Ethique de L'entreprise. Chapitre 1 2 3 4 5

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ETHIQUE DE L’ENTREPRISE

Syllabus

Intitulé du cours Ethique de l’entreprise

3ème année de licence en Informatique de


Niveau (Auditoire) Gestion de la Faculté des Sciences de
l’Université de Maroua.
Crédits 2
Enseignant responsable Koye Romuald
Volume horaire CM 20 heures
Volume horaire TD/CC 10 heures

Objectifs du Cours : Ce cours permet à l’étudiant d’exprimer ses idées


à propos de sa vision du monde et de son comportement en lien avec les
valeurs et l’ordre social dans une entreprise en particulier et dans la
société en général.

Durée et mode d’évaluation : Ce cours d'éthique de l’entreprise et


prévu sur 20 heures et se déroule en présentiel. Des études de cas et
des exposés sont prévus tout au long de l’apprentissage de ce cours et
permettent de diminuer son aspect théorique et donnent la possibilité
aux étudiants d’appliquer les notions apprises.

Préalable(s) : Aucun

PLAN DU COURS

INTRODUCTION
CHAPITRE 1 : INTRODUCTION A L'ETUDE DE L'ETHIQUE
CHAPITRE 2 : COMMENT DÉFINIR L’ÉTHIQUE D’ENTREPRISE ?
CHAPITRE 3 POURQUOI INVESTIR DANS L'ÉTHIQUE D’ENTREPRISE ?
CHAPITRE 4 : COMMENT METTRE EN PLACE UNE ÉTHIQUE D’ENTREPRISE
DE QUALITÉ ?
CHAPITRE 5: QUEL EST L'AVENIR DE L'ÉTHIQUE D’ENTREPRISE ?
CONCLUSION

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BIBLIOGRAPHIE

1. Éthique, responsabilité et stratégie d’entreprise, observatoire de


la responsabilité sociétale des entreprises | 25, rue du charolais
75012 paris | 01 43 46 02 22 | www.orse.org
2. Confédération Générale des Enseignants, collectif,
1995, Apprendre la démocratie et la vivre à l'école, Labor,
Bruxelles. Contient une bibliographie commentée très riche.
3. DÉSAUTELS J., LAROCHELLE M., 1992, Autour de l'idée de science,
Itinéraires cognitifs d'étudiants, De Boeck Université, Bruxelles.
4. Groupe Français d'Education Nouvelle, collectif, 1996, Savoir et
Citoyenneté en Banlieue, Actes des rencontres d'Aubervilliers,
juillet 1995, Dialogue.
5. Audigier François (1991). Enseigner la société, transmettre des
valeurs. La formation civique et l’éducation aux droits de
l’homme: une mission ancienne, des problèmes permanents, un
projet toujours actuel. Revue française de pédagogie, n° 94,
p. 37-48.
6. Audigier François (2015). Éducation à… et préparation à la vie. In
François Audigier, Anne Sgard& Nicole Tutiaux-Guillon
(dir.), Sciences de la nature et de la société dans une école en
mutation. Fragmentations, recompositions et nouvelles
alliances ? Louvain-la-Neuve : De Boeck, p. 25-35.
7. Audigier François (2017). Former le citoyen au droit. Un impératif
pour l’éducation à la citoyenneté. Diversité, n° 188, p. 67-72.
8. AUDIGIER F. (2000) : Concepts de base et compétences clés de
l’éducation à la citoyenneté démocratique, Une troisième
synthèse. Conseil de l’Europe, DGIV/EDU/CIT (2000) 23. Plusieurs
traductions et publications dans des revues en Europe, par
exemple : Scuola&città, 2002, 3, 156-183.
9. AUDIGIER F. (2003) : « L’éducation à la citoyenneté dans
quelques-uns de ses débats, postface ». In P.
Perrenoud, L’éducation à la citoyenneté. Lyon : Chronique
sociale, pp. 179-192.
10. Barthes Angela & Lange Jean-Marc (2018). Développement
durable, postures et responsabilité sociale des chercheurs en
éducation. Recherches en éducation, n° 31, p. 92-109.
11. Becquet Valérie (2016). L’engagement des jeunes au miroir de
l’action publique. Diversité, n° 184, p. 44-49.
12. Becquet Valérie (2017). Citoyenneté et école. In Patrick
Rayou& Agnès van Zanten (dir.), Dictionnaire de l’éducation.
Paris : Presses universitaires de France, p. 78-84.

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13. Blaya Catherine (2016). Violence à l’école: les élèves acteurs du
changement. Revue Projet, n° 352, p. 34-39.

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CHAPITRE 1 : INTRODUCTION A L'ETUDE DE L'ETHIQUE

I. Comment Peut-on définir l'éthique ?

Tirée du mot grec « ethikos », moral, de « ethos » , mœurs ; qui signifie


« manière de vivre », l'éthique est une branche de la philosophie qui
s'intéresse aux comportements humains et, plus précisément, à la
conduite des individus en société. L'éthique est la science de la morale
et des mœurs.

II. Peut-on parler d’éthique en gestion ?

Si l’éthique est essentiellement une réflexion individuelle, se pose


le problème de la transposition du concept à l’entreprise : sa conduite
peut-elle être évaluée en termes éthiques, est-elle un agent moral ? Le
passage de l’éthique dans l’entreprise à l’éthique de l’entreprise
renvoie au débat sur sa nature : institution sociale avec personnalité
propre (et donc sa propre éthique), coalition d’acteurs ayant leurs
propres objectifs (approche behavioriste) ou simple fiction légale
(approche contractuelle). Dans ces deux dernières visions, l’éthique
organisationnelle (c’est-à-dire le sens, les repères et valeurs qui guident
son action) se confond avec celle de ses dirigeants.

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L’éthique est davantage appréhendée comme un thème de
discussion que comme une véritable discipline de gestion.

Pour certains, parler d’éthique en gestion est une absurdité. Le


monde des affaires n’obéit qu’à la loi du profit et est exempt
d’interrogations éthiques : « Les affaires sont les affaires. » Pour
d’autres, on ne peut avoir d’éthique appliquée : l’économie et les
affaires devraient simplement être soumises aux mêmes normes que
toute autre activité sociale. Cependant, de plus en plus d’universitaires
et de professionnels s’intéressent à la réflexion éthique appliquée à
l’entreprise (voir tableau).

Le champ de l’éthique comprend deux pôles : le pôle instrumental


et le pôle critique.

D’un point de vue instrumental, l’éthique organisationnelle (le


terme est aujourd’hui préféré à celui de morale d’entreprise utilisé par
exemple par Gélinier [1983]) définit la manière dont l’entreprise intègre
ses valeurs clefs dans ses politiques, pratiques et processus de décision.
Cela inclut également la recherche de la conformité à des principes
légaux et l’adhésion à des règles internes.

