'est cela qui me parat essentiellement mettre en vidence.
Observez que tout l'heure, vous ayant parl successivement de la ngation, de la conjonction et de la disjonction,
je n'ai pas pouss jusqu'au bout de ce qu'il en tait de l'implication. Il est clair qu'ici encore l'implication - elle - ne saurait
fonctionner qu'entre les deux niveaux, celui de la fonction phallique et celui qui l'carte. Or, rien de ce qui est disjonction
au niveau infrieur, au niveau de l'insuffisance de la spcification universelle
rien n'implique pour autant, rien n'exige que ce soit si, et si seulement, la syncope d'existence qui se produit au niveau suprieur,
effectivement se produise, que la discorde du niveau infrieur soit exigible, et trs prcisment rciproquement.
Par contre ce que nous voyons, c'est - une fois de plus - fonctionner d'une faon, mais distincte, mais spare,
la relation du niveau suprieur au niveau infrieur. L'exigence qu'il existe au-moins-un-homme , qui est celle qui parat
mise au niveau de ce fminin qui se spcifie d'tre un pas-toute , une dualit, le seul point o la dualit a chance
d'tre reprsente, il n'y a l qu'un rquisit, si je puis dire, gratuit.
Cet au-moins-un, rien ne l'impose sinon la chance unique - encore faut-il qu'elle soit joue - de ce que quelque chose
fonctionne sur l'autre versant, mais comme un point idal, comme possibilit pour tous les hommes d'y atteindre.
Par quoi ? Par identification !
Il n'y a l qu'une ncessit logique qui ne s'impose qu'au niveau du pari.
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qun :
Est-ce que vous vous imaginez qu'on peut dire, par exemple : Tous les hommes bouffent , eh bien a se dit :
mi grn du ch :
Mi insiste sur le fait qu'il est bien l, et si vous en doutiez, la numrale g montre bien qu'on les compte.
Mais a ne les fait pas tous , on ajoute du ce qui veut dire sans exception 24.
Je pourrais vous citer bien sr, d'autres choses, je peux vous dire que Tous les soldats ont pri , ils sont tous morts,
en chinois, a se dit : Soldats sans exception caput .
Le tout que nous voyons pour nous s'taler de l'intrieur et ne trouver sa limite que de l'inclusion, dtre pris dans
des ensembles de plus en plus vastes. En langue chinoise, on ne dit jamais mi ni du qu'en pensant la totalit
dont il s'agit comme contenu.Vous me direz : sans exception Mais bien sr, ce que nous, nous dcouvrons dans ce
que je vous articule comme relation ici de l'existence unique par rapport au statut de l'universel, prend figure d'une exception.
Mais aussi bien n'est-ce - cette ide-l - que le corrlat de ce que j'ai appel tout l'heure le vide de l'autre .
Ce en quoi nous avons progress dans la logique des classes, c'est que nous avons cr la logique des ensembles.
La diffrence entre la classe et l'ensemble, c'est que : quand la classe se vide il n'y a plus de classe, mais que quand l'ensemble se vide,
il y a encore cet lment de l'ensemble vide. C'est bien en quoi, une fois de plus, la mathmatique fait faire un progrs la logique.
Et c'est ici que nous pourrons
puisque nous continuons nous entretenir, mais que a va finir bientt, je vous l'assure
c'est de voir alors l o reprendre l'unilatrit de la fonction existentielle pour ce qui est de l'autre, de l'autre partenaire
en tant qu'il est sans exception . Ce sans exception , qu'implique la non-existence de X [/ ] dans la partie droite
du tableau, savoir qu'il n'y a pas d'exception et que c'est l quelque chose qui n'a plus ici de paralllisme,
de symtrie avec l'exigence que j'ai appele tout l'heure dsespre de l'au-moins-un, c'est une exigence autre
et qui repose sur ceci : c'est qu'en fin de compte l'Universel masculin peut prendre son assiette dans l'assurance
qu'il n'existe pas de femme qui ait tre chtre, et ceci pour des raisons qui lui paraissent videntes.
Seulement ceci n'a en fait - vous le savez - pas plus de porte pour la raison que c'est une assurance
tout fait gratuite, savoir que ce que j'ai rappel tout l'heure du comportement de la femme,
montre assez que sa relation la fonction phallique est tout fait active.
24 Cf. sur le site Lacanchine, les articles de Guy Flecher, Guy Sizaret
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Seulement l, comme tout l'heure, si la supposition fonde sur - en quelque sorte - l'assurance qu'il s'agit bien
d'un impossible - ce qui est le comble du Rel - ceci n'branle pas pour autant la fragilit, si je puis dire, de la conjecture
parce qu'en tout cas la femme n'en est pas plus assure dans son essence universelle, pour la simple raison de ceci :
c'est que le contraire de la limite, savoir qu'il n'y en ait pas, qu'ici il n'y ait pas d'exception
le fait qu'il n'y ait pas d'exception n'assure pas plus l'Universel
dj si mal tabli en raison de ceci qu'il est discordant
n'assure pas plus l'Universel de la femme.
Le sans exception , bien loin de donner quelque Tout une consistance, naturellement en donne encore moins
ce qui se dfinit comme pas-tout , comme essentiellement duel. Voil !
Je souhaite que ceci vous reste comme cheville ncessaire ce que nous pourrons tenter ultrieurement comme
grimpette, si assurment nous sommes ports sur la voie o doit svrement s'interroger l'irruption de cette chose
la plus trange, savoir la fonction de l'Un.
On se demande bien des choses sur ce qu'il en est de la mentalit animale qui ne nous sert aprs tout ici
que de rfrence en miroir, un miroir devant lequel - comme devant tous les miroirs - on dnie purement et simplement.
Il y a quelque chose qu'on pourrait se demander : pour l'animal, y-a-t-il de l'Un ?
Le ct exorbitant de l'mergence de cet Un, c'est ce que nous serons amens - ailleurs - tenter de frayer
et c'est bien pour cela que, depuis longtemps, je vous ai invits relire, avant que je l'aborde
le Parmnide de PLATON.
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08 Mars 1972
Sminaire : Panthon-Sorbonne
Les choses sont telles, que puisque je vise cette anne vous parler de lUn, je commencerai aujourdhui noncer
ce quil en est de lAutre. De cet Autre, avec un grand A, propos duquel jai recueilli - il y a un temps - linquitude,
linquitude marque par un marxiste qui je devais la place do javais pu reprendre mon travail, linquitude
qui tait celle-ci : que cet Autre, ctait ce tiers, qu lavancer dans le rapport du couple, il - il le marxiste
lui ne pouvait lidentifier qu Dieu. Cette inquitude dans la suite a-t-elle chemin assez pour lui inspirer mfiance
irrductible lendroit de la trace que je pouvais laisser ?
Cest une question que je laisserai de ct pour aujourdhui, parce que je vais commencer par le dvoilement
tout simple de ce quil en est de cet Autre que jcris en effet avec un grand A. LAutre dont il sagit, lAutre est celui
du couple sexuel - celui-l mme ! - et que cest bien pour cela quil va nous tre ncessaire de produire le signifiant
qui ne peut scrire que de ce quil le barre, ce grand A.
On - cest pas facile, hein - On - je souligne sans my arrter car je ne ferais pas un pas - on ne jouit que de lAutre .
Il est plus difficile davancer en ceci, qui semblerait simposer, parce que ce qui caractrise la jouissance - aprs ce que
je viens de dire - se droberait : avancerai-je que on nest joui que par lAutre ? Cest bien labme que nous offre
en effet la question de lexistence de Dieu, prcisment celle que je laisse lhorizon comme ineffable.
Parce que ce qui est important, ce nest pas le rapport avec ce qui jouit de ce que nous pourrions croire notre tre,
limportant quand je dis qu on ne jouit que de lAutre , est ceci : cest quon nen jouit pas sexuellement
- il ny a pas de rapport sexuel - ni nen est-on joui.
Vous voyez que lalangue - lalangue que jcris en un seul mot - lalangue qui est pourtant bonne fille , ici, rsiste.
Elle fait la grosse joue. On en jouit - il faut bien le dire - de lAutre : on en jouit mentalement. Il y a une remarque
dans ce Parmnide, enfin nest-ce pas, qui a ici prend sa valeur de modle, cest pour a que je vous ai recommand
daller vous y dcrasser un peu. Naturellement, si vous le lisez travers les commentaires qui en sont faits lUniversit,
ben vous le situerez dans la ligne des philosophes, vous y verrez que cest considr comme un exercice
particulirement brillant. Mais aprs ce petit salut, on vous dit quil ny a pas grandchose en faire, que PLATON
a simplement pouss l, jusqu son dernier degr dacuit, ceci quon vous dduira de sa thorie des formes.
Cest peut tre autrement quil vous faut le lire. Il faut le lire avec innocence. Remarquez que de temps en temps
quelque chose peut vous toucher, ne serait-ce par exemple que cette remarque, quand il aborde, comme a,
tout fait en passant, au dbut de la septime hypothse qui part de si lUn nest pas , tout fait en marge
il dit et si nous disions que le Non-Un nest pas ?
Et l il sapplique montrer que la ngation de quoi que ce soit
pas seulement de lUn , du non-grand, du non-petit
cette ngation comme telle se distingue de ne pas nier le mme terme.
Cest bien, cest bien quant ce dont il sagit, de la ngation de la jouissance sexuelle ce quoi je vous prie linstant de
vous arrter. Que jcrive ce S parenthse du grand A barr, S(A) et qui est la mme chose que ce que je viens de
formuler : que de lAutre on en jouit mentalement, ceci crit quelque chose sur lAutre, et comme je lai avanc : en tant
que terme de la relation qui, de svanouir, de ne pas exister, devient le lieu o elle scrit, o elle scrit telle que ces
quatre formules sont l crites, pour transmettre un savoir.
Parce que, jy ai dj fait il me semble suffisamment allusion, le savoir en la matire, ce savoir peut-tre senseigne,
mais ce qui se transmet cest la formule. Cest justement parce quun des termes devient le lieu o la relation scrit,
quelle ne peut plus tre relation puisque le terme change de fonction, quil devient le lieu o elle scrit et que la
relation nest que dtre crite justement au lieu de ce terme.
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Un des termes de la relation doit se vider pour lui permettre, cette relation, de scrire.
Cest bien en quoi ce mentalement que jai avanc tout lheure
entre des guillemets que la parole ne peut pas noncer
cest cela qui radicalement soustrait ce mentalement toute porte didalisme.
Cet idalisme, incontestable le voir se dvelopper sous la plume de BERKELEY, des remarques - que jespre,
vous connaissez - qui reposent toutes sur ceci : que rien de ce qui se pense nest que pens par quelquun .
Cest bien l argument, ou plus exactement argumentation irrductible et qui aurait plus de mordant sil sagissait, sil
avouait ce dont il sagit : de la jouissance.
Vous ne jouissez que de vos fantasmes. Voil ce qui donnerait porte lidalisme que personne, par ailleurs, malgr
quil soit incontestable, ne prend au srieux. Limportant, cest que vos fantasmes vous jouissent et cest l que je peux
revenir ce que je disais tout lheure, cest que, comme vous voyez, mme lalangue qui est bonne fille ne laisse pas
sortir cette parole facilement.
Que lidalisme avance quil ne sagit que de penses, pour en sortir, lalangue qui est bonne fille mais pas si bonne fille
que a, peut peut-tre vous offrir quelque chose, que je vais quand mme pas avoir besoin dcrire pour vous prier de
faire consonner ce que autrement enfin, sil faut vous le faire entendre : q.u.e.u.e. , queue de penses ,
cest ce que permet la bonne fillerie de lalangue en franais. Cest dans cette langue que je mexprime,
je ne vois pas pourquoi je nen profiterai pas. Si jen parlais une autre, je trouverais un autre truc.
Il ne sagit l queue de penses , non - comme le dit lidaliste - en tant quon les pense
ni mme seulement quon les pense donc je suis , ce qui est un progrs pourtant
mais quelles se pensent rellement.
Cest en a que je me classe
pour autant que a a le moindre intrt,
parce que je vois pas pourquoi je me classerai pourquoi je me classerai philosophiquement
moi par qui merge un discours qui nest pas le discours philosophique, le discours psychanalytique nommment,
celui dont le schme - je lai reproduit droite :
que je qualifie de discours en raison de ceci - que jai soulign - cest que rien ne prend de sens que des rapports dun discours
un autre discours. a suppose bien entendu cet exercice, quoi je peux pas dire, ni esprer, que je vous aie vraiment
rompus. Tout a vous passe bien sr comme leau sur les plumes dun canard, puisque
et dailleurs cest ce qui fait votre existence
vous tes bien solidement insrs dans des discours qui prcdent
qui sont l depuis un temps, une paye, le discours philosophique y compris,
pour autant que vous le transmet le discours universitaire, cest--dire dans quel tat !
vous y tes bien solidement installs et a fait votre assiette.
Ceux qui occupent la place de cet Autre, de cet Autre que moi je mets au jour, faut pas croire quils soient tellement
plus avantags sur vous, mais quand mme, on leur a mis entre les mains un mobilier qui nest pas facile manier.
Dans ce mobilier, il y a le fauteuil dont on na pas encore trs bien repr la nature.
Le fauteuil est pourtant essentiel, parce que le propre de ce discours, cest de permettre ce quelque chose qui est crit
l-bas en haut droite, sous la forme du S, et qui est comme toute criture, une forme bien ravissante
que le S soit ce que HOGARTH donne pour la trace de la beaut, cest pas tout fait un hasard,
a doit avoir quelque part un sens, et puis quil faille le barrer, a en a srement un aussi
mais quoiquil en soit, ce qui se produit partir de ce sujet barr, cest quelque chose dont il est curieux de voir
que je lcris de la mme faon que ce qui tient dans le discours du Matre une autre place, la place dominante.
Ce S de 1 [S 1 ], cest justement ce que jessaie pour vous - en tant quici je parle - cest ce que jessaie pour vous de produire.
En quoi - je lai dj dit maintes fois - je suis la place, la mme - et cest en cela quelle est enseignante
je suis la place de lanalysant.
Ce qui est crit, sest-il pens ? Voil la question. On peut ne plus pouvoir dire par qui a sest pens.
Et cest mme en tout ce qui est crit, ce quoi vous avez affaire.
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La queue de penses dont je parlais, cest le sujet lui-mme, le sujet en tant que hypothtique de ces penses
cet hypothtique, on vous en a tellement rebattu les oreilles depuis ARISTOTE, de l [upokeimenon],
qui tait pourtant bien clair, on en a fait une telle chose, nest-ce pas, que une chatte ny retrouverait plus ses petits
je vais lappeler la trane , la trane justement, cette queue de penses , de ce quelque chose de rel qui fait cet
effet de comte que jai appel la queue de penses et qui est peut-tre bien le phallus.
Si ce qui se passe l, nest pas capable dtre reconquis par ce que je viens dappeler la trane
ce qui nest concevable que parce que leffet quelle est, est de mme saillie que son avnement,
savoir le dsarroi, si vous me permettez dappeler ainsi la disjonction du rapport sexuel
si ce qui se passe l nest pas capable dtre reconquis nachtrglich, si ce qui sest pens est ouvert,
porte des moyens dune re-pense, ce qui consiste justement sapercevoir lcrire que ctaient des penses
parce que lcrit quoiquon en dise, vient aprs que ces penses, ces penses relles, se soient produites
cest dans cet effort de repenser, ce nachtrglich quest cette rptition qui est le fondement de ce que nous dcouvre
lexprience analytique.
Que a scrive cest la preuve - mais preuve seulement de leffet de reprise, nachtrglich - cest ce qui fonde la psychanalyse.
Combien de fois dans les dialogues philosophiques voyez-vous largument, enfin :
si tu ne me suis pas jusque l, il ny a pas de philosophie . Ce que je vais vous dire, cest exactement la mme chose :
de deux choses lune :
-
ou ce qui est encore reu dans le commun, dans tout ce qui scrit sur la psychanalyse, dans tout ce qui coule
de la plume des psychanalystes, savoir que ce qui pense nest pas pensable, et alors il ny a pas de psychanalyse,
[ou] pour quil puisse y avoir psychanalyse, et pour tout dire interprtation, il faut que ce dont part
la queue de penses ait t pens - pens en tant que pense relle.
Cest bien pour a que je vous ai fait des tartines avec ce DESCARTES, le Je pense donc je suis ne veut rien dire sil nest vrai.
Il est vrai parce que donc je suis cest ce que je pense avant de le savoir et - que je le veuille ou non - cest la mme chose.
La mme chose, cest ce que jai appel justement La Chose freudienne. Cest justement parce que cest la mme chose
ce je pense et ce que je pense, cest--dire : donc je suis
cest justement parce que cest la mme chose, que a nest pas quivalent, parce que cest pour a que jai parl
de La Chose freudienne, cest parce que dans une Chose : deux faces - et crivez a comme vous voudrez : face ou fasse deux faces cest non seulement pas quivalent, cest--dire remplaable lun par lautre dans le dire.
Cest pas quivalent, cest mme pas pareil.
Cest pour a que je nai parl de La Chose freudienne que dune certaine faon. Ce que jai crit, a se lit. Cest mme curieux que
ce soit une des choses qui forcent le relire. Cest mme pour a que cest fait. Et quand on le relit, on saperoit que je ne parle pas de
La Chose, parce quon peut pas en parler - en parler - je la fais parler elle-mme. La Chose dont il sagit nonce :
Moi la vrit, je parle. 25
Et elle le dit pas, bien sr, comme a - mais a doit se voir, cest mme pour a que jai crit - elle le dit de toutes les manires,
et joserais dire que ce nest pas un mauvais morceau :
je ne suis apprhendable que dans mes cachotteries .
Ce quon en crit de la Chose il faut le considrer comme ce qui sen crit venant delle, non pas de qui crit. Cest bien ce qui
fait que lontologie - autrement dit la considration du sujet comme tre - lontologie est une honte si vous me le permettez. [Rires]
Vous lavez donc bien entendu - nest-ce pas ? - il faut savoir de quoi on parle :
-
Ou le donc je suis nest quune pense, dmontrer que cest limpensable qui pense.
Ou cest le fait de le dire qui peut agir sur la Chose, assez pour quelle tourne autrement.
Et cest en cela que toute pense se pense de ses rapports ce qui sen crit. Autrement, je le rpte, pas de psychanalyse.
Nous sommes dans l i.n.a.n. qui est actuellement ce quil y a de plus rpandu, linan-alysable.
Il ne suffit pas de dire quelle est impossible, parce que a nexclut pas quelle se pratique.
25 Cf. La chose freudienne in crits, Seuil, 1966 p.409 (ou Points Seuil t.1 p.406).
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Pour quelle se pratique sans tre inan , cest pas la qualification d impossible qui importe,
cest son rapport limpossible qui est en cause, et le rapport limpossible est un rapport de pense.
Ce rapport ne saurait avoir aucun sens si limpossibilit dmontre nest pas strictement une impossibilit de pense
parce que cest la seule dmontrable.
Si nous fondons limpossible dans son rapport au Rel, il nous reste dire ceci que je vous donne en cadeau
je le tiens dune charmante femme, lointaine dans mon pass, reste pourtant marque dune charmante odeur de
savon [Rires], avec laccent vaudois quelle savait prendre pour - tout en sen tant purifie - savoir le rattraper
rien nest impossible lhomme
quelle disait - je peux pas vous imiter laccent vaudois, moi je suis pas n l-bas
ce quil peut pas faire, il le laisse . [Rires]
Ceci pour vous centrer ce quil en est de limpossible en tant que ce terme est recevable pour quelquun de sens.
Eh bien, cette annulation de lAutre ne se produit qu ce niveau o sinscrit de la seule faon quil se peut inscrire,
savoir, comme je linscris : de x, et la barre dessus []. Ce qui veut dire quon ne peut pas crire que ce qui y fait
obstacle, savoir la fonction phallique, ne soit pas vrai. Alors, quest-ce que veut dire ?
savoir il existe x, tel quil pourrait sinscrire dans cette ngation de la vrit de la fonction phallique.
Cest ce qui mrite que nous larticulions selon des temps, et vous voyez bien que ce que nous allons mettre en cause
est trs prcisment ce statut de lexistence, en tant quil nest pas clair. Je pense quil y a assez longtemps que
vous avez les oreilles, la comprenoire, rebattues de la distinction de lessence et de lexistence, pour ne pas en tre satisfaits.
Quil y ait l, dans ce que le discours analytique nous permet dapporter de sens aux discours prcdents,
ce nest quelque chose que je pourrai en fin de compte, de la connexion de ces formules, pingler que du terme
dune motivation dont linaperu est ce qui engendre par exemple la dialectique hglienne, qui en raison de cet inaperu,
ne sen passe - si je puis dire - qu considrer que le discours comme tel rgente le monde. Ouais !
Me voil rencontrant une petite note latrale. Je ne vois pas pourquoi je ne la reprendrai pas, cette digression,
dautant plus que vous ne demandez que a, vous demandez que a parce que si je vais tout droit, a vous fatigue.
Ce qui laisse une ombre de sens au discours de HEGEL, cest une absence, et trs prcisment cette absence de la plus-value
telle quelle est tire de la jouissance dans le rel du discours du Matre. Mais cette absence quand mme note quelque chose.
Elle note rellement lAutre non pas comme aboli, mais justement, comme impossibilit de corrlat
et cest en prsentifiant cette impossibilit quelle colore le discours de HEGEL.
Parce que vous ne perdrez rien relire, je ne sais pas, simplement la prface de la Phnomnologie de lEsprit
en corrlation avec ce que javance ici. Vous voyez tous les devoirs de vacances que je vous donne :
Parmnide et la Phnomnologie - la prface au moins parce que la Phnomnologie, naturellement vous ne lisez jamais.
Mais la prface est foutrement bien. Elle vaut elle seule le boulot de la relire.
Et vous verrez que a et vous verrez que a confirme, que a prend sens de ce que je vous dis.
Jose pas encore vous promettre que le Parmnide en fera autant, prendra sens, mais je lespre.
Parce que cest le propre dun nouveau discours que de renouveler ce qui se perd dans le tournoiement des discours
anciens : justement le sens. Si je vous ai dit quil y a quelque chose qui le colore, ce discours de HEGEL,
cest que l le mot couleur veut dire autre chose que sens.
La promotion de ce que javance - justement - le dcolore, achve leffet du discours de MARX, o il y a quelque chose
que je voudrais souligner et qui fait sa limite. Cest quil comporte une protestation, dont il se trouve quil consolide
le discours du Matre en le compltant, et pas seulement de la plus-value, en incitant
je sens que a va provoquer des remous
en incitant la femme exister comme gale.
gale quoi ? Personne ne le sait, puisquon peut trs bien dire aussi que lhomme gale zro, puisquil lui faut
lexistence de quelque chose qui le nie pour quil existe comme tous ! En dautres termes, la sorte de confusion
qui nest pas inhabituelle, nous vivons dans la confusion et on aurait tort de croire que nous en vivons, a ne va pas de soi,
je vois pas pourquoi le manque de confusion empcherait de vivre. Cest mme trs curieux quon sy prcipite,
cest bien le cas de le dire : on sy rue.
Quand un discours, tel que le discours analytique, merge, ce quil vous propose, cest davoir les reins assez fermes
pour soutenir le complot de la vrit. Chacun sait que les complots hein ? - a tourne court.
Cest plus facile de faire tant de bla-bla-bla quon finit par trs bien reprer tous les conjurs.
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LAutre, ce nest pas pour rien quil faut dabord que jen prenne lappui. LAutre, entendez-le bien, lAutre,
entendez-le bien cest donc un Entre , l Entre dont il sagirait dans le rapport sexuel,
mais dplac et justement de sAutreposer.
De sAutreposer, il est curieux qu poser cet Autre, ce que jai eu avancer aujourdhui ne concerne
que la femme, et cest bien elle qui, de cette figure de lAutre, nous donne lillustration notre porte,
dtre comme la crit un pote 26, entre centre et absence . Entre le sens quelle prend dans ce que jai appel
cet au moins un o elle ne le trouve qu ltat de ce que je vous ai annonc annonc, pas plus ! - de ntre que
pure existence. Entre entre centre et labsence, que devient quoi pour elle ?
Justement cette seconde barre que je nai pu crire qu la dfinir comme pas toute [.].
Celle qui nest pas contenue dans la fonction phallique sans pourtant tre sa ngation.
Son mode de prsence est entre, entre centre et absence, entre la fonction phallique dont elle participe, singulirement de
ce que l au moins un qui est son partenaire dans lamour, y renonce pour elle. Ce qui lui permet - elle
de laisser ce par quoi elle nen participe pas, dans labsence qui nest pas moins jouissance, dtre jouissabsence .
Et je pense que personne ne dira que ce que jnonce, que ce que jnonce de la fonction phallique relve dune
mconnaissance de ce quil en est de la jouissance fminine. Cest au contraire de ce que la jouisseprsence , si je puis
ainsi mexprimer, de la femme, dans cette partie qui ne la fait pas toute ouverte la fonction phallique, cest de ce
que cette jouisseprsence, l au moins un soit press de lhabiter, dans un contresens radical sur ce qui exige son existence.
Cest en raison de ce contresens qui fait :
-
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15 Mars 1972
Sminaire : Panthon-Sorbonne
La dernire fois, je vous ai racont quelque chose qui tait centr sur lAutre. Ce qui est plus commode que ce dont
je vais parler aujourdhui, dont je vous ai dj caractris ce quon pourrait appeler le rapport, le rapport lAutre,
trs prcisment en ceci quil nest pas inscriptible, ce qui ne rend pas les choses plus faciles. Il sagit de lUn.
De lUn pour autant que dj je vous ai indiqu, vous indiquant aussi comment la trace sen est fraye
dans le Parmnide de PLATON, dont le premier pas pour y comprendre quelque chose, cest de vous apercevoir que
tout ce quil en nonce - comme dialectisable, comme se dveloppant - de tout discours possible au sujet de lUn,
cest dabord - et ne le prendre qu ce niveau qui nest rien en dire dautre, comme il sexprime - que cest Un .
Et peut-tre y en a-t-il un certain nombre dentre vous avoir, sur mes adjurations, ouvert ce livre et de stre aperu
que cest pas la mme chose que de dire que lUn est :
-
Elles sont distinctes. Naturellement, pour que ceci porte, faudrait que vous lisiez PLATON avec un petit bout de
quelque chose qui viendrait de vous, faudrait pas que PLATON soit pour vous comme ce quil est : un auteur.
Vous tes forms depuis votre enfance faire de l auteur-stop . Depuis le temps que cest pass dans les murs,
cette faon de vous adresser aux machins l, comme autoriss : vous devriez savoir que a ne mne nulle part,
encore bien sr que a puisse vous mener trs loin.
Ces observations tant faites, cest de lUn donc
pour des raisons dont il va falloir encore que je mexcuse, car au nom de quoi est-ce que je vous occuperais
avec a ?
cest de lUn que je vais vous parler aujourdhui. Cest mme pour a que jai invent un mot qui sert de titre ce
que je vais vous en dire.
Je suis pas trs sr, je suis mme sr du contraire : je nai pas invent lunaire . Le trait unaire quen 62 jai cru
pouvoir extraire de FREUD qui lappelle einzig, en le traduisant ainsi. Ce qui a paru lpoque miraculeux quelques-uns.
Cest bien curieux que leinziger Zug, la deuxime forme didentification distingue par FREUD, ne les ait jamais retenus jusque l.
Par contre, le mot dont je ferai accolade ce que je vais vous dire aujourdhui est tout fait nouveau,
et il est fait comme dune prcaution, parce qu la vrit, il y a beaucoup de choses qui sont intresses lUn.
De sorte quil nest pas possible Je vais essayer pourtant de frayer tout de suite quelque chose qui situe lintrt
que mon discours - pour autant quil est lui-mme frayage du discours analytique - lintrt que mon discours a
passer par lUn. Mais dabord prenez-en le champ, en gros dsign, donc de lunien : u.n.i.e.n.
Cest un mot qui ne sest jamais dit, qui a pourtant son intrt damener une note - une note dveil
pour vous chaque fois que lUn sera intress et qu le prendre ainsi, sous une forme pithte, a vous rappellera
ce que FREUD ce que PLATON ! dabord - promeut : cest que de sa nature il a des pentes diverses.
Dans lanalyse quil en soit parl, ce qui ne vous chappe pas je pense, vous souvenir de ce quil prside
cette bizarre assimilation de lros ce qui tend coaguler.
Sous prtexte, sous prtexte que le corps cest trs videmment une des formes de lUn, que a tient ensemble,
que cest un individu sauf accident, il est - cest singulier - promu par FREUD. Et cest bien, vrai dire, ce qui met en
question la dyade avance par lui d [ros] et de [Tanathos]. Si elle ntait pas soutenue dune autre figure
qui est trs prcisment celle o choue le rapport sexuel, savoir celle de lUn et de pas-un , cest savoir zro
on voit mal la fonction que pourrait tenir ce couple stupfiant. Il est de fait quil sert, il sert au profit dun certain
nombre de malentendus, dpinglages de la pulsion de mort, ainsi dite, tort et travers.
Mais il est certain quen tout cas lUn ne saurait, dans ce discours sauvage qui sinstitue de la tentative dnoncer
le rapport sexuel, il est strictement impossible de considrer la copulation de deux corps comme nen faisant quun.
Il est extraordinaire qu cet gard, Le Banquet de PLATON
alors que les savants ricanent du Parmnide
Le Banquet de PLATON soit pris au srieux comme reprsentant quoi que ce soit qui concerne lamour.
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27 Cf. Sminaire 1960-61 : Le transfert dans sa disparit subjective, sa prtendue situation, ses excursions techniques . Seuil 2001.
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Parce que, on passe son temps me casser les pieds et les oreilles avec le fait de savoir :
le rapport du discours analytique avec la rvolution Cest peut-tre justement lui qui porte le germe daucune rvolution
possible, de ce quil faut pas confondre la rvolution avec le vague lme qui peut vous prendre comme a
tout bout de champ sous cette tiquette. Cest pas tout fait la mme chose.
Y en a donc, cest sur fond, sur fond de quelque chose qui na pas de forme. Quand on dit y en a a veut dire
dhabitude y en a du ou y en a des. On peut mme ajouter de temps en temps ce des , des qui :
des qui pensent, des qui sexpriment, des qui racontent, des machins comme a, a reste un fond dindtermination.
La question commence sur ce que a veut dire de lUn .
Car ds que lUn est nonc, le de nest plus l que comme un mince pdicule sur ce quil en est de ce fond.
Do est-ce que cet Un surgit ?
Cest trs prcisment ce que dans la premire hypothse, PLATON essaie davancer, dire comme il peut,
faute quil ait sa disposition dautres mots : : sil est Un ?
Car a manifestement l la fonction de supplance de ce qui ne saccentue pas comme en franais de l il y a .
Et ce quil faudrait srement traduire - je comprends le scrupule qui y arrte les traducteurs - faudrait srement traduire :
sil y a Un , ou lUn , cest vous de choisir. Mais ce qui est certain, cest que PLATON choisit.
Et que son Un na rien faire avec ce qui englobe.
Il y a mme quelque chose de remarquable, cest que ce quil en dmontre immdiatement, cest que :
il ne saurait avoir aucun rapport avec quoi que ce soit dont il a fait sous mille formes la recension mtaphysique
et qui sappelle la dyade en tant que dans lexprience - dans lexprience de pense - elle est partout : le plus grand,
le plus petit, le plus jeune, le plus vieux etc., etc., lincluant, linclus et tout ce que vous voudrez de cette espce.
Ce quil commence par dmontrer est trs prcisment ceci, qu prendre lUn par le moyen dune interrogation discursive
et qui est l interrog ? Ce nest videmment pas le pauvre petit, le cher mignon, le dnomm ARISTOTE si mon souvenir
est bon, dont il semble difficile de croire que a puisse tre ce moment-l celui qui nous a laiss sa mmoire
il est bien clair que, comme dans tout dialogue, dans tout dialogue platonicien, il y a pas trace dinterlocuteur.
a semble ne sappeler dialogue que pour illustrer ce que jai depuis longtemps nonc, que le dialogue justement, il
ny en a pas. a ne veut pas dire quil ny ait pas, prsente au fond du dialogue platonicien, une bien autre prsence
- prsence humaine disons-le - que dans bien dautres choses qui se sont crites depuis.
Il ne nous en faudrait pour tmoignage que ceci : que dans les premires approches, la faon dont se prpare ce qui
constitue los du dialogue, ce que jappellerai lentretien prliminaire.
Celui qui nous explique, comme dans tous les dialogues, comment cest arriv que cette chose folle qui ne ressemble
en rien quoi que ce soit quon puisse appeler dialogue
cest l que vraiment, on peut le sentir, si dj on ne savait pas
par le commun de la vie quon na jamais vu un dialogue aboutir quoi que ce soit
il sagit dans ce quon appelle dialogue , dans cette littrature qui a sa date, justement de serrer quel est le rel
qui peut faire croire, qui donne lillusion quon peut parvenir quelque chose en dialoguant avec quelquun.
Alors a vaut quon prpare le truc, quon dise de quel zinzin il sagissait. Le vieux PARMNIDE et sa clique qui est l,
fallait rien moins que a pour que puisse snoncer quelque chose qui fait parler - qui ? - eh bien, justement : lUn.
Et partir du moment o vous le faites parler, lUn , ben a vaut la peine de regarder quoi a sert celui qui tient
lautre crachoir, qui ne peut que dire des trucs comme a :
-
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Ils ne sont pas nomms comme a, les jeunots, dans le texte grec, [adoleskia] a veut dire bavardage.
Mais on peut considrer que cest l quelque chose de lamorce, de la prfiguration, la prfiguration
de ce que nous appelons dans notre rude langage
tress par ce quon a pu, la phnomnologie quon pouvait ce moment-l avoir la porte de sa main
ce quon a traduit par associations libres .
Naturellement lassociation nest pas libre, si elle tait libre, elle naurait aucun intrt, nest-ce pas, mais cest la
mme chose que le bavardage : cest fait pour apprivoiser le moineau. Lassociation, il est bien entendu quelle est lie.
Je ne vois pas quel serait son intrt si elle tait libre. Le bavardage en question, il est certain que - il ne fait aucun doute comme cest pas quelquun qui parle mais que cest lUn, on peut voir l, quel point cest li. Parce que cest trs dmonstratif.
mettre les choses dans ce relief, a permet de situer pas mal de choses, et en particulier le pas qui se franchit
de PARMNIDE PLATON. Parce que, il y avait dj un pas franchi par PARMNIDE dans ce milieu
o il sagissait en somme de savoir ce quil en est du Rel. Nous en sommes toujours tous l. Aprs quon ait dit que
ctait lair, leau, la terre, le feu, et quaprs a on navait plus qu recommencer, il y a quelquun qui sest avis que,
que le seul facteur commun de toute cette substance dont il sagissait, ctait dtre dicible . Cest a le pas de PARMNIDE.
Seulement le pas de PLATON cest diffrent, cest diffrent : cest de montrer que ds que on essaie de dire dune faon
articule ce qui se dessine de la structure, comme on dirait dans notre ce que jai appel tout lheure notre rude langage
le mot structure ne vaut pas mieux que le mot dassociations libres
mais ce qui se dessine fait difficult, et que le Rel, cest dans cette voie quil faut le chercher.
[Eidos], quon traduit improprement : la forme, est quelque chose qui dj nous promet le serrage, le cernage
de ce qui fait bance dans le dire. En dautres termes, PLATON tait tait pour tout dire lacanien. [Rires]
Naturellement il pouvait pas le savoir. En plus, il tait un peu dbile. [Rires] Ce qui ne facilite pas les choses, mais ce qui
srement la aid. Jappelle dbilit mentale le fait dtre un tre parlant qui ne soit pas solidement install dans un discours.
Cest ce qui fait le prix du dbile. Il ny a aucune autre dfinition quon puisse lui donner,
sinon dtre ce quon appelle un peu ct de la plaque , cest--dire quentre deux discours, il flotte.
Pour tre solidement install comme sujet, il faut sen tenir un [discours], ou bien alors savoir ce quon fait.
Mais cest pas parce quon est en marge quon sait ce quon dit. De sorte que, pour ce qui est de son cas,
a lui a permis solidement aprs tout il avait des cadres, il faut pas croire quen son temps, les choses fussent pas
prises dans un trs solide discours et il en montre le bout de loreille quelque part dans les entretiens prliminaires
de ce PARMNIDE. Cest tout de mme lui qui la crit.
On ne sait pas si il se marre ou non, mais enfin il na pas attendu HEGEL pour nous faire la dialectique du Matre et de lEsclave,
et je dois dire que ce quil en nonce est dune autre assiette que ce quavance toute la Phnomnologie de lEsprit.