L’éthique est aussi une réflexion critique qui peut pénétrer tous
les champs d’activité de l’entreprise : les préoccupations éthiques
touchent tous les domaines de la gestion.

Le choix éthique ne se pose que là où il existe un degré de liberté


d’action : les décisions prises sous une contrainte absolue ne sauraient
être évaluées du point de vue éthique.

Bien évidemment, il est très difficile pour les gestionnaires de faire


des choix éthiques parce qu’ils sont fréquemment confrontés à des
dilemmes.

L’éthique est un champ de tensions qui se situe entre l’intérêt de


l’entreprise, l’intérêt général et les intérêts d’autrui.

L’enjeu de la réflexion éthique est de trouver un équilibre quand


les intérêts des parties prenantes ne peuvent se réaliser simultanément.

III. Quel est le rôle de l'éthique ?

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La réflexion éthique permet de déterminer les valeurs qui constituent
des raisons d'agir acceptables par l'ensemble de la société, par les
personnes qui partagent l'idéal de pratique et, au niveau particulier, par
les personnes et les groupes touchés par une décision.
Au niveau le plus général, la réflexion éthique porte sur les conceptions
du bien, du juste et de l’accomplissement humain. Elle répond alors à
des questions comme :
→ qu’est-ce qui est le plus important dans la vie?
→ que voulons-nous accomplir?
→ quels types de rapports voulons-nous entretenir avec les autres?

IV. Quelles sont les valeurs d'éthique ?

Parmi les valeurs éthiques les plus pertinentes, on peut citer : la


justice, la liberté, le respect, la responsabilité, l'intégrité, la loyauté,
l'honnêteté, l'équité.

V. Quels sont les domaines d'éthique ?

1. Méta-éthique (ou éthique fondamentale): entendue comme la


recherche des origines et du sens de nos concepts moraux ;
2. Morale ou éthique normative, qui concerne les critères de nos
comportements (habitudes, devoirs, conséquences de nos actes).
L'éthique normative et la méta-éthique appartiennent à la
philosophie et s'intéressent aux fondements de la morale. On les
regroupe donc sous l'expression « philosophie morale »

3. Morale ou éthique appliquée, application des deux premières à


des problèmes spécifiques et controversés (par exemple,
avortement, environnement, droits des animaux, etc.).

VI. L’éthique et quelques notions voisines

1. L’éthique ne se confond pas avec la morale.

Les termes "éthique" et "morale" ont des sens proches et sont


souvent confondus. L'éthique est plutôt la science et l'étude de la
morale. La différence entre les deux notions réside dans le fait que la
morale est liée à la contrainte personnelle des individus, tandis que
l’éthique se réfère aux principes de base de l’acte juste et aux règles
de conduite. La morale est régie par des valeurs relatives comme le bien
le mal la justice… et varient selon les individus, les sociétés alors que

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l’éthique est la définition des comportements acceptables ou non à
travers un raisonnement.

Du latin mores (pluriel de mos), mœurs, conduite, manière d'agir,


genre de vie, habitude, la morale est un ensemble de principes de
jugement, de règles de conduite relatives au bien et au mal, de devoirs,
de valeurs, parfois érigés en doctrine, qu'une société se donne et qui
s'imposent autant à la conscience individuelle qu'à la conscience
collective. Ces principes varient selon la culture, les croyances, les
conditions de vie et les besoins de la société. Ils ont souvent pour origine
ce qui est positif pour la survie de l'ethnie, du peuple, de la société. Si
de tels principes sont en outre positifs pour l'ensemble des ethnies, des
peuples ou des sociétés de la Terre, on peut les considérer comme
faisant partie de la morale universelle.

On distingue en général deux grandes conceptions de la morale :

Objectiviste. Les lois morales ne dépendent pas de l'homme mais des


lois de la nature, de "commandements divins" ou des lois de la raison.
Elles ont un caractère universel, éternel, absolu, normatif. Elles ne
peuvent être ni changées, ni supprimées.

Relativiste. Les valeurs morales ont une origine humaine. Elles sont
définies par la société ou par l'individu lui-même et varient donc d'une
société à une autre.

La notion d'éthique, qui est le souci de fonder une morale, ce qui fait
plutôt référence à la théorie, aux règles et aux principes. C’est donc la
science de la morale ou un ensemble de principes moraux qui sont à la
base du comportement d’un individu.
L'éthique d'un individu est ce qui sous-tend ses comportements vis-à-vis
d'autrui, ou vis-à-vis de son environnement.
L ’éthique est une démarche visant, face à un problème donné à
adopter la meilleure solution en s’appuyant sur des valeurs
apprises, admises et intégrées et en tenant compte du contexte
dans lequel le problème se pose factuellement.

2. Ethique et déontologie
La déontologie porte ces considérations au champ plus restreint de
la profession (les devoirs professionnels,). Un code de déontologie est
un ensemble de principes, valeurs, règles et devoirs qui régissent une

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profession. Du grec deontos, ce qu’il faut faire, ou ce que l’on doit faire,
et logos (discours sensé) ; c’est étymologiquement « la science des
devoirs ». La déontologie fait explicitement référence aux plus hautes
valeurs sociales, elle s’inscrit dans un cadre plus large (comme la
Déclaration universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948,
nommée en tête par nombre de codes de déontologie.
La déontologie : c’est l’ensemble de règles reconnues dans une
profession de façon à défendre les intérêts des clients ou faciliter les
relations entre professionnelles. Plus généralement ces valeurs et
principes sont regroupés dans un code appelé code de déontologie.

3. Ethique et responsabilité
D’après le Robert d’Alain Rey,
La responsabilité c’est :
→ L’obligation de quitter le pouvoir quand on s’aperçoit qu’on a
perdu la confiance de ceux qui nous ont élu. (première
définition du dictionnaire),
→ L’obligation de réparer le dommage causé par sa faute
→ L’obligation de réparer une faute, de remplir un devoir ou de
tenir un engagement. C’est de celle-ci qu’on parle le plus
en position de cadre.
C’est toujours une obligation.
L’éthique c’est :
→ La science de la morale (première définition du dictionnaire),
→ La forme prise par les valeurs et les pratiques morales dans un
milieu, une culture, un groupe humain. L’éthique est au-delà
de la morale.
→ La science qui prend pour objet immédiat les jugements
d’appréciation sur les actes qualifiés de bons ou mauvais.
D’après Descamps: Le droit décide, la morale commande, l’éthique
recommande.
Devoir de répondre d’un fait, d’une action et d’en être garant.