Non pas quil conclue, mais quil donne les lments matriels. Il avance, il avance, il le peut parce que de son temps
cest pas du chiqu. On se demande si ctait mieux plutt que pire, de penser que les matres et les esclaves,
ctait l affirm, a permettait de simaginer que a pouvait changer tout instant. Et en effet a changeait tout instant !
Quand les matres taient faits prisonniers ils devenaient esclaves, et quand les esclaves taient affranchis,
ben ils devenaient matres.
Grce quoi PLATON simagine - et il le dit dans les prliminaires de ce dialogue - que lessence-matre - l [eidos] et celle de lesclave, ben on peut considrer quelles nont rien faire avec ce quil en est rellement.
Le Matre et lesclave sont entre eux dans des rapports qui nont rien faire avec le rapport de lessence-matre et de lessence-esclave.
Cest bien en a quil est un peu dbile. Cest que
nous avons vu faire le grand mlange, nest-ce pas, qui sopre toujours, par une certaine voie
dont il est curieux quon ne voit pas quel point elle promet la suite
cest quon est tous frres !
Il y a une rgion comme a de lhistoire, du mythe historique, je veux dire du mythe en tant quil est histoire,
a sest vu quune fois, chez les Juifs o on sait, la fraternit, quoi a sert, a a donn le grand modle.
Elle est faite pour quon vende son frre, ce qui na pas manqu de se produire dans la suite de toutes les subversions
qui sont dites tourner autour du discours du Matre.
Il est tout fait clair que leffort dont HEGEL sextnue au niveau de la Phnomnologie : la crainte de la mort ,
la lutte mort de pure prestance , et jten raconte, et jten remets Moyennant quoi - cest lessentiel obtenir - il y a un esclave.
Mais je le demande - tous ceux qui ont des des frmissements comme a, de changer les rles - je le demande :
quest-ce qui peut faire - puisque lesclave survit - qui ne vienne pas tout de suite aprs la lutte mort de pure prestance
aujourdhui, et la crainte de la mort qui change de camp, tout a ne subsiste, na chance de subsister qu condition
quon voie trs prcisment ce que PLATON carte.
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voil ce dont il s'agit. Si j'en avais mis moins, c'est quelque chose qui vous aurait port travailler, me dire que
peut-tre, que mme il faudrait aussi que je compte les rapports de chacun l'ensemble. Pourquoi je le fais pas ?
C'est ce que je serai forc d'attendre la prochaine fois pour vous expliquer. Parce que les rapports de chacun
l'ensemble a n'limine pas justement que y a UN ensemble et que de ce fait, a veut dire que vous en remettez un.
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Ce qui aboutirait , en effet, augmenter considrablement le nombre des combinaisons 2 par 2. Au niveau du triangle,
si je vous avais mis seulement trois 1, a aurait fait trois combinaisons seulement. Vous en avez tout de suite 6
si vous prenez l'ensemble pour 1. Mais justement ce dont il s'agit, c'est de s'apercevoir l d'une autre dimensions
de lUn, que j'essaierai de vous illustrer la prochaine fois du triangle arithmtique.
En d'autres termes lUn donc, n'a pas toujours le mme sens. Il a le sens, par exemple, de ce 1 de l'ensemble vide qui,
chose curieuse, notre numration d'lments ajouterait deux, je dmontrerai pourquoi et partir d'o.
Nanmoins nous approchons dj de quelque chose, qui ne pas partir du tout de lUn comme Tout , nous montre
que lUn dans son surgissement n'est pas univoque. En d'autres termes, nous renouvelons la dialectique platonicienne.
C'est bien ainsi que je prtends vous mener quelque part poursuivre, par cette bifidit de lUn - encore faut-il voir si
elle tient - cet Un que PLATON si bien distingue de l'tre. C'est assurment que l'tre - lui - est Un, toujours,
en tous les cas, mais que lUn sache tre comme tre, voil qui est dans le Parmnide parfaitement dmontr.
C'est bien historiquement d'o est sortie la fonction de l'existence. Ce n'est pas parce que le Un n'est pas qu'il ne pose pas
la question, et il la pose d'autant plus qu'o que ce soit, jamais, qu'il doive s'agir d'existence, ce sera toujours autour
du Un que la question tournera.
La chose dans ARISTOTE ne s'approche que timidement au niveau des propositions particulires.
ARISTOTE s'imagine qu'il suffit de dire que quelques , - quelques seulement, pas tous - sont comme-ci ou comme-a,
pour que a les distingue. Que c'est en les distinguant de ce qui - lui - est comme a, si celles-ci ne le sont pas
par exemple, a suffit assurer leur existence. C'est bien en quoi l'existence dj, ds sa premire mergence,
s'amorce tout de suite, s'nonce de son inexistence corrlative. Il n'y a pas d'existence sinon sur fond d'inexistence
et inversement : ex-sistere, ne tenir son soutien que d'un dehors qui n'est pas.
Et c'est bien l ce dont il s'agit dans l'Un. Car, la vrit, d'o surgit-il ? En un point o PLATON arrive le serrer.
Il ne faut pas croire que ce soit - comme il semble - seulement propos du temps : il l'appelle [to ekxaifns].
Traduisez a comme vous voudrez c'est c'est l'instant, c'est le soudain, c'est le seul point o il peut le faire subsister
et c'est bien en effet toujours o toute lucidation du nombre
et Dieu sait qu'elle a t pousse assez loin pour nous donner l'ide qu'il y a d'autres aleph [ ]que celui des nombres
et celui-l, cet instant, ce point, car c'est a qui en serait la vritable traduction, c'est bien ce qui ne se trouve dcisif
qu'au niveau d'un [ ]suprieur, au niveau du continu.
L'Un donc ici prcisment semble se perdre et porter son comble ce qu'il en est de l'existence jusqu' confiner
l'existence comme telle, en tant que surgissant du plus difficile atteindre, du plus fuyant dans l'nonable,
et c'est ce qui m'a fait trouver - me reporter cet [ekxaifns] - dans ARISTOTE lui-mme, m'apercevoir
qu'en fin de compte il y a eu mergence de ce terme d' exister quelque part dans la Physique o vous pourrez le trouver
o vous pourrez le trouver surtout si je vous le donne
c'est quelque part au Livre IV de la Physique dARISTOTE 28
je ne le vois pas ici dans mes papiers, mais la vrit il doit y tre
ARISTOTE le dfinit comme justement ce quelque chose qui [anais onto krono], dans un temps qui
ne peut pas tre senti, [dia microteta] en raison de son extrme petitesse, est [to extan].
[24 : ' : Tout coup s'emploie pour exprimer que la chose survient par un
drangement subit dans un temps qui, par sa petitesse, est imperceptible. (Barthlmy Saint-Hilaire)]
Je ne sais pas si ailleurs qu'en cet endroit, en cet endroit du Livre IV de la Physique, le terme [extan] est profr
dans la littrature antique, mais il est clair qu'il vient de C'est un participe, un participe pass, le participe pass
de l'aoriste second d' [istemi], de cet aoriste qui se dit [esten], c'est [stan], mais je ne sache pas qu'il y ait
de verbe [existemi], c'est contrler.
Quoiqu'il en soit, le sistere est dj l, l'tre stable, tre stable partir d'un dehors :
[to extan], ce qui n'existe qu' n'tre pas, c'est bien de cela qu'il s'agit, c'est cela que j'ai voulu ouvrir aujourd'hui
sous le chapitre gnral de l'Unien.
Et je vous en demande pardon, si j'ai choisi l'Unien, pardonnez-moi, c'est que c'est l'anagramme d'ennui.
28
98
19 Avril 1972
Sminaire : Panthon-Sorbonne
[au tableau]
99
Il est remarquable dj, n'est-ce pas, il est frappant que y ait de lUn n'ait jamais fait aucun sujet d'tonnement.
C'est tout de mme peut-tre aller un peu vite que de le formuler ainsi, car enfin, on peut mettre l'actif de ce que
j'appelle, comme tonnement - ce en quoi je vous interpelle de vous tonner - on peut y mettre l'actif justement
ce dont j'ai parl, dont je vous ai vraiment invit de la faon la plus vive prendre connaissance,
c'est ce fameux PARMNIDE n'est-ce pas, du cher PLATON, qui est toujours si mal lu,
enfin en tout cas - moi - que je m'exerce lire d'une faon qui n'est pas tout fait celle reue.
Pour le PARMNIDE, c'est tout fait frappant de voir quel point, un certain niveau, qui est celui proprement
du discours universitaire, il met dans l'embarras. La faon qu'ont tous ceux qui profrent des choses sages au titre de
l'Universit est toujours prodigieusement embarrasse. Comme s'il s'agissait l d'une gageure, n'est-ce pas,
d'une sorte de, d'exercice en quelque sorte purement gratuit, de ballet. Et le droulement des huit hypothses
concernant les rapports de lUn et de l'tre reste en quelque sorte problmatique, un objet de scandale.
Certains bien sr se distinguent en en montrant la cohrence, mais cette cohrence apparat dans l'ensemble gratuite et
la confrontation des interlocuteurs, elle-mme, parat confirmer le caractre anhistorique, si on peut dire, de l'ensemble.
Je dirais - si tant est que je puisse avancer quelque chose sur ce point - je dirais que ce qui me frappe,
c'est vraiment tout fait le contraire, et que si quelque chose me donnait l'ide qu'il y a dans le dialogue platonicien
je ne sais quelle premire assise d'un discours proprement analytique, je dirais que c'est bien celui-l, le PARMNIDE,
qui me le confirmerait.
Il est tout fait clair en effet que si vous vous rappelez ce que j'ai donn, ce que j'ai inscrit comme structure
pardon de me taire pendant que j'cris, parce que sinon a va faire des complications
ce que j'ai donn comme est bien que quelque chose dont ce n'est pas par hasard que a s'inscrit comme
le signifiant index 1 [S 1 ] qui se trouve au niveau de la production dans le discours analytique.
Et c'est dj quelque chose qui, encore que j'en conviens, a ne puisse pas vous apparatre tout de suite,
je ne vous demande pas de le prendre comme une vidence, c'est une indication de l'opportunit de centrer
trs prcisment sur - non pas le chiffre - mais le signifiant Un, notre interrogation dans sa suite.
a ne va pas de soi, qu'il y ait d'lun. a a l'air d'aller de soi comme a, parce que par exemple il y a des tres vivants
et que vous avez bien toute l'apparence, tout un chacun, enfin, qui tes l si bien rangs, n'est-ce pas, d'tre, d'tre tout
fait indpendants les uns des autres et de constituer chacun ce qu'on appelle de nos jours une ralit organique,
de tenir comme individu. C'est bien de l bien sr que toute une premire philosophie a pris un appui certain.
Ce qu'il y a par exemple de frappant, c'est qu'au niveau de la logique aristotlicienne, le fait de mettre sur la mme
colonne, c'est--dire - dans l'occasion je vous le rappelle - de mettre au principe de la mme spcification de l'X,
savoir je l'ai dit, je l'ai dj nonc, de l'homme, de l'tre qui se qualifie chez le parlant comme masculin, si nous prenons
le il existe : il existe au moins un pour qui X n'est pas recevable comme assertion : : , eh bien de ce point de vue,
du point de vue de l'individu, nous nous trouvons placs devant une position qui est nettement contradictoire,
savoir que la logique aristotlicienne, laquelle est fonde sur cette intuition de l'individu qu'il pose comme rel :
ARISTOTE nous dit que, aprs tout il n'y a pas de ce n'est pas l'ide du cheval qui est relle, c'est le cheval bel et bien vivant,
sur lequel nous sommes forcs de nous demander prcisment comment, comment vient l'ide, d'o nous la retirons.
Il renverse, il renverse non sans arguments premptoires ce dont parlait PLATON, qui est savoir que c'est de participer
l'ide du cheval que le cheval se soutient, que ce qu'il y a de plus rel, c'est l'ide du cheval.
Si nous nous plaons sous l'angle, sous le biais aristotlicien, il est clair qu'il y a contradiction entre l'nonc que :
pour tout x, x remplit dans x la fonction d'argument et le fait que : il y a quelque x qui ne peut remplir la place d'argument
que dans l'nonciation exacte ngation de la premire. Si on nous dit que : tout cheval - ce que vous voudrez enfin,
n'est-ce pas ? - est fougueux et si on y ajoute que : il y a quelque cheval - au moins un - qui ne l'est pas dans la logique
aristotlicienne, cest une contradiction.
100
Ce que j'avance est fait pour vous faire saisir que justement si je peux, si j'ose avancer deux termes, ceux qui sont de
droite dans mon groupe quatre termes - c'est pas par hasard qu'ils sont quatre - si je peux avancer quelque chose
qui manifestement fait dfaut ladite logique, c'est bien certainement dans la mesure o le terme d'existence a chang
de sens dans l'intervalle et o il ne s'agit pas de la mme existence quand il s'agit de l'existence d'un terme qui est
capable de prendre dans une fonction mathmatiquement articule la place de l'argument.
Rien encore ici ne fait le joint de ce Yad'lun comme tel avec cet au moins un qui est trs prcisment
ce qui est formul par la notion E invers x : :, il existe un x, au moins un qui donne, ce qui se pose comme
fonction, une valeur qualifiable du vrai. Cette distance qui se pose de l'existence, si l'on peut dire
je ne l'appellerai pas autrement aujourd'hui faute d'un meilleur mot
l'existence naturelle, qui n'est pas limite aux organismes vivants.
Ces Uns par exemple, nous pouvons les voir dans les corps clestes dont ce n'est pas pour rien qu'ils sont les
parmi les premiers avoir retenu une attention proprement scientifique, c'est trs prcisment dans cette affinit
qu'ils ont avec l'Un. Ils apparaissent comme s'inscrivant au ciel comme des lments d'autant plus aisment marquables
de l'Un qu'ils sont punctiformes et il est certain qu'ils ont beaucoup fait pour mettre l'accent - comme forme
de passage - pour mettre l'accent sur le point.
Si entre l'individu et ce qu'il en est de ce que j'appellerai l'Un rel dans l'intervalle, les lments qui se signifient comme
punctiformes ont jou un rle minent pour ce qui est de leur transition. Est-ce que il ne vous est pas sensible
et certainement est-ce que a n'a pas retenu votre oreille au passage ?
que je parle de l'Un comme d'un Rel, d'un Rel qui aussi bien peut n'avoir rien faire avec aucune ralit ?
J'appelle ralit ce qui est la ralit, savoir par exemple votre existence propre, mode de soutien qui est assurment
matriel, et d'abord parce qu'il est corporel. Mais il s'agit de savoir de quoi l'on parle quand on dit Yad'lun
d'une certaine faon dans la voie dans laquelle s'engage la science. Je veux dire partir de ce tournant o dcidment
c'est au nombre comme tel qu'elle s'est fie pour ce qui est son grand tournant, le tournant galilen, pour le nommer.
Il est clair que, de cette perspective scientifique, le Un que nous pouvons qualifier d'individuel, Un et puis quelque chose
qui s'nonce dans le registre de la logique du nombre, il n'y a pas tellement lieu de s'interroger sur l'existence,
sur le soutien logique qu'on peut donner une licorne tant qu'aucun animal n'est pas conu d'une faon plus approprie
que la licorne elle-mme. C'est bien dans cette perspective qu'on peut dire que ce que nous appelons la ralit, la ralit
naturelle, nous pouvons la prendre au niveau d'un certain discours
et je ne recule pas prtendre que le discours analytique ne soit celui-l
la ralit nous pouvons toujours la prendre au niveau du fantasme.
Ce Rel dont je parle et dont le discours analytique est fait pour rappeler que son accs c'est le Symbolique.
Le dit Rel c'est dans et par cet impossible que ne dfinit que le Symbolique, que nous y accdons.
J'y reviens au niveau de l'histoire naturelle d'un PLINE.
Je ne vois pas ce qui diffrencie la licorne d'aucun autre animal, lui parfaitement existant dans l'ordre naturel.
La perspective qui interroge le Rel dans une certaine direction nous commande d'noncer ainsi les choses.
Je ne suis pas du tout pour autant en train de vous parler de quoi que ce soit qui ressemble un progrs.
Ce que nous gagnons sur le plan scientifique qui est incontestable, n'accrot absolument pas pour autant par exemple
notre sens critique en matire de en matire de vie politique par exemple. J'ai toujours soulign que ce que nous
gagnons d'un ct, est perdu de l'autre pour autant que, il y a une certaine limitation inhrente ce qu'on peut
appeler le champ de l'adquation chez l'tre parlant.
Ce n'est pas parce que nous avons fait - concernant la vie, la biologie - des progrs depuis PLINE, que c'est un progrs absolu.
Si un citoyen romain voyait comment nous vivons
il est malheureusement hors de cause de l'voquer cette occasion en personne
mais enfin il serait probablement boulevers d'horreur. Comme nous ne pouvons en prjuger que d'aprs les ruines
qu'a laisses cette civilisation, l'ide que nous pouvons nous en faire, c'est de voir, ou d'imaginer ce que seront
les restes de la ntre dans un temps, s'il est supposable, quivalent.
Ceci, n'est-ce pas, pour ne pas que vous vous montiez le bourrichon, si je puis dire, sur le sujet d'une confiance
que je ferais particulirement la science. Il ne s'agit pas dans le discours analytique, d'un discours scientifique,
mais d'un discours dont la science nous fournit le matriel, ce qui est bien diffrent.
101
Donc il est clair que la prise de l'tre parlant sur le monde o il se conoit comme plong
schma dj qui sent son fantasme, n'est-ce pas ?
que cette prise tout de mme ne va en augmentant - a c'est certain - cette prise ne va en augmentant
que dans la mesure o quelque chose s'labore et c'est l'usage du nombre.
Je prtends vous montrer que ce nombre se rduit tout simplement ce Yad'lun . Alors, il faut voir ce qui
historiquement nous permet d'en savoir sur ce Yad'lun un petit peu plus que ce que PLATON en fait,
si je puis dire, en le mettant tout plat avec ce qu'il en est de l'tre. Il est certain que ce dialogue est
extraordinairement suggestif et fcond et que si vous voulez bien y regarder de prs vous y trouverez dj
prfiguration de ce que je peux - sur la base, sur le thme de la thorie des ensembles - noncer ce Yad'lun .
Commencez seulement l'nonc de la premire hypothse, si l'Un
il est prendre pour sa signification
si l'Un est Un, qu'est-ce que nous allons pouvoir en faire ? La premire chose qu'il y met comme objection est ceci
c'est que cet Un ne sera nulle part, parce que s'il tait quelque part, il serait dans une enveloppe, dans une limite, et
que ceci est bien contradictoire avec son existence d' Un.
Qu'est-ce qu'y a ? Ben voil ! Je parle doucement.
C'est comme a, tant pis, c'est comme a que je parle aujourd'hui, c'est sans doute que je peux pas faire mieux.
Pour que l'Un ait pu tre labor dans son existence d'Un de la faon que fonde la Mengenlehre, la thorie des ensembles,
pour le traduire comme on l'a traduit - non sans bonheur - en franais, mais certainement avec un accent qui ne rpond
pas tout fait avec le sens du terme original en allemand qui, du point de vue de ce qu'on vise, n'est pas meilleur.
Eh bien, ceci n'est venu que tard, et n'est venu qu'en fonction de toute l'histoire des mathmatiques elles-mmes,
dont bien entendu il n'est pas question que je retrace mme le plus bref des abrgs, mais dans lequel il faut tenir
compte de ceci, qui a pris tout son accent, toute sa porte, savoir de ce que je pourrais appeler les,
les extravagances du nombre.
a a commenc videmment trs tt puisque dj au temps de PLATON le nombre irrationnel faisait problme et
que il se trouvait hriter
il nous en donne l'nonc avec tous les dveloppements dans le Thtte
n'est-ce pas, le scandale pythagoricien du caractre irrationnel de la diagonale du carr, du fait qu'on ne finira
jamais ceci est dmontrable sur une figure. Et c'est bien ce qu'il y avait de plus heureux pour leur faire apparatre,
cette poque, l'existence de ce que j'appelle l'extravagance numrique . Je veux dire quelque chose qui sort du champ de l'Un.
Aprs a, quoi ? Quelque chose que nous pouvons
dans la mthode dite d'exhaustion d'ARCHIMDE
considrer comme l'vitement de ce qui vient tellement de sicles aprs, sous la forme des paradoxes du calcul
infinitsimal, sous la forme de l'nonc de ce qu'on appelle l'infiniment petit, chose qui ne met que trs longtemps
tre labor en posant, en posant quelque quantit finie dont on dit que de toute faon, un certain mode d'oprer
aboutira tre plus petit que ladite quantit, c'est--dire, en fin de compte, se servir du fini pour dfinir un transfini.
Et puis l'apparition - ma foi, on ne peut pas ne pas la mentionner - l'apparition de la srie trigonomtrique de Fourier
qui n'est pas certainement sans poser toutes sortes de problmes de fondement thorique. Tout ceci conjugu avec
la rduction, la rduction des principes parfaitement finitistes du calcul dit infinitsimal qui se poursuit
la mme poque et dont CAUCHY est le grand reprsentant.
Je ne fais cette vocation ultra rapide que pour dater ce que veut dire la reprise sous la plume de CANTOR
de ce qui est le statut de l'Un. Le statut de l'Un, partir du moment o il s'agit de le fonder, ne peut partir que de
son ambigut. savoir que le ressort de la thorie des ensembles tient tout entier ce que le Un qu'il y a de l'ensemble,
est distinct de l'Un de l'lment. La notion de l'ensemble repose sur ceci : qu'il y a ensemble mme avec un seul lment.
a ne se dit pas comme a d'habitude, mais le propre de la parole est justement d'avancer avec des gros sabots.
Il suffit d'ailleurs d'ouvrir n'importe quel expos de la thorie des ensembles, pour toucher du doigt ce que ceci implique.
savoir que si l'lment pos comme fondamental d'un ensemble est ce quelque chose que la notion mme
de l'ensemble permet de poser comme un ensemble vide, eh bien ceci fait, l'lment est parfaitement recevable.
savoir qu'un ensemble peut avoir l'ensemble vide comme constituant son lment, qu'il est ce titre absolument
quivalent ce qu'on appelle communment un singleton pour ne pas justement annoncer tout de suite la carte du
chiffre 1. Et ceci de la faon la plus fonde pour la bonne raison que nous ne pouvons dfinir le chiffre 1 qu'
prendre la classe de tous les ensembles qui sont un seul lment et en mettre en valeur l'quivalence comme tant
proprement ce qui constitue le fondement de l'Un.
102
La thorie des ensembles est donc faite pour restaurer le statut du nombre. Et ce qui prouve qu'elle le restaure
effectivement - ceci dans la perspective de ce que j'nonce - c'est que trs prcisment
noncer comme elle le fait le fondement de l'Un et y faire reposer le nombre comme classe d'quivalence
elle aboutit la mise en valeur de ce qu'elle appelle le non-dnombrable qui est trs simple et vous allez le voir,
d'un accs immdiat, mais que, le traduire dans mon vocabulaire, j'appelle non pas le non-dnombrable
- objet que je n'hsiterai pas qualifier de mythique - mais l'impossibilit dnombrer.
Ce qui se dmontre par la mthode
ici je m'excuse de ne pas pouvoir en illustrer immdiatement au tableau la facture,
mais vraiment aprs tout, qu'est-ce qui empche ceux d'entre vous que ce discours intresse
d'ouvrir le moindre trait dit Thorie nave des ensembles pour s'apercevoir que :
par la mthode dite diagonale, on peut faire toucher du doigt qu'il y a moyen noncer - d'une srie de faons
diffrentes - la suite des nombres entiers, car la vrit on peut l'noncer de trente six mille faons,
qu'il sera immdiatement accessible de montrer que, quelle que soit la faon dont vous l'ayez ordonne, il y en aura
prendre simplement la diagonale, et dans cette diagonale,
en changer chaque fois selon une rgle l'avance dtermine les valeurs
une autre faon encore de les dnombrer.
C'est trs prcisment en ceci que consiste le Rel attach l'Un. Et si tant est qu'aujourd'hui je ne peux en pousser
assez loin dans le temps auquel j'ai promis que je me limiterai, la dmonstration, je vais tout de mme ds maintenant
mettre l'accent sur ce que comporte cette ambigut mise au fondement de l'Un comme tel.
C'est trs exactement ceci que - contrairement l'apparence - l'Un ne saurait tre fond sur la mmet ,
mais qu'il est trs prcisment, au contraire, par la thorie des ensembles, marqu comme devant tre fond sur la pure
et simple diffrence. Ce qui rgle le fondement de la thorie des ensembles consiste en ceci, que quand vous en notez
- disons pour aller au plus simple - trois lments, chacun spar par une virgule, donc par deux virgules,
si un de ces lments d'aucune faon apparat tre le mme qu'un autre, ou s'il peut lui tre uni par quelque signe
que ce soit d'galit, il est purement et simplement tout-un avec celui-ci.
Au premier niveau de bti qui constitue la thorie des ensembles, est l'axiome d'extentionnalit qui signifie trs prcisment
ceci qu'au dpart il ne saurait s'agir de mme. Il s'agit trs prcisment de savoir quel moment dans cette
construction surgit la mmet . La mmet non seulement surgit sur le tard dans la construction - et si je puis dire,
sur un de ses bords - mais en plus je puis avancer que cette mmet comme telle se compte dans le nombre,
et que donc le surgissement de l'Un - en tant qu'il est qualifiable du mme - ne surgit, si je puis dire, que d'une faon exponentielle.
Je veux dire que c'est partir du moment o l'Un dont il s'agit n'est rien d'autre que cet aleph zro [ 0 ] o se symbolise
le cardinal de l'infini, de l'infini numrique, cet infini que CANTOR appelle impropre et qui est fait des lments
de ce qui constitue le premier infini propre, savoir l' 0 en question, c'est au cours de la construction de cet 0
qu'apparat la construction du mme lui-mme, et que ce mme, dans la construction est compt lui-mme comme lment.
C'est en quoi, disons il est inadquat dans le dialogue platonicien de faire participation de quoi que ce soit d'existant
l'ordre du semblable. Sans le franchissement dont se constitue l'Un d'abord, la notion du semblable ne saurait
apparatre d'aucune faon.
C'est ce que nous allons, j'espre, voir. Si nous ne le voyons pas ici aujourd'hui puisque je suis limit un quart
d'heure de moins que ce que j'ai d'habitude, je le poursuivrai ailleurs. Et pourquoi pas la prochaine fois,
au jeudi de Sainte-Anne, puisqu'un certain nombre d'entre vous en connassent le chemin.
Nanmoins ce que je veux marquer, c'est ce qui rsulte de ce dpart mme de la thorie des ensembles
et de ce que j'appellerai - pourquoi pas ? - la cantorisation - condition de l'crire c.a.n - du nombre. Voici ce dont il s'agit.
Pour y fonder d'aucune faon le cardinal, il ny a dautres voies que celles de ce quon appelle
lapplication bi-univoque dun ensemble sur un autre . Quand on veut lillustrer, on ne trouve rien de mieux,
on ne trouve rien dautre que dvoquer alternativement je ne sais quel rite primitif de potlatch pour la prvalence
do sortira linstauration dun chef au moins provisoire, ou plus simplement la manipulation dite du matre dhtel,
celui qui confronte un par un chacun des lments dun ensemble de couteaux avec un ensemble de fourchettes.
Cest partir du moment o il y en aura encore Un dun ct et plus rien de lautre - quil sagisse des troupeaux que
font franchir un certain seuil chacun des deux concurrents au titre de chef, ou quil sagisse du matre dhtel qui est
en train de faire ses comptes - il apparatra quoi ?
L'Un commence au niveau o il y en a Un qui manque. Lensemble vide est donc proprement lgitim de ceci
quil est, si je puis dire la porte dont le franchissement constitue la naissance de l'Un.
103
La monade est ce selon quoi chacun des tants peut tre dit Un, et le nombre, arithmos, est trs prcisment cette multiplicit qui est faite de monades .
Le triangle de PASCAL nest pas ici pour rien. Il est l pour figurer ce quon appelle dans la thorie des ensembles,
non pas les lments, mais les parties de ces ensembles. Au niveau des parties, les parties nonces monadiquement
dun ensemble quelconque sont de la seconde ligne : la monade est seconde.
Comment appellerons-nous la premire, celle qui est en somme constitue de cet ensemble vide dont le franchissement
est justement ce dont lUn se constitue ? Pourquoi ne pas user de lcho que nous donne la langue espagnole
et ne pas lappeler la nade ? Ce dont il sagit dans ce Un rpt de la premire ligne, cest trs proprement la nade,
savoir la porte dentre qui se dsigne du manque.
Cest partir de ce quil en est de la place o se fait un trou, de ce quelque chose que, si vous en voulez une figure,
je reprsenterais comme tant le fondement du Yadlun , il ne peut y avoir de l'Un que dans la figure dun sac,
qui est un sac trou. Rien nest Un qui ne sorte ou qui - du sac, ou qui dans le sac - ne rentre : cest l le fondement
originel, le prendre intuitivement, de l'Un.
Je ne puis, en raison de mes promesses, et je le regrette, pousser donc ici plus loin aujourdhui ce que jai apport.
Sachez simplement que nous interrogerons - comme jen avais ici dj dsign la figure - que nous interrogerons,
partir de la triade, la forme la plus simple o les parties, les sous-ensembles faits des parties de lensemble,
o ces parties sont figurables dune faon qui nous satisfasse, pour remonter ce qui se passe au niveau de la dyade
et au niveau de la monade. Vous verrez qu interroger, non pas ces nombres premiers, mais ces premiers nombres,
sera souleve une difficult dont le fait quelle soit une difficult figurative, jespre, ne nous empchera pas
de comprendre quelle est lessence, et de voir ce quil en est du fondement de l'Un.
104
Entretiens de Sainte-Anne
C'est un drle d'emploi du temps, mais enfin pourquoi pas : pendant le week-end il m'arrive de vous crire.
C'est une faon de parler. J'cris parce que je sais que dans la semaine on se verra.
Enfin le week-end dernier, je vous ai crit. Naturellement, dans l'intervalle, j'ai eu tout fait le temps d'oublier
cette criture et je viens de la relire, pendant le dner htif que je fais pour tre l l'heure.
Je vais commencer par l. Naturellement, c'est un peu difficile, mais peut-tre que vous prendrez des notes.
Puis aprs a, je dirai les choses que j'ai penses depuis, en pensant plus rellement vous.
J'avais crit ceci, que bien sr je ne livrerai jamais la poubellication, je ne vois pas pourquoi j'augmenterai le contenu
des bibliothques : il y a deux horizons du signifiant. L-dessus crit, je fais une accolade
comme c'est crit, il faut que vous fassiez attention, je veux dire que vous ne croyiez pas comprendre
alors dans l'accolade, il y a le maternel - qui est aussi le matriel - et puis il y a crit le mathmatique.
Jy serai forc, je le sais, mais enfin je ne peux pas me mettre tout de suite parler, sans a je ne vous lirai jamais ce
que j'ai crit. Peut-tre que dans la suite, j'aurai revenir sur cette distinction dont je souligne qu'elle est d'horizon.
Les articuler, je veux dire comme tels - a c'est une parenthse, je l'ai pas crit - je veux dire les articuler dans chacun
de ces deux horizons, c'est donc - a, je l'ai crit - c'est donc procder selon ces horizons eux-mmes, puisque la
mention de leur au-del - au-del de l'horizon - ne se soutient que de leur position
quand a vous ennuiera vous me le direz et je vous raconterai les choses que j'ai vous raconter ce soir
de leur position - cris-je - en un discours de fait.
Pour le discours analytique ce de fait m'implique assez dans ses effets pour qu'on le dise tre de mon fait, qu'on le
dsigne par mon nom. L'a-mur - ce que j'ai dsign ici pour tel - le rpercute diversement avec les moyens de ce qu'on
appelle justement le bord , de ce bord-homme . Le bord-homme a m'a inspir - je l'ai crit a - : brrom 'brrom -ouap
- ouap . C'tait une trouvaille d'une personne qui dans l'ancien temps m'a donn des enfants.
C'est une indication concernant :
- la voix - l'(a)-voix - qui comme chacun sait aboie,
- et l'(a)-regard aussi, qui n'y (a)regarde pas de si prs ,
- et l'(a)stuce qui fait l'astuce,
- et puis l'(a)merde aussi, qui fait de temps en temps graffito d'intentions plutt injurieuses dans les pages
journalistiques, mon nom. Bref, c'est :
- l'(a)vie, comme dit une personne qui se divertit pour l'instant, c'est gai ! C'est vrai, en somme.
Ces effets n'ont rien faire avec la dimension qui se mesure de mon fait, c'est savoir que c'est dun discours
qui n'est pas le mien propre que je fais la dimension ncessaire. C'est du discours analytique, qui pour n'tre pas encore
- et pour cause ! - proprement institu, se trouve avoir besoin de quelques frayages quoi je m'emploie.
partir de quoi ? Seulement de ceci en fait que ma position en est dtermine.
Bon. Alors maintenant, parlons de ce discours et du fait qu'y est essentielle la position comme telle du signifiant.
Je voudrais quand mme - vu ce public que vous constituez - vous faire une remarque :
c'est que cette position du signifiant se dessine d'une exprience qu'il est la porte de chacun de vous de faire,
pour vous apercevoir de quoi il s'agit et combien c'est essentiel.
Quand vous connaissez imparfaitement une langue et que vous lisez un texte, eh bien vous comprenez,
vous comprenez toujours. a devrait vous mettre un peu en veil. Vous comprenez dans le sens o - d'avance vous savez ce qui s'y dit. Bien sr, il en rsulte que le texte peut se contredire. Quand vous lisez par exemple un texte
sur la Thorie des Ensembles, on vous explique ce qui constitue l'ensemble infini des nombres entiers.
la ligne suivante on vous dit quelque chose que vous comprenez, parce que vous continuez de lire :
Ne croyez pas que c'est parce que a continue toujours qu'il est infini .
Comme on vient de vous expliquer que c'est pour a qu'il l'est, vous sursautez.
105
Mais quand vous y regardez de prs, vous trouvez le terme qui dsigne qu'il s'agit de deem [Juger, estimer], c'est--dire
que ce n'est pas sur a que vous devez juger, parce qu'ils savent qu'elle ne s'arrte pas cette srie des nombres entiers,
qu'elle est infinie, c'est pas parce qu'elle est indfinie. De sorte que vous vous apercevez que c'est parce que,
soit vous avez saut deem , soit vous n'tes pas assez familier avec l'anglais, que vous avez compris trop vite,
c'est--dire que vous avez saut cet lment essentiel qui est celui d'un signifiant qui rend possible ce changement
de niveau, grce auquel vous avez eu un instant le sentiment d'une contradiction.
II ne faut jamais sauter un signifiant. C'est dans la mesure o le signifiant ne vous arrte pas que vous comprenez.
Or comprendre, c'est tre toujours compris soi-mme dans les effets du discours, lequel discours en tant que tel
ordonne les effets du savoir dj prcipits par le seul formalisme du signifiant.
Ce que la psychanalyse nous apprend, c'est que : tout savoir naf
a c'est crit, et c'est pour a que je le lis
est associ un voilement de la jouissance qui s'y ralise et pose la question de ce qui s'y trahit des limites de la puissance, c'est--dire quoi ? - du trac impos la jouissance. Ds que nous parlons - c'est un fait ! nous supposons quelque chose ce qui se parle,
ce quelque chose que nous imaginons prpos, encore qu'il soit sr que nous ne le supposions jamais qu'aprs-coup.
C'est seulement au fait de parler que se rapporte, dans l'tat actuel de nos connaissances, que puisse s'apercevoir que
ce qui parle - quoi que ce soit - est ce qui jouit de soi comme corps. Ce qui jouit d'un corps qu'il vit comme - ce que j'ai dj
nonc - du tu-able , c'est--dire comme tutoyable, d'un corps qu'il tutoie et d'un corps qui il dit tue-toie
dans la mme ligne.
La psychanalyse, qu'est-ce ? C'est le reprage de ce qui se comprend d'obscurci, de ce qui s'obscurcit en
comprhension, du fait d'un signifiant qui a marqu un point du corps.
La psychanalyse, c'est ce qui reproduit - vous allez retrouver les rails ordinaires - c'est ce qui reproduit une production
de la nvrose. L-dessus, tout le monde est d'accord. Il n'y a pas un psychanalyste qui ne s'en soit aperu.
Cette nvrose qu'on attribue - non sans raison - l'action des parents, n'est atteignable que dans toute la mesure o
l'action des parents s'articule justement - c'est le terme par quoi j'ai commenc la troisime ligne - de la position du psychanalyste.
C'est dans la mesure o elle converge vers un signifiant qui en merge, que la nvrose va s'ordonner selon le discours
dont les effets ont produit le sujet : tout parent traumatique est en somme dans la mme position que le psychanalyste.
La diffrence c'est que :
- le psychanalyste, de sa position, reproduit la nvrose
- et que le parent traumatique, lui, la produit innocemment.
Ce dont il s'agit c'est - ce signifiant - de le reproduire partir de ce qui dabord a t son efflorescence. Faire un modle
de la nvrose, c'est en somme l'opration du discours analytique. Pourquoi ? Dans la mesure o il y te la cote de jouissance !
La jouissance exige en effet le privilge : il n'y a pas deux faons d'y faire pour chacun.
Toute reduplication la tue : elle ne survit qu' ce que la rptition en soit vaine, c'est--dire toujours la mme.
C'est l'introduction du modle qui - cette rptition vaine - l'achve. Une rptition acheve la dissout,
de ce qu'elle soit une rptition simplifie. C'est toujours, bien sr, du signifiant que je parle quand je parle du yadl'un .
Pour tendre ce dl'un la mesure de son empire - puisqu'il est assurment le signifiant-matre - il faut l'approcher
l o on l'a laiss ses talents, pour le mettre lui, au pied du mur.
Voil ce qui rend utile - comme incidence - le point o j'en suis arriv cette anne
n'ayant le choix que de a Ou pire
cette rfrence mathmatique, ainsi appele parce que c'est l'ordre o rgne le mathme, c'est--dire ce qui produit
un savoir qui, de n'tre que produit, est li aux normes du plus-de-jouir, c'est--dire du mesurable.
Un mathme c'est ce qui proprement, et seul, s'enseigne. Ne s'enseigne que l'Un. Encore faut-il savoir de quoi il s'agit.
Et c'est pour a que cette anne, je l'interroge.
Je ne poursuivrai pas plus loin ma lecture, que j'ai lue - je pense - assez lentement - et qui est assez difficile pour que, sur chacun de ses termes que j'ai bien pels, quelques questions pour vous s'accrochent.
Et c'est pour a que maintenant, je vais vous parler plus librement.
Il y a quelqu'un, l'autre jour, qui au sortir du dernier truc au Panthon - il est peut-tre l encore - est venu m'interpeller
sur le sujet de savoir : si je croyais la libert . Je lui ai dit qu'il tait drle. Et puis comme je suis toujours assez fatigu,
j'ai rompu avec lui, mais a ne veut pas dire que je ne serai pas prt, l-dessus, lui faire personnellement quelques
confidences.
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Il est un fait que j'en parle rarement. En sorte que cette question est de son initiative.
Je ne dplorerai pas de savoir pourquoi il me l'a pose.
Ce que je voudrais alors plus librement dire, c'est que faisant allusion dans cet crit ce en quoi, ce par quoi
je me trouve en position - ce discours analytique de le frayer, c'est bien videmment en tant que je le considre comme
constituant - au moins en puissance - cette sorte de structure que je dsigne du terme de discours, c'est--dire ce par quoi
- par l'effet pur et simple du langage - se prcipite un lien social. On s'est aperu de a sans avoir besoin pour autant de la
psychanalyse. C'est mme ce qu'on appelle couramment idologie .
La faon dont un discours s'ordonne de faon telle qu'il prcipite un lien social comporte, inversement, que tout ce qui s'y
articule s'ordonne de ses effets. C'est bien ainsi que j'entends ce que pour vous j'articule du discours de la psychanalyse : c'est que,
s'il n'y avait pas de pratique psychanalytique, rien de ce que je puis en articuler n'aurait d'effets que je puisse attendre.
Je n'ai pas dit n'aurait de sens . Le propre du sens, c'est d'tre toujours confusionnel, c'est--dire de faire le pont
- de croire faire le pont - entre un discours - en tant que s'y prcipite un lien social - avec ce qui, d'un autre ordre,
provient d'un autre discours.
L'ennuyeux c'est que quand vous procdez, comme je viens de dire dans cet crit qu'il est question de procder ,
c'est--dire de viser - d'un discours - ce qui y fait fonction de l'Un, qu'est-ce que je fais en l'occasion ?
Si vous me permettez ce nologisme, je fais de lunologie. Avec ce que j'articule, n'importe qui peut faire une ontologie
d'aprs ce qu'il suppose
au-del justement de ces deux horizons, que j'ai marque tre dfinis comme horizons du signifiant.
On peut se mettre - dans le discours universitaire - reprendre de ma construction le modle, en y supposant en un
point arbitraire je ne sais quelle essence qui deviendrait - on ne sait d'ailleurs pourquoi - la valeur suprme.
C'est tout particulirement propice ce qui s'offre au discours universitaire dans lequel ce dont il s'agit, c'est
selon le diagramme que j'en ai dessin
107
C'tait pour moi - bien sr, parce que je ne suis pas compltement n des dernires pluies - une gageure.
J'espre que la personne dont il s'agit n'est pas l, j'en suis quasiment sr [Rires] ! J'ai pris quelqu'un, Dieu merci,
que je savais d'avance avoir besoin d'une psychanalyse, mais sur la base de cette demande
vous vous rendez compte de ce que je peux faire comme saloperies pour vrifier mes affirmations !
sur la base de ceci qu'il fallait tout prix qu'il ait le conjugo, avec la dame de son cur.
Naturellement, bien sr a a rat - Dieu merci ! - dans les plus brefs dlais !
Bon, abrgeons, parce que tout a ce sont des anecdotes.
C'est une autre histoire, mais comme a, un jour o je serai en veine et o je me risquerai faire du LA BRUYRE,
je traiterai la question des rapports de l'amour avec le semblant. Mais nous ne sommes pas l ce soir, pour nous attarder
ces babioles ! Il s'agit de savoir ceci, sur quoi je reviens parce qu'il me semblait avoir fray la chose, c'est le rapport
de tout a que je suis en train de r-noncer
que je vous rappelle d'une brve touche des vrits d'exprience
c'est de savoir la fonction dans la psychanalyse, du sexe.
Je pense quand mme l-dessus avoir frapp les oreilles, mme les plus sourdes, par l'nonc de ceci qui mrite d'tre
comment : qu'il n'y a pas de rapport sexuel. Bien sr cela mrite d'tre articul. Pourquoi est-ce que le psychanalyste
s'imagine que ce qui fait le fond de ce quoi il se rfre, c'est le sexe ? Que le sexe a soit rel, ceci ne fait pas le moindre doute.
Et sa structure mme, c'est le duel, le nombre deux .
Quoi qu'on en pense, il y en a deux : les hommes, les femmes, dit-on, et on s'obstine y ajouter les auvergnats ! [Rires]
C'est une erreur ! Au niveau du Rel il n'y a pas d'auvergnats. Ce dont il s'agit quand il s'agit de sexe c'est de l'autre,
de l'autre sexe, mme quand on y prfre le mme.
C'est pas parce que j'ai dit - tout l'heure - que pour ce qui est de la russite d'un amour, l'aide de la psychanalyse
est prcaire, qu'il faut croire que le psychanalyste s'en foute, si je puis m'exprimer ainsi. Que le partenaire en question
soit de l'autre sexe et que ce qui est en jeu, ce soit quelque chose qui ait rapport sa jouissance
je parle de l'autre, du tiers, propos duquel il est nonc ce parlage autour de l'amour
le psychanalyste ne saurait y tre indiffrent, parce que celui qui n'est pas l, pour lui c'est bien a le Rel.
Cette jouissance-l, celle qui n'est pas en analyse , si vous me permettez de m'exprimer ainsi, elle fait fonction pour
lui de Rel. Ce qu'il a par contre en analyse - c'est--dire le sujet - il le prend pour ce qu'il est, c'est--dire pour effet de
discours. Je vous prie de remarquer au passage qu'il ne le subjective pas. a ne veut pas dire que tout a
c'est ses petites ides, mais que comme sujet, il est dtermin par un discours dont il provient depuis longtemps,
et c'est a qui est analysable.
L'analyste - je prcise - n'est nullement nominaliste. Il ne pense pas aux reprsentations de son sujet, mais il a
intervenir dans son discours, en lui procurant un supplment de signifiant. C'est ce qu'on appelle l'interprtation.
Pour ce qu'il n'a pas sa porte, c'est--dire ce qui est en question, savoir la jouissance de celui qui n'est pas l,
en analyse, il la tient pour ce qu'elle est, c'est--dire assurment de l'ordre du Rel, puisqu'il ne peut rien y faire.
Il y a une chose frappante, c'est que le sexe comme rel - je veux dire duel, je veux dire qu'il y en ait deux jamais personne - mme l'vque BERKELEY - n'a os noncer que c'tait une petite ide que chacun avait
dans la tte, que c'tait une reprsentation. Et c'est bien instructif que dans toute l'histoire de la philosophie,
jamais personne ne se soit avis d'tendre jusque l l'idalisme.
Ce que je viens de vous dfinir ce propos c'est ceci que surtout depuis quelque temps, le sexe, nous avons vu
ce que c'tait au microscope - je ne parle pas des organes sexuels, je parle des gamtes - rendez-vous compte qu'on manquait
de a jusqu' LEEUWENHOEK et SWAMMERDAM. Pour ce qui en est du sexe, on en tait rduit penser
que le sexe c'tait partout : [] la nature, le [nouss], tout le bastringue, tout a c'tait le sexe :
et les vautours femelles faisaient l'amour avec le vent 29
29 Cf. Dictionnaire de la fable ou mythologie grecque, latine, gyptienne Par Franois-Joseph-Michel Nol (1803) :
le vautour est employ pour dsigner la mre, parce que selon les gyptiens, il n'y a que des vautours femelles. Voici, disent-ils, de quelle
manire cet oiseau est engendr : lorsqu'il est en amour, il ouvre au vent du nord les parties gnitales et en est comme fcond pendant cinq
jours, durant lesquels il ne mange ni ne boit, tout occup du soin de se reproduire.
108
Le fait que nous sachions d'une faon certaine que le sexe a se trouve l : dans deux petites cellules qui
ne se ressemblent pas, de ceci et sous prtexte du sexe - bien sr, depuis bien avant qu'on ait su qu'il y a deux espces
de gamtes - au nom de a le psychanalyste croit qu'il y a rapport sexuel.
On a vu des psychanalystes
dans la littrature, dans un domaine dont on ne peut pas dire qu'il soit trs filtr
trouver dans l'intrusion du gamte mle
du spermato - comme on dit - et zode encore
dans l'enveloppe de l'ovule, trouver-l le modle de je ne sais quelle effraction redoutable.
Comme s'il y avait le moindre rapport
entre cette rfrence qui n'a pas le moindre rapport, si ce n'est de la plus grossire mtaphore,
avec ce dont il s'agit dans la copulation
comme s'il pouvait y avoir l quoi que ce soit qui se rfre avec ce qui entre en jeu dans les rapports dits
de l'amour , savoir, comme je l'ai dit et tout d'abord, beaucoup de paroles. C'est bien l toute la question.
Et c'est bien l que l'volution des formes du discours est pour vous bien plus indicative dans ce dont il s'agit - c'est d'effets
du discours - bien plus indicative que toute rfrence ce qui totalement, mme sil est sr que les sexes soient
deux, ce qui totalement reste en suspens, cest savoir si ce que ce discours est capable darticuler, comprend
oui ou non, le rapport sexuel. Cest a qui est digne dtre mis en question.
Les petites choses que je vous ai dj crites au tableau, savoir : lopposition dun : et dun /, dun il existe
et dun non il existe au mme niveau, celui d il nest pas vrai que x , et dautre part dun tout x est conforme
la fonction x et de pas tout - qui est une formule nouvelle - pas tout - et rien de plus - nest susceptible
dans la colonne de droite
de satisfaire la fonction dite phallique , cest cela autour de quoi
comme je tcherai de lexpliquer dans les sminaires qui vont suivre, cest--dire ailleurs
cest cela, cest--dire dans une srie de bances qui se trouvent en tous les points de prsumer quen fonction de
ces termes - cest--dire ici, ici, ici, ici des bances diverses, pas toujours les mmes, cest cela qui mrite dtre point
pour donner son statut ce quil en est autour du sujet, du rapport sexuel.
Ceci nous montre assez quel point le langage trace, dans sa grammaire mme, les effets dits de sujet, ceci recouvre
assez ce qui sest dcouvert dabord de la logique, pour que nous puissions ds maintenant nous attacher
comme je le fais depuis quelques-uns de ces appels que je fais
laudition dun signifiant, pour que je puisse tenter dy donner sens, car cest le seul cas - et pour cause
o ce terme sens soit justifi lnoncer : y a dlUn .
Parce quil y a une chose qui doit quand mme vous apparatre, cest que sil ny a pas de rapport, cest que - des deux
- chacun reste un. Linou cest que les psychanalystes, dont - plus ou moins juste titre - on dnonce la mythologie,
il est drle que justement celle quon manque dnoncer, soit la plus porte de la main. Quand les gamtes
se conjoignent, ce qui en rsulte, cest pas la fusion des deux. Avant que a se ralise il y faut une vache dvacuation,
la miose quon appelle a ! Et ce qui est Un, nouveau, a se fait avec ce que nous pouvons appeler assez justement
pourquoi pas, je ne veux pas aller trop loin
je ne dirai pas des dbris de chacun deux , mais enfin un chacun deux qui a lch un certain nombre de dbris.
Trouver - et mon Dieu sous la plume de FREUD - lide que lros se fonde
au subjonctif : voyez lquivoque, mais je ne vois pas pourquoi
je ne me servirai pas de la langue franaise, entre fondation et fusion
que lros se fonde de faire de l'Un avec les deux, c'est videmment une ide trange partir de laquelle, bien sr,
procde cette ide absolument exorbitante qui s'incarne dans la prcherie laquelle pourtant le cher FREUD
rpugne de tout son tre
il nous la lche de la faon la plus claire dans L'avenir d'une illusion,
dans bien d'autres choses encore, dans bien d'autres endroits, dans Malaise dans la civilisation
sa rpugnance cette ide de l'amour universel. Et pourtant, la force fondatrice de la vie, de l'instinct de vie , comme
il s'exprime, serait tout entire dans cet ros qui serait principe d'union !
109
C'est pas seulement pour des raisons didactiques que je voudrais produire devant vous, sur le sujet de l'Un,
ce qui peut tre dit pour contrebattre cette mythologie grossire, outre qu'elle nous permettra peut-tre,
non seulement d'exorciser lros - j'entends lros de doctrine, freudienne - mais la chre Thanatos aussi
avec laquelle on nous emmerde depuis assez longtemps.
Et il n'est pas vain cet endroit, de nous servir de quelque chose dont ce n'est pas par hasard que c'est venu au jour
depuis quelques temps. J'ai dj introduit la dernire fois une considration sur ce qui se repre comme la Thorie des Ensembles .
Bien sr, ne vous prcipitez pas comme a !
Pourquoi pas aussi Parce qu'on peut aussi un peu rigoler : les hommes et les femmes, ils sont ensemble eux aussi.
a ne les empche pas d'tre chacun de son ct. Il s'agit de savoir si - sur ce y a d'l'Un dont il est question
nous ne pourrions pas de l'ensemble - dun ensemble bien sr, qui n'a jamais t fait pour a - tirer quelque lumire.
Alors, puisqu'ici je fais des ballons d'essai, je propose simplement de tcher de voir avec vous ce qui l-dedans
peut servir, je ne dirai pas d'illustration il s'agit de bien autre chose. Il s'agit de ce que le signifiant a faire avec l'Un.
Parce que bien sr l'Un c'est pas d'hier qu'il est surgi. Mais il est surgi quand mme propos de deux choses tout fait diffrentes :
- propos d'un certain usage des instruments de mesure,
- et en mme temps de quelque chose qui n'avait absolument aucun rapport, savoir de la fonction de l'individu.
L' individu, c'est ARISTOTE. ARISTOTE, ces tres qui se reproduisent, toujours les mmes, a le frappait.
a en avait frapp dj un autre, un nomm PLATON, dont la vrit je crois que c'est parce qu'il n'avait rien de mieux
s'offrir pour nous donner l'ide de la forme qu'il en arrivait noncer que la forme est relle.
Il fallait bien qu'il illustre comme il le pouvait, son ide de l'Ide .
L'autre, bien sr, fait remarquer que quand mme, la forme c'est trs joli mais que ce en quoi elle se distingue
c'est ceci : c'est que c'est simplement elle que nous reconnaissons dans un certain nombre d'individus qui se ressemblent .
Nous voil partis sur des pentes mtaphysiques diverses. Ceci ne nous intresse aucun degr, la faon dont l'Un s'illustre :
- que ce soit de l'individu
- ou que ce soit d'un certain usage pratique de la gomtrie.
Quels que soient les perfectionnements que vous puissiez ajouter la dite gomtrie - par la considration des
proportions, de ce qui se manifeste de diffrence entre la hauteur d'un pieu et celle de son ombre il y a beau temps
que nous nous sommes aperus que l'Un pose d'autres problmes, et ceci pour le simple fait que la mathmatique
a un tant soit peu progress. Je ne vais pas revenir sur ce que j'ai nonc la dernire fois, savoir sur le calcul diffrentiel,
les sries trigonomtriques et, d'une faon gnrale, la conception du nombre comme dfini par une squence.
Ce qui apparat trs clairement, c'est que la question est l pose tout autrement de ce qu'il en est de l'Un,
parce qu'une squence a se caractrise de ceci : que c'est foutu comme la suite des nombres entiers. Il s'agit de rendre
compte de ce que c'est que le nombre entier.Je ne vais pas, bien sr, vous faire d'nonc de la Thorie des Ensembles.
Je veux simplement pointer ceci : que premirement il a fallu attendre assez tard, la fin du dernier sicle,
a n'est pas depuis plus de cent ans qu'il a t tent de rendre compte de la fonction de l'Un, qu'il est remarquable
que l'ensemble se dfinisse d'une faon telle que le premier aspect sous lequel il apparaisse soit celui de l'ensemble
vide et que d'autre part, ceci constitue un ensemble , savoir celui dont le dit ensemble vide [] est le seul lment :
a fait un ensemble un lment . C'est de l que nous partons, et la dernire fois
je le dis pour ceux qui n'y taient pas au Panthon, l o j'ai commenc d'aborder ce sujet glissant
que le fondement de l'Un, de ce fait-l, s'avre tre proprement constitu de la place d'un manque.
Je l'ai illustr grossirement de l'usage pdagogique dans ce dont il s'agit de faire entendre de la dite Thorie des Ensembles,
pour faire sentir que la dite Thorie n'a d'autre objet direct que de faire apparatre comment peut s'engendrer la notion
propre de nombre cardinal par la correspondance biunivoque. Je l'ai illustr la dernire fois : c'est au moment o
manque - dans les deux sries compares - un partenaire, que la notion de l'Un surgit : il y en a un qui manque.
Tout ce qui s'est dit du nombre cardinal ressortit de ceci, c'est que si la suite des nombres comporte toujours
ncessairement un - et un seul - successeur, si pour autant que ce que, dans le cardinal se ralise - de l'ordre du nombre
ce dont il s'agit : c'est proprement la suite cardinale en tant que commenant zro, elle va jusqu'au nombre
qui prcde immdiatement le successeur.En vous nonant ainsi - d'une faon improvise - j'ai fait dans mon
nonc une petite faute : celle par exemple de parler d'une suite comme si elle tait d'ores et dj ordonne.
Retirez ceci que je n'ai point affirm : cest simplement que chaque nombre - cardinalement - correspond au cardinal qui
le prcde en y ajoutant l'ensemble vide.
110
L'important de ce que je voudrais ce soir vous faire sentir, c'est que si l'Un surgit comme de l'effet du manque,
la considration des ensembles prte quelque chose, qui je crois est digne d'tre mentionn et que je voudrais
mettre en valeur, de la rfrence ceci que la Thorie des Ensembles a permis de distinguer - dans l'ordre de ce qu'il en
est de l'ensemble - deux types : l'ensemble fini et d'admettre l'ensemble infini.
Dans cet nonc, ce qui caractrise l'ensemble infini est proprement de pouvoir tre pos comme quivalent
l'un quelconque de ses sous-ensembles. Comme l'avait dj remarqu GALILE - qui n'avait pas pour cela attendu
CANTOR - la suite de tous les carrs est en correspondance biunivoque avec chacun des nombres entiers. Il n'y a
en effet aucune raison jamais de considrer qu'un de ces carrs serait trop grand pour tre dans la suite des entiers.
C'est ceci qui constitue l'ensemble infini, au moyen de quoi on dit qu'il peut tre rflexif.
Par contre, dans ce qu'il en est de l'ensemble fini il est dit - comme tant sa proprit majeure - qu'il est propice ce qui
s'exerce dans le raisonnement proprement mathmatique - c'est--dire dans le raisonnement qui s'en sert ce qu'on appelle l'induction . L'induction est recevable quand un ensemble est fini.
Ce que je voudrais vous faire remarquer, c'est que dans la Thorie des Ensembles, il est un point que quant moi
je considre comme problmatique. C'est celui qui relve de ce qu'on appelle la non-dnombrabilit des parties entendez par l sous-ensembles - telles qu'elles peuvent se dfinir partir d'un ensemble.
Il est trs facile si vous partez de ceci : pour prendre le nombre cardinal : vous avez un ensemble compos par exemple de cinq lments.
- Si vous appelez sous-ensemble la saisie en 1 ensemble de chacun de ces cinq lments,
- puis des groupes que forment 2 de ces lments sur cinq, il vous est facile de calculer combien ceci fera
de sous-ensemble : il y a en a trs exactement dix.
- Puis vous les prenez par 3 : il y en aura encore dix.
- Puis vous les prenez par 4. Il y en aura cinq.
- Et vous arriverez la fin l'ensemble en tant qu'il n'y en a qu'un, l prsent, comprendre
- 5 lments. Ce quoi il convient d'ajouter l'ensemble vide qui, en tout cas, sans tre lment de l'ensemble,
est manifestable comme une de ses parties. Car les parties, a n'est pas l'lment.
Ce qui s'en ordonne Si quelquun voulait crire ma place au tableau a me reposerait.
Ceci s'crit comme a :1,5,10,10,5,1. Qu'est-ce qu'il se trouve que nous avons dfini comme partie de l'ensemble ?
- L'ensemble vide est l.
- Les cinq lments , , , , , par exemple sont l.
- Ce qui est ensuite, c'est , , , . Vous pouvez en faire autant partir de , vous pouvez le faire
partir de , etc. Vous verrez qu'il y en a dix.
- Et ensuite ici vous avez () avec le manque d. Et vous pouvez, en faisant manquer chacune de ces
lettres, obtenir le nombre ncessaire de cinq pour le regroupement comme parties des lments.
Moyennant quoi vous trouvez, ce qui est certain il suffirait que je complte cet nonc d'un ensemble cardinal 5
par la suite - qu'on va mettre ct qui est celle qui se rfre un ensemble quatre lments.
Autrement dit, imagez-le d'un ttradre. Vous verrez que vous avez une ttrade : que vous avez six artes, que vous avez
quatre sommets, que vous avez quatre faces, et que vous avez aussi l'ensemble vide.
La remarque que je fais, a ceci qui en rsulte : je n'ai fait allusion l'autre cas que pour montrer que dans les deux cas
la somme des parties est gale 2N, N tant prcisment le nombre cardinal des lments de l'ensemble .
Il ne s'agit pas ici, en quoi que ce soit, de quelque chose qui branle la Thorie des Ensembles.
Ce qui est nonc ce propos de la dnombrabilit, a toutes ses applications, par exemple dans la remarque
que rien ne change la catgorie d'infini d'un ensemble si en est retire une suite quelconque dnombrable .
Nanmoins l'apport qui est fait de la non-dnombrabilit, en ceci qu'assurment et en tout cas, on ne saurait appliquer
sur un ensemble, un ensemble fini, la somme de ses parties dfinie telle qu'elle vient de l'tre est-ce - j'interroge la meilleure faon d'introduire la non-dnombrabilit d'un ensemble infini ?
Il s'agit d'une introduction didactique. Je le conteste partir du moment o la proprit de rflexivit telle qu'elle est affecte
l'ensemble infini et qui comporte que lui manque l'inductivit caractristique des ensembles finis, laisse crire pourtant,
comme j'ai pu le voir en certains lieux, que la non-dnombrabilit des parties de l'ensemble fini ressortirait- je le souligne par induction, de ceci que ces parties s'criraient comme s'crit l'ensemble infini des nombres entiers[ ]: 2 puissance aleph zro 30
[20, soit 2 puissance cardinal de ].
P29F
30 Une classe des ensembles infinis est la classe des ensembles infinis dits dnombrables (quipotents ). Une autre classe d'ensembles infinis
est la classe des ensembles quipotents qui sont appels ensembles continus. Se pose alors le problme de l'hypothse du continu : existe-t-il
un ensemble dont le cardinal est strictement compris entre , qui est le cardinal de et qui est le cardinal de ?
111
Si, comme la formule en porte elle-mme la trace, ce qu'on appelle ensemble des parties aboutit une formule
qui contient le nombre 2 port la puissance [du cardinal] des lments de lensemble, est-ce qu'il est tout fait recevable
et surtout partir du moment o nous mettons en question l'induction quand il s'agit de l'ensemble infini
comment est-il recevable que nous acceptions une formule qui manifeste aussi clairement qu'il s'agit,
non pas de parties de l'ensemble, mais de sa partition.
J'y ajouterai quelque chose qui a bien son intrt : cest que 0 , bien sr n'est qu'un index
index qui n'est pas pris au hasard, et index forg pour dsigner car il y en a toute la srie des autres en
principe admis, toute la srie des nombres entiers peuvent servir d'index ce qu'il en est de l'ensemble en
tant qu'il fonde le transfini
nanmoins, partir du moment o ce dont il s'agit c'est la fonction de la puissance, et qu'il semble que nous ayons
abus de l'induction en nous permettant d'y trouver test de la non-dnombrabilit des parties de l'ensemble infini, est-ce que,
y regarder de prs, nous ne trouverions pas ici, ce zro, une autre fonction, celui qu'il a dans la puissance exponentielle,
c'est savoir que quelque nombre que ce soit, l'exposant zro quant ce qui est de la puissance, l'gale Un, quel que
soit ce nombre. Je souligne : un nombre quelconque puissance un, c'est lui-mme, mais un nombre puissance zro, c'est
toujours Un, pour la raison trs simple, cest qu'un nombre puissance moins un, c'est son inverse.
C'est donc un qui sert ici d'lment pivot.
R
partir de ce moment la partition de l'ensemble transfini aboutit ceci, savoir que si nous galons l'aleph zro
dans cette occasion Un, nous avons pour ce qu'il en est de la partition de l'ensemble, ce qui parat en effet
bien recevable, savoir que la suite des nombres entiers n'est supporte par rien d'autre que par la ritration
de l'Un, le Un sorti de l'ensemble vide.
C'est de se reproduire qu'il constitue ce que j'ai donn la dernire fois comme tant au principe manifest dans
le triangle de Pascal , de ce qu'il en est au niveau du cardinal des monades, et que derrire les appuis ce que j'ai appel
je le dis pour les sourds qui se sont interrogs sur ce que j'avais dit
la nade , c'est--dire le un en tant qu'il sort de l'ensemble vide, qu'il est la ritration du manque.
Je souligne trs prcisment ceci que l'Un dont il s'agit, c'est trs proprement ce quoi la Thorie des Ensembles
ne substitue comme ritration, que l'ensemble vide, ce en quoi elle manifeste - elle, la Thorie des Ensembles
la vraie nature de la nade .
Ce qui est en effet affirm au principe de l'ensemble, ceci sous la plume de CANTOR
112
certes comme on le dit : nave au moment o elle a fray cette voie vraiment sensationnelle
ce que la plume de CANTOR affirme, c'est que pour ce qui est des lments de l'ensemble
ceci veut dire qu'il s'agit de quelque chose d'aussi divers qu'on le voudra, cette seule condition que nous posions chacune de ces
chosesqu'il va jusqu' dire objet de l'intuition ou de la pense, c'est ainsi qu'il s'exprime. Et en effet pourquoi le lui refuser,
a ne veut rien dire d'autre que quelque chose d'aussi ternel qu'on voudra
il est tout fait clair qu' partir du moment o on mle l'intuition avec la pense, ce dont il s'agit c'est de signifiants,
ce qui est bien entendu manifest par le fait que a s'crit a, b, c, d.
Mais ce qui est dit, c'est trs surement proprement ceci : que ce qui est exclu - donc dans l'appartenance un ensemble
comme lment - c'est qu'un lment quelconque soit rpt comme tel. C'est donc en tant que distinct que subsiste
quelque lment que ce soit d'un ensemble. Et pour ce qu'il en est de l'ensemble vide il est affirm au principe de
la Thorie des Ensembles qu'il ne saurait tre qu'un. Cet Un, la nade
en tant qu'elle est au principe du surgissement de l'Un numrique, de l'Un dont est fait le nombre entier
est donc quelque chose qui se pose comme tant d'origine l'ensemble vide lui-mme.
Cette notion est importante parce que si nous interrogeons cette structure, c'est dans la mesure o pour nous dans le
discours analytique, l'Un se suggre comme tant au principe de la rptition, et que donc ici il s'agit justement de
l'espce d'Un qui se trouve marqu de n'tre jamais - dans ce qu'il en est de la thorie des nombres - que d'un manque,
que d'un ensemble vide.
Mais il y a - partir du moment o j'ai introduit cette fonction de la partition - un point du triangle de Pascal
que vous me permettrez d'interroger. Avec les deux colonnes que je viens de faire, j'en ai assez pour vous montrer
o porte mon point d'interrogation. Voici ce que j'nonce.
S'il est vrai que nous navons comme nombre de partitions que le nombre qui prcdemment tait affect l'ensemble (n-1)
l'ensemble dont le nombre cardinal est infrieur d'une unit au cardinal d'un ensemble
regardez comment, engendrer partir de ce nombre
qui correspond aux prsumes parties de l'ensemble que nous appellerons plus brivement infrieur,
infrieur d'un, comme lment
pour trouver, comme le triangle de PASCAL nous l'a dj appris, les parties qui vont composer - elles se trouveront
dans une bipartition - qui vont composer comme partie - selon le premier nonc - l'ensemble suprieur, nous avons
chaque fois faire l'addition de ce qui correspond dans la colonne de gauche aux deux nombres qui sont situs
immdiatement gauche et au-dessus du premier pour obtenir dans loccasion : ici le chiffre dix, ici le chiffre quatre.
Qu'est-ce dire, si ce n'est que pour obtenir le premier chiffre, celui - des monades de l'ensemble, des lments du nombre cardinal de l'ensemble, c'est uniquement du fait d'avoir, je dirai : par un abus d'office, mis l'ensemble vide au rang
des lments monadiques. C'est--dire que c'est en additionnant l'ensemble vide avec chacune des quatre monades de la
colonne prcdente que nous obtenons le nombre cardinal des monades, des lments, de l'ensemble suprieur.
Essayons maintenant simplement, pour vous rendre la chose figurable, de voir ce que ceci donne sur un schma.
Et prenons pour tre plus simple la colonne encore d'avant, prenons ici trois monades et non plus quatre. L'ensemble,
nous le figurons de ce cercle.Mais lensemble vide, je ne tiens pas ce quil soit du tout forcment au centre, mais
seulement le figurer nous lavons l :
113
Nous avons dit que cet ensemble vide quand il sagira de faire lensemble ttradique, cet ensemble vide viendra au rang
des monades du prcdent, cest--dire que pour le reprsenter comme ceci, par un ttradre
bien entendu, il ne sagit pas de ttradre, il sagit de nombres
si cest dsign par les lettres grecques , , , nous aurons ici, comme quatrime lment un lment
dans lordre de ces sous-ensembles, nous aurons lensemble vide. Mais il nen reste pas moins que lensemble vide,
au niveau de ce nouvel ensemble, il existe toujours, et que cest au niveau de ce nouvel ensemble que ce qui vient
dtre extrait de lensemble vide, nous lappellerons autrement, et puisque nous avons dj , , , nous lappellerons .
Quest-ce que ceci nous conduit voir ? Cest quau niveau de llment des sous-ensembles antpnultime [n-1] cest-dire pour dsigner celui-ci, savoir celui - disons, pour rester dans lintuition des cinq quadrangles - quon peut
mettre en vidence dans - disons aussi - un polydre cinq sommets. L aussi nous avons prendre - quoi ? - les quatre
triangles de la ttrade. En tant que quoi ? En tant que dans ces quatre triangles, nous allons pouvoir faire trois soustractions
diffrentes, ceci y tant additionn, ce qui le constitue comme ensemble, ou plus exactement comme sous-ensemble.
Comment pouvons nous avoir notre compte
sauf ce mme niveau, o nous aurions trois sous-ensemble
dy ajouter les lments seuls de lensemble, cest--dire , , , , comme non pris en un ensemble, cest--dire
en tant que dfinis comme lments ils ne sont pas des ensembles, mais quisols de ce qui les inclut dans lensemble
ils doivent tre compts, pour que nous ayons notre compte de quatre, fournir la partie du chiffre 5 au niveau de
lensemble 5 lments, il nous faut faire intervenir les lments au nombre de quatre comme simplement juxtaposs,
mais non pas pris en un ensemble, sous-ensemble loccasion, cest--dire quoi ?
Nous apercevoir de ceci : que dans la Thorie des Ensembles tout lment se vaut. Et cest bien ainsi que peut en tre
engendre lunit. Cest justement en ce quil est dit que le concept
de distinct et de dfini en loccasion reprsente ceci, cest que distinct ne veut dire que diffrence radicale
puisque rien ne peut se ressembler. Il ny a pas despces. Tout ce qui se distingue de la mme faon est le mme lment.
Cest ceci que a veut dire.
Mais quest-ce que nous voyons ? Nous voyons ceci : qu ne prendre llment que de pure diffrence, nous pouvons le
voir aussi comme mmet de cette diffrence, je veux dire pour l'illustrer, qu'un lment dans la Thorie des Ensembles
comme c'tait dj dmontr la deuxime ligne
est tout fait quivalent un ensemble vide, puisque l'ensemble vide peut aussi jouer comme lment. Tout ce qui se
dfinit comme lment est quivalent de l'ensemble vide.
Mais prendre cette quivalence, cette mmet de la diffrence absolue , la prendre comme isolable
et ceci non prise dans cette inclusion ensembliste - si je puis dire - qui la ferait sous-ensemble
a veut dire que la mmet comme telle est, en un point, compte ! Ceci me parat d'une extrme importance,
et trs prcisment par exemple, au niveau du jeu platonicien qui fait de la similitude une ide de substance
dans la perspective raliste
un universal en tant que cet universal est la ralit.
Ce que nous voyons, c'est qu'il n'est pas du mme niveau
et c'est a que j'ai fait allusion dans mon dernier discours du Panthon
ce n'est pas au mme niveau que l'ide de semblable s'introduit. La mmet des lments de l'ensemble est - comme telle compte comme jouant son rle dans les parties de l'ensemble.
La chose a certainement pour nous son importance, puisque de quoi s'agit-il au niveau de la thorie analytique ?
La thorie analytique voit pointer l'Un deux de ses niveaux. L'Un est l'Un qui se rpte. Il est au fondement de cette
incidence majeure dans le parler de l'analysant, qu'il dnonce d'une certaine rptition, eu gard - quoi ? - une
structure signifiante.
Quel est d'autre part - considrer le schma que j'ai donn du discours analytique ce qui se produit de la mise en place
du sujet au niveau de la jouissance de parler ?
114
Ce qui se produit et ce que je dsigne l'tage dit du plus-de-jouir, c'est S 1 , c'est--dire une production signifiante que
je propose - quitte me donner le devoir de vous en faire sentir l'incidence - que je propose de reconnatre dans ce
qu'il en est de quoi ?
-
L'Un dont il s'agit - celui que produit le sujet, disons point idal dans l'analyse - c'est trs prcisment
au contraire de ce dont il s'agit dans la rptition
l'Un comme un seul, l'Un en tant que - quelle que soit quelque diffrence qui existe - toutes les diffrences se valent :
il n'y en a qu'une, c'est la diffrence.
Cest ceci sur lequel je voulais ce soir achever ce discours, outre que l'heure et ma fatigue m'en pressent incidemment.
L'illustration de cette fonction du S 1 telle que je l'ai mise dans la formule statuante du discours analytique,
je la donnerai dans les sances qui viendront.
115
10 Mai 1972
Sminaire : Panthon-Sorbonne
Il m'est difficile de vous frayer la voie dans un discours qui ne vous intresse pas tous. Je vais dire comme pas tous et
mme j'ajoute : que comme pas tous . Une chose est vidente, c'est le caractre cl dans la pense de FREUD, du tous .