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La notion de responsabilité est d’ordre moral philosophique avant d’être
d’ordre légal.
Le droit qui règle notre responsabilité est issu d’une histoire séculaire a
cours de laquelle on a empilé les choses.
→ Plus la liberté augmente plus la responsabilité augmente.
→ Plus on a de responsabilité, plus on a de liberté.
→ Plus on a besoin de règles pour assumer sa responsabilité et
d’éthique.
→ Plus on a de liberté plus il faut que chacun ait ses propres règles
fondées sur des valeurs incontournables.
→ Liberté et éthique sont incontournables pour gérer sa
responsabilité.
Ce droit-là est structuré sur le principe de la faute, jusqu’à
récemment la responsabilité n’était engagée qu’en cas de faute, et
toute faute engage la responsabilité. Aujourd’hui (depuis une dizaine
d’années) on passe à une responsabilité fondée sur le risque.

4. Ethique et management
Le manager, quelle que soit sa fonction, est confronté à un
moment ou à un autre à des problématiques d’éthique qui engagent ses
valeurs personnelles.
Exercer avec exemplarité, indépendance et courage ses responsabilités
de « manager éthique » peut s’avérer une véritable gageure.
Pression commerciale sous forme de cadeaux et d’invitations,
dénigrement de la concurrence, conflits d’intérêt, tentatives de
corruption, pratiques discriminatoires, …
Le monde de l’entreprise n’est pas toujours pavé de bonnes
intentions. Certains sont prêts à tout pour gagner des parts de marché,
d’autres bafouent les principes élémentaires du respect de la personne
humaine…
L'éthique en entreprise propose au manager de s'interroger sur les
valeurs et principes moraux qui devraient orienter ses actions, dans
différentes situations professionnelles. Elle fixe les limites que la morale
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collective rencontre au quotidien et propose un cadre de
fonctionnement, souvent matérialisé dans une charte ou un code
d’éthique.
Face à des manquements aux règles d’éthique, comment s’y prendre ?
On retiendra quelles bonnes pratiques :
1. Tout d’abord vérifier la conformité ou non de la situation par
rapport aux lois, et au code d’éthique de l‘entreprise s’il en
existe un.
2. Prendre du recul et s’accorder le temps nécessaire à la
réflexion. Mieux vaut s’interdire d’agir à chaud et dans la
précipitation, ne serait-ce que pour prendre la mesure des
implications auprès de tous les acteurs.
3. Partager ses interrogations en interne et recueillir l’avis des
personnes de son entourage professionnel qui seront un gage
d’objectivité et d’impartialité dans la prise de décision.
4. Vérifier soigneusement les sources et les informations
disponibles, même si elles paraissent a priori évidentes ou
incontestables.
5. Prendre l’avis des experts de l’entreprise : éthique, risques,
sécurité, juridique, RH,... en fonction de la problématique.
6. Assurer la confidentialité et la sécurité des données
personnelles des protagonistes.
Le manager pourra alors prendre sa décision en confiance, en
accord avec ses valeurs personnelles, et l’assumer auprès de sa
hiérarchie, de ses pairs et collaborateurs, et même de ses proches.
Mais alerter, faire remonter les dysfonctionnements, voire les délits,
reste encore difficile pour des raisons historiques et culturelles.
Dénoncer une situation est souvent assimilé à de la délation et regardé
avec suspicion.
L’insécurité psychologique qui en résulte handicape fortement
l’efficacité des systèmes d’alerte.
C’est pourquoi les dirigeants et managers doivent veiller à instaurer dans
l’entreprise un climat de confiance propice à l’expression des doutes et
à la libération de la parole.

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Maintenir une cohérence entre valeurs et actions. L’éthique résulte
d’une construction intime intérieure.
Le manager éthique saura-t-il pour autant, en pleine tourmente, trouver
toute la force intérieure nécessaire pour incarner et faire vivre une
éthique engagée ?
Dans le monde impitoyable de l’entreprise où la réalité économique et
financière prend le dessus sur les considérations morales, il aura toutes
les peines du monde à maintenir une cohérence entre ses valeurs et ses
actions.
Face à des pratiques d’affaires peu recommandables d’un client ou
fournisseur, le dirigeant éthique aura à cœur de rechercher des
solutions alternatives qui ne heurteront pas sa conscience morale. Cette
position reste aisée tant que la dimension économique ou financière ne
vient pas interférer dans la prise de décision.
Réconcilier éthique personnelle des salariés et pratique des affaires
permet d’éviter les situations de souffrance éthique, ce mal-être d’un
manager ou salarié contraint de renier ses valeurs, de faire taire sa
morale dans l’exercice d’activités qu’il réprouve.
Ne pas se renier
Face à tout dilemme éthique, il y a un risque de renier ses propres
convictions.
Les exigences contradictoires auxquelles se trouve confronté, à un
moment ou à un autre, un manager soucieux de « bien faire son travail »
ont parfois raison de son éthique.
Manager sans trahir ses valeurs oblige à prendre du recul par rapport à
ses pratiques et celles de l’entreprise. C’est accepter une démarche
d’analyse et de questionnement pour pouvoir mettre en cohérence ses
actes avec les valeurs sur lesquelles on décide de fonder son activité
managériale.
- L’exemplarité : se cramponner à ses valeurs profondes,
revisiter régulièrement ses actions de manager pour
questionner son exemplarité, et gagner ainsi la confiance et
l’adhésion de ses collaborateurs.
- Le courage : celui d’affirmer son point de vue, de dire non,
d’alerter, de dénoncer, voire de se démettre plutôt que de se

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soumettre… Autant d’actes de courage qui témoignent d’un
sens des responsabilités.
Manager sans trahir ses valeurs nécessite de bien connaître ses limites
sous tension. Anticiper et s’entraîner à défendre des positions délicates
quand tout va bien permet de renforcer sa capacité de résistance… et
peut permettre, par exemple, de prévenir l’aveuglement souvent de
mise en situation de stress.
Manager sans trahir ses valeurs, c’est aussi permettre à ses
collaborateurs de se prendre en main pour agir selon une ligne éthique
que l’on trace pour eux, et leur permettre ainsi de ne pas se renier à
leur tour.
Les dirigeants gagnants de demain seront ceux qui ont compris qu’une
de leurs missions essentielles est de veiller à préserver et faire fructifier
le capital réputationnel, ou capital confiance, de leur entreprise.
En plaçant les préoccupations éthiques au cœur de leur agenda, ils
œuvrent en ce sens et contribuent ainsi à créer de la valeur au service
de la performance durable et de la pérennité de leur activité.