La notion de foule qu'il hrite de cet imbcile qui s'appelait Gustave LE BON lui sert entifier ce tous.
Il n'est pas tonnant qu'il y dcouvre la ncessit d'un il existe dont, cette occasion, il ne voit que l'aspect
qu'il traduit comme le trait unaire, der einziger Zug.
Le trait unaire n'a rien faire avec l' Yad'lun que j'essaie de serrer cette anne au titre qu'il n'y a pas mieux faire,
ce que j'exprime par : ou pire, dont ce n'est donc pas pour rien que j'ai dit le dire adverbialement.
J'indique tout de suite, le trait unaire est ce dont se marque la rptition comme telle. La rptition ne fonde aucun tous
ni n'identifie rien, parce que tautologiquement - si je puis dire - il ne peut pas y en avoir de premire.
C'est en quoi toute cette psychologie de quelque chose qu'on traduit par des foules : psychologie des foules ,
loupe ce qu'il s'agirait d'y voir avec un peu plus de chance, la nature du pas tous qui la fonde, nature qui est celle
justement de la femme mettre entre guillemets, qui pour le pre FREUD a constitu jusqu' la fin le problme,
problme de ce qu'elle veut . Je vous ai dj parl de a.
Mais revenons ce que j'essaie cette anne de filer pour vous. N'importe quoi - c'est vrai - peut servir crire l'1
de rptition. Ce n'est pas qu'il ne soit rien, c'est qu'il s'crit avec n'importe quoi pour peu que a soit facile rpter en figures.
Rien de plus facile figurer
pour ltre qui se trouve en charge de faire que dans le langage, a parle
rien de plus facile figurer que ce quil est fait pour reproduire naturellement, savoir - comme on dit
son semblable ou son type. Non pas quil sache dorigine faire sa figure, mais elle le marque, et a il peut lui rendre,
lui rendre la marque qui justement est le trait unaire.
Le trait unaire est le support de ce dont je suis parti sous le nom de stade du miroir, cest--dire lidentification imaginaire.
Mais non seulement ce pointage dun support typique cest--dire imaginaire - la marque comme telle, le trait unaire
ne constitue pas un jugement de valeur
comme il mest revenu - on la dit - que je faisais - jugement de valeur du type imaginaire caca! symbolique, miam! miam!
mais tout ce que jai dit, crit, inscrit, dans les graphes, schmatis dans le modle optique loccasion,
o le sujet se rflchit dans le trait unaire, et o cest seulement partir de l quil se repre comme moi-idal,
tout cela insiste justement sur ce que lidentification imaginaire sopre par une marque symbolique.
De sorte que, qui dnonce ce manichisme - le jugement de valeur, pouah ! - dans ma doctrine, dmontre seulement
ce quil est, pour mavoir entendu ainsi depuis le dbut de mon discours, dont il est pourtant contemporain.
Un porc, pour se dresser sur ses pattes et faire le porc debout, nen reste pas moins le porc quil tait de souche,
mais il ny a que lui pour simaginer quon sen souvient.
Pour revenir FREUD dont je nai fait l que commenter la fonction quil a introduite sous le nom de narcissisme,
cest bien de lerreur quil a commise en liant le moi sans relais sa Massenpsychologie que relve lincroyable de linstitution
dont il a projet ce quil appelle lconomie du psychisme , cest savoir lorganisation quoi il a cru devoir confier
la relance de sa doctrine. Il la voulue telle pourquoi ? Pour constituer la garde dun noyau de vrit.
Cest ainsi que FREUD la pens et cest bien ainsi aussi que ceux qui savrent tre les fruits de cette conception
sexpriment pour - mme sils dclarent modeste ce noyau - sen attirer la considration. Ce qui - du point o les
choses en sont maintenant dans lopinion - est comique. Il suffit pour le faire apparatre dindiquer ce quimplique
cette sorte de garant : une cole de sagesse. Voil comment, de toujours, on aurait appel a. Lest-ce ? Point dinterrogation.
La sagesse - comme il apparat du livre mme de la patience[lapsus] de la sapience qu'est lEcclsiaste - c'est quoi ?
C'est, comme il est dit l clairement, c'est le savoir de la jouissance. Tout ce qui se pose comme tel se caractrise comme sotrisme
et l'on peut dire que, il n'y a pas de religion - hors la chrtienne ! - qui ne s'en pare, avec les deux sens du mot.
Dans toutes les religions - la bouddhique et aussi bien la mahomtane, sans compter les autres - il y a cette parure
116
-1
2 0 , deux puissance aleph indice zro, moins un. Je crois vous avoir suffisamment soulign la diffrence qu'il y a
de lindice de l'index 0 la fonction du 0 quand elle est utilise dans une chelle exponentielle.
31 Allusion aux mouvements fministes et particulirement ici au MLF ( Cf. : mais qui commencent toujours par M )
32 Pablo Picasso : Le dsir attrap par la queue , Paris, Coll. L'Imaginaire Gallimard, 1995.
117
Bien sr ce n'est pas dire que je n'aie chatouill l la sensibilit de mathmaticiens qui pouvaient tre ce soir-l
dans mon auditoire. Ce que je voulais dire
et attendant que quelque chose m'en revienne : c'tait une interpellation
ce que je voulais dire c'est que - soustrait l'1 - tout cet difice des nombres devrait
l'entendre comme produit d'une opration logique,
nommment celle qui procde de la position du 0 et de la dfinition du successeur
se dfaire de toute la chane, jusqu' revenir son dpart.
Il est curieux qu'il m'ait fallu convoquer expressment quelqu'un pour que - de sa bouche - je retrouve le bien-fond
de ce qu'aussi la dernire fois j'ai nonc, savoir que ceci comporte non pas seulement l'1 qui se produit du 0 mais un autre
que, comme tel, j'ai marqu reprable dans la chane, du passage d'un nombre l'autre quand il s'agit de compter ses parties.
C'est l-dessus que j'espre conclure.
Mais ds maintenant je me contente de noter que la personne qui ainsi me confirmait
c'est elle qui, dans une ddicace qu'elle m'a fait l'honneur de me faire propos d'un article o elle-mme s'tait nonce
que j'crivais vite. a ne m'tait pas venu l'ide parce que ce que j'cris, je le refais dix fois, mais c'est vrai que
la dixime fois, je l'cris trs vite.
C'est pour a que, il y reste des bavures, parce que c'est un texte. Un texte, comme le nom l'indique,
a ne peut se tisser qu' faire des nuds. Quand on fait des nuds, il y a quelque chose qui reste et qui pend.
Je m'en excuse, je n'ai jamais crit que pour les gens censs m'avoir entendu et quand, par exception, j'crivais d'abord
- le rapport du congrs par exemple - je n'y ai jamais donn qu'un discours sur mon rapport. Qu'on consulte ce que
j'ai dit Rome, pour le congrs ainsi nomm, j'ai fait le rapport crit qu'on sait et a a t publi en son temps,
ce que j'ai dit je ne l'ai pas repris dans mon crit mais on y sera certainement plus l'aise que dans le rapport lui-mme.
Ceux pour qui donc, en somme, j'avais fait ce travail de reprise logique, ce travail qui part du Discours de Rome,
ds qu'ils abandonnent la ligne critique qui en rsulte, de ce travail, pour retourner aux tres - dont je dmontre
prcisment que ce discours doit s'abstenir - pour retourner ces tres et en faire le support du discours de l'analysant, ne
font que revenir au bavardage. C'est pourquoi ceux-l mme qui ont pris le large, de ce discours - aussitt dit, aussitt
fait ! - en ont compltement perdu le sens.
C'est bien pourquoi, propos de mon sujet suppos savoir, il s'est trouv, enfin qu'ils mettent
voire qu'ils impriment noir sur blanc, ce qui est plus fort,
justement s'apercevoir de dcoller de ce o je les conduisais, de la ligne o je les maintenais
qu'ils ne savaient plus rien. partir de quoi je le rpte, ils ont t dire qu' le supposer - ce savoir - la position de
l'analyste, c'est trs vilain , parce que c'est dire que l'analyste fait semblant.
Il n'y a a qu'une petite paille que j'ai dj pointe tout l'heure, c'est que l'analyste ne fait pas semblant, il occupe
- il occupe - avec quoi ? - c'est ce que je laisse y revenir il occupe la position du semblant.
Il l'occupe lgitimement parce que, par rapport la jouissance
la jouissance telle qu'ils ont la saisir dans les propos de celui qu'au titre d'analysant,
ils cautionnent dans son nonciation de sujet
il n'y a pas d'autre position tenable. Qu'il n'y a que de l que s'aperoit jusqu'o la jouissance, la jouissance
de cette nonciation autorise peut se mener sans dgts trop notoires.
Mais le semblant ne se nourrit pas de la jouissance
qu'il bafouerait, au dire de ceux qui reviennent au discours de l'ornire
il donne - ce semblant - autre chose que lui-mme, son porte-voix et justement de se montrer comme masque
je dis ouvertement port, comme dans la scne grecque
le semblant prend effet d'tre manifeste : quand l'acteur porte le masque, son visage ne grimace pas, il n'est pas raliste.
Le [pathos] est rserv au chur qui s'en donne - c'est le cas de le dire - cur joie. Et pourquoi ?
Pour que le spectateur - je dis celui de la scne antique - y trouve son plus-de-jouir communautaire, lui.
C'est bien ce qui fait pour nous le prix du cinma. L le masque est autre chose, c'est l'irrel de la projection.
Mais revenons nous. C'est de donner voix quelque chose, que l'analyste peut dmontrer que cette rfrence
la scne grecque est opportune. Car qu'est-ce qu'il fait, d'occuper comme telle cette position du semblant ?
Rien d'autre que de dmontrer justement, de le pouvoir dmontrer, que la terreur ressentie du dsir dont s'organise la nvrose,
ce qu'on appelle dfense, n'est - au regard de ce qui s'y produit de travail en pure perte - que conjuration faire piti.
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Vous retrouvez, aux deux bouts de cette phrase, ce qu'ARISTOTE dsigne de l'effet de la tragdie sur l'auditeur.
Et o ai-je dit que le savoir dont procde cette voix soit de semblant ? Doit-elle mme le paratre ? Prendre un ton inspir ?
Rien de pareil, ni l'air ni la chanson du semblant ne lui conviennent, l'analyste. Seulement voil, comme il est clair
que ce savoir n'est pas l'sotrique de la jouissance, ni seulement le savoir-faire de la grimace, il faut se rsoudre
parler de la vrit comme position fondamentale, mme si de cette vrit on ne sait pas tout, puisque je la dfinis
par son mi-dire, par le fait qu'elle ne peut plus que se mi-dire. Mais qu'est-ce alors que le savoir qui s'assure de la vrit ?
Il n'est rien que ce qui provient de la notation qui rsulte du fait de la poser partir du signifiant - maintien assez
rude soutenir - mais qui se confirme de fournir un savoir non-initiatique parce que procdant - n'en dplaise
quelqu'un - du sujet qu'un discours assujettit comme tel la production.
Ce sujet qu'il se trouve des mathmaticiens pour qualifier de cratif et prciser que c'est bien de sujet qu'il s'agit,
ce qui se recoupe de ce que le sujet, dans ma logique, s'extnue se produire comme effet de signifiant, bien entendu
en en restant aussi distinct qu'un nombre rel d'une suite dont la convergence est assure rationnellement.
Dire savoir non-initiatique, c'est dire savoir qui s'enseigne par d'autres voix que celles - directes - de la jouissance,
lesquelles sont toutes conditionnes de l'chec fondateur de la jouissance sexuelle. Je veux dire de ce par o la jouissance
constitutive de l'tre parlant se dmarque de la jouissance sexuelle. Sparation et dmarquage dont certes l'efflorescence
est courte et limite, et c'est pourquoi on en a pu faire le catalogue, prcisment partir du discours analytique
dans la liste parfaitement finie des pulsions.
Sa finitude est connexe de l'impossibilit qui se dmontre dans le questionnement vritable du rapport sexuel comme tel.
Plus exactement, c'est dans la pratique mme du rapport sexuel que s'affirme le lien que nous promouvons
nous, comme tres parlants, promouvons partout ailleurs
de l'impossible et du Rel. savoir que le Rel n'a pas d'autre attestation. Toute ralit est suspecte d'tre, non pas imaginaire,
comme on me l'impute, car la vrit il est assez patent que l'imaginaire tel qu'il surgit de l'thologie animale,
c'est une articulation du Rel ce que nous avons suspecter de toute ralit, c'est qu'elle soit fantasmatique.
Et ce qui permet d'y chapper, c'est qu'une impossibilit - dans la formule symbolique qu'il nous est permis d'en tirer - en dmontre le Rel
et dont ce n'est pas pour rien qu'ici pour dsigner le symbolique en question, on se servira du mot terme.
L'amour, aprs tout, pourrait tre pris pour l'objet d'une phnomnologie. L'expression littraire de ce qui en est mis
est assez profuse pour qu'on puisse prsumer qu'on en pourrait tirer quelque chose.
C'est tout de mme curieux que, mis part quelques auteurs, STENDHAL, BAUDELAIRE
et laissons tomber la phnomnologie amoureuse
du surralisme dont le moralisme coupe les bras, c'est le cas de le dire
il est curieux que cette expression littraire soit si courte, pour que il ne puisse mme pas nous en apparatre
la seule chose qui nous intresserait, c'est l'tranget, et que si ceci suffit dsigner tout ce qui s'en inscrit dans
le roman du XIXme sicle, pour tout ce qui est d'avant c'est le contraire.
C'est - reportez-vous L'Astre, qui pour les contemporains, n'tait pas rien - c'est que nous y comprenons si peu
ce qu'elle pouvait tre justement pour les contemporains, que nous n'en ressentons plus qu'ennui.
De sorte que cette phnomnologie, il nous est bien difficile de la faire et qu' reprendre ce qui y ferait inventaire,
on ne puisse en dduire dautre chose que la misre de ce sur quoi elle s'appuie.
La psychanalyse, elle, est partie l-dedans en toute innocence. Bien entendu, c'est pas trs gai ce qu'elle a rencontr d'abord.
Il faut reconnatre qu'elle ne s'y est pas limite, et ce qui lui en reste, de ce qu'elle a fray d'abord d'exemplaire,
c'est ce modle d'amour en tant qu'il est donn par les soins donns de la mre au fils, ce qui s'inscrit encore
dans le caractre chinois ho, qui veut dire le bien , ou ce qui est bien.
C'est rien d'autre que a : qui veut dire le fils , tseu, et a n : qui veut dire la femme.
ho
tseu
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tendre a de la fille chrissant le pre snile, et mme ce quoi je fais allusion la fin de ma Subversion du sujet,
savoir au mineur que sa femme frictionne avant qu'il la baise, c'est pas a qui nous clairera beaucoup le rapport sexuel.
Le savoir sur la vrit est utile l'analyste pour autant qu'il lui permet d'largir un peu son rapport ces effets de
sujet justement, et dont j'ai dit qu'il les cautionne en laissant le champ libre au discours de l'analysant.
Que l'analyste doive comprendre le discours de l'analysant, a semble en effet prfrable. Mais savoir d'o,
est une question qui ne semble pas s'imposer aux yeux, de la seule notation de ce qu'il lui faille tre dans le discours
occuper la position du semblant. Il faut bien sr accentuer que c'est en tant que (a) que cette position du semblant,
il l'occupe. L'analyste ne peut rien comprendre sinon au titre de ce que dit l'analysant, savoir de se voir,
non comme cause mais effet de ce discours, ce qui ne l'empche pas en droit de s'y reconnatre. Et c'est pour cela qu'il
vaut mieux qu'il soit pass par l, dans l'analyse didactique, qui ne peut tre sre qu' n'avoir pas t engage ce titre.
Il y a une face du savoir sur la vrit qui prend sa force d'en ngliger totalement le contenu, d'assner que l'articulation
signifiante est tellement son lieu et son heure que quelque chose qui n'est rien que cette articulation, dont la monstration
au sens passif se trouve prendre un sens actif et s'imposer comme dmonstration l'tre, l'tre parlant qui ne peut
faire cette occasion que de reconnatre, pour le signifiant, non seulement l'habiter, mais n'en tre rien que la marque.
Car la libert de choisir ses axiomes, c'est--dire le dpart choisi pour cette dmonstration, ne consiste qu' en subir
- comme sujet - les consquences qui elles, ne sont pas libres. partir seulement de ceci que la vrit
peut se construire partir seulement de 0 et 1, ce qui s'est fait seulement au dbut du dernier sicle,
quelque part entre BOOLE et MORGAN avec l'mergence de la logique mathmatique.
En quoi il ne faut pas croire que 0 et 1 ici notent l'opposition de la vrit et de l'erreur. C'est la rvlation
qui ne prend sa valeur que nachtrglich, par FREGE et CANTOR, de ce que ce 0 - dit de l'erreur - qui encombrait
les Stociens, pour qui c'tait a, et que a conduisait cette charmante folie de l'implication matrielle
dont ce n'est pas pour rien qu'elle tait refuse par certains, de ce qu'elle pose que l'implication est vritable
qui fait rsulter la vrit formule de l'erreur formule.
L'erreur impliquant la vrit est une implication vraie. Il n'est rien de pareil dans la position de ceci :
(0 1) 1 avec la logique mathmatique. Que 0 implique 1 est une implication notable de 1, c'est--dire du vrai.
0 a tout autant de valeur vridique de 1, que 1, parce que 0 n'est pas la ngation de la vrit 1, mais la vrit du manque
qui consiste en ce qu' 2, il en manque 1.
Ce qui veut dire, sur le seul plan de la vrit, que la vrit ne puisse parler qu' s'affirmer l'occasion, comme a s'est
fait pendant des sicles, tre la double vrit, mais jamais tre la vrit complte.
0 n'est pas la ngation de quoi que ce soit - notamment d'aucune multitude - il joue son rle dans l'dification du nombre.
Il est tout fait arrangeant, comme chacun sait. S'il n'y avait que des 0, comme on se la coulerait douce !
Mais ce qu'il indique, c'est que quand il faudrait qu'il y en ait 2, il n'y en a jamais qu'1 et a, c'est une vrit.
0 implique 1, le tout impliquant 1 [(0 1) 1], est prendre non comme le faux impliquant le vrai, mais comme
deux vrais, l'un impliquant l'autre. Mais aussi d'affirmer que le vrai ne soit jamais qu' manquer de son partenaire.
La seule chose quoi le 0 s'oppose, mais rsolument, c'est avoir une relation 1 telle que 2 puisse en rsulter.
Il n'est pas vrai - ce que je marque de la barre qui convient - que 0 impliquant 1, implique 2.
Comment donc saisir ce qu'il en est de ce 2, sans quoi il est clair que ne peut se construire aucun nombre ?
Je n'ai pas parl de les numrer, mais de les construire.
C'est bien pour a que la dernire fois je vous ai men jusqu' l'aleph [], c'tait pour - au passage - vous faire sentir
que dans la gnration d'un nombre cardinal l'autre, dans le comptage des sous-ensembles, quelque chose quelque part
se compte comme tel qui est un autre Un, ce que j'ai marqu du triangle de PASCAL,
en faisant remarquer que chaque chiffre, qui se trouve - droite - marquer le nombre des parties,
se fait de l'addition de ce qui y correspond comme parties dans l'ensemble prcdent.
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C'est ce 1, ce 1 que j'ai caractris quand il s'agit du 3 par exemple, savoir lab oppos au c, et du ba qui vient
de mme. Pour qu'il y en ait 4, il faut qu' l'ab, au ba, l'ac, il y ait l'abc, la juxtaposition des lments de l'ensemble
prcdent, leur juxtaposition comme telle, qui vienne en compte au seul titre de 1.
C'est ce que j'ai appel la mmet de la diffrence. Parce que c'est en tant que rien d'autre dans leur proprit n'est,
que d'tre diffrence, que les lments qui viennent ici supporter les sous-ensembles, que ces lments sont compts
eux-mmes dans la gnration des parties qui vont suivre. J'insiste. Ce qui est en question, c'est ce dont il s'agit
quant au dnombr, c'est l'Un en plus en tant qu'il se compte comme tel dans le dnombr,
dans l'aleph [ ]de ses parties chaque passage d'un nombre son successeur.
C'est de se compter comme tel de la diffrence comme proprit, que la multiplication qui s'exprime dans
l'exponentielle 2n-1 des parties de l'ensemble suprieur, de sa bipartition, que s'avre dans l'aleph [ ]- quoi ? tre mis l'preuve du dnombrable.
Que c'est l que se rvle en tant que d'un Un, de l'Un qu'il s'agit, c'est d'un autre qu'il s'agit, que ce qui se constitue
partir de l1 et du 0 comme inaccessibilit du 2 ne se livre qu'au niveau de l'aleph zro [ 0 ] c'est dire de l'infini actuel.
Je vais pour terminer, vous le faire sentir, et sous une forme tout fait simple qui est celle-ci :
de ce qu'on peut dire quant ce qu'il en est des entiers concernant une proprit qui serait celle de l'accessibilit.
Dfinissons l de ceci : qu'un nombre est accessible de pouvoir tre produit
- soit comme somme,
- soit comme exponentiation,
des nombres qui sont plus petits que lui. ce titre, le dbut des nombres se confirme de n'tre pas accessible
et trs prcisment jusqu' 2.
La chose nous intresse tout spcialement quant ce 2, puisque du rapport de l1 0, j'ai suffisamment soulign
que l'1 s'engendre de ce que le 0 marque de manque. Avec 0 et 1, que vous les additionniez, ou que vous les mettiez
l'un l'autre - voire l'un lui-mme - dans une relation exponentielle, jamais le 2 ne s'atteint. Le nombre 2 au sens
o je viens de le poser, qu'il puisse d'une sommation ou d'une exponentiation s'engendrer des nombres plus petits,
le test s'avre ngatif : il n'y a pas de 2 qui s'engendre au moyen du 1 et du 0.
Une remarque de GDEL est ici clairante :
c'est trs prcisment que l'aleph zro [ 0 ] - savoir l'infini actuel - est ce qui se trouve raliser le mme cas.
Alors que pour tout ce qu'il en est des nombres entiers partir de 2, commencez 3, 3 se fait avec 1 et 2,
4 peut se faire d'un 2 mis sa propre exponentiation et ainsi de suite, il n'y a pas un nombre qui ne puisse se raliser
par une de ces deux oprations partir des nombres plus petits que lui. C'est prcisment ce qui fait dfaut
et ce en quoi au niveau de l'aleph zro [ 0 ] se reproduit cette faille que j'appelle de l'inaccessibilit.
Il n'y a proprement aucun nombre qui
qu'on s'en serve en faire l'addition indfinie, avec tous ses voire avec tous ses successeurs, ni non plus
le porter un exposant aussi grand que vous voudrez
qui jamais accde l'aleph [ ]. Il est singulier
et ceci est ce qu'aujourd'hui je dois laisser de ct,
quitte le reprendre si a intresse quelques-uns, dans un cercle plus troit
il est tout fait frappant que de la construction de CANTOR, il rsulte qu'il n'y a pas d'aleph []qui,
partir de l'aleph zro [ 0 ] ne puisse tre tenu pour accessible.
121
Il n'est pas moins vrai que, de l'avis de ceux qui ont fait progresser cette difficult de la thorie des ensembles,
c'est seulement de la supposition que dans ces aleph [], il y en a d'inaccessibles, que peut se rintroduire
dans ce qu'il en est des nombres entiers, ce que j'appellerai la consistance.
Autrement dit que, sans cette supposition : l'inaccessible quelque part se produisant dans les aleph [], ce dont il s'agit
et ce dont je suis parti, est ce qui est fait pour vous suggrer l'utilit de ce qu'il y ait dlun , ce que vous sachiez
entendre ce qu'il en est de cette bipartition chaque instant fuyante, de cette bipartition de l'homme et de la femme.
Tout ce qui n'est pas homme est-il femme ? On tendrait l'admettre. Mais puisque la femme n'est pas tout ,
pourquoi tout ce qui n'est pas femme serait-il homme ?
Cette bipartition, cette impossibilit d'appliquer - en cette matire - du genre, quelque chose qui soit le principe
de contradiction, qu'il ne faille rien de moins que d'admettre l'inaccessibilit de quelque chose au-del de l'aleph
pour que la non contradiction soit consistante, qu'il soit fond de dire que ce qui n'est pas 1 soit 0,
et que ce qui n'est pas 0 soit 1, c'est cela que je vous indique comme tant ce qui doit permettre l'analyste d'entendre
un peu plus loin qu' travers les verres de lunettes de l'objet(a)
ce qui se produit, ce qui se produit d'effet, ce qui se cre de Un par un discours qui ne repose que sur le fondement
du signifiant.
122
17 Mai 1972
Sminaire : Panthon-Sorbonne
[Au tableau ]
On n'entend rien.
On n'entend pas ? On n'entend pas ! J'tais en train de dire qu'une grve, c'tait la chose du monde la plus sociale
qui soit, qui reprsente un respect du lien social qui est quelque chose de fabuleux. Mais l il y avait une pointe
dans cette coupure de courant qui avait une signification d'une grve, c'est que c'tait justement l'heure o,
tout comme moi, qui prparais ma cuisine , comme a, pour vous parler maintenant, qu'est-ce que a devait
pouvoir enquiquiner celle qui - malgr tout, tant l'occasion la femme du travailleur - s'appelle, de la bouche mme
du travailleur, qui - quand mme, j'en frquente ! - s'appelle la bourgeoise ! C'est vrai qu'ils les appellent comme a !
Et alors je me mettais quand mme rver. Parce que tout a se tient. Ce sont des travailleurs, des exploits.
C'est tout de mme bien parce qu'ils prfrent encore a l'exploitation sexuelle de la bourgeoise ! Voil ! a c'est pire.
C'est le ou pire. Vous comprenez ? Parce que, quoi a mne, de prononcer des articulations sur des choses quoi
on ne peut rien ? Le rapport sexuel ne se prsente, on ne peut pas dire que sous la forme de l'exploitation, c'est
d'avant, c'est cause de a que l'exploitation s'organise parce que, il n'y a mme pas cette exploitation-l. Voil, a c'est
pire, c'est le ou pire. C'est pas srieux. C'est pas srieux quoiqu'on voie bien que c'est l que devrait aller un discours
qui ne serait pas du semblant , mais c'est un discours qui finirait mal. a serait pas du tout un lien social, comme c'est ce
qu'il faut que soit un discours.
123
Bon, alors il s'agit maintenant du discours psychanalytique et il s'agit de faire que celui qui y fait fonction de (a) tienne une position
je vous ai dj expliqu a la dernire fois, bien sr, naturellement, a vous est pass comme l'eau
sur les plumes d'un canard, mais enfin certains quand mme en ont paru un peu comme a mouills
tienne la position du semblant.
Ceux qui sont vraiment intresss l-dedans, j'en ai eu quand mme des chos, a les a mus.
Il y a certains psychanalystes qui ont quelque chose qui les tourmente, qui les angoisse de temps en temps.
C'est pas pour a que je dis a, que j'insiste sur le fait que l'objet(a) doive tenir la position du semblant, c'est pas pour
leur foutre de l'angoisse, je prfrerais mme qu'ils n'en aient pas. Enfin, c'est pas un mauvais signe que a la leur
donne parce que a veut dire que mon discours n'est pas compltement superflu, qu'il peut prendre un sens.
Mais a ne suffit pas, a n'assure absolument rien qu'un discours ait un sens, parce que, il faut au moins que ce sens,
on puisse le reprer, n'est-ce pas. Si vous faites a, enfin, le mouvement brownien, chaque instant, a a un sens.
C'est bien ce qui rend la position du psychanalyste difficile, c'est parce que l'objet (a), sa fonction, c'est le dplacement.
Et comme ce n'est pas propos du psychanalyste que j'ai fait descendre du ciel pour la premire fois l'objet (a),
j'ai commenc dans un petit graphe qui tait fait pour donner os, ou repre, aux Formations de l'inconscient, le cerner
dans un point d'o il ne pouvait pas bouger.
Dans la position du semblant c'est beaucoup moins facile, beaucoup moins facile d'y rester parce que
l'objet(a) il vous fout le camp en moins de deux entre les pattes puisque c'est
comme je l'ai dj expliqu quand j'ai commenc - propos du langage - en parler
c'est il court, il court, le furet : dans tout ce que vous dites, il est chaque instant ailleurs.
Alors, c'est pour a que nous essayons d'apprhender d'o pourrait se situer quelque chose qui serait au-del du sens,
de ce sens qui fait qu'aussi bien je ne peux pas obtenir d'autre effet que l'angoisse l o c'est pas du tout ma vise.
C'est en a que nous intresse que soit ancr ce Rel, ce Rel que je dis - pas pour rien - tre mathmatique, parce que,
somme toute l'exprience, l'exprience de ce qu'il s'agit, de ce qui se formule, de ce qui s'crit l'occasion,
nous voyons, nous pouvons toucher du doigt que l, il y a quelque chose qui rsiste, je veux dire dont on ne peut pas
dire n'importe quoi. On peut pas donner au rel mathmatique n'importe quel sens. Il est mme tout fait frappant que
ceux qui se sont en somme, dans une poque rcente, approchs de ce Rel avec l'ide prconue de lui faire rendre
compte de son sens partir du vrai.
Il y avait comme a un immense farfelu, que vous connaissez bien sr de rputation, parce qu'il a fait son petit bruit
dans le monde, qui s'appelait Bertrand RUSSELL, qui est au cur de cette aventure et c'est quand mme lui
qui a formul quelque chose comme ceci : que la mathmatique, c'est quelque chose qui s'articule d'une faon telle que, qu'en fin
de compte on ne sait mme pas si c'est vrai, ce qui s'articule, ni si a a un sens .
a n'empche pas que - justement - a prouve ceci, c'est qu'on ne peut lui en donner n'importe lequel,
ni dans l'ordre de la vrit, ni dans l'ordre du sens et que a rsiste au point que, pour aboutir ce rsultat
que moi je considre comme un succs
le succs mme, n'est-ce pas le mode sous lequel a s'impose, que c'est rel
c'est que justement ni le vrai ni le sens n'y dominent, ils sont secondaires.
Et que de l, la position, cette position seconde, ces deux machins qui s'appellent le vrai et le sens leur restait
inhabituelle eux, enfin que a donne un peu le tournis aux gens quand ils prennent la peine de penser.
C'tait le cas de Bertrand RUSSELL, il pensait. C'tait c'est une manie d'aristocrate, n'est-ce pas,
et il y a vraiment aucune raison de trouver que ce soit l une fonction essentielle.
Mais ceux qui difient - je suis pas en train de faire de l'ironie - la Thorie des Ensembles ont bien assez faire
dans ce rel pour trouver le temps de penser ct. La faon dont on s'est engag dans une voie non seulement
dont on ne peut pas en sortir mais dont a mne quelque part avec une ncessit, et puis en plus une fcondit,
fait quon touche, qu'on a affaire tout autre chose que ce qui est pourtant employ.
Ce qui a t la dmarche dans l'initium de cette thorie, c'tait d'interroger tout ce qu'il en tait de ce Rel,
car c'est de l qu'on est parti parce quon ne pouvait pas ne pas voir que le nombre c'tait rel, et que depuis quelque temps,
enfin, il y avait du rififi avec l'1.
C'tait pas quand mme une mince affaire de s'apercevoir que le nombre rel, on pouvait mettre en question si a avait
faire quelque chose avec l'1, l'1 comme a, le premier des nombres entiers, des nombres dits naturels.
C'est que, on avait eu le temps, depuis le XVIIme sicle jusqu'au dbut du XIXme sicle, d'approcher le nombre un tout
petit peu autrement que les Anciens ne l'avaient fait.
124
Si je pars de a, c'est bien parce que c'est a l'essentiel. Non seulement Yad'lun , mais a se voit a que l'Un, lui, il ne pense pas.
Il pense pas : donc je suis , en particulier. Quand je dis : il pense pas : donc je suis , j'espre que vous vous
souvenez que, mme DESCARTES, c'est pas ce qu'il dit Il dit : a se pense donc je suis entre guillemets.
L'Un a se pense pas, mme tout seul, mais a dit quelque chose, c'est mme a qui le distingue, et il n'a pas attendu que des
gens se posent son propos, propos de ses rapports, la question de ce que a veut dire du point de vue de la vrit.
Il n'a pas attendu mme la logique. Car c'est a la logique. La logique, c'est de reprer dans la grammaire ce qui prend
forme de la position de vrit, ce qui dans le langage le rend adquat faire vrit. Adquat, a veut pas dire qu'il
russira toujours, alors bien rechercher ses formes, on croit approcher ce qu'il en est de la vrit.
Mais avant qu'ARISTOTE s'avise de a, savoir du rapport la grammaire, l'Un avait dj parl, et pas pour rien dire.
Il dit ce qu'il a dire : dans le Parmnide c'est l'Un qui se dit. Il se dit - il faut bien le dire - en visant tre vrai,
d'o naturellement l'affolement qui en rsulte. Il y a personne, il n'y a personne parmi les personnes
qui font la cuisine du savoir, qui ne se sente pas chaque fois en prendre un bon coup. a casse le verre dents !
C'est bien pour a qu'aprs tout
encore que certains aient mis une certaine bonne volont, un certain courage dire :
qu'aprs tout a peut s'admettre quoique ce soit un peu tir par les cheveux
on n'en est pas encore venu bout de cette chose qui tait pourtant simple : de s'apercevoir que l'Un, quand il est
vridique, quand il dit ce qu'il a dire, on voit o a va : en tout cas la totale rcusation d'aucun rapport l'tre.
Il n'y a qu'une chose qui en ressorte quand il s'articule, c'est trs exactement ceci : il y en a pas deux. Je vous l'ai dit, c'est un dire.
Et mme, vous pouvez y trouver, comme a, la porte de la main, la confirmation de ce que moi je dis, quand je dis
que la vrit ne peut que se mi-dire . Parce que, vous n'avez qu' casser la formule, pour dire a il ne peut que dire :
-
ou bien pas deux , ce qui s'interprte tout de suite pour nous : il n'y a pas de rapport sexuel .
C'est donc dj, vous voyez bien, la porte de notre main - bien sr, pas la porte de la main unienne de l'Un - d'en faire
quelque chose dans le sens du sens. C'est bien pour a que je recommande ceux qui veulent tenir la position de l'analyste,
avec ce que a comporte de savoir ne pas en glisser, de se mettre la page de ce qui bien sr, pourrait pour eux
se lire seulement travailler le Parmnide, mais a serait quand mme un peu court, on se casse les dents l-dessus.
Au lieu qu'il est arriv autre chose qui rend tout fait clair
si bien sr on s'obstine un peu, si on si on s'y rompt, si on s'y brise, mme
qui rend tout fait claire la distinction qu'il y a d'un Rel qui est un rel mathmatique avec quoi que ce soit
de ces badinages qui partent de ce je ne sais quoi qui est notre position nauseuse qui s'appelle le vrai ou le sens .
Bien sr, naturellement, a veut pas dire que a n'aura pas d'effet
- d'effet de massage,
- d'effet de revigoration,
- d'effet de soufflage,
- d'effet de nettoiement
sur ce qui nous paratra exigible au regard du vrai ou bien du sens.
Mais justement, c'est bien ce que j'en attends, c'est qu' se former distinguer ce qu'il en est de l'Un, simplement
s'approcher de ce Rel dont il s'agit en ce quil supporte le nombre, dj a permettra beaucoup l'analyste.
Je veux dire que, il peut lui venir dans ce biais o il s'agit d'interprter, de rnover le sens, de dire des choses
de ce fait un peu moins court-circuites, un peu moins chatoiement , que toutes les conneries qui peuvent nous venir
et dont tout l'heure, ou pire, comme a, je vous ai donn l'chantillon partir simplement de ce qui pour moi
n'tait que la contrarit du matin.
J'aurais pu broder comme a sur le travailleur et sa bourgeoise et en tirer une mythologie.
a vous a fait rire d'ailleurs, parce que dans ce genre, il y a
le champ est vaste, le sens et le vrai, a ne manque pas, c'est mme devenu la mangeoire universitaire justement
il y en a tellement, il y a un tel ventail qu'il s'en trouvera bien un, un jour pour faire avec ce que je vous dis,
une ontologie, pour dire que j'ai dit que : la parole, c'tait un effet de comblement de cette bance qui est ce que j'articule :
il n'y a pas de rapport sexuel . a va tout seul comme a. Interprtation subjectiviste, n'est-ce pas ?
C'est parce qu'il ne peut pas la chatouiller qu'il lui fait du baratin. C'est simple a, c'est simple !
125
Moi ce que j'essaie, c'est autre chose. C'est de faire que dans votre discours, vous mettiez moins de conneries
- je parle des analystes. Pour a, que vous essayiez d'arer un peu le sens avec des lments qui seraient un peu nouveaux.
Alors, c'est pourtant pas, c'est pourtant pas une exigence qui ne s'impose pas, parce qu'il est bien clair
qu'il n'y a aucun moyen de rpartir deux sries quelconques - quelconques, je dis - d'attributs qui fassent une srie mle
d'un ct et de l'autre ct la srie femme. J'ai d'abord pas dit homme pour ne pas faire de confusion,
parce que je vais broder l dessus encore pour rester dans dans le pire.
videmment c'est tentant, mme pour moi. Moi, je m'amuse. Et puis je suis sr de vous amuser montrer que
ce qu'on appelle l'actif
si c'est l-dessus que vous vous fondez parce que, naturellement, c'est la monnaie courante
que c'est a l'homme : il est actif le cher mignon !
Dans le rapport sexuel alors, il me semble que c'est, c'est plutt la femme qui, elle, en met un coup. Bon!
Puis, il y a qu' le voir quand mme, dans des positions que nous appellerons nullement primitives,
mais c'est pas parce que on en rencontre dans le tiers monde
qui est le monde de Monsieur Thiers , n'est-ce pas ?
que c'est pas vident que dans la vie normale, je parle pas bien sr naturellement des types du Gaz et de l'lectricit
de France qui eux ont pris leur distance, qui se sont rus dans le travail, mais dans une vie comme a, appelons-la
simplement ce qu'elle est, ce qu'elle est partout
sauf dans quand il y a eu une grande subversion chrtienne, notre grande subversion chrtienne
l'homme il se les roule, la femme elle moud, elle broie, elle coud, elle fait les courses et elle trouve le moyen encore,
dans ces solides civilisations qui ne sont pas perdues, elle trouve encore le moyen de tortiller du derrire aprs pour
je parle d'une danse bien sr, hein !
pour la satisfaction jubilatoire du type qui est l!
Alors pour ce qu'il en est de l'actif et du passif permettez-moi de
C'est vrai qu'il chasse ! Et il y a pas de quoi rigoler mes petites, c'est trs important ! Puisque vous me provoquez,
alors je continuerai m'amuser. C'est malheureux parce que comme a, je n'arriverai pas au bout de ce que j'avais
vous dire aujourd'hui concernant l'Un. Il est deux heures !
Mais quand mme puisque a fait rigoler, la chasse, je sais pas, je sais pas si tout de mme, malgr tout, c'est pas
absolument superflu de si c'est pas absolument superflu d'y voir justement la vertu de l'homme, la vertu justement par
laquelle il se montre, il se montre ce qu'il a de mieux : tre passif.
Parce que, d'aprs tout ce qu'on sait, quand mme, je sais pas si vous vous rendez bien compte,
parce que bien sr, vous tes tous ici des jean foutre , et s'il y a pas ici de paysans, personne ne chasse,
mais s'il y avait aussi ici des paysans : ils chassent mal.
Pour le paysan
c'est pas forcment un homme, hein, le paysan, quoiqu'on en dise
pour le paysan, le gibier, a se rabat : pan ! pan ! On lui ramne tout a. C'est pas a du tout la chasse !
La chasse quand elle existe, il y a qu' voir dans quelles transes a les mettait, a, parce que on le sait, enfin,
on en a eu des petites traces de tout ce qu'ils offraient de propitiatoire la chose, quoi, qui pourtant n'tait plus l.
Vous comprenez ils taient quand mme pas plus dingues que nous, une bte tue est une bte tue.
Seulement, s'ils avaient pas pu tuer la bte, c'est parce qu'ils s'taient si bien soumis tout ce qui est de sa dmarche,
de sa trace, de ses limites, de son territoire, de ses proccupations sexuelles, hein, pour s'tre justement, eux,
substitus ce qui n'est pas tout a, la non-dfense, la non-clture, aux non-limites de la bte, la vie il faut dire le mot.
Et que quand cette vie, ils avaient d la soustraire, aprs y tre devenus tellement, eux, cette vie mme,
que a se comprend bien sr, hein, qu'ils aient trouv que non seulement a faisait moche mais que c'tait dangereux.
Que a pouvait bien, eux, leur arriver aussi.
a pourrait tre de ces choses qui ont mme fait penser, comme a, quelques-uns, parce que ces choses-l quand mme,
a continue se sentir, et j'ai entendu a, moi, formul d'une faon curieuse par quelqu'un d'excessivement intelligent,
un mathmaticien : que
mais alors l, il extrapole, le gars, quand mme! mais enfin je vous le fournis parce que c'est excitant
que le systme nerveux dans un organisme, c'tait peut-tre bien pas autre chose que ce qui rsulte
d'une identification la proie, hein ?
Bon ! je vous lche l'ide comme a, je vous la donne, vous en ferez ce que vous voudrez bien sr, mais on peut
dconner l-dessus une nouvelle thorie de l'volution qui sera un tout petit peu plus drle que les prcdentes.
126
Je vous la donne d'autant plus volontiers, d'abord, qu'elle est pas moi. moi aussi on me l'a refile.
Mais je suis sr que a que a excitera les cervelles ontologiques.
C'est vrai bien sr aussi pour le pcheur. Enfin dans tout ce par quoi l'homme est femme.
Parce que la faon dont un pcheur passe la main sous le ventre de la truite qui est sous son rocher
faut qu'il y ait ici un pcheur de truite - quand mme il y a des chances - il doit savoir ce que je dis l
a, c'est quelque chose !
Enfin tout a ne nous met pas sur le sujet de l'actif et du passif, dans une rpartition bien claire. Alors je ne vais pas
m'tendre parce qu'il suffit que je confronte chacun de ces couples habituels avec un essai de rpartition bisexuelle
quelconque pour arriver des rsultats aussi bouffons. Alors qu'est-ce que a pourrait bien tre ?
Quand je dis Yad'lun
il faut quand mme que je balaie le pas de ma porte et puis je vois pas pourquoi je n'en resterai pas l
puisque je vous parlerai donc le jeudi, le jeudi 1er Juin je crois, quelque chose comme a. Vous vous rendez
compte, le 1er jeudi de Juin je suis forc de revenir des quelques jours de vacances pour ne pas manquer Sainte Anne !
alors je vais quand mme l, tout de mme, faire la remarque que Yad'lun , a ne veut pas dire
il me semble que quand mme pour beaucoup a doit tre dj su, mais pourquoi pas ?
a veut pas dire qu'il y a de l'individu.
C'est bien pour a, vous comprenez, que je vous demande d'enraciner cet Yad'lun de l o il vient.
C'est--dire quil n'y a pas d'autre existence de l'1 que l'existence mathmatique.
Il y a Un quelque chose, Un argument qui satisfait Une formule.
Et un argument cest quelque chose de compltement vid de sens, c'est simplement l'Un comme Un.
C'est a que j'avais, au dpart, l'intention de vous bien marquer dans la thorie des ensembles.
Je vais peut-tre quand mme pouvoir vous l'indiquer tout au moins avant de vous quitter.
Mais il faut liquider aussi ceci d'abord que mme pas l'ide de l'individu, a ne constitue en aucun cas l'Un.
Parce que, on voit bien quand mme, que a pourrait tre la porte, pour ce qui est du rapport sexuel,
sur lequel en somme, pas mal de gens s'imaginent que a se fonde : il y a autant d'individus d'un ct que de l'autre
en principe, au moins chez l'tre qui parle, le nombre des hommes et des femmes sauf exception, n'est-ce pas,
je veux dire des petites exceptions, dans les Iles Britanniques, il y a un peu moins d'hommes que de femmes,
il y a les grands massacres, naturellement des hommes, bon ! Mais enfin a n'empche pas que chacune a eu son chacun
a ne suffit pas du tout motiver le rapport sexuel, qu'ils aillent un par un.
C'est quand mme drle que vous l'ayez vu, qu'il y ait l une espce d'impuret de la thorie des ensembles
autour de cette ide de la correspondance biunivoque, on voit bien en quoi l l'ensemble se rattache la classe
et que la classe, comme tout ce qui s'pingle d'un attribut, c'est quelque chose qui a affaire avec le rapport sexuel.
Seulement c'est justement a, c'est justement a que je vous demande de pouvoir apprhender grce la fonction de
l'ensemble. C'est qu'il y a un 1 distinct de ce qui unifie, comme attribut, une classe.
Il y a une transition par l'intermdiaire de cette correspondance biunivoque. Il y en a autant d'un ct que de l'autre
et que certains fondent l-dessus l'ide de la monogamie. On se demande en quoi c'est soutenable, mais enfin c'est
dans l'vangile. Comme il y en a autant, jusqu'au moment o il y aura une catastrophe sociale, a, c'est arriv parait-il
au milieu du Moyen-Age en Allemagne, on a pu statuer parait-il ce moment l que le rapport sexuel pouvait tre
autre chose que biunivoque. Mais c'est assez amusant ceci, c'est que le sex-ratio, il y a des gens qui se sont pos le problme
en tant que tel : y a-t-il autant de mles que de femelles ?
Et il y a eu une littrature l-dessus, qui est vraiment trs piquante, trs amusante, parce que ce problme est en somme
un problme qui est rsolu le plus frquemment par ce que nous appellerons la slection chromosomique.
Le cas le plus frquent est videmment la rpartition des deux sexes en une quantit d'individus reproduits gaux
dans chaque sexe, gaux en nombre.
Mais c'est vraiment trs joli qu'on se soit pos la question de ce qui arrive si un dsquilibre commence se produire.
On peut trs facilement dmontrer que dans certains cas de ce dsquilibre, a ne peut aller qu'en s'accroissant ce
dsquilibre, si on s'en tient la slection chromosomique, que nous n'appellerons pas de hasard puisqu'il s'agit d'une rpartition.
Mais alors la solution tellement lgante qu'on y a donne, c'est que dans ce cas a doit tre compens par la slection naturelle.
La slection naturelle on la voit, l, se montrer nu.
127
Je veux dire que a se rsume dire ceci : que les plus forts sont forcment les moins nombreux
et que comme ils sont les plus forts, ils prosprent et que donc ils vont rejoindre les autres en nombre.
La connexion de cette ide de la slection naturelle avec justement le rapport sexuel, est un des cas o se montre bien
que ce qu'on risque tout abord du rapport sexuel, c'est de rester dans le mot d'esprit.
Et en effet, tout ce qui s'en est dit est de cet ordre. S'il est important qu'on puisse articuler autre chose que quelque
chose qui fasse rire, c'est bien justement ce que nous cherchons pour assurer la position de l'analyste d'autre chose
que de ce qu'elle parat tre, dans beaucoup de cas : un gag.
Le dpart se lit en ceci dans la thorie des ensembles : quil y a fonction d'lment. tre un lment dans un ensemble,
c'est tre quelque chose qui n'a rien faire appartenir un registre qualifiable d'universel, c'est--dire quelque chose
qui tombe sous le coup de l'attribut. C'est la tentative de la thorie des ensembles de dissocier, de dsarticuler
d'une faon dfinitive le prdicat de l'attribut.
Ce qui, jusqu' cette thorie, caractrise la notion justement en cause dans ce qu'il en est du type sexuel, pour autant
qu'il amorcerait quelque chose d'un rapport, c'est trs prcisment ceci : que l'universel se fonde sur un commun attribut.
Il y a l en outre l'amorce de la distinction logique de l'attribut au sujet, et le sujet, de l, se fonde, c'est quoi quelque
chose qui se distingue peut tre appel attribut. De cette distinction de l'attribut, ce qui rsulte,
c'est tout naturellement ceci : quon ne met pas sous un mme ensemble les torchons et les serviettes par exemple.
l'oppos de cette catgorie qui s'appelle la classe, il y a celle de l'ensemble dans laquelle non seulement le torchon
et la serviette sont compatibles, mais qu'il ne peut, dans un ensemble comme tel de chacune de ces deux espces,
y en avoir qu'un. Dans un ensemble il ne peut y avoir, si rien ne distingue un torchon d'un autre, il ne peut y avoir
qu'un torchon, de mme qu'il ne peut y avoir qu'une serviette.
-
L'1 en tant que diffrence pure est ce qui distingue la notion de l'lment.
La diffrence entre l' 1 de diffrence et l' Un attribut est celle-ci : c'est que quand vous vous servez pour dfinir
une classe d'un nonc attributif quelconque, l'attribut ne viendra pas, dans cette dfinition, en surnombre.
C'est--dire que si vous dites : l'homme est bon, et si ce propos - ce qui peut se dire, car qui n'est oblig de le dire ? poser que l'homme est bon n'exclut pas qu'on ait rendre compte de ce qu'il ne rponde pas toujours cette appellation.
On trouve d'ailleurs toujours suffisamment de raisons pour montrer qu' cet attribut il est capable de ne pas rpondre,
d'prouver une dfaillance le remplir.
C'est la thorie qu'on fait et o on se livre
on n'a que vraiment on a tout le sens sa disposition pour, pour y faire face, expliquer que de temps en
temps quand mme,
il est mauvais mais a change rien son attribut
que si on en venait alors devoir faire la balance du point de vue du nombre, combien y en a qui y tiennent et combien y
a qui n'y rpondent pas ? L'attribut bon ne viendrait pas dans la balance en plus, en plus de chacun des hommes bons.
C'est trs prcisment la diffrence avec le 1 de diffrence , c'est que quand il s'agit d'articuler sa consquence,
ce 1 de diffrence a comme tel, tre compt dans ce qui s'nonce de ce qu'il fonde qui est ensemble et qui a des parties.
Le 1 de diffrence , non seulement est comptable, mais doit tre compt dans les parties de l'ensemble.
J'arrive l'heure, Deux prcisment. Je ne peux donc que vous indiquer ce qui sera la suite de ce pour quoi - comme
d'habitude - je suis amen couper, c'est--dire trs souvent peu prs n'importe comment et, aujourd'hui sans doute,
en raison justement d'une autre coupure, qui est celle de mon courant de ce matin, avec ses consquences,
je suis donc amen ne pouvoir que vous donner l'indication de ce qui, sur cette affirmation, affirmation-pivot, sera l repris.
C'est ceci, le rapport de cet Un qui a se compter en plus avec ce qui, dans ce que j'nonce comme, non pas
supplant, mais se dployant en un lieu d' la place du rapport sexuel , se spcifie de il existe [:], non pas !,
mais le dire que ce !n'est pas la vrit : :, que c'est de l que surgit l'Un qui fait que cet :doit tre mis
et c'est le seul lment caractristique
doit tre mis du ct de ce qui fonde l'homme comme tel. Est-ce dire que ce fondement le spcifie sexuellement ?
C'est trs prcisment ce qui sera dans la suite mettre en cause, car bien entendu il n'en reste pas moins que la
relation ; !, est ce qui dfinit l'homme, l attributivement, comme tout homme .
128
Qu'est-ce que c'est que ce tout ou ce tous ? Qu'est-ce que c'est que tout les hommes en tant qu'ils fondent
un ct de cette articulation de supplance ?
C'est o nous reprendrons nous revoir la prochaine fois que je vous rencontrerai.
La question tous , qu'est-ce qu'un tous , est entirement reposer partir de la fonction qui s'articule Yad'lun .
129
Entretiens de Sainte-Anne
Vous le savez, ici je dis ce que je pense. C'est une position fminine, parce qu'en fin de compte, penser c'est trs particulier.
Alors comme je vous cris de temps en temps, j'ai - comme a, pendant un petit voyage que je viens de faire - inscrit un certain
nombre de propositions dont la premire cest qu'il faut reconnatre quele psychanalyste est mis, par le discours - c'est un
terme moi - par le discours qui le conditionne
qu'on appelle - depuis moi - le discours du psychanalyste
dans une position, disons difficile, FREUD disait impossible : unmglich, c'est peut-tre un peu forc, il parlait pour lui.
Bon ! D'autre part, deuxime proposition : il sait
ceci d'exprience, ce qui veut dire que si peu qu'il ait pratiqu la psychanalyse, il en sait assez pour ce que je vais dire
il sait dans tous les cas avoir une commune mesure avec ce que je dis. C'est tout fait indpendant du fait qu'il soit,
de ce que je dis, inform, puisque ce que je dis aboutit - comme je l'ai, il me semble, dmontr cette anne - situer son savoir.
a, c'est l'histoire du savoir sur la vrit :
a, c'est la place de la vrit - pour ceux qui viennent pour la premire fois.
a, celle du semblant,
a, celle de la jouissance,
et a, du plus-de-jouir, ce que j'cris en abrg ainsi : + de jouir . Pour la jouissance, nous mettrons un J.
C'est son rapport au savoir qui est difficile, non bien sr ce que je dis, puisque dans l'ensemble du no man'land psychanalytique
on sait pas que je le dis. a ne veut pas dire que de ce que je dis, on n'en sache rien, puisque a sort de l'exprience.
Mais on a - de ce qu'on en sait - horreur ! Ce dont je peux dire, comme a, vraiment simplement que je les comprends
je peux dire , cest dire : je peux dire, si on y tient
mais je les comprends, je me mets leur place d'autant plus facilement que j'y suis.
Mais je le comprends d'autant plus facilement que - comme tout le monde - j'entends ce que je dis. Nanmoins
a ne m'arrive pas tous les jours, parce que ce n'est pas tous les jours que je parle. En ralit je le comprends
- c'est--dire que j'entends ce que je dis - les quelques jours, mettons un ou deux, qui prcdent immdiatement
mon sminaire, parce qu' ce moment-l je commence vous crire.
Les autres jours, la pense de ceux qui j'ai eu affaire, me submerge. Il faut que je vous l'avoue, parce qu' ce moment-l,
l'impatience de ce que j'ai appel - et donc que je peux encore appeler, parce que c'est rare que je revienne de ce que j'ai appel mon chec dans Scilicet, me domine. Voil
Oui Ils savent ! Je rappelle a parce que le titre de ce que j'ai traiter ici, c'est : Le savoir du psychanalyste.
du dans ce cas-l, a voque le le , article dfini en franais, enfin c'est ce qu'on appelle dfini.
Oui ! Pourquoi pas des psychanalystes , aprs ce que je viens de vous dire ?
a serait plus conforme mon thme de cette anne, c'est--dire y a d'l'un .
Y en a des qui se disent tels. Je suis d'autant moins discuter leur dire quil y en a pas d'autres.
Je dis du , pourquoi ? C'est parce que c'est eux que je parle, malgr la prsence d'un trs grand nombre
de personnes qui ne sont pas psychanalystes, ici.
Le psychanalyste donc sait ce que je dis. Ils le savent - je vous l'ai dit - d'exprience, si peu qu'ils en aient, mme si a
se rduit la didactique qui est l'exigence minimale pour que psychanalystes ils se disent.Car mme si ce que
j'ai appel La passe est manque, eh bien, a se rduira a qu'ils auront eu une psychanalyse didactique ,
mais en fin de compte, a suffit pour qu'ils sachent ce que je dis.
130
La passe
c'est toujours dans Scilicet que tout a trane, c'est plutt l'endroit indiqu [Scilicet : savoir]
quand je dis que La passe est manque, a ne veut pas dire qu'ils ne se sont pas offerts l'exprience de La passe.
Comme je l'ai souvent marqu, cette exprience de La passe est simplement ce que je propose ceux qui sont assez
dvous pour s'y exposer, de seules fins d'information sur un point trs dlicat, et qui consiste en somme ce qui
s'affirme de la faon la plus sre c'est que :
c'est tout fait (a)normal - objet(a), normal - que quelqu'un qui fait une psychanalyse veuille tre psychanalyste.
Il faut vraiment une sorte d'aberration qui vaut, qui valait la peine d'tre offerte tout ce qu'on pouvait recueillir
de tmoignage. C'est bien en a que j'ai institu provisoirement cet essai de recueil pour savoir
pourquoi quelqu'un qui sait ce que c'est que la psychanalyse par sa didactique, peut encore vouloir tre analyste.
Alors je n'en dirai pas plus sur ce qu'il en est de leur position, simplement parce que j'ai choisi cette anne
Le savoir du psychanalyste comme tant ce que je proposais pour mon retour Ste Anne. C'est pas pour mnager du tout
les psychanalystes, ils n'ont pas besoin de moi pour avoir le vertige de leur position, mais je ne l'augmenterai pas le leur dire.
Ouais Ce qui pourrait tre fait - et je le ferai peut-tre un autre moment - ce qui pourrait tre fait d'une manire piquante
dans une certaine rfrence que je n'appellerai historique qu'entre guillemets
enfin, vous verrez a quand a viendra, si je subsiste
pour ceux qui sont des fins finauds je leur parlerai du mot tentation .
L, je ne parle que du savoir et je remarque qu'il ne s'agit pas de la vrit sur le savoir , mais du savoir sur la vrit ,
et que ceci : le savoir sur la vrit, a s'articule de la pointe de ce que j'avance cette anne sur le Y a d'l'un ! ,
Y a d'l'un et rien de plus, c'est un Un trs particulier celui qui spare le Un de Deux, et que c'est un abme.
Je rpte : la vrit - je l'ai dj dit - a ne peut que se mi-dire. Quand le temps de battement sera pass
qui fera que je peux en respecter l'alternance
je parlerai de l'autre face : du mi-vrai . Il faut toujours sparer le bon grain et la mi-vraie !
Comme je vous l'ai dit tout l'heure peut-tre, je reviens d'Italie o je n'ai jamais eu qu' me louer de l'accueil
Mme de mes collgues psychanalystes ! Grce l'un d'entre eux, j'en ai rencontr un troisime qui est tout fait la page ,
enfin la mienne, bien entendu. [Rires]
Il opre avec DEDEKIND, et il a trouv a tout fait sans moi. Je peux pas dire - la date o il a commenc
de s'y mettre - que je n'y tais pas dj, mais enfin c'est un fait que j'en ai parl plus tard que lui, puisque je n'en parle
que maintenant et que lui avait dj crit l-dessus tout un petit ouvrage. Il s'est aperu de la valeur en somme des
lments mathmatiques, pour faire merger quelque chose qui vraiment - notre exprience d'analyste - la concerne.
Eh ben, comme il est tout fait bien vu - il a tout fait pour a - il a russi se faire entendre dans des endroits trs bien
placs de ce qu'on appelle l'I.P.A. - l'Institution Psychanalytique Avoue, je traduirais - donc il a russi se faire entendre.
Mais ce qu'il y a de trs curieux, c'est qu'on ne le publie pas ! On ne le publie pas en disant :
Vous comprenez, personne ne comprendra ! . Je dois dire que je suis surpris parce que, en somme, du LACAN ,
entre guillemets bien sr, enfin, des choses de la veine que je suis cens reprsenter auprs des incomptents d'une
certaine linguistique, on est plutt press d'en bourrer l'International journal.
Plus il y a des trucs dans la poubelle, naturellement, moins a se discerne ! Alors pourquoi, diable, est-ce que
dans ce cas on a cru devoir faire obstacle, puisque pour moi, il me semble que c'est un obstacle et que le fait
qu'on dise que les lecteurs ne comprendront pas, c'est secondaire : il n'est pas ncessaire que tous les articles de
l'International journal soient compris. Il y a donc quelque chose qui l-dedans ne plat pas.
Mais il est vident que, comme celui que je viens
non pas de nommer parce que vous ignorez profondment son nom, il n'a encore rien russi publier
est parfaitement reprable, je ne dsespre pas que, la suite de ce qui filtrera des mes propos aujourd'hui
- et surtout si on sait que je ne l'ai pas nomm - on le publiera [Rires]. Vraiment, a a l'air de lui tenir assez cur
pour que je l'aide a volontiers. Si a ne vient pas, je vous en parlerai un peu plus !
Revenons au temps. Le psychanalyste a donc un rapport ce qu'il sait, complexe. Il le renie, il le rprime - pour
employer le terme dont en anglais se traduit le refoulement, la Verdrngung - et mme il lui arrive de n'en rien vouloir savoir.
Et pourquoi pas ? Qui est-ce que a pourrait pater ?
131
La psychanalyse - me direz-vous - : alors quoi ? J'entends d'ici le bla-bla-bla de quiconque n'a pas de la psychanalyse
la moindre ide. Je rponds ce qui peut surgir de ce floor - comme on dit - je rponds : est-ce le savoir qui gurit
que ce soit celui du sujet ou celui suppos dans le transfert
ou bien est-ce le transfert, tel qu'il se produit dans une analyse donne ?
Pourquoi le savoir - celui dont je dis qu'a dimension tout psychanalyste - pourquoi le savoir serait-il - comme je disais
tout l'heure - avou ? C'est de cette question que FREUD a pris en somme la Verwerfung, il l'appelle :
un jugement qui dans le choix rejette . Il ajoute qui condamne , mais je le condense.
Ce n'est pas parce que la Verwerfung rend fou un sujet, quand elle se produit dans l'inconscient, qu'elle ne rgne pas
la mme et du mme nom d'o FREUD l'emprunte
qu'elle ne rgne pas sur le monde comme un pouvoir rationnellement justifi.
Des psychanalystes - vous allez le voir, la diffrence avec le - des psychanalystes a se prfre, a se prfre soi,
voyez-vous ! C'est pas les seuls, il y a une tradition l-dessus : la tradition mdicale.
Pour se prfrer, on n'a jamais fait mieux, sauf les saints - les saints (s.a.i.n.t.s)
Oui, on vous parle tellement des autres [Rires] que je prcise, parce que les autres enfin, passons
les saints (s.a.i.n.t.s) ils se prfrent eux-aussi, ils ne pensent mme qu a, ils se consument de trouver la meilleure faon
de se prfrer, alors qu'il y en a de si simples, comme le montrent les mde-saints , eux aussi [Rires].
Enfin, ceux-l ne sont pas des saints. a, a va de soi
Il y a peu de choses aussi abjectes feuilleter que l'histoire de la mdecine : a peut-tre conseill comme vomitif [Rires]
ou comme purgatif, a fait les deux. Pour savoir que le savoir n'a rien faire avec la vrit, il n'y a vraiment rien de plus
convaincant. On peut mme pas dire que a va jusqu' faire du mdecin une sorte de provocateur.
a n'empche pas que les mdecins se soient arrangs
et pour des raisons qui tenaient ce que leur plate-forme avec le discours de la science devenait plus exigu
que les mdecins se soient arrangs mettre la psychanalyse leur pas. Et a, ils s'y connaissaient !
Ceci naturellement d'autant plus que le psychanalyste tant fort embarrass - comme je suis parti l-dessus
fort embarrass de sa position, il tait d'autant plus dispos recevoir les conseils de l'exprience.
Je tiens beaucoup marquer ce point d'histoire qui est dans mon affaire - pour autant qu'elle ait de l'importance tout fait un point-cl : grce cette conjuration
contre laquelle est dirig un article exprs de FREUD sur la Laernanalyse 33
grce cette conjuration qui a pu se produire peu aprs la guerre, javais dj perdu la partie avant de l'avoir engage.
Simplement je voudrais qu'on me croie l-dessus, parce que - pourquoi, je le dirai ? - si ce soir je tmoigne
et je ne le fais pas par hasard Ste Anne puisque je vous dis que c'est l que je dis ce que je pense
si je dclare que c'est trs prcisment ce titre de savoir trs bien l'avoir, l'poque, perdue, que cette partie je l'ai engage.
a n'a rien d'hroque vous savez ! Il y a un tas de parties qui s'engagent dans ces conditions.
C'est mme un des fondements de la condition humaine , comme dit l'autre, et a russit pas plus mal
que n'importe quelle autre entreprise. La preuve, hein !
Le seul ennui - mais il n'est que pour moi - c'est que a ne vous laisse pas trs libre, je dis a en passant
pour la personne qui m'a - il y a il y a je ne sais pas quoi, le deuxime sminaire avant - qui m'a interrog
sur le fait si je croyais ou non la libert.
Une autre dclaration que je veux faire
et qui a bien son importance, puisque aprs tout, je ne sais pas, c'est mon penchant ce soir
une autre dclaration qui celle-l alors est tout fait prouve, l je vous demande de me croire,
que je m'tais trs bien aperu que la partie tait perdue
aprs tout je n'tais pas si malin, j'ai peut-tre cru qu'il fallait foncer
et que je foutrais en l'air l'Internationale Psychanalytique Avoue
et l personne ne peut dire le contraire de ce que je vais dire :
c'est que je n'ai jamais lch aucune des personnes que je savais devoir me quitter, avant qu'elles s'en aillent elles-mmes.
Et c'est vrai aussi du moment o la partie tait en somme - pour la France - perdue, qui est celle laquelle
j'ai fait allusion tout l'heure : ce petit brouhaha dans une conjuration mdecins-psychanalystes d'o est sorti en 53
le dbut de mon enseignement.
33 S. Freud : Psychanalyse et mdecine , ou La question de l'analyse profane (1925), Gallimard 1985.
132
Les jours o l'ide de devoir poursuivre le dit enseignement ne m'habite pas - c'est-- dire un certain nombre il est vident que j'ai, comme tous les imbciles, l'ide de ce que a aurait pu tre pour la Psychanalyse Franaise (!)
si j'avais pu enseigner l o, pour la raison que je viens de dire, je n'tais nullement dispos lcher quiconque.
Je veux dire que si scandaleuses que fussent mes propositions sur Fonction et Champ et patati et patata de la parole et
du langage, j'tais dispos couvrir le sillon pendant des annes pour les gens mme les plus durs de la feuille
et - au point o nous en sommes - personne n'y aurait perdu parmi les psychanalystes.
Je vous ai dit que j'avais fait un petit tour en Italie. Dans ces cas-l, je vais aussi - pourquoi pas ? - parce que il y a
beaucoup de gens qui m'aiment
propos : il y a quelqu'un qui m'a envoy un verre dents ! Je voudrais savoir qui c'est, pour la remercier cette
personne. Il y a une personne qui m'a envoy un un verre dents. Je dis a pour ceux qui taient l au Panthon
la dernire fois. C'est une personne que je remercie d'autant que ce n'est pas un verre dents.
C'est un merveilleux petit verre rouge, long et galb, dans lequel je mettrai une rose,
qui que ce soit qui me l'ait envoy. Mais je n'en ai reu qu'un, a je dois le dire. Enfin passons
il y a des personnes qui m'aiment un peu dans tous les coins, mmes dans les couloirs du Vatican. Pourquoi pas, hein ?
Il y a des gens trs bien.
Il n'y a que l
ceci pour la personne qui m'interroge sur la libert
il n'y a qu'au Vatican que je connaisse des libres-penseurs. Moi, je suis pas un libre-penseur, je suis forc de tenir ce que je dis,
mais l-bas : quelle aisance ! [Rires] Ah, on comprend que la Rvolution Franaise ait t vhicule par les abbs.
Si vous saviez quelle est leur libert, mes bons amis, vous auriez froid dans le dos. Moi, j'essaie de les ramener au dur,
il n'y a rien faire, ils dbordent : la psychanalyse, pour eux, est dpasse ! Vous voyez quoi a sert, la libre-pense :
ils voient clair. C'tait pourtant un bon mtier, hein [Rires] ? a avait des bons cts. Quand ils disent que c'est dpass,
ils savent ce qu'ils disent. Ils disent : c'est foutu, parce que quand mme on doit faire un peu mieux ! .
Je dis a quand mme pour avertir les personnes
les personnes qui sont dans le coup, et particulirement, bien sr, celles qui me suivent
qu'il faut y regarder deux fois avant d'y engager ses descendants, parce que c'est trs possible qu'au train o vont les choses,
a tombe tout d'un coup sec, comme a. Enfin, c'est uniquement pour ceux qui ont y engager leur descendance,
je leur conseille la prudence.
J'ai dj parl, comme a, de ce qui se passe dans la psychanalyse. Il faut quand mme bien spcifier certains points
que j'ai dj abords, par consquent que je crois pouvoir traiter brivement au point o nous en sommes,
c'est que c'est le seul discours - et rendons-lui hommage - c'est le seul discours, au sens o j'ai catalogu quatre discours,
c'est le seul discours qui soit tel que la canaillerie y aboutisse ncessairement la btise.
Si on savait tout de suite que quelqu'un qui vient vous demander une psychanalyse didactique est une canaille,
mais on lui dirait : pas de psychanalyse pour vous, mon cher ! Vous en deviendrez bte comme chou . Mais on ne le sait pas !
C'est justement soigneusement dissimul. On le sait quand mme au bout d'un certain temps dans la psychanalyse,
la canaillerie tant toujours, non pas hrditaire, c'est pas d'hrdit qu'il s'agit, cest du dsir, dsir de l'Autre d'o
l'intress a surgi. Je parle du dsir : c'est pas toujours le dsir de ses parents, a peut tre celui de ses grands-parents,
mais si le dsir dont il est n est le dsir d'une canaille, il est une canaille immanquablement.
Je n'ai jamais vu d'exception, et c'est mme pour a que j'ai toujours t si tendre pour les personnes dont je savais
qu'elles devaient me quitter, au moins pour les cas o c'tait moi qui les avais psychanalyses, parce que je savais bien qu'elles
taient devenues tout fait btes . Je peux pas dire que je l'avais fait exprs : comme je vous l'ai dit, c'est ncessaire.
C'est ncessaire quand une psychanalyse est pousse jusqu'au bout, ce qui est la moindre des choses pour la psychanalyse didactique.
Si la psychanalyse n'est pas didactique, alors c'est une question de tact : vous devez laisser au type assez de canaillerie
pour qu'il se dmerde dsormais convenablement. C'est proprement thrapeutique, vous devez le laisser surnager.
Mais pour la psychanalyse didactique, vous pouvez pas faire a, parce que Dieu sait ce que a donnerait.
Supposez un psychanalyste qui reste une canaille : a hante la pense de tout le monde !
Soyez tranquille, la psychanalyse - contrairement ce qu'on croit - est toujours vraiment didactique,
mme quand c'est quelqu'un de bte qui la pratique, et je dirai mme : d'autant plus !
Enfin, tout ce qu'on risque c'est d'avoir des psychanalystes btes. Mais c'est - comme je viens de vous le dire - en fin de
compte sans inconvnient, parce que quand mme, l'objet(a) la place du semblant, c'est une position qui peut se tenir.
Voil ! On peut tre bte d'origine aussi. C'est trs important distinguer.
133
Bon ! Alors je n'ai rien trouv de mieux, quant moi, je n'ai rien trouv de mieux que ce que j'appelle le mathme
pour approcher quelque chose concernant le savoir sur la vrit, puisque c'est l - en somme - qu'on a russi
lui donner une porte fonctionnelle.
C'est beaucoup mieux quand c'est PIERCE qui s'en occupe, il met les fonctions 0 et 1 qui sont les deux valeurs de vrit.
Il ne s'imagine pas, par contre, qu'on peut crire grand V ou grand F pour dsigner la vrit et le faux.
J'ai dj indiqu a - comme a en quelques phrases - j'ai dj indiqu a au Panthon, c'est savoir qu'autour du
Y a d'l'un , il y a deux tapes :
- le Parmnide
- et puis ensuite il a fallu arriver la Thorie des Ensembles,
pour que la question d'un tel savoir, qui prend la vrit comme simple fonction et qui est loin de s'en contenter,
qui comporte un rel qui, avec la vrit n'a rien faire - ce sont les mathmatiques - nanmoins, pendant des sicles
il faut croire que la mathmatique se passait l-dessus de toute question, puisque c'est sur le tard et par l'intermdiaire
d'une interrogation logique, qu'elle a fait faire un pas cette question qui est centrale pour ce qui est de la vrit,
savoir : comment et pourquoi Y a d'l'un - vous m'excuserez, je suis pas le seul !
Y a d'l'un : autour de cet Un tourne la question de l'existence.
J'ai dj fait l-dessus des remarques, savoir que l'existence n'a jamais t aborde comme telle avant un certain ge
et qu'on a mis beaucoup de temps l'extraire de l'essence. J'ai parl, du fait qu'il ny ait pas en grec, trs proprement
quelque chose de courant qui veuille dire exister , non pas que j'ignorasse :
[existmi], [existamai] 34, mais plutt que je constatasse qu'aucun philosophe ne s'en tait jamais servi.
Pourtant c'est l que commence quelque chose qui puisse nous intresser. Il s'agit de savoir ce qui existe.
Il n'existe que de l'Un
avec ce qui se presse autour de nous, je suis forc aussi galement de me presser
la Thorie des Ensembles, c'est l'interrogation : pourquoi Y a d'l'un ?