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CHAPITRE 2 : COMMENT DÉFINIR L’ÉTHIQUE D’ENTREPRISE ?

L’éthique d’entreprise est l’application de principes ou de valeurs


éthiques à la conduite des affaires ; elle concerne toutes les décisions
et comportements discrétionnaires et non régulés.

L’éthique d’entreprise vise à la fois les comportements individuels


des salariés d’une entreprise et le comportement de l’entreprise elle-
même, en tant que personne morale dans sa stratégie et sa conduite des
affaires au quotidien, les deux étant liés.

Exemple

Une façon simple pour un salarié de savoir s’il est confronté à une
question éthique est de se poser la question suivante : “Serais-je à l’aise
pour que mon action soit rendue publique et me soit attribuée
personnellement ?” Si la réponse est non, il y a sans doute une question
éthique que le salarié ou la direction de l’entreprise doit prendre en
compte.
Il est également utile d’examiner des notions proches de l’éthique
d’entreprise pour éviter toute confusion. La nature transverse de la
conformité et de la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) peuvent
créer une confusion entre ce qui découle de l’éthique (décision
discrétionnaire), de la conformité (respect des règles) et de la RSE
(gestion des impacts vis-à-vis des parties prenantes).

I. ÉTHIQUE D’ENTREPRISE ET MORALE

La notion de morale est une notion ancienne généralement


associée à des idéologies qui imprègnent historiquement les valeurs des
sociétés concernées et qui s’imposent plus ou moins explicitement aux

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individus. Elle émane ainsi et par exemple de corpus religieux (morale
judéo-chrétienne et autres) qui s’attachent à distinguer le bien du mal.
L’éthique est également une notion ancienne mais qui met au contraire
l’accent sur le comportement des individus en les considérant libres de
s’autodéterminer et responsables, à ce titre, de leurs décisions et de
leurs actions. L’éthique s’inscrit ainsi dans une logique de l’action
humaine individuelle et contextuelle : dans une situation donnée, face
à un dilemme éthique, l’individu décide du comportement qui va être le
sien. L’éthique d’entreprise s’inscrit dans cette définition en
considérant que les entreprises sont des “individus collectifs”. Ainsi
peut-on dire que si la morale vise à distinguer le bien du mal, l’éthique
est une notion plus relative qui distingue le comportement
“correct/adéquat” à adopter de celui “incorrect/inadéquat”. On peut
imaginer qu’une réponse éthique à un dilemme précis puisse être
différente selon le temps, l’espace et le contexte.

II. ÉTHIQUE D’ENTREPRISE ET CONFORMITÉ

La conformité ou compliance selon la terminologie anglo-saxonne,


consiste à mettre en œuvre au sein de l’entreprise des procédures dans
le but de se conformer à des règles issues du “droit dur” (lois et
réglementations locales, internationales) ou du “droit souple”
(Déclaration universelle des droits de l’homme, conventions OIT, textes
propres au secteur d’activité de l’entreprise, etc.). Un programme de
conformité suppose donc la préexistence de règles à suivre. L’éthique
d’entreprise, intègre, par nature, le respect du droit même s’il peut y
avoir débat concernant le comportement que doit adopter une
entreprise face à une loi considérée comme “non-éthique”. Cependant,
l’éthique va au-delà des obligations juridiques qui pèsent sur les

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entreprises : ce n’est pas parce qu’une chose est autorisée par la loi,
qu’une entreprise doit le faire, ou même le faire d’un point de vue
éthique.

Exemple :

Alors que l’âge minimum de travail peut être fixé à 13 ans dans un
pays, une entreprise peut décider de se fixer un âge minimum supérieur
pour tous ses salariés dans le monde. En matière de lutte contre la
corruption, l’entreprise peut aussi, au titre de ses principes éthiques,
décider, nonobstant l’absence de loi précise dans l’ensemble des pays
où elle est présente, ou a contrario l’existence d’une culture locale
permissive, d’interdire tout paiement de facilitation. Il s’agit là d’une
décision éthique qui devient une norme interne, dont les personnes en
charge de la conformité doivent s’assurer du respect. C’est pour cela
que l’on dit généralement que “l’éthique précède et suit le droit”.
L’éthique permet d’adopter un comportement adéquat face à des
situations où la loi n’apporte pas toujours de réponse claire ou
suffisante. Entre le droit, la conformité et l’éthique, il y a une
continuité.

III. ÉTHIQUE D’ENTREPRISE ET RSE

La démarche RSE consiste pour l’entreprise à “engager, en


collaboration étroite avec leurs parties prenantes, un processus destiné
à intégrer les préoccupations en matière sociale, environnementale,
éthique, de droits de l’homme et de consommateurs dans leurs activités
commerciales et leur stratégie de base ”. L’entreprise responsable
s’engage ainsi à chercher à réduire les éventuels impacts négatifs de son
activité et à s’efforcer si possible d’avoir un impact positif.
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Nonobstant le développement récent d’obligations légales obligeant une
entreprise à adopter un tel programme, une démarche RSE sincère
découle d’une décision volontaire de l’entreprise prise sur la base de ses
principes éthiques.
En termes de gouvernance, on pourrait dire que la RSE est une
politique éthique mais que l’éthique d’entreprise a un cadre plus large
que la RSE : elle en constitue la fondation (source) et le fondement
(objectif).

IV. DÉVELOPPER UNE CULTURE ÉTHIQUE DE QUALITÉ

Une démarche éthique de qualité nécessite de dédier au moins


autant de temps et de moyens au développement de la culture qu’aux
éléments plus pratiques de la démarche. La mise en place d’une culture
éthique de qualité suppose notamment :
o l’adhésion du management et la mise en place d’actions
concrètes de “leadership éthique” basées notamment sur
l’exemplarité (selon l’expression anglo-saxon "the top sets the
tone") ;
o gérer les conflits d’intérêt en privilégiant l’intérêt social à
l’intérêt particulier ;
o s’orienter vers des programmes éthiques dits “ascendants ” en
opposition avec les programmes dits “descendants” car il est
difficile, voire impossible, d’imposer une culture éthique de
“qualité”, l’éthique d’entreprise n’étant pas basée sur
l’obéissance mais sur l’adhésion et le discernement ;
o recruter des personnes sensibles aux principes éthiques de
l’entreprise ;

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o récompenser et/ou sanctionner les comportements de ses
collaborateurs ; il s’agit, sans doute, d’une des meilleures
façons de démontrer la réalité de la culture éthique prônée par
l’entreprise et ses dirigeants.
Mais la clé de voute d’une démarche éthique de qualité est de
toujours s’assurer que les salariés puissent s’exprimer sans crainte. En
matière d’éthique, le silence n’est pas une option. Cette capacité à
s’exprimer dépendra en grande partie de la confiance qu’ont les salariés
que les sujets éthiques seront effectivement traités, et ce, quel que soit
le niveau hiérarchique des personnes mises en cause (absence de
“double standard” dans le traitement des personnes). Il existe
aujourd’hui une convergence des régulateurs pour définir sept éléments
permettant de déterminer si une entreprise a mis en place un
programme éthique efficace ou non.