L'Un a ne court pas les rues, quoi que vous en pensiez, y compris cette certitude tout fait illusoire, et illusoire depuis
trs longtemps - a n'empche pas qu'on y tienne - que vous en tes Un, vous aussi. Vous en tes Un,
il suffit que vous essayiez mme de lever le petit doigt pour vous apercevoir que non seulement vous n'tes pas Un,
mais que vous tes, - hlas ! - innombrables, innombrables chacun pour vous.
Innombrables jusqu' ce qu'on vous ait appris
ce qui peut tre un des bons rsultats de l'affluent psychanalytique
que vous tes selon les cas : tout fait finis
a, je vous le dis trs vite parce que je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir continuer :
tout fait finis :
- pour ce qui est des hommes, a c'est clair : finis, finis, finis !
- pour ce qui est des femmes : dnombrables !
Je vais tcher de vous expliquer brivement quelque chose qui commence vous frayer l-dessus la voie, puisque
bien entendu, ce n'est pas des choses qui sautent aux yeux, surtout quand on ne sait pas ce que a veut dire fini
et dnombrable ! Mais si vous suivez un peu mes indications, vous lirez n'importe quoi, parce que a pullule
les ouvrages maintenant sur la Thorie des Ensembles, mme pour aller contre.
Il y a quelqu'un de trs gentil que j'espre bien voir tout l'heure pour m'excuser de ne pas lui avoir apport ce soir
un livre que j'ai tout fait pour trouver et qui est puis, qu'il m'a pass la dernire fois, et qui s'appelle Cantor a tort 35.
C'est un trs bon livre.
C'est vident que Cantor a tort d'un certain point de vue, mais il a incontestablement raison, pour le seul fait
que ce qu'il a avanc a eu une innombrable descendance dans la mathmatique, et que tout ce dont il s'agit c'est a,
c'est que ce qui fait avancer la mathmatique, a suffit ce que a se dfende.
Mme si Cantor a tort du point de vue de ceux qui dcrtent - on ne sait pourquoi - que le nombre, ils savent ce que c'est :
toute l'histoire des mathmatiques bien avant CANTOR a dmontr qu'il n'y a pas de lieu o il soit dmontrable,
quil n'y a pas de lieu o il soit plus vrai, que l'impossible c'est le rel . a a commenc aux Pythagoriciens qui un jour
a t assn ce fait patent - qu'ils devaient bien savoir, parce qu'il ne faut pas non plus les prendre pour des bbs -
134
135
Je recommence : il existe un x
tel que ce qu'il y a de sujet dterminable par une fonction qui est ce qui domine
le rapport sexuel, savoir la fonction phallique - c'est pour a que je l'cris !
il existe un x qui se dtermine de ceci : qu'il ait dit non la fonction. [:]
Vous voyez que de l d'o je parle, vous voyez d'ores et dj la question de l'existence lie quelque chose dont nous ne
pouvons pas mconnatre que ce soit un dire. C'est un dire non , je dirai mme plus : c'est un dire que non .
Ceci est capital. Ceci est justement ce qui nous indique le point juste o doit tre prise pour notre formation,
formation d'analyste, ce qu'nonce la Thorie des Ensembles : il y en a Un, au-moins-Un qui dit que non .
C'est un repre ! C'est un repre, bien entendu qui ne tient pas mme un instant, qui n'est d'aucune faon enseignant
ni enseignable, si nous ne le conjoignons pas cette inscription quantificatrice des quatre autres termes, savoir :
le quanteur dit universel : ; !, c'est--dire le point d'o il peut tre dit
comme cela s'nonce dans la doctrine freudienne
qu'il n'y a de dsir, de libido - c'est la mme chose - que masculine. C'est la vrit une erreur. Il nen reste pas moins
que cest une erreur qui a tout son prix de repre. Que les trois autres formules, savoir :
il n'existe pas cet x [/ ], pour dire qu'il n'est pas vrai que la fonction phallique soit ce qui domine le rapport sexuel.
Et que d'autre part nous devions - je ne dis pas nous puissions crire - qu' un niveau complmentaire de ces trois
termes nous devions crire la fonction du pas-tout [.] comme tant essentielle un certain type de rapport la fonction
phallique en tant qu'elle fonde le rapport sexuel, c'est l videmment ce qui fait de ces quatre inscriptions un ensemble.
Sans cet ensemble, il est impossible de s'orienter correctement dans ce qu'il en est de la pratique de l'analyse
pour autant qu'elle a affaire avec ce quelque chose qui couramment se dfinit comme tant l'homme d'une part,
et d'autre part ce correspondant gnralement qualifi de femme , qui le laisse seul.
Sil le laisse seul, c'est pas la faute du correspondant, c'est la faute de l'homme . Mais faute ou pas faute
c'est une affaire que nous n'avons pas trancher immdiatement, je le signale au passage
ce qu'il importe pour l'instant c'est d'interroger le sens de ce que peuvent avoir faire ces quatre fonctions
qui ne sont que deux : l'une ngation de la fonction, l'autre : fonction oppose
ces quatre fonctions pour autant que les diversifie leur accouplement quant .
Il est clair que ce que veut dire le : - c'est--dire ngation de ! - est quelque chose qui depuis longtemps
et depuis assez l'origine pour qu'on puisse dire qu'on est absolument confondu que FREUD l'ait ignor
: ngation de ! [: ], savoir cet au-moins-Un , cet Un tout seul qui se dtermine d'tre l'effet
du dire-que-non la fonction phallique, c'est trs prcisment le point sous lequel il faut que nous mettions
tout ce qui s'est dit jusqu' prsent de l'dipe, pour que l'dipe soit autre chose qu'un mythe.
Et ceci a d'autant plus d'intrt qu'il ne s'agit pas l de gense, ni d'histoire, ni de quoi que ce soit qui ressemble,
comme il semble certains moments dans FREUD que 'ait pu tre nonc par lui, savoir un vnement.
Il ne saurait s'agir d'vnement ce qui nous est reprsent comme tant avant toute histoire. Il n'y a d'vnement
que ce qui se connote dans quelque chose qui s'nonce. Il s'agit de structure. Qu'on puisse parler de Tout-homme
comme tant sujet la castration [; !], c'est ce pourquoi - de la faon la plus patente - le mythe d'DIPE est fait.
Est-il ncessaire de se mettre retourner aux fonctions mythme-atiques pour noncer un fait logique qui est celui-ci :
c'est que s'il est vrai que l'inconscient est structur comme un langage, la fonction de la castration y est ncessite,
c'est exactement en effet ce qui implique quelque chose qui y chappe.
Et quoi que ce soit qui y chappe, mme si ce n'est pas - pourquoi pas, car c'est dans le mythe - quelque chose d'humain
aprs tout pourquoi ne pas voir le pre du meurtre primitif comme un orang-outang
beaucoup de choses qui concident dans la tradition
la tradition d'o tout de mme il faut dire que la psychanalyse surgit : de la tradition judaque
dans la tradition judaque, comme j'ai pu l'noncer, l'anne o je n'ai pas voulu faire plus que mon premier
sminaire sur Les Noms du Pre : j'ai quand mme eu le temps d'y accentuer que dans le sacrifice d'Abraham,
ce qui est sacrifi, c'est effectivement le pre, lequel n'est autre qu'un blier.
Comme dans toute ligne humaine qui se respecte, sa descendance mythique est animale. De sorte qu'en fin de compte,
ce que je vous ai dit l'autre jour de la fonction de la chasse chez l'homme, c'est de a qu'il s'agit.
Je ne vous en ai pas dit bien long bien sr.
136
J'aurai pu vous en dire plus sur le fait que le chasseur aime son gibier. Tels les fils, dans l'vnement dit primordial
dans la mythologie freudienne : ils ont tu le pre
comme ceux dont vous voyez les traces sur les grottes de Lascaux
ils l'ont tu - mon Dieu - parce qu'ils l'aimaient bien sr, comme la suite l'a prouv la suite est triste.
La suite est trs prcisment que tous les hommes - A de x, A renvers [;]- que l'universalit des hommes est sujette la castration.
Qu'il y ait Une exception , nous ne l'appellerons pas, du point d'o nous parlons, mythique . Cette exception c'est la fonction
inclusive : quoi noncer de l'universel [; !], sinon que l'universel soit enclos, enclos prcisment par la possibilit ngative [: ].
Trs exactement, l'existence ici joue le rle du complment, ou pour parler plus mathmatiquement, du bord.
Ce qui inclut ceci : qu'il y a quelque part un tout x [;]. Un tout x qui devient un tout (a) - je veux dire
un A renvers de (a) [(a)] - chaque fois qu'il s'incarne, qu'il s'incarne dans ce qu'on peut appeler Un tre ,
Un tre au moins qui se pose comme tre, et titre d'homme nommment.
C'est trs prcisment ce qui fait que ce soit dans l'autre colonne
et avec un type de rapport qui est fondamental
que puisse s'articuler quelque chose dans quoi se range, puisse se ranger, pour quiconque sache penser avec ces
symboles, au titre de la femme. Rien que de l'articuler ainsi, ceci nous fait sentir qu'il y a quelque chose de remarquable,
de remarquable pour vous, que ce qui s'en nonce, c'est qu'il n'y en a pas une qui dans l'nonc
dans l'nonc qu'il n'est pas vrai que la fonction phallique domine ce qu'il en est du rapport sexuel
s'inscrive en faux.
Et pour vous permettre de vous y retrouver au moyen de rfrences qui vous sont un petit peu plus familires, je dirai
mon Dieu, puisque j'ai parl tout l'heure du pre
je dirai que ce que concerne ce Il n'existe pas de x qui se dtermine comme sujet dans l'nonc du dire-que-non la fonction phallique ,
c'est proprement parler la vierge .
Vous savez que FREUD en fait tat : le tabou de la virginit etc., et d'autres histoires follement folkloriques autour de
cette affaire, et le fait qu'autrefois les vierges taient baises pas par n'importe qui, il fallait au moins un grand prtre
ou un petit seigneur, enfin qu'importe. L'important n'est pas a. L'important en effet, c'est qu'on puisse dire autour
de cette fonction du vir 37, cette fonction du vir si frappante en ceci qu'il n'y ait jamais que d'une femme,
aprs tout, qu'on dise qu'elle soit virile. Si vous avez jamais entendu parler, au moins de nos jours,
d'un type qui le soit, vous me le montrerez, a m'intressera !
L par contre si l'homme est tout ce que vous voulez dans le genre : virtuose, vire bbord, parer virer, vire ce que tu veux,
le viril c'est du ct de la femme, c'est la seule y croire ! Elle pense ! C'est mme ce qui la caractrise.
Je vous expliquerai tout l'heure - il faut que je vous le dise tout de suite - que c'est pour a
je vous expliquerai dans le dtail pourquoi
que la virgo n'est pas dnombrable, parce qu'elle se situe - contrairement l'Un qui est du ct du pre - elle se situe
entre l'Un et le Zro. Ce qui est entre l'Un et le Zro, c'est trs connu et a se dmontre - mme quand on a tort a se dmontre dans la thorie de CANTOR, a se dmontre d'une faon que je trouve absolument merveilleuse.
Il y en a au moins ici quelques-uns qui savent de quoi je parle, de sorte que je vais l'indiquer brivement.
Il est tout fait dmontrable que ce qui est entre l'Un et le Zro
a se dmontre grce aux dcimales, on se sert de dcimales dans le systme du mme nom : dcimal
il est trs facile de montrer que : supposez - il faut le supposer - supposez que ce soit dnombrable,
la mthode dite de la diagonale peut permettre de forger toujours une nouvelle suite dcimale telle qu'elle ne soit
certainement pas inscrite dans ce qui a t dnombr.
Il est strictement impossible de construire ce dnombrable, de donner mme une faon - si mince soit-elle - de le ranger,
ce qui est bien la moindre des choses, parce que le dnombrable se dfinit de correspondre la suite des nombres entiers.
C'est donc purement et simplement d'un supposez et l-dessus on accusera trs volontiers - comme il se fait dans ce livre :
Cantor a tort - CANTOR d'avoir tout simplement forg un cercle vicieux. Un cercle vicieux, mes bon amis, mais pourquoi pas !
Plus un cercle est vicieux, plus il est drle, surtout si on peut en faire sortir quelque chose, quelque chose comme ce
petit oiseau qui s'appelle le non-dnombrable, qui est bien une des choses les plus minentes, les plus astucieuses, les
plus collant au Rel du nombre qui ait jamais t inventes. Enfin, laissons !
37 Vir : (nom commun) : Homme, mle. tymologie : de la racine indo-europenne wihrs homme , ou guerrier .
137
Les onze mille Vierges - comme il se dit dans La Lgende Dore 38 - c'est la faon d'exprimer le non-dnombrable.
Parce que les onze mille, vous comprenez, c'est un chiffre norme, c'est surtout un chiffre norme pour des Vierges,
et pas seulement par les temps qui courent ! Donc, nous avons point ces faits.
Tchons maintenant de comprendre ce qu'il en advient, de ce Pas-Toute [.] qui est vraiment le point vif,
le point original de ce que j'ai inscrit au tableau. Car nulle part jusqu' prsent dans la logique, n'a t mise, promue,
mise en avant, la fonction du Pas-Tous comme telle.
Le mode de la pense
pour autant qu'il est, si je puis dire, subverti par le manque du rapport sexuel
pense et ne pense qu'au moyen de l'Un. L'Universel, c'est le quelque chose qui rsulte de l'enveloppement
d'un certain champ par quelque chose qui est de l'ordre de l'Un, ceci prs, qui est la vritable signification de la
notion de l'ensemble, c'est trs prcisment ceci : c'est que l'ensemble, c'est la notation mathmatique de ce quelque chose
o hlas, je ne suis pas pour rien - qui est une certaine dfinition, celle que je note du S barr [S] c'est savoir du sujet,
du sujet pour autant qu'il n'est rien d'autre que l'effet de signifiant, autrement dit :
ce que reprsente un signifiant pour un autre signifiant. .
L'ensemble c'est la faon dont, un tournant de l'histoire, les gens les moins faits pour mettre au jour ce qu'il en est
du sujet, s'y sont trouvs - si l'on peut dire - ncessits. L'ensemble n'est rien d'autre que le sujet. C'est bien pour cela
qu'il ne saurait mme se manier sans l'addition de l'ensemble vide.
Jusqu' un certain point, je dirai que l'ensemble vide se dmarque dans sa ncessit, de ceci : qu'il peut tre pris pour
un lment de l'ensemble, savoir que l'inscription de la parenthse qui dsigne l'ensemble avec comme lment
l'ensemble vide : {}, est quelque chose sans quoi est absolument impensable tout maniement de cette fonction,
de cette fonction qui - je vous le rpte, je pense vous l'avoir suffisamment indiqu - est faite trs prcisment
un certain tournant pour interroger
interroger au niveau du langage commun, je souligne commun, parce que ce n'est nullement ici aucun
- de quelque sorte que ce soit - mtalangage qui rgne
pour interroger du point de vue logique, interroger avec le langage de tous, ce qu'il en est de l'incidence
- dans le langage lui-mme - du nombre, c'est--dire de quelque chose qui n'a rien faire avec le langage,
de quelque chose qui est plus rel que n'importe quoi. Le discours de la science l'a suffisamment manifest.
Pas-Tout [.] - il manquait la barre - c'est trs prcisment ce qui rsulte de ceci : non pas que rien ne le limite,
mais que la limite est autrement situe. Ce qui fait le Pas-Tout [.], si je puis dire et je le dirai pour aller vite,
c'est ceci, c'est que
contrairement l'inclusion dans : il existe le Pre dont le dire-non le situe par rapport la fonction phallique
inversement, c'est en tant qu'il y a le vide, le manque, l'absence de quoi que ce soit qui dnie la fonction phallique
au niveau de la femme, quinversement il n'y a rien d'autre que ce quelque chose que le Pas-Tout [.] formule
dans la position de la femme l'endroit de la fonction phallique. Elle est en effet pour elle, Pas-Toute .
Ce qui ne veut pas dire que, sous quelque incidence que ce soit, elle le nie. Je ne dirai pas qu'elle est autre, parce que
trs prcisment le mode sous lequel elle n'existe pas dans cette fonction - de la nier - ce qui est trs prcisment
ce mode, c'est qu'elle est ce qui dans mon graphe s'inscrit du signifiant de ceci : que l'Autre est barr : S(A).
La femme n'est pas le lieu de l'Autre, et plus encore elle s'inscrit trs prcisment comme n'tant pas l'Autre
dans la fonction que je donne au grand A, savoir comme tant le lieu de la vrit.
Et ce qui s'inscrit dans la non-existence de ce qui pourrait nier la fonction phallique
de mme qu'ici j'avais traduit par la fonction de l'ensemble vide, l'existence du dire que non , de mme
c'est de s'absenter et mme c'est d'tre ce jouiscentre , ce jouiscentre qui est conjugu ce que je n'appellerai
pas une absence, mais une d-sence : s.e.n.c.e.
que la femme se pose pour ce fait signifiant, non seulement que le grand Autre n'est pas l - ce n'est pas elle mais qu'il est tout fait ailleurs : au lieu o il situe la parole.
38 La Lgende dore (Legenda aurea), uvre de Jacques De Voragine rdige de 1261 1266 qui dcrit la vie de 180 saints, saintes et martyrs chrtiens.
138
Il me reste
Puisquaprs tout vous avez la patience une heure qui est dj onze, de continuer m'entendre
pointer ceci qui est capital
dans ce qu'aprs tout ici - pour vous - je force
la fin de l'anne, un certain nombre de thmes qui sont des thmes cristallisants
c'est de dnoter la bance qui spare chacun de ces termes en tant qu'ils sont noncs.
Il est clair qu'entre le :: il existe , et le / : il n'existe pas , on n'a pas baragouiner, c'est l'existence.
Il est clair qu'entre : : il existe un qui ne et / : il n'y en a pas Un qui ne soit , il y a la contradiction :
Quand ARISTOTE fait tat des propositions particulires pour les opposer aux universelles, c'est entre une particulire positive
par rapport une universelle ngative qu'il institue la contradiction.
Ici, c'est le contraire : c'est la particulire qui est ngative et c'est l'universelle qui est positive.
Ici, ce que nous avons entre ce / , qui est la ngation d'aucune universalit, et ce . ! ce que nous avons,
je ne fais ici que vous l'indiquer, je le justifierai par la suite, c'est l'indcidable :
139
140
Je trouve que j'en ai assez fait pour ce soir. Je ne dsire pas finir sur une proraison sensationnelle, mais la question que
oui, c'est assez bien crit. Ncessaire, impossible
X - On n'entend pas !
LACAN - Hein ? Ncessaire, impossible, possible et contingent.
X - On n'entend rien !
LACAN
Je m'en fous ! Voil ! C'est un frayage. Vous entendrez la suite dans presque quinze jours.
Puisque c'est le 14 que je ferai mon prochain sminaire au Panthon. Je ne suis pas sr que ce ne sera pas le dernier.
141
14 Juin 1972
Sminaire : Panthon-Sorbonne
RECANATI
[Au tableau]
Qu'on dise - comme fait - reste oubli derrire ce qui se dit, dans ce qui s'entend.
LACAN
Naturellement cet nonc, qui est assertif dans sa forme d'universel, relve du modal pour ce qu'il met d'existence.
Alors, mettez-y du vtre, puisque a semble, comme la dernire fois, marcher assez mal. Est-ce que cette fois-ci
j'arrive me faire entendre ? Un peu plus ? Bon ! Je vais faire de mon mieux. Bonjour, SIBONY, venez donc
un peu plus prs. Venez un peu plus prs, on ne sait pas, a peut servir quelque chose tout l'heure.
Alors, en tenant compte de ce que j'appelais tout l'heure le mixage , les communications qui ont pu se faire entre
mon public d'ici et celui de Sainte-Anne, je suppose que maintenant ils se sont unifis, c'est le cas de le dire.
Vous avez pu voir que nous sommes passs de ce que j'ai appel un jour ici d'un prdicat form votre usage,
nommment l'unien, nous sommes passs la dernire fois Sainte-Anne au terme d'une autre facture qui se
promouverait du terme, de la forme unier.
Ce dont je vous ai parl, ce que j'ai avanc la dernire fois, Sainte-Anne, c'est le pivot qui se prend dans cet ordre
qui se fonde, mettez fonde, fondez-le enfin, que a soit, que a soit du fond-fondu.
LACAN - Qu'est-ce qu'il y a ?
X Dans le public : On n'entend rien !
Je dis donc que cet unier qui se fonde, et je vous priais que ce fond soit ne vous paraisse pas trop fondamental,
c'est ce que j'appelais le laisser dans le fondu, cet unier qui se fonde, il y en a Un, il en existe Un qui dit que non.
a n'est pas tout fait pareil que de nier, mais cette forgerie du terme unier, comme un verbe qui se conjugue et
d'o nous pourrions avancer en somme pour ce qu'il en est de la fonction, de la fonction reprsente dans l'analyse
par le mythe du pre, p.e.r.e., il unie, c'est a que ceux qui ont pu russir entendre travers les ptards,
le point sur lequel j'aimerais justement aujourd'hui, enfin, vous permettre, disons d'accommoder.
Le pre unie donc. Dans le mythe, il a ce corrlat des toutes, toutes les femmes . C'est l, si l'on suit mes inscriptions
quantiques, (q.u.a.n.t.i.q.u.e.), qu'il y a lieu d'introduire une modification. Il les unie certes, mais pas toutes justement.
Ici se touche la fois ce qui n'est pas ce qui n'est pas de mon cru, dire, savoir la parent de la logique et du mythe,
a marque seulement que l'une puisse corriger l'autre.
a, c'est du travail qui reste devant nous. Pour l'instant je rappelle, n'est-ce pas, que avec ce que je me suis permis,
enfin de d'approximations du pre, avec ce que j'ai inscrit de l'-pater, vous voyez que la voie qui conjoint l'occasion
le mythe avec la drision ne nous est pas trangre. a ne touche en rien au statut fondamental des structures intresses.
C'est amusant que, comme a, il y a des gens qui dcouvrent, qui dcouvrent sur le tard, ce dont je peux bien dire
de ma place que c'est un peu gnral pour l'instant toute cette effervescence, cette turbulence qui se produit autour
de termes comme le signifiant, le signe, la signification, la smiotique, tout ce qui occupe pour l'instant le devant de la scne,
c'est curieux, les singuliers retards qui s'y montrent.
Il y a une trs bonne petite revue, enfin pas plus mauvaise qu'une autre, dans laquelle je vois surgir sous le titre de
L'Atelier d'criture un article, mon Dieu, pas plus mauvais qu'un autre qui s'appelle L'Agonie du Signe - vous entendez ? qui s'appelle L'Agonie du Signe. C'est toujours trs touchant l'agonie. Agonie veut dire lutte. Mais aussi agonie veut dire
qu'on est en train de tourner de lil et alors l'agonie du signe, a fait, a fait pathtique. J'eusse prfr enfin que ce
ne ft pas au pathtique que tout cela tournt. a part, a part d'une invention charmante, de la possibilit de forger
un nouveau signifiant qui serait celui de fourmi, fourmidable . En effet c'est fourmidable tout cet article
et on commence par poser la question de quel peut bien tre le statut de fourmidable ?
142
Moi j'aime bien a. D'autant plus que c'est quelqu'un qui quand mme est trs averti depuis longtemps d'un certain
nombre de choses que j'avance et qui pour, en somme, au dbut de cet article, se croire oblig de faire l'innocent,
savoir d'hsiter, propos de fourmidable, le ranger soit dans la mtaphore, soit dans la mtonymie et de dire que,
il y a quelque chose qui est nglig donc, dans la thorie jakobsonienne, c'est celle qui consisterait emboutir des mots
les uns avec les autres. Mais il y a longtemps que j'ai expliqu a ! J'ai crit L'Instance de la lettre exprs pour a, S sur petit s
avec le rsultat, un, parenthse, effet de signification,[long soupir de Lacan, rires dans le public] C'est le dplacement, c'est la condensation.
C'est trs exactement la voie par o en effet on peut crer - ce qui est quand mme un petit peu plus amusant et utile
que fourmidable - on peut crer unier [Rires].
Et puis a sert quelque chose. a sert vous expliquer par une autre voie, ce que j'ai tout fait renonc aborder
par celle du Nom-du-pre. J'y ai renonc parce qu'on m'en a empch un moment, et puis que c'tait justement
les gens qui a aurait pu rendre service qui m'en ont empch. a aurait pu leur rendre service dans leur, dans leur
intimit personnelle. C'est des gens particulirement impliqus du ct du Nom-du-pre. Il y a une clique trs spciale
dans le monde, comme a, qu'on peut pingler d'une tradition religieuse, c'est eux que a aurait ar, mais je vois pas
pourquoi je me dvouerais spcialement ceux-l
Alors j'explique l'histoire de ce que FREUD a abord comme il a pu, justement, pour viter sa propre histoire
al shadda en particulier, c'est le nom dont il dsigne, celui dont le nom ne se dit pas
il s'est report sur les mythes, puis il a fait quelque chose de trs propre en somme, d'un peu aseptique,
il l'a pas pouss plus loin mais c'est bien l ce dont il s'agit, c'est qu'on laisse passer les occasions de reprendre,
de reprendre ce qui le dirigeait, et ce qui devrait faire maintenant que le psychanalyste soit sa place dans son discours.
Sa chance est passe. Je l'ai dj dit.
De sorte que dans l'avion l, qui me ramenait de je ne sais o, qui me ramenait de Milan d'o je reviens hier soir, bon!
j'ai pas apport le truc. C'est vraiment trs bien, c'est dans l'avion, dans un truc qui s'appelle Atlas et qui est distribu
tous les voyageurs par la Compagnie Air France. Il y a un trs trs joli petit article, heureusement que je ne l'ai pas,
je l'ai oubli chez moi, heureusement parce que a m'aurait entran vous lire des passages et il n'y a rien d'ennuyeux
comme d'entendre lire, il n'y a rien d'ennuyeux comme a ! Enfin, il y a des psychologues, des psychologues de la plus
haute vole, n'est-ce pas, qui s'emploient aux Amriques faire des enqutes sur les rves. Parce que sur les rves on
enqute, n'est-ce pas. On enqute et on s'aperoit, enfin, que c'est trs rare les rves sexuels. [Rires] Ils rvent de tout, ces
gens-l : ils rvent de sport, ils rvent de tas de blagues, ils rvent de chutes, enfin, il y a pas une majorit crasante de rves sexuels. [Rires]
D'o il rsulte, n'est-ce pas, que comme ce qui est la conception gnrale, nous dit-on dans ce texte, de la psychanalyse,
c'est de croire que les rves sont sexuels, eh bien le grand public
le grand public qui justement est fait de la diffusion psychanalytique, vous aussi vous tes un grand public
ben, le grand public naturellement va tre dfris, n'est-ce pas, et tout le souffl va tomber comme a, s'aplatir dans
le fond de la casserole. C'est quand mme curieux que personne, en somme, dans ce grand public suppos, car tout
a c'est de la supposition, enfin c'est vrai que dans une certaine rsonance, tous les rves, c'est ce qu'aurait dit FREUD,
qu'ils taient tous sexuels. Il n'a jamais dit a justement jamais, jamais dit a ! Il a dit que les rves taient des rves de dsir .
Il n'a jamais dit que c'tait du dsir sexuel ! Seulement, comprendre le rapport qu'il y a entre le fait que les rves
soient des rves de dsir
et cet ordre du sexuel qui se caractrise par ce que je suis en train d'avancer parce que, il m'a fallu le temps pour
l'aborder et ne pas jeter le dsordre dans l'esprit de ces charmantes personnes, n'est-ce pas, qui ont fait qu'au bout
de dix ans que je leur racontais des trucs, n'est-ce pas, ils songeaient qu' une chose, rentrer dans le sein
de l'Internationale Psychanalytique. Tout ce que j'avais pu raconter, c'tait bien sr des beaux exercices, des exercices de style.
Eux taient dans le srieux. Le srieux, c'est l'Internationale Psychanalytique.
Ce qui fait que maintenant je peux avancer - et qu'on l'entende - : qu'il n'y a pas de rapport sexuel , et que c'est pour a
qu'il y a tout un ordre qui fonctionne la place o il y aurait ce rapport. Et que c'est l, dans cet ordre, que quelque chose est
consquent comme effet de langage, savoir le dsir. Et qu'on pourrait peut-tre avancer un tout petit peu et penser
que quand FREUD disait que le rve, c'est la satisfaction d'un dsir, satisfaction dans quel sens ?
Quand je pense que j'en suis encore l, n'est-ce pas, que personne, de tous ces gens qui s'occupent embrouiller ce que
je dis, en faire du bruit, personne ne s'est encore jamais avis d'avancer cette chose qui est pourtant la stricte
consquence de tout ce que j'ai avanc, que j'ai articul de la faon la plus prcise, si mon souvenir est bon, en 57 attendez mme pas : en 55 ! - propos du rve de l'injection d'Irma : j'ai pris, pour montrer comment on traite
un texte de FREUD, je leur ai bien expliqu ce qu'il avait d'ambigu, que ce soit l justement, mais pas du tout dans
l'inconscient, au niveau de ses proccupations prsentes, que FREUD interprte ce rve, ce rve de dsir qui n'a rien
faire avec le dsir sexuel, mme s'il y a toutes les implications de transfert qui nous conviennent.
Le terme d' immixtion des sujets , je l'ai avanc en 55, vous vous rendez compte ? 17 ans, hein ?
143
Et puis il est clair que faudra que je le publie, comme a, parce que si je l'ai pas publi, c'est que j'tais absolument
cur de la faon dont a avait t repris dans un certain livre sorti sous le titre d'Auto-analyse 40, c'tait mon texte,
mais en y remettant de faon ce que personne n'y comprenne rien.
Qu'est-ce que a fait un rve ? a ne satisfait pas le dsir !
Pour des raisons fondamentales
que je vais pas me mettre dvelopper aujourd'hui parce que, parce que a vaut quatre ou cinq sminaires
pour la raison qui est simplement celle-ci et qui est touchable, et que FREUD dit :
que le seul dsir fondamental dans le sommeil, c'est le dsir de dormir. [Rires]
a vous fait rigoler, parce que vous n'avez jamais entendu a. Trs bien ! Pourtant, c'est dans FREUD. Comment
est-ce que a ne vient pas tout de suite votre jugeote, en quoi a consiste de dormir ?
a consiste en ceci que ce qui dans ma ttrade, l, le semblant, la vrit et la jouissance, et le plus de jouir
faut pas que je le rcrive au tableau, non ?
ce qu'il s'agit de suspendre
c'est pour a que c'est fait le sommeil, n'importe qui n'a qu' regarder
un animal dormir pour s'en apercevoir
ce qu'il s'agit de suspendre justement, c'est cet ambigu qu'il y a dans le rapport au corps avec lui-mme : le jouir.
S'il y a possibilit que ce corps accde au jouir de soi, c'est bien videmment partout, c'est quand il se cogne, qu'il se fait mal,
c'est a la jouissance. Alors l'homme a l de petites portes d'entre que n'ont pas les autres, il peut en faire un but.
En tout cas quand il dort, c'est fini. Il s'agit justement de faire que ce corps, il s'enroule, il se mette en boule.
Dormir, c'est ne pas tre drang.
La jouissance, quand mme, c'est drangeant. Naturellement on le drange, mais enfin tant qu'il dort, il peut esprer
ne pas tre drang. C'est pour a qu' partir de l tout le reste s'vanouit : il n'est plus question non plus de semblant,
ni de vrit, puisque tout a, a se tient, c'est la mme chose, ni de plus-de-jouir. Seulement voil : ce que FREUD dit
c'est que le signifiant, lui, continue pendant ce temps-l cavaler. C'est bien pour a que, mme quand je dors,
je prpare mes sminaires. Monsieur POINCAR dcouvrait les fonctions fuchsiennes Qu'est-ce qu'il y a ?
X dans la salle Cest une pollution !
Qui vient de dire ce terme prcis ?
X dans la salle Cest moi.
Oui cest a, mais je suis particulirement satisfait de vous voir choisir ce terme, vous devez tre particulirement
intelligent. [Rires]Je me suis dj rjoui publiquement de ce quune de mes analyses
qui est quelque part donc par l, qui est une personne particulirement sensible
ait parl en effet propos de mon discours, de pollution intellectuelle . C'est une dimension trs fondamentale, voyezvous la pollution.
Jaurais pas probablement pouss les choses jusque-l aujourd'hui, mais vous avez l'air tellement fier d'avoir fait
surgir ce terme de pollution que je souponne que vous ne devez rien y comprendre. Nanmoins, vous allez voir
que je vais tout de suite, non seulement en faire usage, mais me rjouir une seconde fois que quelqu'un l'ai fait surgir,
car c'est prcisment a la difficult du discours analytique.
Je relve cette interruption, Je saute l-dessus, j'embarque une chose que - dans l'urgence d'une fin d'anne
je me trouverai donc avoir l'occasion de dire. C'est ceci : puisque c'est la place du semblant que le discours analytique se
caractrise de situer l'objet petit(a), figurez-vous, Monsieur - qui croyez avoir fait l un coup d'clat - que vous abondez
prcisment dans le sens de ce que j'ai avancer.
C'est savoir que la pollution la plus caractristique dans ce monde, c'est trs exactement l'objet petit(a) dont l'homme
prend, et vous aussi vous prenez votre substance, et que c'est de devoir
de cette pollution qui est l'effet le plus certain sur la surface du globe
de devoir en faire - en son corps, en son existence d'analyste - reprsentation, qu'il y regarde plus d'une fois.
Les chers petits en sont malades, et je dois vous dire que je ne suis pas non plus moi-mme dans cette situation plus l'aise.
40 Didier Anzieu : Lauto-analyse , PUF, 1959.
144
Ce que j'essaie de leur dmontrer, c'est que ce n'est pas tout fait impossible de le faire un peu dcemment.
Grce la logique, j'arrive leur - s'ils voulaient bien se laisser tenter - leur rendre supportable cette position
qu'ils occupent en tant que petit(a) dans le discours analytique, pour se permettre de concevoir que ce n'est videmment
pas peu de choses que d'lever cette fonction une position de semblant qui est la position-cl dans tout discours.
C'est l qu'est le ressort de ce que j'ai toujours essay de faire sentir comme la rsistance - et elle n'est que trop
comprhensible - de l'analyste, vraiment remplir sa fonction. Il ne faut pas croire que la position du semblant, elle soit
aise pour qui que ce soit, elle n'est vraiment tenable qu'au niveau du discours scientifique et pour une simple raison,
c'est que l, ce qui est port la position de commandement est quelque chose de tout fait de l'ordre du rel, en tant
que tout ce que nous touchons du rel, c'est la Spaltung, c'est la fente, autrement dit c'est la faon dont je dfinis le sujet.
C'est parce que dans le discours scientifique, c'est le grand S, le S barr [S] qui est l, la position-cl, que a tient.
Pour le discours universitaire, c'est le savoir. L, la difficult est encore bien plus grande, cause d'une espce de
court-circuit, parce que pour faire semblant de savoir, il faut savoir faire semblant. Et a s'use vite.
C'est bien pour a que, c'est bien pour a que quand j'tais l, l d'o je reviens comme je vous l'ai dit tout l'heure,
savoir Milan, j'avais une assistance videmment beaucoup moins nombreuse que la vtre, mettons le quart,
mais qu'il y avait l beaucoup de jeunes, beaucoup ces jeunes qui sont ceux qu'on appelle dans le mouvement ,
il y avait mme le un personnage tout fait respectable et d'une assez haute stature qui se trouve en tre l-bas
le reprsentant, sait-il ou ne sait-il pas
on m'a dit qu'il n'tait l qu'aprs, je n'ai pas voulu l'interroger
sait-il ou ne sait-il pas que, en tant l dans cette pointe, ce qu'il veut, c'est comme tous ceux qui sont ici intresss
un peu par le mouvement, c'est redonner au discours universitaire sa valeur.
Comme le nom l'indique, elle aboutit aux units de valeurs. Ils voudraient qu'on sache un peu mieux comment
faire semblant de savoir. C'est cela qui les guide. Ben en effet, c'est respectable et pourquoi pas ? Le discours universitaire
est d'un statut aussi fondamental qu'un autre. Simplement ce que je marque, c'est que c'est pas le mme,
parce que c'est vrai, a n'est pas le mme que le discours psychanalytique. La place du semblant y est tenue diffremment.
Et alors c'est comme a que j'ai t amen l-bas, mon Dieu, comment faire avec un auditoire nouveau
et surtout si il peut confondre ? J'ai essay de leur expliquer un tout petit peu quelle tait ma place dans l'histoire.
J'ai commenc par dire que mes crits, c'tait la poubellication , qu'il fallait pas qu'ils croient qu'ils pouvaient l-dessus
se reprer. Il y avait quand mme et alors l le mot sminaire. Bien sr comment leur faire comprendre que - ce que j'ai
t forc d'expliquer, d'avouer que - que le sminaire, c'est pas un sminaire, c'est un truc que je dgoise - tout seul,
mes bons amis - depuis des annes, mais qu'il y avait autrefois un temps o a mritait son nom, o il y avait des
gens qui intervenaient ? Alors c'est a qui m'a mis hors de moi, d'en tre forc d'en venir l. Et comme sur la route
du retour quelqu'un me pressait pour me dire, ah ben, comment est-ce que c'tait au temps o c'tait comme
un sminaire ? Je me suis dit, aujourd'hui je vais leur dire, pour l'avant-dernire fois que je vous vois,
parce que je vous verrai encore une fois, bon Dieu, que quelqu'un vienne dire quelque chose !
L-dessus je reois une lettre de Monsieur RECANATI. Je vous raconte pas d'histoire pour l'instant,
je fais pas semblant de faire surgir du floor une intervention. Je dis simplement que j'ai reu une lettre - qui tait
d'ailleurs une rponse une des miennes - de Monsieur RECANATI qui est l, qui m'a prouv - ma grande surprise n'est-ce pas, qu'il avait entendu quelque chose de ce que j'ai dit cette anne, alors je vais lui passer la parole
parce qu'il a vous parler de quelque chose qui a les plus troits rapports avec ce que j'essaie de frayer,
avec la thorie des ensembles notamment, n'est-ce pas, et avec la logique mathmatique, il va vous dire laquelle.
145
La lettre laquelle le Docteur LACAN vient de faire allusion tait en fait quelques remarques et commentaires,
sur trois textes de PEIRCE que je lui ai remis, non pas tant qu'il ne les connt pas, c'est vident, mais parce que
ces textes, justement, diffraient de ce quoi il avait pu, par ailleurs, faire rfrence.
Il s'agissait, d'une part, de textes de cosmologie, et, d'autre part, de textes ayant rapport la mathmatique. Je vais
tout d'abord prciser un peu la teneur de ces trois textes avant d'en venir la manire dont je pourrai en parler.
Quant la mathmatique, PEIRCE donne une critique des dfinitions qu'il connat des ensembles continus.
Il examine trois dfinitions, nommment celle d'ARISTOTE, celle de KANT, celle de CANTOR,
qu'il critique toutes, et en fonction d'un critre unique.
Le critre, c'est qu'il voudrait que dans chaque dfinition soit marqu le fait mme de la dfinition, puisque, dit-il,
dfinir un ensemble continu, on n'est pas sans le dterminer d'une certaine manire et ceci est important
pour le rsultat de la dfinition. Le processus mme de la dfinition doit tre marqu quelque part, comme tel.
Quant la cosmologie, PEIRCE parle d'un problme peu prs similaire, d'une proccupation similaire propos
du problme de la gense de l'univers. Son problme, c'est celui de l'avant et de l'aprs. On ne peut accder
ce qu'il y avait avant en faisant la simple opration analytique qui consiste retirer ce qu'il y a eu aprs,
tout ce qui fait le caractre de cet aprs, puisque on n'aboutirait, par l, qu' un aprs ratur et que prcisment
c'est sur le mode de cette rature que se constitue l'aprs, qui ne diffre que par une inscription prcise,
ici sur le mode de la rature, de l'avant.
Autrement dit, l'avant est en quelque sorte un aprs ou plutt l'aprs est un avant inscrit et l'on ne pourra
absolument pas dduire l'avant de l'aprs puisque l'avant qui est inscrit dans l'aprs, c'est prcisment l'aprs
qui dans ce sens n'a plus rien voir avec l'avant dont le propre est justement de n'tre pas inscrit.
Autrement dit, c'est l'inscription qui compte, je veux dire que l'avant a n'est rien.
C'est ce que dit PEIRCE, quand il parle de la gense de l'univers : avant, il n'y avait rien, mais ce rien c'est quand
mme un rien spcifique, ou plutt justement, il n'est pas spcifique, parce que de toute faon il n'est pas inscrit,
et on peut dire que tout ce qu'il y a eu aprs, c'est rien non plus, mais comme rien, c'est inscrit.
Ce non-inscrit en gnral qu'il va retrouver un peu partout, et pas seulement dans la cosmologie,
PEIRCE l'appelle le potentiel et c'est de a que je vais dire quelques mots maintenant.
Mais avant de ce faire, je voudrais dire quelques mots sur ma position ici qui est videmment paradoxale,
puisque je ne suis spcialiste videmment de rien et pas plus de PEIRCE que d'un autre, et que tout ce que je vais
dire sur cet auteur et sur d'autres, puisque je vais parler d'autres, sera ce que je peux reprendre au discours
que tient le Docteur LACAN. Dans ma parole mme, je conserve mon statut d'auditeur.
Et comment cela est-il possible ? Justement ne signifier dans mon discours moi, que le fait d'avoir cout.
Ceci pose le problme d qui m'adresser. Car lvidence, si je m'adresse ceux qui, comme moi, ont cout,
a ne leur servira rien, et si je m'adresse ceux qui n'ont pas cout, je ne pourrai qu'inscrire le rien de
leur non-coute et permettre par l une laboration qui videmment s'en servira dans sa suite
et qui n'aura plus rien voir avec le rien pur qui tait au dbut. En l'occurrence, donc, a ne changera rien, [Rires]
et c'est en tant que mon intervention d'auditeur ne drange rien, que je peux effectivement reprsenter l'auditoire.
Puisque, somme toute, toutes les interventions dARISTOTE ne sont que supposes dans le discours de PARMNIDE,
et que justement, le plus vite c'est termin, le mieux c'est gnralement, quant aux interventions d'ARISTOTE,
plutt pour qu'il puisse lui-mme tenir un vritable discours, il faut qu' son tour, il ait un auditeur muet qui,
quoi il puisse s'identifier, ce qui explique que l'autre ARISTOTE dans la Mtaphysique dit Nous platoniciens ,
car c'est aprs que PLATON a parl
ou si on veut aprs que PARMNIDE a parl pour l'autre
qu'il peut lui-mme commencer le faire. Do ici le paradoxe, mais comme ce paradoxe n'est pas de mon fait,
je laisse au Docteur LACAN le commenter aprs, parce que je n'en puis rien dire quant moi.
On ne peut pas, dit PEIRCE, opposer le vide, le 0, au quelque chose, car le 0 est quelque chose, c'est bien connu.
Le vide reprsente quelque chose et PEIRCE dit qu'il fait partie de ces concepts secondants,
concepts importants chez PEIRCE et que je reverrai un peu dans la suite.
Il n'est pas une monade, comme vide inscrit, mais il est relatif. En effet, si l'on pose ce vide, on l'inscrit.
En l'occurrence l'inscription de l'ensemble vide peut donner ceci {}.
146
Ceci se reconnat pour tre l'ensemble vide considr comme un lment de l'ensemble des parties de l'ensemble vide.
Donc, si le vide se constitue comme 1 et si l'on voulait rpter un peu l'opration et faire l'ensemble des parties de
l'ensemble des parties de l'ensemble vide, on aurait vite quelque chose comme a : {, {}}, ce qui donne peu
prs a : {{}}2, et ceci se reconnat pour pouvoir trs bien reprsenter le 2. Aussi bien ceci peut-il reprsenter le 1.
C'est par l qu'on est amen refaire cette remarque que, bien sr, c'est la rptition d'une inexistence qui peut fonder
bien des choses, et notamment, la suite des nombres entiers en l'occurrence, mais ce qui intresse PEIRCE dans cette
remarque, c'est que ce qui se rpte, ce n'est pas l'inexistence comme telle, ou plutt pas exactement, c'est l'inscription
de l'inexistence, en tant que l'inexistence se marque de cette inscription.
Et c'est ce qu'il dveloppera bien des reprises, dans plusieurs textes, et je vais en parler.
On rejoint l son propos mathmatique. Quant on veut, dit-il, dfinir un systme o cette inexistence est rpte,
il faut prciser qu'elle est rpte comme inscrite. C'est au dpart qu'il y a une inscription d'une inexistence.
Et ceci est trs important pour la logique.
Le quanteur universel, tout seul, ne saurait rien dfinir. Le quanteur universel, pour PEIRCE, est quelque chose de
secondant, aussi paradoxal que cela paraisse, comme il le dit, il est relatif quelque chose. Ce qui fonde ce quanteur,
c'est la nantisation pralable et inscrite des variables qui le contredisent. Ainsi, d'un point de vue purement
mthodologique, PEIRCE s'attaque CANTOR.
CANTOR a tort parce que sa dfinition du continu renvoie nommment tous les points de l'ensemble.
PEIRCE prcise qu'il faut faire varier la dfinition d'un point de vue logique. Une ligne ovale n'est continue, que
parce qu'il est impossible de nier qu'au moins un de ses points doit tre vrai pour une fonction qui ne caractrise
absolument pas l'ensemble. Par exemple, quand il s'agit de passer de l'extrieur l'intrieur, il faut ncessairement
passer par l'un des points du bord. Ceci est, en quelque sorte, une approche latrale. On ne peut pas poser comme a
le quanteur universel, il faut passer par une nantisation pralable, et qui passe, elle-mme, par une fonction pralable.
La ngation ici, est elle-mme rige en fonction et l'ensemble des ensembles pertinents pour cette fonction
en l'occurrence dans la mesure o il est impossible de nier etc.
est l'ensemble vide qui inscrit la ngation comme impossible. Le mme type d'exemple pourrait tre pris en topologie
ventuellement. Si l'on coutait PEIRCE, le thorme des points fixes devrait s'noncer comme suit - je vais l'crire - :
Il est impossible de nier que dans une dformation d'un disque sur son bord, au moins un point chappe
la dformation qui l'autorise, par le fait mme d'y chapper.
LACAN - Recommencez bien a.
Franois RECANATI
Le thorme des points fixes, si on prend, par exemple, quelque chose comme un disque, il s'agit, en quelque sorte,
il s'agit de dformer de manire continue un disque sur son bord. Il est certain - et c'est donn comme thorme qu'au moins un point du disque chappe la dformation, c'est--dire reste fixe, et que c'est par ce fait qu'il y a ce point
qui reste fixe qu'on peut effectuer la dformation gnrale. Sans quoi ce ne serait pas possible, et ici il y a videmment
contradiction. Disons qu'il y a une liaison trs nette entre ce point qui chappe la fonction qu'il autorise.
LACAN
a, c'est un thorme dmontr. Il n'est pas seulement dmontrable, il est dmontr.
D'autre part, ce thorme se symbolise, vous pouvez peut-tre le commenter, comment il est symbolis par ce :
car c'est une formule qui est trs prs, en somme, de celle que j'ai l'habitude d'inscrire
: tel qu'il faille nier - qu'il n'y a pas de :, qu'il faille nier qu'il n'y a pas d'existence de x - tel que x soit ni.
Franois RECANATI
Il y a bien une double ngation, certes, mais les deux ngations ne sont pas quivalentes, cest pas exactement les
mmes. Et d'autre part, surtout cette double ngation, dans la mesure o elle est inscrite, c'est pas la mme chose que
de l'affirmer simplement. On aurait pu affirmer.
147
L, c'est pour a que j'ai cit au dbut la critique du quanteur universel en quelque sorte comme donn comme a.
S'il est le produit d'une double ngation, cette premire ngation non inscrite, elle porte sur une ngation rige
comme fonction.
Par exemple : les points ne restent pas fixes. Eh bien, il y a un point qui, justement, chappe cette fonction,
et ce titre l, la ncessit est avant tout de les inscrire. C'est pourquoi je l'ai fait l. Et il faudrait marquer,
peut-tre d'une manire spcifique ce que j'ai dit tre une impossibilit. Mais en mme temps, ici,
c'est simplement ici l'ensemble vide pos comme seul ensemble fonctionnant pour la fonction de la ngation.
LACAN
Je crois que ce qu'il faut ici souligner c'est ceci que la barre porte ici sur les deux termes chacun comme ni
est un il n'est pas vrai que , un il n'est pas vrai que frquemment utilis en mathmatiques, puisque c'est le point-cl,
c'est ce quoi fait aboutir la dmonstration dite de la contradiction. Il s'agit en somme, de savoir pourquoi
en mathmatiques, il est reu qu'on puisse fonder mais seulement en mathmatiques, parce que partout ailleurs,
comment pourriez-vous fonder quoi que ce soit d'affirmable sur un il n'est pas vrai que ?
C'est bien l que l'objection vient dans l'intrieur des mathmatiques l'usage de la dmonstration par l'absurde.
La question est de savoir comment, en mathmatiques, la dmonstration par l'absurde peut fonder quelque chose,
qui se dmontre en effet comme tel de ne pas mener la contradiction.
C'est l que se spcifie le domaine propre des mathmatiques. Alors c'est sous cet il n'est pas vrai que - il s'agit de
donner le statut la barre ngative qui est celle dont j'use en un point de mon schma, pour dire que a,
c'est une ngation, / : il n'existe pas de x qui satisfasse ceci : x ni.
Franois RECANATI
Dans les termes de PEIRCE, cette barre-l est ce qui vient en premier, qui est la premire inscription.
Parce qu'il dit, le potentiel
et a j'allais y revenir dans le cours parce que c'est un concept qui est finalement assez labor
c'est le champ d'inscription des impossibilits, mais avant que des impossibilits, des impossibilits non-inscrites encore,
c'est le champ des impossibilits possibles.
Et dans ce champ, quelque chose vient le subvertir par ce trait, en quelque sorte, qui est ici impossibilit,
qui est une espce de coupure, coupure qui est faite l'intrieur d'un domaine qui, auparavant, est en quelque sorte
unique, et c'est pour a que, dit PEIRCE, il faut inscrire la premire impossibilit d'abord. a, a dtermine tout.
Et ensuite, ventuellement, la ngation et toutes ces spcifications-l continuent dterminer, mais c'est dj l
l'intrieur, de l'impossible.Autrement dit, il dit qu'il y a deux champs :
-
il y a d'une part le champ du potentiel, qui est l'lment du pur 0, on pourrait dire du pur vide, a j'y reviendrai,
et d'autre part les impossibles qui sont ceux qui naissent du potentiel, mais pour s'y opposer trs nettement,
et l'intrieur des impossibles on peut dire des choses comme a, c'est--dire :
il n'existe pas x tel que non x, ou il existe x tel que non x. [/ ou : ]
Mais il fait une opposition de ces deux champs comme, fondamentalement opposs, l'un tant l'lment du pur 0,
l'autre tant l'lment que je dirai du 0 de rptition, et c'est l-dessus que je voudrais arriver.
LACAN
Vous admettez, par exemple, que je transcrive tout ce que vous avez dit en disant que le potentiel gale le champ
des possibilits comme dterminant l'impossible.
Franois RECANATI
Comme dterminant, mais je prcise tout de suite qu'il a dit, c'est ce champ des possibilits qui dtermine
l'impossible mais pas au sens de HEGEL, il faut faire attention, dit-il lui-mme, a le dtermine non pas ncessairement,
mais potentiellement, c'est--dire qu'on ne peut pas dire : ncessairement a devait arriver , on remarque que c'est arriv.
On sait que c'est ce potentiel qui a dtermin cet impossible, mais non pas ncessairement, on est d'accord.
Donc c'est exactement ce que je voulais dire le potentiel
148
LACAN
On pourrait peut-tre le transcrire comme a : potentiel = champ des possibilits comme dterminant l'impossible.
Franois RECANATI
Donc, c'est avec cette sorte de considration que PEIRCE construit le concept de potentiel. C'est donc le lieu
o s'inscrivent les impossibilits, c'est la possibilit gnrale des impossibilits non effectues, c'est--dire non-inscrites.
C'est le champ des possibilits comme dterminant limpossible. Mais il ne comporte, on vient de le dire, par rapport
aux inscriptions qui s'y produisent, aucune ncessit, ce qui signifie notamment, pour un problme mathmatique,
que du 2 on ne peut pas rendre compte rationnellement, au sens de HEGEL, c'est--dire ncessairement.
Le 2 est venu, on ne peut dire d'o il est venu, on peut simplement le mettre en rapport avec le 0,
avec ce qui se passe entre le 0 et le 1, mais de dire pourquoi il est venu, impossible.
Le potentiel permet a, de dfinir le paradoxe du continu, et a, c'est dans un texte de PEIRCE
je cite a, mais en fait, je l'ai pas regard de bien prs donc je ne le dvelopperai pas
si un point d'un ensemble continu potentiel se voit confrer une dtermination prcise, une inscription,
une existence relle, alors la continuit, elle-mme, est rompue.
Et ceci c'tait intressant non pas du point de vue du continu, mais du point de vue du potentiel.
C'est que le potentiel existe vraiment comme potentiel et que ds lors, qu'il s'inscrive d'une manire ou d'une autre,
il n'y a videmment plus de potentiel, c'est--dire qu'il est lui-mme produit d'un impossible qui est issu de lui-mme.
X - L, Cantor a tort !
Franois RECANATI
Pour ce qui est de la cosmologie, le 0 absolu, le pur nant, comme dit PEIRCE, est diffrent du 0 qui se rpte dans la suite des
entiers. Il n'est autre, ce 0 qui se rpte dans la suite des entiers, que l'ordre en gnral du temps, et j'y reviendrai,
tandis que le 0 absolu, c'est l'ordre en gnral du potentiel. Ainsi le 0 absolu a une dimension propre,
et PEIRCE essaie d'insister pour que cette dimension soit inscrite quelque part, soit au moins marque,
soit prsente dans les dfinitions mathmatiques. Le problme est videmment
LACAN - L, CANTOR n'est pas contre.
Franois RECANATI
Le problme est videmment : comment peut-on passer d'une dimension, celle du potentiel par exemple,
l'autre, que je dirai celle de l'impossible ou celle du temps, ou ce qu'on voudra.
PEIRCE prsente ainsi ce problme : comment penser non temporellement ce qu'il y avait avant le temps ?
a rappelle, certes, SPINOZA et Saint AUGUSTIN, mais a rappelle surtout les empiristes.
Et ici, je dois dire quon a souvent remarqu que PEIRCE a repris le style des empiristes et leurs proccupations.
Mais pour situer vritablement l'originalit de PEIRCE, on n'a jamais rapport a aux empiristes,
on n'a jamais cherch ce qui, chez eux, a pu prparer tout a. Or pourtant, ces deux dimensions
l'une potentielle et l'autre, si l'on veut, temporelle, ou plutt une dimension du 0 absolu, et une dimension du 0 de rptition
cest prsent ds le dbut de l'pope empiriste. Et c'est l-dessus que je voudrais dire un petit mot pour montrer
comment on peut le dgager.
LACAN - Dites-le bien, tonitruez-le !
Franois RECANATI
Je ferai cela, et aprs je reviendrai la smiotique de PEIRCE en rapport avec tout a.
Oui, l'objet de la psychologie empirique - c'est un premier point qu'on a fait exprs, chaque fois, d'vacuer
c'est les signes et rien d'autre, c'est le systme des signes. Il s'agit d'une extension, on peut le dire, du systme quaternaire
de Port Royal, telle que, somme toute, SAUSSURE aussi n'en est qu'une extension la limite :
- la chose comme chose et comme reprsentation,
- le signe comme chose et comme signe,
- l'objet du signe comme signe tant la chose comme reprsentation.
149
C'est la mme chose que dit SAUSSURE - je le disais mais je ne le dvelopperai pas - le signe comme concept et comme
image acoustique. Seulement, on a vacu avec la scolastique le problme en gnral de la chose en soi , et on a mme
t jusqu' voir dans le monde - et a, avec toutes les thories du Grand livre du monde - le signe de la pense.
Ds lors, on aboutit quelque chose comme a : le monde comme reprsentation
en tant que le monde, on ne peut le connatre que comme reprsentation
remplace la chose, dans le systme quaternaire du signe, et la pense du monde en gnral remplace la reprsentation, ce qui quivaut mettre face face pense du monde - monde de pense.
Or, il est vident que la pense du monde et le monde de pense qui diffrent peut-tre par certains cts,
c'est la mme chose. Alors il y a un problme pour le systme quaternaire parce qu'il y a une dualit irrductible
dans le systme quaternaire, il faut soit l'abandonner, soit le changer, on sait que BERKELEY l'abandonne,
en - justement - tablissant un systme d'identit entre la pense du monde et le monde de pense.
Quant LOCKE, il le change. Quand il dit, c'est
et je m'excuse de m'appesantir un peu sur cette introduction
ce qu'il dit c'est : les reprsentations, les ides, ne reprsentent pas les choses, elles se reprsentent entre elles.
Ainsi les ides les plus complexes reprsentent les plus simples.
Il y a des facults, par exemple, de reprsentation des ides entre elles, et c'est trs dvelopp,
il y a toute une topique qui est peu prs ce qu'on en a dit, une hirarchie des ides et des facults.
Mais ce sur quoi je voudrais justement appuyer un peu, et qui est ce qui n'a pas t remarqu chez LOCKE, et qui est
prcisment le plus intressant, puisque a permet CONDILLAC et que CONDILLAC par l prcde en quelque
sorte PEIRCE, c'est qu'il y a une autre facult pour LOCKE, qui permet tout a. Parce que comment a se passe ?
a fonctionne tout seul apparemment, il faut quelque chose pour que a fonctionne le systme.
Et il y a une nouvelle facult, une nouvelle opration qu'il appelle
et qu'on n'a jamais repre parce qu'elle n'est pas dans ses classifications, elle est toujours dans les notes
observation lobservation, qui est quelque chose qui fonctionne tout seul, qui marche tous les niveaux,
qui se retrouve partout et qui est aussi intrinsque tous les lments, quelque chose d'assez incomprhensible,
et qui est la fois le processus de la transformation et le milieu, l'lment en gnral du transform.
C'est la fois le milieu par cette observation, en quelque sorte, une ide simple se transforme en image d'ellemme, c'est--dire en ide complexe puisque son objectivit est place ses cts dans l'ide, et dans cette ide
gnrale par o elle est transforme, il y a une inscription, il y a connotation de l'inscription de sa transformation.
C'est--dire l'ide, une fois qu'elle est transforme, c'est en quelque sorte qu'elle est inscrite, c'est en a qu'elle devient
une ide complexe et non plus une ide simple.
Alors, tout le problme cet endroit, c'est : qu'est-ce qui rend a possible ? Soit :
- qu'est-ce qu'il y avait au dpart,
- qu'est-ce qui se transforme au dpart,
- partir de quoi on transforme pour obtenir la premire cause ?
- Qu'est-ce qui est l'avant premier, en quelque sorte?
Et LOCKE le pose en ces termes quand il parle de sensation irrductible d'une rflexion originaire.
Si une rflexion est originaire, qu'est-ce qui est rflchi qui soit pr-originaire. Soit quel est le pr-originaire, soit
qu'est-ce qui permet, proprement parler, qu'est-ce qui permet cette facult ?
Et l, il y a CONDILLAC qui prend la relve.
Sa mthode tait absolument exemplaire : il va cerner ce quelque chose qu'il a vu chez LOCKE, ce quelque chose
d'inatteignable, en lui donnant un nom, en le faisant fonctionner comme une inconnue dans une quation.
Et par la suite, quand les auteurs ont voulu critiquer CONDILLAC, ils ont dit que son systme, c'tait pas du tout
uniquement de la psychologie, c'tait de la logique profondment, qu'il en avait fait un systme logique,
ce systme o il n'y avait pas de contenu etc., vous voyez, justement, c'est l l'intrt de CONDILLAC.
Et notamment cette sensation, dont il dit que tout drive, au moins dans un de ses traits majeurs, cette sensation l,
finalement, n'est rien, aucun moment il ne la dfinit prcisment, au contraire tout le dveloppement qu'il en donne,
tout ce qu'il montre en driver, est une espce de contribution sa dfinition.
Mais ce qui permet, proprement parler, et tout le reste en drive, tout ce qui est proprement parler les attributs
de la sensation, tout ce qui permet cette attribution, c'est ce qu'il indique comme l'lment 0 qui est toujours donn
au dpart, toujours donn dans la sensation, et dont il se demande ce que c'est, et on va s'interroger avec lui.
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Il va caractriser, pour essayer d'atteindre cet lment irrductible, tout ce qui se passe avec l'aide de cet lment,
mais avec plus que cet lment, c'est--dire en un mot, comme il dit, tout ce qui se passe dans l'entendement.
Avec a, on va pouvoir arriver voir ce qui fonde vritablement l'originalit de la sensation, si tant est que c'est de la
sensation que drive tout ce qui se passe dans l'entendement.
Or, le propre de l'entendement, dit-il, et ce, dans son premier essai
j'insiste parce qu'il y a eu une petite divergence aprs, il s'est loign de cette ide
qui est videmment son originalit la plus grande
le propre de l'entendement, c'est l'ordre, c'est la liaison en gnral, liaison comme liaison des ides,
liaison des signes, liaison des besoins, en fait, c'est toujours une liaison des signes, c'est toujours la mme chose.
Chez l'homme, l'ordre fonctionne tout seul, dit-il, et il s'en explique un peu, tandis que chez les btes, il faut, pour
mettre l'ordre en branle, une impulsion extrieure ponctuelle, et CONDILLAC prcise, entre les hommes et les btes
et c'est une assez belle phrase qu'il dit
entre les hommes et les btes, il y a les imbciles et les fous :
-
les uns n'arrivent pas accrocher l'ordre, il s'agit des imbciles, systmatiquement ils n'arrivent pas
accrocher l'ordre,
et les autres n'arrivent plus s'en dtacher. Eux, ils sont compltement noys dans l'ordre, ils n'arrivent plus
prendre de distance, ils n'arrivent plus s'en dtacher.
L'ordre, en gnral, c'est ce qui permet de passer d'un signe un autre. C'est la possibilit d'avoir une ide de la
frontire entre deux signes. Et CONDILLAC a une conception du signe, mais comme toujours, impropre, toujours
une mtaphore, et il le dit, cette fois, nommment dans une courte tude, o il fait l'apologie des tropes, reprenant
peut-tre, je n'en suis pas sr, des termes de QUINTILIEN.
Toujours est-il que pour lui, un signe, c'est ce qui vient remplir l'intervalle entre deux autres signes. Dans ce sens,
dans un signe, qu'est-ce qui est considr ? Ce sont les deux autres signes limitrophes, au moins deux qui sont
considrs, mais pas comme signes en tant qu'ils pourraient entraner une reprsentation, du point de vue de leurs
bords eux, c'est--dire du point de vue formel. Et il prcise bien que a ne peut pas tre, proprement parler,
des reprsentations, mais uniquement des signes, puisqu'il dit :
-
il y a toujours une reprsentation qui reprsente une reprsentation, c'est--dire qu'il y a toujours une mdiatisation
de la reprsentation du signe, mais jamais une immdiatisation du contenu, par exemple.
Comme il dit lui-mme, l'image d'une perception, sa rptition, n'est que sa rptition hallucinatoire. Il dit que c'est la
mme chose. On ne peut pas diffrencier
une perception et son image, et par l il fait la critique de toutes les thories antrieures. Donc l'ordre, c'est ce que
le signe reprsente, en tant que le signe substantifie un intervalle entre deux signes. Seulement, les signes en gnral
sont censs, par toutes les thories dont lui hrite, CONDILLAC, reprsenter quelque chose.
Et a, a lui fait videmment problme, il n'arrive s'en dpatouiller, comment se fait la liaison entre le signe formel
et sa rfrence en gnral ? Cette liaison elle-mme - dit CONDILLAC pour s'en dbarrasser - elle drive de l'inconnu,
elle drive de la sensation. Alors, l'inconnu est dj une relation entre le signe comme vnement et le signe comme inscription de
l'vnement. Et a je prcise, c'est pas CONDILLAC qui le dit, mais il le laisse entendre, c'est DESTUTT de TRACY,
son exgte, qui affirme a, et je trouve que c'est pas mal. Et MAINE de BIRAN qui lui, tait lve
LACAN
Les deux phrases que j'avais commenc crire tout au long du truc, que certains ont peut-tre copies
sont directement l'nonc que reproduit RECANATI ici
Franois RECANATI
MAINE de BIRAN, lui-mme disciple de DESTUTT de TRACY, est d'abord nourri cette diffrence entre
l'vnement et l'inscription de l'vnement. Et on voit comme elle est le pivot de toute la thorie.
151
Il y a, dit-il, un perptuel dcalage entre l'inscription et l'vnement. Ce dcalage, dit MAINE de BIRAN,
vient du dcalage chez l'tre parlant - et je ne plaisante pas - entre le sujet de l'nonc et le sujet de l'nonciation. C'est dans
les fondements de la psychologie de MAINE de BIRAN, o il montre peu prs que, se reprsenter le moi,
dans la mesure o dans toute reprsentation, il y a dj un moi, c'est--dire qu' ce moment-l, il y en a deux.
Ds qu'on essaie de se reprsenter le je , a veut dire qu'automatiquement, il y en a deux, a veut dire qu'immdiatement il y en a deux, a veut dire que mdiatement il n'y en a jamais qu'il n'y en a jamais un que mdiatement.
Pour CONDILLAC, l'ordre des signes, en tant que l'ordre des signes est l'ordre de ce dcalage, a comme modle
l'espace qu'il dit pluridimensionnel du temps, et je ne m'tale pas l-dessus. Le temps, on peut dire que ce n'est que
la rptition infinie des ponctualits. La ponctualit comme temps-zro est le mme problme qui plus haut se pose.
Ce n'est pas la mme ponctualit :
-
et celle dont le temps est issu : la ponctualit-zro - celle dont le temps est issu - la ponctualit-zro
comme transparence, prcisment, entre l'inscription et l'vnement.
La ponctualit qui se rpte dans le temps, toujours pour CONDILLAC, est relativise tre considre dans le temps
comme cette ponctualit-l, prsente, passe ou venir. Elle aussi est considre du point de vue de ses bords, du
point de vue de sa frontire. Le temps, plutt qu'une srie de ponctualits est donc la srie des frontires interponctuelles,
en tant que la frontire est justement le pointage des bords respectifs de deux ponctualits ou aussi bien de deux signes.
Il y a donc la mme diffrence entre la ponctualit absolue et le temps, qu'entre l'ensemble vide et l'ensemble de
ses parties. C'est l'inscription du 0 qui est lment de celui-ci, de mme que c'est l'inscription de la ponctualit qui est
l'lment du temps. Ainsi il y a une faille qui est donne au dpart de toute cette thorie et que MAINE de BIRAN
essayait peut-tre de mieux discerner. Le systme des signes n'est que la rptition infinie de cette faille, en tant que
telle, pure faille, et cela se rpte dans tous les crits des Empiristes, elle sort de l'exprience et de l'investigation
de leur cole, c'est--dire, on n'en parle pas.
CONDILLAC lui aussi, a lui arrive rarement, parle de la nature humaine un moment en disant qu'il se demanderait
bien comment, au dbut, a se fait cette relation et cet ordre, pourquoi puisque justement, il est rat, l'ordre entre
l'inscription et l'vnement, pourquoi puisque c'est rat, puisque a colle pas, pourquoi quand mme a existe ?
Pourquoi il y a une inscription que de ce qui n'est que du 0 ? C'est videmment son problme, et ce moment-l
il rpond, aprs avoir fait un petit morceau de bravoure, je n'en sais rien, c'est la nature humaine.
C'est cette faille en gnral qui permet l'auto-motricit du systme des signes, selon CONDILLAC, dont il a dit,
le systme des signes, l a marche tout seul, tandis que dans son Trait des Animaux il raconte des tas de trucs
pour montrer comment chez les btes, il y a galement un systme des signes et comment il est sous la dpendance
de tous les objets extrieurs, sous la dpendance de tous les [?]
On rejoint par l la smiotique de PEIRCE dont on tait parti.
PEIRCE appelle phanron - du mot grec - l'ensemble de tout ce qui est prsent l'esprit,
c'est d'ailleurs peu prs le sens de phanron, rel ou pas, l'immdiatement observable. Et il part de l, il dcompose
les lments de phanron. Il y a trois lments dans le phanron, indissociables, qu'il appelle :
-
d'une part ce qu'on pourrait traduire par le primant, la monade en gnral, je crois qu'il emploie le mot
monade, lment complet en lui-mme,
d'autre part le secondant, force statique, opposition, tension statique entre deux lments, c'est--dire que
chaque lment, immdiatement, voque cet autre avec quoi il est en relation et c'est en quelque sorte un
ensemble, un ensemble absolument indissociable,
et le plus important, c'est le tertiant, lment immdiatement relatif la fois un premier et un troisime et
PEIRCE prcise, toute continuit, tout procs en gnral, relve de la ternarit. partir de l, partir de
cette conception de la ternarit, qu'on peut montrer driver de ses thories astronomiques, qu'il a produit au
dbut de sa vie, mais enfin a je n'en dis mot.
152
Franois RECANATI
Donc partir de cette ternarit il construit une logique qui se spcifie en smiotique, Logic of semiotic, la smiotique
elle-mme se spcifiant certains niveaux comme rhtorique. Et a c'est important pour PEIRCE.
Tout tient dans sa dfinition du signe en gnral, le signe, il l'appelle representamen, je suis dsol de citer :
C'est quelque chose le representamen, qui, pour quelqu'un,
tient lieu d'une autre chose, d'un certain point de vue ou d'une certaine manire.
L-dedans, il y a quatre lments, pour quelqu'un est le premier, et je re-cite PEIRCE :
Cela signifie que le signe cre dans l'esprit du destinataire un signe plus quivalent, ou mme plus dvelopp.
Le deuxime point dcoule de celui-l, la rception du signe est donc un deuxime signe fonctionnant comme interprtant.
153
C'est la science de ce qui doit tre vrai du representamen, pour qu'il puisse tenir lieu d'un objet.
La troisime, qui est la plus importante pour ce que nous nous proposons ici, c'est la relation entre le representamen
et l'interprtant que PEIRCE appelle avec gnie la rhtorique pure, qui reconnat les lois - a fonctionne au niveau
des lois - selon lesquelles un signe donne naissance un autre signe qui le dveloppe selon le cursus de l'interprtant
qu'on va voir. Et cette question de la rhtorique pure, PEIRCE l'aborde l'aide de son triangle smiotique :
representamen, interprtant, objet.
Je vais prciser chacun de ses termes pour qu'on saisisse mieux. Je suis PEIRCE pour ce qui est de cette relation.
Le representamen, premier, a une relation primitive un deuxime, l'objet.
L'objet dont le deuxime, le signe, est donn d'abord.
Mais cette relation peut dterminer un troisime, l'interprtant avoir la mme relation son objet que lui-mme entretient.
Autrement dit, la relation de l'interprtant avec l'objet est commande tre, par la relation du representamen avec l'objet,
tre la mme relation. La mme au point de vue de l'ordre, mais diffrente cependant, diffrente, c'est--dire plus
spcifie, c'est--dire, d'une certaine manire, on a un peu rduit le champ des possibilits de ce signe qui vient, et
comme a, a continue l'infini, on le rduit de plus en plus, on va voir a.
Le ground est absent ici, dtermine la relation du representamen l'objet lui-mme. Et la reprsentation du representamen
l'objet dtermine comme rptition la relation du reprsentant l'objet qui dtermine comme rptition elle-mme
- qu'est-ce que je disais ? J'ai dit du reprsentant ?
Oui donc le representamen-objet dtermine l'interprtant-objet.
Et d'une certaine manire on peut dire, et PEIRCE le dit, que l'objet de la relation entre l'interprtant et l'objet,
ce n'est pas exactement l'objet, qui est l'objet de l'interprtant, mais c'est l'ensemble de cette relation, c'est--dire,
d'une part, tout a c'est l'objet de a et que, d'autre part a, a doit rpter a, a doit le rpter en gnral
dans la forme et lavoir pour objet. Et on pourra prendre un exemple, PEIRCE prend un exemple.
LACAN - C'est ce que je traduis en disant que l'existence, c'est l'insistance.
Franois RECANATI
On voit que tout le problme, c'est le dbut. C'est ce qui se passe entre le representamen et l'objet.
Or, justement, il est impossible de rien dire de ce qui se passe l-dessus, impossible de revenir de ce qui se passe ldessus. Tout ce qu'on sait, c'est que a, ce qui se passe l-dedans, entre les deux, a entrane tout le reste. Je vais finir
par inscrire le reste parce que a, a se continue l'infini.
Ds qu'on veut savoir, ds que pour que a, a ait du sens [R-O], dit PEIRCE
le procs de signification il se fait partir de l pour que a, a ait du sens, dune manire ou dune autre,
il faut ncessairement que du rapportsi on prend l'objet en tant que justice , et si on prend le
representamen comme tant balance
il faut justement que cette relation-l, qui en soi n'est rien, elle soit interprte par ses interprtants.