EN RÉSUMÉ, IL S’AGIT DE :

1. Mettre en place des politiques, procédures et contrôles ;


2. Nommer des personnes de haut niveau pour superviser
l’application et l’effectivité du programme éthique et
conformité, en leur allouant des ressources et l’autorité
adéquates ;
3. Éviter l’embauche dans les fonctions d’encadrement de personnes
ayant eu des comportements sanctionnables ou autres attitudes
contraires à un programme éthique et conformité ;
4. Communiquer et former tous les salariés concernant le
programme éthique et conformité ;
5. Contrôler et auditer l’efficacité du programme éthique et
conformité ;

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6. Veiller à la sanction des violations du programme éthique et
conformité et de leur cohérence ;
7. Répondre rapidement aux violations du programme éthique et
conformité et prendre toutes les mesures nécessaires pour
prévenir toute récidive.

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CHAPITRE 3 : POURQUOI INVESTIR DANS L'ÉTHIQUE D’ENTREPRISE ?

L’éthique d’entreprise n’est pas un frein au développement


économique. En allant au-delà de leurs obligations légales, les
entreprises développent un avantage concurrentiel et contribuent à
assurer leur pérennité.

I. L’ÉTHIQUE D’ENTREPRISE FAVORISE L’INNOVATION

Le processus de création nécessite un climat de respect et de


confiance, qu’il s’agisse d’encourager la conception de nouveaux
produits ou d’optimiser l’organisation du travail. Or, l’éthique
d’entreprise contribue à créer un espace de parole libre au sein de
l’entreprise favorisant de meilleures décisions mais également par
l’échange d’idées, l’innovation.

II. L’ÉTHIQUE D’ENTREPRISE REDUIT LES RISQUES JURIDIQUES

L’éthique intègre naturellement le respect de la loi. L’intégration de


l’éthique dans le modèle d’affaires de l’entreprise et le développement
d’une culture d’intégrité limitent les risques de mise en cause juridique.
L’existence d’une culture éthique “de qualité” pourrait être prise en
compte par les autorités de régulation et permettre d’atténuer les
sanctions.

III. L’ÉTHIQUE D’ENTREPRISE CONTRIBUE A LA REPUTATION DE


L’ENTREPRISE

La réputation est devenue un actif stratégique de l’entreprise. Le


risque de réputation est devenu un risque majeur et correspond à
l’impact qu’une erreur de gestion pourrait avoir sur l’image de
l’entreprise. Cette réputation dépend grandement des relations
entretenues avec les parties prenantes. En effet, adopter une démarche
éthique crée de la confiance : celle des clients (capital économique),
des fournisseurs (capital industriel), des salariés (capital humain), des
actionnaires (capital financier) et celle de la société en général (capital
institutionnel).

Exemple

L’éthique contribue à attirer et fidéliser les talents. Pour être une


entreprise performante et pérenne, il ne suffit pas de faire de bons
produits, il faut également avoir les bonnes personnes. Selon une étude
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récente, 56 % des jeunes issus de la “Génération Y” n’envisagent aucune
collaboration avec certains employeurs en raison d'absence de valeurs
ou de la conduite de ces entreprises. Ne pas intégrer l’éthique dans ses
pratiques commerciales conduirait pour l’entreprise à se priver d’un
vivier de talents.

IV. LES ENTREPRISES ETHIQUES SONT GENERALEMENT MIEUX


VALORISEES PAR LES MARCHES

Même si à ce jour il n’existe pas encore d’études économiques


définitives démontrant le lien direct entre l’éthique d’entreprise et la
création de valeur (le “RSI”6 de l’éthique), on peut noter des efforts
intéressants comme la création de l’indice boursier “Global Compact
100 Index” par les Nations Unies. Ce nouvel indice boursier mondial
combine responsabilité sociétale et résultats financiers des entreprises
et démontre une corrélation significative entre les deux. On peut
également penser à l’avantage que représente pour l’entreprise la
possibilité d’attirer des investissements responsables (ISR). Ainsi, les
encours comptabilisés sous la bannière de l’investissement responsable
s’élèvent à 746 milliards d’euros en France en 2015, ce qui représente
une augmentation de 29% par rapport à 2014. Les entreprises qui,
volontairement, intègrent l’éthique dans leur business model s’assurent
donc un avantage compétitif à long terme.

V. LES FIGURES DE L'ETHIQUE DE L'ENTREPRISE

L'entreprise éthique ne se soucie pas seulement de son intérêt propre


mais prend également en compte l'intérêt d'autrui : celui de ses
membres, et l'on peut alors parler d'éthique interne comme celui des
tiers ou de la collectivité de façon plus générale, et l'on peut alors parler
d'une éthique externe
1. L'éthique interne

Si l'on admet que l'entreprise peut être conduite à dépasser son


intérêt égoïste de recherche exclusive du profit, c'est incontestablement
dans les rapports avec ses membres que la chose semble, sinon la plus
naturelle, du moins la plus aisée.