Ces interprtants, a pourra tre n'importe quoi, a pourra tre galit , et ce titre l, la relation gnrale, c'est--dire
de l'interprtant ici va tre elle-mme interprte par un deuxime interprtant. On pourra mettre communisme ,
on pourra mettre ce qu'on voudra, et a continue sans arrt. Si bien qu'au dpart, il y a toutes les donnes,
il y a une espce de ground, un fond qui est choisi l'intrieur d'un fond indiffrenci, et partir de l il y a une
tentative d'exhaustion absolument impossible de ce fond partir de la premire tape qui est donne dans le tout.
Le triangle smiotique, on le voit, c'est trs clair, reproduit la mme relation ternaire que vous aviez cite propos
des armoiries des BORROME. C'est--dire, et PEIRCE le dit, enfin il ne dit pas les armoiries des BORROME
mais il emploie les mmes termes, les trois ples sont lis par cette relation d'une manire qui n'admet pas de
relations duelles multiples, mais une triade irrductible. Je le cite :
154
L'interprtant ne peut avoir de relation duelle l'objet, mais la relation que lui commande celle du signe-objet qu'il ne peut avoir sous
forme cependant identique mais dgnre. La relation signe-objet sera le propre objet de l'interprtant comme signe .
Donc, le triangle se dveloppe en chane comme interprtation interminable
et le mot est de PEIRCE, c'est quand mme fantastique interprtation interminable comme expression
c'est--dire qu' chaque fois c'est ce que vous tracez comme nouvelle hypothnuse qui est pris comme objet
du nouvel interprtant chaque fois.
Ceci qui nest l quen pointills, en quelque sorte, se voit affirm comme objet ensuite pour le nouvel interprtant,
et ce triangle continue l'infini. Dans l'exemple que j'ai pris, la relation galit-justice est de mme ordre que la
relation balance-justice, mais ce n'est pourtant pas la mme. galit vise non seulement justice, mais aussi le rapport
balance-justice.
Alors, pour revenir LOCKE par exemple, on voit que justement c'est, ceci est pris comme objet d'une interprtation,
mais ce qui est nouveau, en quelque sorte, dans le point de vue terminal, dans le rsultat de l'interprtation,
c'est que l'inscription de l'objet y est marque comme telle, parce que justement, le rapport en gnral balance-justice
est mis ct de l'objet lui-mme, savoir la justice.
Tel est le modle du procs de la signification en tant qu'il est interminable.
D'un premier cart
celui qui est donn par un premier trait l'intrieur du ground, representamen-objet
d'un premier cart naissent une srie d'autres et l'lment pur de ce premier cart tait ce ground analogue au pur 0.
Ici encore surgit la double fonction du vide. Vu l'heure, je ne vais pas continuer parce qu'il y aurait peut-tre des tas
d'exemples prendre, et ce, aussi bien un peu partout dans PEIRCE, qu'un peu partout dans toutes les thories, l
j'ai pris l'empirisme, on aurait pu prendre un peu nimporte quoi.
Vous avez notamment cherch du ct de BERKELEY, c'est une bonne ide parce que c'est trs riche.
On pourrait multiplier ces exemples, mais ce ne serait que s'en tenir au commentaire.
LACAN a dit que son discours permettait de redonner sens aux discours plus anciens. C'est certainement le premier
fruit qu'on peut en tirer. Mais le reprage de ce qui s'est produit en gnral comme frayage, sous la plume de PEIRCE
par exemple, n'est encore qu'une inscription dans ce qui comptait jusque l pour du beurre, jusque l, jusqu'
PEIRCE, jusqu' LACAN, comme on voudra.
Dornavant, de cette inscription de ce qui tait jusque l du zro, doit natre une norme suite infinie
et c'est cette suite qu'il s'agit de faire place.
[Applaudissements]
LACAN
Il a fallu que j'aille Milan pour prouver le besoin d'obtenir une rponse.
Je trouve que celle que je viens d'obtenir est trs suffisamment satisfaisante pour que vous puissiez, pour aujourd'hui,
vous en satisfaire aussi.
155
21 Juin 1972
Sminaire : Panthon-Sorbonne
[Au tableau]
Qu'on dise comme fait reste oubli derrire ce qui est dit, dans ce qui s'entend.
Aujourd'hui, je prends cong de vous. De ceux qui sont venus et puis de ceux qui ne sont pas venus et qui viennent
pour ce cong. Voil ! Il n'y a pas de quoi pavoiser, hein ? Bon ! Qu'est-ce que je peux faire ?
Que je me rsume comme on dit, c'est absolument exclu.
Que je marque quelque chose, un point, un point de suspension. Bien sr, je pourrais dire que j'ai continu de serrer cet
impossible dans lequel se rassemble ce qui est pour nous, pour nous dans le discours analytique, fondable comme rel.
Voil ! Au dernier moment, et ma foi en raison d'une chance, j'ai eu le tmoignage, le tmoignage que ce que
je dis s'entend.
Je l'ai eu en raison de celui qui a bien voulu - et c'est un grand mrite - parler dans le dernier moment, comme a, de
cette anne, qui a bien voulu me prouver quen effet pour certains, pour plus d'un, pour des veines dont je ne peux
pas du tout prvoir dans quel biais elles se produisent, trouver en somme intrt ce que j'essaie d'noncer.
Bon. Je remercie donc la personne qui m'a donn, pas seulement moi, qui a donn tous une espce de
j'espre qu'il y en a assez pour qui a a fait cho, qui se sont aperus que a peut rendre.
Il est toujours difficile naturellement de savoir, de savoir jusqu'o a s'tend.
En Italie
j'y fais un peu allusion, parce qu'aprs tout a ne me parat pas superflu
j'ai fait la rencontre de quelqu'un que je trouve trs gentil, qui est dans je ne sais pas, l'histoire de l'art, l'ide de luvre.
On ne sait pas pourquoi mais on peut arriver le comprendre, ce qui s'nonce sous le titre de la structure,
et nommment ce que j'ai pu moi-mme en produire, l'intresse. a l'intresse en raison de problmes personnels.
Cette ide de luvre, cette histoire de l'art, cette veine, a rend esclave, c'est certain.
a se voit bien quand on voit ce que quelqu'un qui n'est ni un critique ni un historien, mais qui tait un crateur,
a form comme image, comme image de cette veine, l'esclave, le prisonnier. Il y a un nomm MICHEL-ANGE
qui nous a montr a.
Alors en marge, il y a l historien et critique qui prie pour l'esclave. C'est une mmerie comme une autre, c'est une
espce de service divin qui peut se pratiquer. Oui ! a cherche faire oublier qui commande, parce que luvre,
a vient toujours la commande, mme pour MICHEL-ANGE.
Ben, celui qui commande, c'est a que j'ai d'abord essay de vous produire cette anne sous le titre Yad'lun ,
n'est-ce pas ? Ce qui commande, c'est l'Un : l'Un fait l'tre. Je vous ai pri d'aller chercher a dans le Parmnide.
Vous avez peut-tre, pour certains, obtempr. L'Un fait l'tre comme l'hystrique fait l'homme.
Oui ! videmment, cet tre que fait l'Un, il n'est pas l'tre, il fait l'tre.
videmment c'est a qui insupporte une certaine infatuation crativiste et, dans le cas de la personne dont je parle,
qui a t vraiment trs gentil avec moi et qui m'a bien expliqu comment il s'tait accroch ce qu'il appelle lui
mon systme, pour y dnoncer ses piquants, ses piquants et c'est pour a aussi que je le mets aujourd'hui en pingle
pour viter une certaine confusion, il s'est accroch ce qu'il trouve que je fais trop d'ontologie.
C'est tout de mme drle, enfin, je ne pense pas qu'ici, bien sr, il n'y ait que des oreilles ouvertes. Je pense qu'il y a
comme partout une quantit de sourds. Mais dire que je fais de l'ontologie, quand mme, c'est assez drle ! Et la placer
dans ce dans ce grand Autre que trs prcisment je montre comme devant tre barr et pingl trs prcisment
du signifiant de ce barrage lui-mme, c'est curieux !
Parce que, ce qu'il faut voir dans le retentissement, la rponse qu'on obtient, c'est quand mme qu'aprs tout,
les gens vous rpondent avec leurs problmes.
156
Et comme son problme lui, c'est que l'ontologie, et mme l'tre dj, lui reste en travers de la gorge, cause de ceci,
c'est que si l'ontologie c'est
simplement la grimace de l'Un, c'est videmment que tout ce qui se fait la commande devient l'Un suspendu,
et - mon Dieu ! - a l'embte. Alors, ce qu'il voudrait bien, en somme, c'est que c'est que la structure ft absente.
a serait plus commode pour le passez-muscade . Ce qu'on voudrait, c'est que l'escamotage
l'escamotage qui a lieu nest-ce pas et qui luvre d'art
c'est que l'escamotage n'ait pas besoin de gobelets. Vous n'avez qu' regarder a, il y a un tableau de BREUGHEL
qui tait un artiste qui tait trs au-dessus de a, il ne dissimule pas comment, comment que a se fait, la captivation
des badauds. Bon!
Alors ici videmment, c'est pas a que nous nous occupons. Nous nous occupons du discours analytique.
Et du discours analytique, j'ai pens quand mme que, il ne serait pas mal de ponctuer quelque chose avant de
vous quitter, qui vous donne l'ide justement, que non seulement c'est pas ontologique, c'est pas philosophique,
mais c'est seulement ncessit par une certaine position.
Une certaine position que je rappelle, qui est celle o j'ai cru pouvoir condenser l'articulation d'un discours, et vous
montrer quand mme quel rapport a a avec ce fait que les analystes, que les analystes ont quand mme rapport
et vous auriez tort de croire que je le mconnais
avec quelque chose qu'on appelle comme a l'tre humain , oui bien sr, mais moi je l'appelle pas comme a.
Je l'appelle pas comme a pour ne pas que vous vous montiez la tte, pour que vous restiez bien l o
il faut, pour autant bien sr que vous tes capables de percevoir quelles sont les difficults qui s'offrent l'analyste.
Ne parlons plus bien sr de connaissance , parce que le rapport de l'homme un monde sien , il est vident
que nous avons dmarr de l depuis longtemps, que d'ailleurs - de toujours - a n'a jamais t qu'une simagre
au service du discours du Matre. Il n'y a de monde comme sien que le monde que le matre fait marcher au doigt et lil.
Et quant la fameuse connaissance de soi-mme : [gnthi sauton], suppose faire l'homme,
partons de ceci qui est tout de mme simple et touchable, n'est-ce pas, que oui si on veut, si on veut elle a lieu,
elle a lieu du corps : la connaissance de soi-mme c'est l'hygine. Partons bien de l, n'est-ce pas.
Alors pendant des sicles il restait la maladie bien sr. Parce que chacun sait que a se rgle pas par l'hygine.
Il y a la maladie, et a, c'est bien quelque chose d'accroch au corps. Et la maladie, a a dur pendant des sicles,
c'est le mdecin qui tait suppos la connatre.
Connatre, j'entends connaissance et je pense avoir assez soulign rapidement lors d'un de nos derniers entretiens
- je ne sais mme plus o - l'chec de ces deux biais, n'est-ce pas. Tout a est patent dans l'histoire, a s'y tale
en toutes sortes d'aberrations. Alors, tout de mme, la question que je voudrais vous faire sentir aujourd'hui,
c'est a, c'est l'analyste qui est l et qui a l'air de prendre un relais.
On parle de maladie, on sait pas, en mme temps on dit qu'il n'y en a pas, qu'il n'y a pas de maladie mentale par exemple,
juste titre au sens o c'est une entit nosologique comme on disait autrefois, c'est pas du tout entitaire, la maladie
mentale. C'est plutt la mentalit qui a des failles, exprimons-nous comme a rapidement.
Alors, tchons de voir ce que suppose par exemple a, qui est crit l :
et qui est suppos noncer o se place, o se place une certaine chane qui est trs certainement et sans aucun espce
d'ambigut, la structure. On y voit se succder deux signifiants, et le sujet n'est l que pour autant qu'un signifiant le reprsente
pour l'autre signifiant . Et puis a a quelque chose qui en rsulte et que nous avons largement - au cours des annes dvelopp assez de raisons pour motiver que nous le notions de l'objet(a).
videmment si c'est l, dans cette forme, dans cette forme de ttrade, c'est pas une topologie qui soit
qui soit sans aucune espce de sens. C'est a la nouveaut que, qui est apporte par FREUD.
La nouveaut qui est apporte par FREUD, c'est pas rien.
157
Il y avait quelqu'un qui avait fait quelque chose de trs bien, en situant, en cristallisant le discours du matre,
en raison d'un clairage historique qu'il avait pu attraper, c'est MARX. C'est quand mme un pas, un pas qu'il n'y a
pas lieu du tout de rduire au premier, il n'y a pas non plus lieu de faire entre les deux un mixage, on se demande
au nom de quoi faudrait absolument qu'ils s'accordent. Ils s'accordent pas. Ils sont parfaitement compatibles. Ils s'embotent.
Ils s'embotent et puis il y en a certainement un qui a sa place avec toutes ses aises, c'est celui de FREUD.
Qu'est-ce qu'il a apport en somme d'essentiel ? Il a apport la dimension de la surdtermination.
La surdtermination, c'est exactement a que j'image avec ma faon de formaliser de la faon la plus radicale l'essence
du discours, en tant qu'il est en position tournante par rapport ce que je viens d'appeler un support.
C'est quand mme du discours que FREUD a fait surgir, a fait surgir ceci : que ce qui se produisait au niveau du
support avait affaire avec ce qui s'articulait du discours. Le support, c'est le corps. C'est le corps, et encore, faut faire
attention, quand on dit c'est le corps. C'est pas forcment un corps. Parce qu' partir du moment o on part
de la jouissance, a veut trs exactement dire que, que le corps n'est pas tout seul, qu'il y en a un autre.
C'est pas pour a que la jouissance est sexuelle, puisque ce que je viens de vous expliquer cette anne, c'est que
le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle n'est pas rapporte cette jouissance, c'est la jouissance de corps corps.
Le propre de la jouissance, c'est que quand il y a deux corps, encore bien plus quand il y en a plus, naturellement,
on ne sait pas, on ne peut pas dire lequel jouit.
C'est ce qui fait qu'il peut y avoir dans cette affaire, pris plusieurs corps et mme des sries de corps.
Alors la surdtermination, elle consiste en ceci, c'est que les choses qui sont pas le sens,
o le sens a serait support par un signifiant, justement le propre du signifiant
Et je ne sais pas, je me suis mis comme a de fil en aiguille, Dieu sait pourquoi, puis un peu plus, peu importe,
j'ai retrouv quelque chose, un sminaire que j'ai fait au dbut d'un trimestre, juste le trimestre qui tait la fin de l'anne
sur le ce qu'on appelle le cas du Prsident SCHREBER, c'tait le 11 avril 1956.
C'est trs prcisment juste en de : c'est les deux premiers trimestres qui sont rsums dans ce que j'ai crit :
D'Une question pralable tout traitement possible de la psychose. la fin, le 11 avril 1956, j'ai pos ce que c'tait que
puis comme a je l'appelle par son nom, par son nom, le nom que a a dans mon discours
la structure.
C'est pas toujours ce qu'un vain peuple pense, mais c'est parfaitement dit ce niveau-l. a m'amusera de le
republier, ce sminaire
si la tapeuse n'avait pas fait un grand nombre de petits trous faute d'avoir bien entendu.
Si elle avait seulement reproduit correctement la phrase latine que j'avais crite au tableau,
dont je ne sais plus maintenant quel auteur elle appartient.
[Cicron : Ad usum autem orationis, incredibile est, nisi diligenter attenteris quanta opera machinata natura est .]
Je le ferai, je ne sais pas, dans le prochain numro de Scilicet, le temps qu'il va me falloir pour retrouver de qui est
cette phrase latine, va certainement me faire perdre du temps, enfin peu importe, tout ce que j'ai dit ce moment-l
du signifiant, du signifiant un moment o vraiment on ne peut pas dire que ce ft la mode en 56,
a reste frapp d'un mtal qui o je n'ai rien retoucher.
Oui ! Ce que j'en dis trs prcisment, c'est que, il se distingue en ceci que, qu'il n'a aucune signification.
Je le dis d'une faon tranchante parce qu' ce moment-l il faut que je me fasse entendre de,
vous vous rendez compte, qu'en plus c'taient des mdecins qui m'coutaient ! Qu'est-ce que a pouvait leur foutre ?
Simplement que c'tait de enfin, ils entendaient du LACAN. Enfin, du LACAN, c'est--dire cet espce de clown,
n'est-ce pas que - bon ! - il faisait merveilleusement son trapze bien entendu.
Pendant ce temps-l, ils lorgnaient dj la faon dont ils pourraient retourner leur digestion, parce quon peut pas
dire qu'ils rvent. a serait trs beau. Ils rvent pas, ils digrent ! c'est une occupation aprs tout comme une autre.
Ce qu'il faut tout de mme bien essayer de voir, c'est que, ce que FREUD introduit, c'est quelque chose qui
on s'imagine que je le mconnais parce que je parle du signifiant
c'est le retour ce fondement qui est dans le corps, et qui fait que, tout fait indpendamment des signifiants dont
on les articule, ces quatre ples qui se dterminent de l'mergence comme telle de la jouissance justement comme insaisissable,
eh bien c'est a qui fait surgir les trois autres et en rponse, le premier qui est la vrit, a - la vrit implique dj le discours.
a veut pas dire que a puisse se dire, je me tue dire que a ne peut pas se dire, ou que a ne peut que se mi-dire.
Mais enfin pour la jouissance, enfin, a, a existe. Il faut qu'on puisse en parler.
Moyennant quoi il y a quelque chose qui est autre et qui s'appelle le dire .
158
Eh bien, je vous ai en somme, expliqu pendant une anne, j'ai mis assez de temps l'articuler, parce que, pour
l'articuler, c'est en a qu'il faut que vous voyiez que la ncessit qui est la mienne, la faon dont je procde, justement,
je ne peux jamais l'articuler comme une vrit. Il faut - selon ce qui est votre destin tous - il faut en faire le tour.
Plus exactement voir comment a tourne, comment a bascule, comment a bascule ds qu'on le touche
et comment mme jusqu' un certain point, c'est assez instable pour prter toutes sortes d'erreurs.
Quoiqu'il en soit, si j'ai mis, mis - ce qui est tout de mme dun certain culot - le titre : D'un discours qui ne serait pas
du semblant . Je pense que c'tait pour vous faire sentir, et que vous avez senti que le discours, comme tel, est
toujours discours du semblant et que si il y a quelque part quelque chose qui s'autorise de la jouissance, justement,
c'est de faire semblant.
Et c'est de ce dpart qu'on peut arriver concevoir ce quelque chose que nous ne pouvons qu'attraper l,
mais d'une faon dj tellement assure, tellement assure par quelqu'un dont il faut saluer la mmoire,
la mmoire telle que je l'cris, en donnant au m le mme sens que le m de mconnaissance,
celui qu'on a si bien mmoris que c'est faire rise de ses mots [mes mots rise] dont il s'agit plutt, savoir PLATON.
Quand mme, s'il y a quelqu'un qui a attrap ce qu'il en est du plus de jouir, quelque chose qui fait penser que
PLATON c'est pas seulement les Ides et la Forme mais tout ce que on a
avec une certaine grille, une grille qui, j'en conviens, est vraisemblable
traduit ces noncs. PLATON c'est celui quand mme qui a avanc la fonction de la dyade comme tant ce point
de chute, l o tout passe, l o tout fuit.
Pas de plus grand sans plus petit , de plus vieux sans plus jeune , et le fait que la dyade soit
- le lieu de notre perte,
- le lieu de la fuite,
- le lieu grce quoi il est forc de forger cet Un de l'Ide, de la Forme, cet Un qui d'ailleurs aussitt se dmultiplie, s'Un-saisit , oui, c'est bien parce qu'il est l comme nous tous plong dans ce seul supplment - je parle
de tout a dans le 11 avril 1956 - le supplment, la diffrence qu'il y a entre le supplment et le complment.
Enfin, j'avais dit trs, trs bien tout a depuis l'anne 56, a aurait pu servir, semble-t-il, cristalliser quelque chose
du ct de cette fonction qui est remplir, celle de l'analyste et dont il semble qu'elle soit si si impossible - plus que
d'autres - qu'on ne songe qu' la camoufler.
Oui ! Alors, c'est l-dessus que a tourne et que, et qu'il faut bien voir certaines choses. C'est qu'entre ce support,
ce qui arrive au niveau du corps, et d'o surgit tout sens, mais inconstitu, parce que, aprs ce que je viens d'noncer
de la jouissance, de la vrit, du semblant et du plus de jouir :
comme faisant l le fond, le ground, comme s'exprimait l'autre jour la personne qui a bien voulu ici venir nous parler
de PEIRCE, pour autant que c'est dans la note de PEIRCE qu'il avait entendu ce que je disais.
Inutile de vous dire que c'est peu prs vers la mme poque que j'ai sorti les quadrants de PEIRCE auxquels
a a bien sr du tout servi rien, parce que qu'est-ce que vous pouvez bien penser que les remarques sur l'ambigut
totale de l'universel, qu'il soit affirmatif ou ngatif, et du particulier de mme, qu'est-ce que a pouvait bien faire
ceux qui ne songeaient dans tout a qu' retrouver leur ritournelle ?
159
Oui ! Le ground donc est l. Il s'agit en effet du corps avec ses sens radicaux sur lesquels il y a aucune prise.
Parce que c'est pas avec la vrit, le semblant, la jouissance ni le plus de jouir qu'on fait de la philosophie.
On fait de la philosophie, partir du moment o il y a quelque chose qui bourre, qui bourre le support,
qui n'est articulable qu' partir du discours, qui le bourre de quoi ?
Il faut bien le dire, hein, que ce dont vous tes tous faits, tous faits et encore d'autant mieux que vous tes un peu
philosophes, a arrive quelquefois, mais enfin c'est rare, vous tes surtout astuds , comme je l'ai dit un jour.
Vous tes la place o le discours universitaire vous situe. Vous tes pris comme a-forms. Depuis quelque temps,
il se produit une crise, mais on en parlera tout l'heure. C'est secondaire. La question donc est diffrente.
Il faut bien que vous vous rendiez compte que ce dont vous dpendez le plus fondamentalement, parce qu'enfin
l'universit n'est pas ne d'hier, c'est le discours du matre, quand mme, qui est le premier surgi, et puis c'est lui qui dure
et qui a peu de chance de s'branler. Il pourrait se compenser, s'quilibrer, avec quelque chose qui serait - enfin, le
jour o a sera ! - le discours analytique.
Au niveau du discours du matre, on peut parfaitement dire ce qu'il y a entre le champ du discours
entre les fonctions du discours telles qu'elles s'articulent de ce S 1 , S 2 , le S et le a
et puis ce corps, ce corps qui vous reprsente ici et qui - en tant qu'analyste - je m'adresse. Parce que, quand
quelqu'un vient me voir dans mon cabinet pour la premire fois et que je scande notre entre dans l'affaire de
quelques entretiens prliminaires, ce qui est important c'est a, c'est la confrontation de corps. C'est justement parce que
c'est de l que a part, cette rencontre de corps, qu' partir du moment o on entre dans le discours analytique,
il n'en sera plus question.
Mais il reste qu'au niveau o le discours fonctionne
qui n'est pas le discours analytique
la question se pose de comment a a russi, ce discours, attraper des corps. Au niveau du discours du matre, c'est clair.
Au niveau du discours du matre, dont vous tes - comme corps - ptris, ne vous le dissimulez pas, quelles que soient
vos gambades, c'est ce que j'appellerai les sentiments et trs prcisment les bons sentiments. Entre le corps et le discours,
il y a, ce dont les analystes se gargarisent en appelant a prtentieusement les affects . C'est bien vident que vous tes
affects dans une analyse, c'est a qui fait une analyse, c'est ce qu'ils prtendent videmment, faut bien qu'ils tiennent
la corde quelque part, pour tre srs de ne pas glisser.
Les bons sentiments, avec quoi a se fait ? Ben on est bien forc d'en venir l, au niveau du discours du matre
c'est clair : a se fait avec de la jurisprudence. Il est quand mme bon de ne pas l'oublier au moment o je parle,
o je suis l'hte de la Facult de Droit, de ne pas mconnatre que les bons sentiments, c'est la jurisprudence et rien
d'autre, qui les fonde. Et quand quelque chose comme a vient tout d'un coup vous tourner le cur parce que
vous savez pas trs bien si vous n'tes pas un peu responsifs de la faon dont une analyse a mal tourn
coutez ! hein ? soyons clairs quand mme !
S'il n'y avait pas de dontologie, s'il n'y avait pas de jurisprudence, o serait ce mal au cur, cet affect, comme on dit ?
Faudrait mme essayer de temps en temps de dire un peu la vrit. Un peu, a veut dire que a n'est pas exhaustif ce que
je viens de dire. Je pourrais aussi dire autre chose d'incompatible avec ce que je viens de dire, a serait aussi la vrit.
Et c'est bien ce qui se passe.
C'est bien ce qui se passe simplement, quand simplement par le fait non pas d'un quart de tour
d'une moiti de tour complet, de deux quarts de tour
de glissement de ces lments fonction du discours, il se trouve, il se trouve parce qu'il y a quand mme dans cette
ttrade des vecteurs, des vecteurs dont on peut trs bien tablir la ncessit, ils tiennent pas la ttrade, ni la vrit,
ni au semblant, ni quoi que ce soit de cette espce, ils tiennent au fait que la ttrade c'est 4.
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cette seule condition d'exiger qu'il y ait des vecteurs dans les deux sens, savoir que a soit deux qui arrivent
ou deux qui partent, ou un qui arrive ou un qui parte, vous tes absolument ncessits trouver la faon
dont ici ils sont accrochs, a tient au nombre 4, rien d'autre.
Naturellement, le semblant, la vrit, la jouissance et le plus de jouir ne s'additionnent pas. Alors, ils peuvent pas faire quatre
eux tout seuls, c'est justement en a que consiste le rel, c'est que le nombre 4 lui, existe tout seul.
C'est aussi une chose que je dis le 11 avril 1956, mais trs prcisment, j'avais pas encore sorti tout a.
D'ailleurs j'avais mme pas construit tout a.
Seulement c'est ce qui me prouve que je suis dans la bonne veine, puisque le fait que j'ai dit ce moment-l
que le nombre 4 tait l un nombre essentiel ce qu'on s'en souvint, prouve que j'tais quand mme dans le bon fil
puisque maintenant, je ne trouve pas de superflu autour de a. Je l'ai dit au moment o il fallait,
au moment o il est question de la psychose. Bon !
Alors, la question est celle-ci : si les sentiments, si
ne vous agitez pas pour les personnes qui s'en vont, elles ont faire cette heure, elles ont aller aux obsques de quelqu'un
dont je salue ici la mmoire, et qui tait quelqu'un de notre cole, que je chrissais vraiment. Je suis au regret,
vu mes engagements, de ne pouvoir m'y joindre moi-mme
oui, qu'est-ce qu'il y a dans le discours analytique, entre les fonctions de discours et ce support,
qui n'est pas la signification du discours, qui ne tient rien de ce qui est dit ?
-
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comporte la double inversion prcisment des vecteurs obliques. Et ceci a toute son importance.
Ce que PEIRCE ose nous articuler, et l au joint d'une antique cosmologie, c'est la plnitude de ce dont il s'agit
dans le semblant de corps. C'est le discours dans son rapport, dit-il, au rien . a veut dire ce autour de quoi
ncessairement tourne tout discours. Par cette voie, ce qu' promouvoir cette anne la thorie des ensembles, j'essaie,
ceux qui tiennent la fonction de l'analyste, de suggrer, c'est que ce soit dans cette veine
celle qu'exploitent ces noncs qui se formalisent de la logique
c'est que ce soit cette veine qu'ils se rompent pour se former. Se former quoi ?
ce qui doit distinguer ce que j'ai appel tout l'heure la bourre, l'intervalle, le tamponnement, la bance qu'il y a entre :
-
Pour s'apercevoir que c'est l qu'il se pose la question de ce qui est mettre
et qui n'est pas les bons sentiments, ni la jurisprudence
qui a affaire autre chose, qui a un nom, qui s'appelle l'interprtation.
Ce qui l'autre jour vous a t mis au tableau sous la forme du triangle dit smiotique, sous la forme du representamen,
de l'interprtant et ici de l'objet :
et pour montrer que la relation est toujours ternaire, savoir que le couple reprsentamen-objet qui est toujours
rinterprter, c'est cela dont il s'agit dans l'analyse. L'interprtant, c'est l'analysant.
a veut pas dire que l'analyste soit pas l pour l'aider, pour le pousser un peu dans le sens de linterprt.
Il faut bien le dire, a ne peut pas se faire au niveau d'un seul analyste, pour la simple raison que si ce que je dis
est vrai , savoir que ce n'est que de la veine de la logique, de l'extraction des articulations de ce qui est dit ,
et pas du dire , que si pour tout dire l'analyste dans sa fonction ne sait pas - je veux dire en corps - en recueillir assez de
ce qu'il entend de l'interprtant qu'est celui qui - sous le nom d'analysant - il donne la parole, eh bien ce discours
analytique en reste ce qui en effet, a t dit par FREUD sans bouger d'une ligne.
Mais partir du moment o a fait partie du discours commun, ce qui est le cas maintenant, a rentre dans l'armature
des bons sentiments. Pour que l'interprtation progresse, soit possible, selon le schma de PEIRCE qui vous a t
avanc la dernire fois, c'est en tant que cette relation interprtation et objet, remarquez, de quoi s'agit-il ?
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L'objet dont il s'agit, ce n'est rien d'autre que ce que j'ai interrog ici de mes deux formules, ce n'est rien d'autre que
ceci, comme oubli : le fait du dire.
C'est a qui est l'objet de ce qui pour chacun est la question : o suis-je dans le dire ?
Parce que s'il est bien clair que la nvrose s'tale, c'est trs prcisment en ceci qui nous explique le flottement
de ce que FREUD a avanc concernant le dsir, et spcialement le dsir dans le rve. C'est bien vrai qu'il y a des
rves de dsir, mais quand FREUD analyse un de ses rves, on voit bien de quel dsir il s'agit, c'est du dsir de poser
l'quation du dsir avec gale zro.
une poque qui n'tait pas de beaucoup postrieure celle du 11 avril 1956, en 1957 prcisment,
j'ai analys le rve de l'injection d'Irma . a a t transcrit comme vous pouvez l'imaginer dans un
d'un universitaire, dans une thse o a se ballade actuellement.
La faon dont a a t, je ne dirai pas entendu, car la personne n'tait pas l, elle a travaill sur des notes,
elle a travaill sur des notes et elle a cru possible d'en rajouter de son cru. Mais il est tout de mme clair que,
s'il y a une chose que le rve de cette injection d'Irma - sublime, divin - permet de montrer, c'est ce qui est vident,
qui devrait tre - depuis le temps que j'ai annonc cette chose - qui devrait avoir t exploite par n'importe qui dans
l'analyse. J'ai laiss a traner, parce qu'aprs tout comme vous allez le voir, la chose n'a pas tellement de consquences.
Si comme je le rappelais rcemment, l'essence du sommeil, c'est justement la suspension du rapport du corps la jouissance,
il est bien vident que le dsir qui lui, se suspend au plus de jouir, ne va pas pour autant tre l mis entre parenthses.
Ce que le rve travaille, ce sur quoi il tricote, et l'on voit bien comment et avec quoi :
avec les lments de la veille comme dit FREUD, c'est--dire avec ce qui est l encore tout fait la surface de la
mmoire, pas dans la profondeur, la seule chose qui relie le dsir du rve l'inconscient, c'est la faon dont il faut
travailler pour rsoudre la solution, pour rsoudre le problme d'une formule avec gale zro , pour trouver la racine
grce quoi la faon dont a fonctionne, a s'annule. Si a s'annule pas, comme on dit, il y a le rveil.
Moyennant quoi bien sr le sujet continue rver dans sa vie.
Si le dsir a de l'intrt dans le rve, FREUD le souligne, c'est pour autant qu'il y a des cas o le fantasme,
on ne peut pas le rsoudre, c'est--dire que s'apercevoir que le dsir
permettez-moi de m'exprimer - puisque je suis la fin - ainsi
n'a pas de raison d'tre, c'est que quelque chose s'est produit qui est la rencontre, la rencontre d'o procde la
nvrose, la tte de MDUSE, la fente de tout l'heure, directement vue, c'est en tant qu'elle, elle n'a pas de solution.
C'est bien pour a que, dans les rves de la plupart, il s'agit en effet de la question du dsir.
La question du dsir pour autant qu'elle se reporte bien plus loin, la structure, la structure grce quoi c'est le
petit a qui est la cause de la Spaltung du sujet. Oui ! Alors, qu'est-ce qui nous lie celui avec qui nous nous embarquons, franchie la premire apprhension du corps ?
Et est-ce que l'analyste est l pour lui faire grief de ne pas tre assez sexu, de jouir assez bien ? Et quoi encore ?
Qu'est-ce qui nous lie celui qui, avec nous s'embarque dans la position qu'on appelle celle du patient?
Est-ce qu'il ne vous semble pas, que si on le conjoint ce lieu, le terme frre - qui est sur tous les murs Libert, galit,
Fraternit - je vous le demande, au point de culture o nous en sommes, de qui sommes-nous frres ?
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De qui sommes-nous frres dans tout autre discours que dans le discours analytique ?
Est-ce que le patron est le frre du proltaire ?
Est-ce qu'il ne vous semble pas que ce mot frre, c'est justement celui auquel le discours analytique donne sa prsence,
ne serait-ce que de ce qu'il ramne ce qu'on appelle ce barda familial ?
Vous croyez que c'est simplement pour viter la lutte des classes ?
Vous vous trompez, a tient bien d'autres choses que le bastringue familial.
Nous sommes frres de notre patient en tant que comme lui, nous sommes les fils du discours.
Pour reprsenter cet effet que je dsigne de l'objet(a), pour nous faire ce dstre d'tre le support, le dchet,
l'abjection quoi peut saccrocher ce qui va grce nous natre de dire, de dire qui soit interprtant, bien sr,
avec l'aide de ceci, qui est ce quoi j'invite l'analyste, se supporter de faon tre digne du transfert, se supporter
de ce savoir qui peut - d'tre la place de la vrit - s'interroger comme tel sur ce qu'il en est depuis toujours
de la structure des savoirs, depuis les savoir-faire jusqu'au savoir de la science.
De l bien sr nous interprtons. Mais qui peut le faire si ce n'est celui-l lui-mme qui s'engage dans le dire et qui,
du frre, certes, que nous sommes, va nous donner l'exaltation ?Je veux dire que ce qui nat d'une analyse,
ce qui nat au niveau du sujet, du sujet qui parle, de l'analysant, c'est quelque chose qui, avec, au moyen
l'homme pense, disait ARISTOTE, avec son me
l'analysant analyse avec cette merde que lui propose, en la figure de son analyste, l'objet(a).
C'est avec cela que quelque chose, cette chose fendue, doit natre qui n'est rien d'autre en fin de compte
pour reprendre quelque chose qui vous a t avanc l'autre jour propos de PEIRCE
que le flau dont une balance peut s'tablir et qui s'appelle justice.
Notre frre transfigur, c'est cela qui nat de la conjuration analytique et c'est ce qui nous lie celui qu'improprement
on appelle notre patient.
Ce discours parasexal - hein ? - il faut bien dire comme a qu'il peut avoir de ces retours de bton.
Je voudrais pas vous laisser uniquement sur du susucre. La notion de frre , si solidement tamponne
grce toutes sortes de jurisprudences pendant des ges, de revenir ce niveau, au niveau d'un discours,
elle aura ce que j'appelai l'instant ses retours au niveau du support.
Je vous ai pas du tout parl dans tout a du pre parce que j'ai considr qu'on vous en a dj assez dit, assez expliqu
vous montrer que c'est autour de celui qui unie , de celui qui dit non, que peut se fonder, que doit se fonder,
que ne peut que se fonder tout ce qu'il y a d'universel. Et quand nous revenons la racine du corps,
si nous revalorisons le mot frre, il va rentrer pleine voile au niveau des bons sentiments.
Puisqu'il faut bien quand mme ne pas vous peindre uniquement l'avenir en rose, sachez que celui qui monte,
qu'on n'a pas encore vu jusqu' ses dernires consquences, et qui lui s'enracine dans le corps, dans la fraternit de corps,
c'est le racisme, dont vous n'avez pas fini d'entendre parler. Voil !
[Applaudissements]
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