21/31
L'éthique interne s'exprime ainsi, et en premier lieu, par la prise en
compte par l'employeur de l'intérêt de ses salariés. Si le phénomène doit
bien sûr beaucoup à la volonté du Droit de protéger la partie faible au
rapport de travail, il n'est pas que cela : le paternalisme patronal ou la
« solidarité entre tous les membres d'une même entreprise » dont parlait
Paul Durand, peuvent en être également d'excellents moteurs,
notamment dans les PME. Ce qui est certain, c'est que cette éthique
patronale est appelée à se développer au regard d'un contexte qui est
celui d'une crise de l'emploi et qui est par ailleurs marqué par l'essor de
nouvelles formes de management et d'organisation du travail. La santé
et la sécurité au travail, l'encadrement des pouvoirs de l'employeur et
la promotion corrélative des libertés des salariés, la protection de
l'emploi, sont autant de préoccupations constamment renouvelées
L'éthique interne s'exprime également, en second lieu, par la prise
en compte par les dirigeants sociaux de l'intérêt de l'ensemble des
membres de leur société. En France, le débat sur la définition de
l'intérêt social, nourri par la doctrine de l'entreprise, nous familiarise
depuis longtemps déjà avec cette idée que les organes de la société
devraient prendre en compte la pluralité d'intérêts catégoriels présents
dans l'entreprise. Si leurs ressorts sont différents, c'est aussi dans cet
esprit qu'ont été développés aux États Unis et au Royaume-Uni dans les
années 1980 les principes de la gouvernance d'entreprise. Ce
mouvement aujourd'hui mondialisé tend depuis l'origine à « assainir au
maximum l'exercice du pouvoir »
Il s'agit de s'assurer que les sociétés soient gérées dans l'intérêt
commun des associés et de la société et non dans celui des dirigeants ou
des seuls associés majoritaires. Cela passe notamment par une
moralisation dans la direction de l'entreprise, la mise en œuvre d'une
politique de transparence, ou une répartition équilibrée des pouvoirs
entre les différents organes... Si elle poursuit encore pour l'essentiel
l'objectif de protection des investisseurs, dans de nombreux pays la
corporate governance a néanmoins évolué pour intégrer, de plus en plus
souvent, d'autres préoccupations comme la parité homme/femme et
d'autres intérêts, à l'instar de ceux des salariés, de l'environnement
naturel, et plus largement, ceux de toutes les parties prenantes
Insensiblement, l'éthique externe prend alors le relais de l'éthique
interne.
2. L'éthique externe
22/31
Peut-on sérieusement attendre d'un acteur économique qu'il adopte
un comportement éthique envers les tiers ? Si l'on peut avoir le
sentiment que cela peut vite « (déranger) le monde des affaires », on se
rend compte cependant, lorsqu'on y regarde de près, que la figure de
l'éthique externe est plus commune que ce que l'on pourrait croire.
Celle-ci peut, d'abord, prendre la forme d'une éthique commerciale. Est-
ce si étonnant ? Certainement pas dans le rapport avec le client
consommateur, où le législateur a toujours été particulièrement
exigeant. Mais probablement pas, non plus, dans les rapports que
l'entreprise établit avec ses partenaires commerciaux. Car, sans même
avoir à s'interroger sur l'éventuel succès des thèses solidaristes, on ne
peut manquer de relever que, sous l'impulsion du droit de la distribution,
les textes ont largement intégré, depuis plusieurs années, l'idée que des
relations entre professionnels pouvaient être fortement marquées du
sceau de l'inégalité et de la dépendance, et qu'il était du ressort du droit
d'organiser la prévention ou la sanction de certaines pratiques.
L'offensive contemporaine de notions cadres, comme l'intérêt commun
au contrat (V. not. C. com., art. L. 330-3) ou, plus encore, la loyauté,
fournit également, et de façon plus générale, la preuve que les relations
commerciales sont parfaitement saisies par le phénomène.
L'éthique externe peut, ensuite, s'incarner dans une éthique
concurrentielle. Si un pas semble franchi dans l'ouverture aux tiers, tant
il est vrai que la rivalité semble par nature incompatible avec la prise
en compte de l'intérêt de l'autre, on doit là encore constater que la
figure n'est pas exceptionnelle. L'interdiction de la concurrence déloyale
en est, bien sûr, la parfaite illustration. Mais il ne faut pas oublier non
plus que le droit antitrust oblige, plus largement, à prendre en
considération l'intérêt du marché, et qu'il attend parfois, dans cette
optique, un comportement très moral de la part de l'entreprise, sommée
de se livrer à une « concurrence par les mérites » ou d'assumer la «
responsabilité particulière » qui échet à une entreprise dominante.
Peut-on sérieusement attendre d'un acteur économique qu'il adopte un
comportement éthique envers les tiers ?
L'éthique externe peut enfin, à son extrême pointe, exprimer la prise
en compte par l'entreprise d'intérêts désincarnés, au premier rang
desquels figure l'environnement. Tel est l'objet de la réflexion ouverte
par la Stackeholders Theory . En pratique, on rejoint ici le très en vogue
mouvement de la responsabilité sociale (ou sociétale) et

23/31
environnementale des entreprises (RSE) qui vise à inscrire l'entreprise
dans une démarche citoyenne en l'insérant dans la perspective d'un
développement social et environnemental durable. Il s'agit pour
l'entrepreneur de ne plus prendre uniquement ses décisions au regard
de l'intérêt économique de l'entreprise mais aussi eu égard à ce type de
préoccupations. C'est évidemment le problème le plus délicat : est-ce
bien le rôle des acteurs économiques que de se soucier de questions qui,
de prime abord, relèvent davantage des politiques publiques ? Le droit
des contrats le suggère aujourd'hui parfois, par exemple lorsqu'il impose,
à l'occasion de la conclusion de certains baux, une « obligation
d'information pour l'environnement »Note 30, ou lorsqu'il affirme que la
bonne foi contractuelle devrait, « dans l'intérêt général de la réduction
des émissions de gaz à effet de serre », inciter les parties à renégocier
leur convention. Le droit français des sociétés pourrait, lui, avoir à y
redire, qui ne paraît pas encore prêt à admettre que la notion d'intérêt
social soit dilatée au point d'y inclure des considérations d'intérêt
général. D'autres signaux plus positifs montrent toutefois que les choses
évoluent, l'exemple le plus remarquable étant aujourd'hui constitué par
l'intégration poussée de la RSE dans la communication financière. Un
canal original qui souligne, déjà, l'extrême diversité des modes de
diffusion de l'éthique de l'entreprise.
CHAPITRE 4 : COMMENT METTRE EN PLACE UNE ÉTHIQUE
D’ENTREPRISE DE QUALITÉ ?

I. DÉVELOPPER UNE CULTURE ÉTHIQUE DE QUALITÉ

Une démarche éthique de qualité nécessite de dédier au moins autant


de temps et de moyens au développement de la culture qu’aux éléments
plus pratiques de la démarche. La mise en place d’une culture éthique
de qualité suppose notamment :
→ l’adhésion du management et la mise en place d’actions
concrètes de “leadership éthique” basées notamment sur
l’exemplarité (selon l’expression anglo-saxon "the top sets the
tone") ;
→ gérer les conflits d’intérêt en privilégiant l’intérêt social à
l’intérêt particulier ;

24/31
→ s’orienter vers des programmes éthiques dits “ascendants9 ” en
opposition avec les programmes dits “descendants” car il est
difficile, voire impossible, d’imposer une culture éthique de
“qualité”, l’éthique d’entreprise n’étant pas basée sur
l’obéissance mais sur l’adhésion et le discernement ;
→ recruter des personnes sensibles aux principes éthiques de
l’entreprise ;
→ récompenser et/ou sanctionner les comportements de ses
collaborateurs ; il s’agit, sans doute, d’une des meilleures
façons de démontrer la réalité de la culture éthique prônée par
l’entreprise et ses dirigeants. Mais la clé de voute d’une
démarche éthique de qualité est de toujours s’assurer que les
salariés puissent s’exprimer sans crainte. En matière d’éthique,
le silence n’est pas une option. Cette capacité à s’exprimer
dépendra en grande partie de la confiance qu’ont les salariés
que les sujets éthiques seront effectivement traités, et ce, quel
que soit le niveau hiérarchique des personnes mises en cause
(absence de “double standard” dans le traitement des
personnes). Il existe aujourd’hui une convergence des
régulateurs pour définir 7 éléments permettant de déterminer
si une entreprise a mis en place un programme éthique efficace
ou non.

EN RÉSUMÉ, IL S’AGIT DE :

1. Mettre en place des politiques, procédures et contrôles


2. Nommer des personnes de haut niveau pour superviser
l’application et l’effectivité du programme éthique et

25/31
conformité, en leur allouant des ressources et l’autorité
adéquates
3. Éviter l’embauche dans les fonctions d’encadrement de
personnes ayant eu des comportements sanctionnables ou
autres attitudes contraires à un programme éthique et
conformité
4. Communiquer et former tous les salariés concernant le
programme éthique et conformité
5. Contrôler et auditer l’efficacité du programme éthique et
conformité
6. Veiller à la sanction des violations du programme éthique
et conformité et de leur cohérence
7. Répondre rapidement aux violations du programme
éthique et conformité et prendre toutes les mesures
nécessaires pour prévenir toute récidive.
II. FORMER LES SALARIÉS AUX DILEMMES ÉTHIQUES

Compte tenu du fait que les questions éthiques sont rarement


simples mais qu’elles doivent néanmoins être toujours abordées et
traitées, il est utile pour une entreprise de former ses dirigeants et
salariés non seulement à l’identification d’une question éthique mais
également à sa résolution. Le fait d’utiliser la même méthodologie
pour l’ensemble de l’entreprise permettra d’assurer une certaine
cohérence dans les réponses données par chaque membre de
l’organisation. Les choix méthodologiques des entreprises sont
adossés, plus ou moins explicitement, à divers courants
philosophiques de l’éthique dont les trois principaux sont : l’éthique
des vertus, l’éthique du devoir, l’éthique utilitariste.

26/31
L’éthique des vertus

Elle remonte à l’Antiquité (Platon, Aristote, Sénèque) et considère


que le comportement vertueux est un trait de caractère des individus
qui, quand ils le manifestent, leur procurent de la satisfaction, voire
du bonheur. Le comportement vertueux dans ces philosophies relève
d’une affirmation libre et personnelle : " je m’interroge sur le genre
de personne que je souhaite devenir et décide d’être une personne
vertueuse ; mais également d’un apprentissage : je n’évite pas les
problèmes éthiques et, au contraire, n’hésite pas à m’y confronter
pour faire de mon trait de caractère une compétence éthique".

Exemple

L’entreprise s’inspire d’une éthique des vertus quand elle


recherche explicitement dans son recrutement des individus
sensibles à certaines vertus (honnêteté, altérité, etc.) et intègre
dans le système d’évaluation de l’ensemble de ses collaborateurs des
compétences éthiques telles que : “Agit/Dirige avec générosité” et
“Obtient des résultats avec intégrité”. Sa méthodologie se déploie
autour de questions du type : serais-je à l’aise pour que mon action
soit rendue publique et me soit attribuée personnellement ?

L’éthique du devoir

Elle se développe au cours du 18ème siècle et prend quelquefois


le nom d’éthique déontologique (terme dont la racine grecque
signifie devoir). Elle considère que chaque action humaine doit être
jugée selon sa conformité à certains “devoirs”. Elle est généralement
associée à la philosophie de Kant qui, tout en admettant l’existence
de plusieurs types de devoirs, fait dériver ces devoirs d’un principe

27/31
unique qu’il définit comme un “impératif catégorique” : “Agis
seulement d’après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en
même temps qu’elle devienne une loi universelle”

Exemple

L’entreprise s’inscrit dans une éthique du devoir quand elle


sélectionne des valeurs qu’elle souhaite diffuser en s’engageant dans
sa charte éthique à adopter un comportement animé par l'ensemble de
ses valeurs et principes d'actions vis-à-vis de l'ensemble des acteurs avec
qui elle interfère. Au travers de “codes de bonne conduite”, ces valeurs
sont traduites en règles et procédures d’action qui permettent aux
salariés d’aligner leurs comportements sur les engagements et les
obligations éthiques de l’entreprise. Sa méthodologie privilégie les
questions du type : est-ce légal ? Est-ce conforme aux valeurs de mon
entreprise (intégrité, respect, courage, transparence etc.) et de ma
charte éthique ?

L’éthique de l’utilité

Elle trouve ses racines dans l’utilitarisme anglosaxon du 18ème


(Bentham) et du 19ème siècle (Mill) et considère que le comportement
éthique est celui qui vise à maximiser la satisfaction du plus grand
nombre. Cette approche de l’éthique fondée sur l’évaluation des
conséquences d’une action est quelquefois qualifiée de
“conséquentialiste”. Face à un dilemme éthique, l’individu doit
déterminer les actions possibles qui s’offrent à lui, évaluer pour chacune
d’elle les conséquences éventuelles et choisir l’action qui lui paraît la
plus “utile” pour le plus grand nombre.

28/31
Exemple

L’entreprise se réfère à une philosophie utilitariste quand,


confrontée à une situation de danger où la sécurité de tous ne peut plus
être assurée, elle privilégie de préserver le plus grand nombre de
personnes (problématique des suicides dans les métros, d’obstructions
ferroviaires, d’accidents d’avions, de sureté nucléaire) et forme ses
personnels en ce sens. Sa méthodologie s’articule à des questions du
type : quel sera l’impact de mes actions sur les autres ? Comment je
réagirais si j’étais eux ? Ces approches de l’éthique sont plus que jamais
d’actualité et tendent, par-delà leurs différences, à s’unifier autour de
la notion de “valeurs”. Elles aident les entreprises à élaborer des
politiques et des programmes éthiques signifiants, cohérents et
robustes et leur permettent de disposer d’un cadre stimulant pour une
réflexion collective avec leurs parties prenantes sur les valeurs éthiques
et leur place dans un “management par les valeurs”.

29/31
CHAPITRE 5: QUEL EST L'AVENIR DE L'ÉTHIQUE D’ENTREPRISE ?

I. ÉTHIQUE D’ENTREPRISE ET GOUVERNANCE

La multiplication des affaires mettant en cause l’image et la


réputation des entreprises et le constat selon lequel l’éthique ne se
réduit pas à des questions juridiques conduisent progressivement les
entreprises à réfléchir à leur propre dispositif éthique, selon leurs
valeurs, la nature de leurs activités ou leur exposition géographique.
Dans certaines grandes entreprises internationales (en particulier celles
du CAC 40), l’implication des administrateurs dans le domaine de
l’éthique se manifeste notamment par la mise en place de comités
dédiés à l’éthique au niveau du Conseil d’administration, ces comités
s’appuyant eux-mêmes parfois sur la création au sein de l’organigramme
d’une Direction de l’éthique. Dans les ETI, les PME et les TPE, le
traitement des questions éthiques est moins formalisé et dépend
généralement des valeurs personnelles du dirigeant. La question se pose
aujourd’hui pour toutes les entreprises de l’opportunité de regrouper à
terme dans des dispositifs organisationnels formalisés les sujets
connexes que sont l’éthique, la RSE et la conformité.

II. ÉTHIQUE D’ENTREPRISE ET INNOVATION

À l’heure de la 3ème révolution industrielle, les organes législatifs et


normatifs “classiques” ont du mal à suivre, et encore plus à anticiper,
les nouvelles questions éthiques posées par les transformations
technologiques et les progrès scientifiques que nous connaissons depuis
le début du 21ème siècle. L’apparition de systèmes de pilotage autonome
dans les voitures, le développement des objets connectés, la
robotisation, l’utilisation de drones pour livrer les colis, le
30/31
transhumanisme ou encore le développement de systèmes d’intelligence
artificielle en dehors du champ militaire sont autant d’exemples qui
démontrent qu’il est difficile de tout codifier, et plus encore en temps
utile. “La nature ayant horreur du vide”, les entreprises vont devoir
prendre des décisions quant à la finalité et l’utilisation de ces nouvelles
technologies. En l’absence actuelle de règles juridiques, d’autres
instances de réflexion et d’autorégulation vont nécessairement venir
combler ce vide. On peut donc s’attendre à ce que l’éthique devienne
un nouveau cadre décisionnaire et que le Directeur de l’éthique
devienne un référent essentiel.

Exemple

Constatant que la question de l’utilisation des données personnelles


est un sujet d’inquiétude pour les clients, le Crédit Agricole s’est
récemment engagé à ne pas vendre les données personnelles de ses
clients à des tiers hors du Groupe.

III. ÉTHIQUE D’ENTREPRISE ET STARTUP

Modifiant profondément les modes traditionnels de gestion, la startup


porte en elle un certain nombre de valeurs modernes comme
l’innovation, le partage et l’humanisme. Aussi, leur management “agile”
valorise-t-il le dialogue et la recherche du consensus, le travail en
réseaux, l’apprentissage progressif et l’autoévaluation permanente.
L’éthique se déploie parfois jusque dans l’activité d’entreprises
engagées promouvant un développement économique plus solidaire
(lutte contre le gaspillage, protection de l’environnement etc.). Leur

31/31
logique n’en demeure pas moins commerciale, communément guidée
par la recherche d’une rentabilité très forte à court terme. Les risques
potentiels liés à un défaut de perspective sont destructeurs de confiance
et susceptibles de porter atteinte à l’intérêt de l’entreprise comme à
celui des tiers. La prévention de tels risques, dont certains sont
énumérés ci-dessous, justifie que les startups apportent des solutions
éthiques personnalisées :

→une large utilisation des systèmes d’information et la nécessité


de mieux protéger les données personnelles de leurs clients et
plus largement des parties prenantes, au-delà des
comportements que la loi peut sanctionner ;

→un manque d’assise financière des startups entraînant une


difficulté à obtenir des garanties ou à trouver des financements
pour développer leur croissance ;

→une forte insécurité de l’emploi ;


→un accroissement de concurrence instaurée notamment par les
entreprises pourvoyeuses en technologies “de rupture”;

→une grande difficulté pour les startups françaises à se


maintenir après deux ans de constitution ;

→la mondialisation des échanges et la nécessité de s’adapter aux


conditions changeantes du marché induisant une nouvelle quête
de sens ;

→l’incapacité et la non légitimité de la loi à réglementer de


toutes petites structures à forte dimension internationale

CONCLUSION

32/31
L'éthique s'inscrit donc au cœur de la stratégie d'entreprise dans
l'économie du début du 21ème siècle. L'entreprise doit aujourd'hui
assumer de nouvelles responsabilités et de nouveaux devoirs vis-à-vis de
la société, qui sont aussi la reconnaissance du rôle éminent qui est le
sien dans le monde d'aujourd'hui.

L'entreprise a d’abord un devoir de conformité par rapport à la loi


et aux règlements, mais également par rapport aux recommandations
professionnelles et aux règles de bonne conduite auxquelles elle se
réfère (codes de gouvernance et d’éthique).

Elle a ensuite un devoir élargi de redevabilité, c’est-à-dire de


rendre compte de ce qu'elle fait et de la manière dont elle le fait. Elle
doit, bien entendu, informer ses actionnaires et ses investisseurs, pour
les sociétés cotées, de ses performances économiques et financières.
Mais on attend d'elle désormais qu'elle explicite également les impacts
extra financiers de son activité sur les ressources humaines et naturelles
ainsi que sur les territoires et les sociétés dans lesquelles elle opère. Ce
reporting n'est plus seulement attendu par les investisseurs mais
également par toutes les parties prenantes de l'entreprise.

L'entreprise a en troisième lieu un devoir de vigilance et de


prévention des risques de toute nature : risques liés à sa stratégie et aux
évolutions technologiques majeures mais également de la corruption et
devoir de vigilance, notamment vis-à-vis de ses chaînes
d'approvisionnement, de ses fournisseurs et de ses sous-traitants.

Le fil conducteur de ces attentes et de ces exigences vis-à-vis de


l'entreprise est qu'elle agisse de manière éthique et responsable à
l’égard de toutes ses parties prenantes et en conformité avec les valeurs

33/31
et les règles de bonne conduite qu'elle affiche. On attend désormais que
l’entreprise contribue à ce que la société considère comme le “bien
commun” ou “l’intérêt général”.

L'éthique est au cœur de la stratégie de l'entreprise dans


l'économie de demain. Face à ces nouvelles responsabilités séculières,
gageons que l’entreprise ne les abordera pas comme des contraintes
supplémentaires mais, au contraire, comme des opportunités pour
déployer tout son potentiel de créativité et d’innovation au service d’un
développement stratégique éthique, responsable et durable.

34/31

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